Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Politique d'union nationale et austérité

Inprecor n° 52, 10 mai 1979 · p. 10-14 · 3 515 mots

Italie Syndicalisme

Italle

Politique

d'union nationale

et austérite

Après presque trois années, l'union nationale est entrée en crise en Italie. Le récent congrès du PCI vient de sanctionner le retrait de ce parti de la majorité parlementaire. Mais aucun bilan critique n'a été tiré par sa direction. Au contraire, la même politique d'une vaste collaboration entre tous les partis du soi-disant « arc constitutionnel» est reproposée, comme si ces trois années n'avaient pas existé.

La politique de compromis historique, adoptée par le PCI à partir de 1973 se concrétisera à la mi-1976, après les élections, sous la forme particulière de l'union nationale, c'est-à-dire d'une majorité parlementaire extrêmement large, fruit de l'alliance entre les deux partis ouvriers réformistes et tous les partis bourgeois à l'exception des fascistes du MSI.

La nécessité de la mise place d'une politique d'union nationale découlait du caractère explosif de la situation italienne. Après des années de lutte, le mouvement des masses exprimait l'exigence d'un débouché politique d'ensemble. La crise économique avait réduit les marges économiques de la bourgeoisie et la possibilité pour elle d'accorder des concessions partielles. La classe ouvrière avait conscience qu'elle pourrait difficilement résoudre même ses problèmes les plus im- ront les médiats sans une solution d'ensemble, sans une issue au niveau gouvernemental.

De larges secteurs sociaux, des étudiants aux chômeurs, des jeunes aux femmes et également de larges couches de la petite-bourgeoisie se tournaient vers le mouvement ouvrier et syndical pour obtenir satisfaction leurs exigences. Les élections de 1975 et de 1976 traduisirent en termes électoraux ce profond déplacement à gauche. Les directions syndicales et celles des réformistes réussirent alors à contenir la force des lutgrâce à la perspective électorale dont elles faisaient dépendre également la question du gouvernement.

Le résultat électoral, tout en ne donnant pas la majorité absolue à la gauche, confirma l'incapacité des partis bourgeois à gouverner seuls. L'accentuation extrême de la crise sociale et l'accélération de l'affrontement entre les classes étaient à l'ordre du jour. L'UNION NATIONALE AU SECOURS DE LA BOURGEOISIE

C'est dans ce contexte de forte instabilité du système capitaliste et de sa remise en cause par la classe ouvrière que les réformistes, PCI en tête, au sommet de leur force,

Use révéleéléments décisifs pour la survie du système. Le PCI accepta en effet de maintenir en vie, par le biais de l'abstention au Parlement, le gouvernement démocrate-chétien d'Andreotti, un gouvernement bourgeois qui ne faisait pas mystère que son objectif central était la normalisation et la relance de l'accumulation capitaliste aux frais des travailleurs.

Le PCI développa une vaste ampagne de propagande pour expliquer qu'une solution ouvrière à la crise était impossible, qu'il fallait une politique d'union nationale. de collaboration avec le patronat, afin de surmonter les terribles difficultés économiques.

En même temps, alors que jusqu'ici, sa propagande mettait laccent sur les réformes et sur les améliorations partielles dans la perspective du « nouveau modele de développement», il continuait à présenter ces objectits, mais expliquait qu'on ne pouvait les atteindre qu'au travers d'austérité, de réduction de la consommation pour commencèrent parallèlement à faire également de la propagande pour une rigoureuse politique d'austérité et de sacrifices. La politique d'union nationale a connu trois phases : la première va du lendemain des élections de juin 1976 à la mi-77; la seconde va de juillet 1977 au début de 1978; la troisième enfin va de cette date jusqu'à la crise du gouvernement Andreotti au début 1979, quand le PCI retourna à l'opposition et provoqua les élections anticipées.

Dans la première phase, le PCI s'abstint au Parlement sur le gouvernement et ses mesures (cependant il en vota plusieurs). L'explication qu'il donna à sa base inquiète est qu'il fallait vérifier les disponibilités réelles de la Démocratie chrétienne à lancer un plan de renouvellement de l'Etat et de développement économique, en contrôlant strictement ses actes.

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La deuxième phase s'ouvrit avec l'accord programmatique signé après trois mois de discussion entre les six partis (PCI, PSI, Démocratie chrétienne, PRI, PSDI, PLI) et une motion votée dans ce sens au Parlement.

Ce programme de gouvernement, très général, était totalement subordonné aux indication du FMI. Les partis ouvriers acceptaient le principe de la réduction du coût du travail, celui de la mobilité et des licenciements, celui de la relance des profits. Le gouvernement demeurait démocrate-chrétien entre les mains d'Andreotti.

Enfin, après une nouvelle longue crise au début de 1978, le PCI réussira finalement à entrer à part entière dans la majorité parlementaire qui soutient le nouveau gouvernement Andreotti, sans réussir cependant à avoir des ministres comme il l'avait demandé.

La confiance à ce gouvernement sera votée au Parlement juste après l'enlèvement d'Aldo Moro et regroupera un éventail de forces extrêmement large qui va du PCI aux para-fascistes de Démocratie nationale.

Il faut tout de suite préciser que le PCI réussira à mener cette politique d'unité nationale sans de trop gros ennuis, grâce à deux éléments particuliers.

Le premier est la crise politique et organisationnelle que connaît l'extrême-gauche, totalement désorientée par le développement des événements et incapable de proposer une ligne et un programme politiques, pour ne pas parler d'une tactique face au PCI.

Le second est le développement du terrorisme et des actions aventuristes menées à plusieurs occasions par des groupes de l'Autonomie ouvrière. Le PCI prit le prétexte de ces actions pour convaincre ses militants de la nécessité de l'union nationale pour sauver la démocratie et appuya les mesures répressives et de renforcement des forces de police prises à cette occasion par la bourgeoisie.

Ce sera justement sur le terrain de l'ordre public et du renforcement des appareils répressifs de l'Etat que le gouvernement Andreotti obtiendra les résultats les plus importants, et ce sera justement sur la nature de l'Etat bourgeois que le PCI, aidé par le terrorisme, réussira à semer au cours de ces années le plus de confusion parmi les LES RYTHMES D'APPLICATION DE L'AUSTERITE

Quels ont été, par contre, les rythmes d'application de la politique d'austérité par rapport à ceux de l'union nationale ? Il est tout d'abord nécessaire de faire trois types de précisions politiques générales.

Les résultats obtenus par la bourgeoisie sur le terrain social et économique resteront limités. La politique d'austérité causera plus de problèmes aux secteurs sociaux marginaux que dans la classe ouvrière. La politique des réformistes poussera le mouvement étudiant à ne plus voir dans la classe ouvrière son point de référence.

Le gouvernement Andreotti a mené une campagne politique permanente sur l'ampleur des sacrifices à faire, mais a suivi une tactique dilatoire dans la prise des mesures concrètes

LIQUORI VINI pour affaiblir petit à petit un mouvement qu'il pensait trop fort pour l'attaquer frontalement.

Cela lui a permis d'obtenir quelques résultats, mais au bout du compte, ceux-ci sont tout à fait insuffisants par rapport aux exigences économiques du capital. La fermeture d'usines entières est un objectif encore loin d'être réalisé par le patronat. A plusieurs reprises, on a parlé d'une attaque décisive à l'échelle mobile, mais à chaque fois, elle a dû être repoussée. Et l'échelle mobile, qui permet de ratles catégories, industrielles et autres, reste une épine dans le pied du patronat.

Il a toujours existé une différence radicale entre les déclarations officielles des dirigeants réformistes et syndicaux, entre les prises de positions officielles du syndicat sur l'acceptation de l'austérité, de la restructuration leur application concrète dans les usines et localement par les instances de base du syndicat. Une des complaintes permanentes des capitalistes est que les choses que les syndicats écrivent ne sont pas appliquées, que les dirigeants syndicaux font des déclarations à Rome mais que, sous la pression de la base, il font autre chose à Milan et àTurin.

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La première grosse attaque survint en automne 1976. Le gouvernement augmenta l'essence, les médicaments et une série d'autres produits de première nécessité; il bloqua l'échelle mobile pour les revenus supérieurs à huit millions de lires annuelles et, partiellement, pour les revenus supérieurs à six millions annuels. Les réformistes et dirisyndicaux protestations tout à fait symboliques. Dans de nombreuses spontanées et des blocages de routes furent organisés par les travailleurs. Ce fut cependant un feu de paille. La grève ne se généralisa du PCI et des directions syndicales qui visa d'abord à atténuer la mobilisation, ensuite a la bloquer, réussit, bien qu'avec quelque difficulté, face à des avant-gardes que la politique réformiste plongeait dans la confusion. Les directions syndicales promirent une grève générale qui ne fut jamais organisée.

La riposte ouvrière, dispersée mais dure, fit prendre conscience à la bourgeoisie de la nécesd'agir avec prudence, et, surtout, d'impliquer plus directement les bureaucraties, afin que celles-ci aillent soutenir dimesures anti-ouvrières.

On arriva ainsi, au début de 1977, à un autre train de mesures à travers un accord entre syndicats, gouvernement et Confindustria. Il concernait de nouvelles augmentations de prix l'abolition l'échelle mobile pour les indemnités de départ, la fiscalisation des charges sociales des entreprises, l'abolition de sept jours fériés pour 1977, une détérioration du « panier» des produits sur la base duquel est calculé l'indice du coût de la vie (retrait des journaux et des transports en commun qui augmentèrent immédiatement de façon fulgurante).

Le fait que les directions syndicales appuyèrent directement ces mesures empêcha le développement d'une riposte dans les entreprises. On assista, par contre, à une forte discussion au sein des conseils et dans les usines, et des secteurs de base du POI exprimèrent des positions critiques. Les cadres de base du syndicat commençaient à faire les comptes avec un type de politique des réformistes qu'ils ne connaissaient pas.

A cette même époque, voté un décret-loi qui réduisait les subventions de l'Etat aux municipalités (le décret Stammati). Il s'en suivit une réduction du personnel, en premier lieu féminin, et une aggravation des services sociaux. La Démocratie chrétienne utilisa également ceci pour tenter d'en faire porter la faute aux municipalités socialistes et communistes, qui, par ailleurs, ne firent rien pour rejeter le décret.

Au début de l'été 1977, fut signé le fameux accord programmatique entre les six partis, mais son contenu eut du mal à être appliqué. Le mécontentement allait s'accroissant dans la classe ouvrière. Les projets de restructuration traînaient et étaient le plus souvent bloqués par la résistance ouvrière.

catégoriels étaient contraints par la pression des travailleurs à prendre lutte pour l'emploi, même si cela se faisait sur des objectifs fumeux. C'est ainsi qu'on arriva à grande grève des métallos du 2 décembre 1977 qui vit converger sur Rome 200000 ouavec une forte participation d'autres catégories, ainsi que des jeunes et des étudiants. La manifestation avait un caractère antigouvernemental clair. La FLM devint à cette occasion un point de référence social et politique pour de larges couches de travailleurs et de jeunes et se présenta objecopposition gouvernement d'union nationale. C'est dans cette situation qu'apparut plus clairement le lien entre politique d'union nationale et austérité et la né cessité pour l'Etat et le gouvernement bourgeois de subordonner les syndicats à leurs intérêts. Le PCI et la bourgeoisie prirent une initiative commune vers les syndicats, bien qu'elle soit dictée par des objectifs différents.

LE TOURNANT SYNDICAL

Le PCI provoqua la crise du gouvernement après la grande manifestation, demandant son entrée de plein droit au gouvernement comme garantie fondamentale pour opérer un changement social. Mais pour mener cette opération de façon crédi ble aux yeux de la bourgeoisie, il devait cependant donner des assurances sur sa capacité de contrôler étroitement le syndicat et de le ramener dans le cadre de la politique d'austérité. De leur côté, les forces bourgeoises présentes dans le syndicat opérèrent afin que celui-ci respecte les exigences économiques de la bourgeoisie. Alors que l'on discutait du gouvernement - le PCI n'obtiendra que son entrée formelle dans la majorité parlementaire - se développa une opération visant à « normaliser» le syndicat. Ce fut la

«assemblée

A travers une consultation tout à fait bureaucratique, et une assemblée nationale de cadres triés sur le volet, les direcsyndicales présentèrent un document programmatique les déclarations sur les priorités au Sud et à l'emploi, ne réussit pas à maquiller ce qui est une subordination totale aux lois du marché capitaliste. Les dirigeants syndicaux développent une grande campagne idéologique sur l'inévitabilité du capitalisme dans cette phase. Lama explique qu'il faut des licenciements et souhaite une nouvelle période de développement économique similaire à celui des années cinquante. En Italie, ces années sont synonyme de répression du mouvement ouvrier et d'exploitation bestiale.

A cette occasion, la gauche syndicale démontra toute sa faiblesse stratégique. Incapable de présenter une proposition alternative d'ensemble, elle utilisa la vieille tactique de pression sur les directions syndicales, obtenant par là des résultats négligeables. Cependant l'opération de la bureaucratie provoqua un fort malaise à la base du syndicat, un peu moins dans

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la masse des travailleurs désorientés par la nouvelle politique.

Dans les assemblées provinciales, malgré toutes les manœuvres des directions, s'exprimèrent de fortes minorités d'opposition (en particulier à Milan, où un tiers de délégués vota une motion alternative).

La «plateforme de l'EUR», bien qu'elle soit présentée comme une plateforme de lutte pour répondre au « mécontentement et à la révolte qui monte du mezziogiorno et de la jeunesse » est un véritable pacte social qui reprend les objectifs définis cord entre les six partis et done s'accorde aux compatibilités économiques bourgeoises, nationales et internationales. L'objectif déclaré est le blocage du coût du travail et l'augmentation de la productivité. Elle accepte donc le blocage des dépenses publiques et l'augmentation des tarifs. Le syndicat décide de façon «autonome» de contenir le coût du travail à travers l'auto-limitation des revendications. Tout en laissant formellement toute liberté en la matière aux fédérations catégorielles, les chaque fois lourdement pour freiner les catégories les plus avancées. La plateforme accepte enfin la mobilité de la main-d'œuvre au sein de l'entreprise et entre les entreprises, prémisse pure et simple aux licenciements. Elle propose une restructuration de la composition du salaire qui devrait arriver à une réduction du montant global de celui-ci, la perte de certains automatismes, la fin des augmentations égales pour tous.

La gauche syndicale n'obtint un petit succès que sur la question de l'agence du travail, c'est-à-dire une agence où les travailleurs licenciés seraient parqués pour un temps en attente d'un nouveau travail ou du licenciement définitif.

La formulation finale de la plateforme conserve cette idée, mais exprimée de façon si générale qu'elle est peu opératoire.

Paradoxalement, c'est justement après l'«assemblée de TEUR» politique d'austérité rencontre le plus de difficultés. La raison en est simple. L'EUR érigeait un barrage contre une forte reprise de la mobilisation ouvrière. Mais elle ne pouvait pas à elle seule briser la force des travailleurs.

Beaucoup des formulations utilisées demeuraient très géné- semple, qui dient rales, ce qui signifie que, par l'application concrète dans les usines pour « gérer la mobilité», c'était les militants mêmes du PCI, pourtant actifs partisans de l'idéologie de l'austérité, qui s'opposaient aux initiatives patronales.

Une chose était de faire voter une plateforme dans une assemblée de permanents et de dirigeants syndicaux, une autre chose était de la faire appliquer concrètement par un avaient des années durant mené des luttes sur une ligne assez différente, et par une classe oun'était pas disposée à revenir en arrière.

Le résultat global a été en-

June fois d'accentuer les processus de discussion et de débat dans le syndicat.

Dans les mois qui suivirent, la bourgeoisie ne réalisera qu'un seul objectif, d'ailleurs contradictoire, la loi sur « equo canone » concernant les loyers. Cette loi mécontente tout le monde en déterminant la quasi-paralysie du marché de la location des logements.

gouvernement quelques nouvelles augmentations partielles des tarifs publics, mais dans l'ensemble, entre les augmentations dues à l'échelle mobile et d'autres hausses partielles des salaires, la classe ouvrière ayant un emploi ne son pouvoir d'achat que de façon très miniplus difficile pour les ouvriers travaillant « au noir».

Les grands projets de restructuration du secteur chimique qui prévoient la fermeture d'usines entières en Sardaigne et dans le Sud n'ont pas réussi à se concrétiser. La résistance ouvrière y fut très forte et les direction syndicales furent contraintes de prendre des initiatives de luttes, plus accentuées encore ces derniers mois avec l'ouverture de la négociation du contrat de catégorie.

La discussion sur la plateforme pour les contrats qui se développa durant tout l'automne et l'hiver 78 se par l'introduction, sous forme partielle, duction de l'horaire de travail à perte de salaire, objectif qui explicitement rejeté par la plateforme de l'EUR et auquel le PCI s'était opposé par tous les moyens possibles.

A l'automne 1978, des secteurs inquiets de la bourgeoisie cherchèrent à forcer les rythmes et à coincer toujours plus les réformistes qui subissaient eux-mêmes la pression du mécontentement de leur base et qui rencontraient beaucoup de difficultés pour normaliser le syndicat. Certains secteurs de la bourgeoisie remettront en cause la politique d'union nationale, qui ne porte pas les fruits souhaités d'usure de la classe ouvrière. Le PCI sera contraint à son tour d'élever la voix et de provoquer la crise de gouvernement qui mènera aux élections anticipées du 3 juin prochain. En fait son action dans le syndicat finit par transporter dans ses propres rangs la discussion qui s'y développait.

Les événements de ces trois dernières années révèlent donc une situation dans laquelle la classe ouvrière force organisée et ses avantages acquis et le fait que la bourgeoi-

Wait été à l'offensive n'a cependant pas permis de renverser les rapports de forces. Non seulement on n'a pas vu se réaliser ce pacte de fer entre Démocrachrétienne et PCI, ce bloc social de fer dont les principaux groupes centristes présentaient l'inéluctabilité, mais au contraire, dans la phase récente, on a assisté à une accélération des processus de politisation au sein

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du mouvement ouvrier, à une discussion, qui posent les problemes de la stratégie d'ensemble que celui-ci devrait adopter dans la phase actuelle. Une situation donc très favorable à l'action des révolutionnaires et la construction du parti. LES AXES DE LA LUTTE CONTRE L'UNION NATIONALE

C'est en tenant compte de l'ensemble de ces éléments que les marxistes révolutionnaires italiens sont intervenus, sur les axes suivants: a. dans la première phase, l'axe central de la bataille contre l'austérité se concentrait dans la lutte pour la défense de l'échelle mobile. Sur cet aspect il nous fut possible de nous appuyer sur les déclarations formelles des dirigeants afin de faire comprendre à un niveau de masse le rôle clé que joue cet instrument en Italie pour défendre le pouvoir d'achat des travailleurs. En deuxième lieu nous avons développé une agitation visant à centraliser les luttes éparses contre le décret de l'automne 1976; b. la lutte contre la collaboration des partis ouvriers avec les forces bourgeoises s'est posée différemment selon les situations. Au début, nous avons surtout mis l'accent sur la force du mouvement de classe, sur la possibilité qu'avaient les partis ouvriers de former leur propre gouvernement.

D'un point de vue général, nous nous sommes référés à l'expérience de l'après-guerre pour montrer comment le patronat avait déjà utilisé une fois les réformistes pour reconstruire son propre pouvoir et ensuite les renvoyer, et comment la politique actuelle du PCI ne faisait que suivre une voie déjà empruntée et qui avait mené à la défaite.

Dans la seconde phase, cette explication qui apparaissait plus propagandiste, a pu se nourrir de l'expérience concrète que faisaient les masses de la politique d'austérité et de la responsabilité des réformistes dans celle-ci; c. à l'intérieur du syndicat, on a assité à une accélération du débat qui nous a permis de nous y insérer activement, pour mener des batailles partielles (comme la défense de l'échelle mobile), et relier celles-ci à une orientation stratégique d'ensemble. La discussion sur l'EUR nous a permis d'intervenir à la fois pour expliquer les mécanismes de fond du système capitaliste et pour présenter une orientation intransigeante d'unité et d'indépendance de la classe ouvrière et du syndicat.

Notre intervention a porté le plus de fruits au cours des derniers mois de discussion de la plateforme pour les contrats et de la lutte pour cette plateforme. Nous avons centré le feu sur la question de la réduction du temps de travail de façon à garantir une plus grande unité des travailleurs et de sanctionner une rupture effective avec la ligne de l'EUR. Sur cet axe nous avons pu mener une bataille embryonnaire de tendance, dans les assemblées d'usine, dans les conseils, dans les assemblées provinciales et nationales, comme à celle de la FLM ou nous avions plusieurs délégués; d. face au projet gouvernemental d'un plan triennal qui synthétise les objectifs de la bourgeoisie et face auquel les diréformistes cales ont été contraintes d'exprimer leur perplexité, avons pu développer avec une certaine crédibilité notre pagande pour l'élaboration d'un plan ouvrier contre la crise; e. enfin, sur la base de la forte pression qui existe à un niveau de masse pour que le PCI aille au gouvernement, nous avons maintenu en permanence la bataille pour un gouvernement du PCI et du PSI qui s'appuie sur les syndicats et la mobilisation des travailleurs. Ce mot d'ordre a été une constante de notre intervention au cours de ces trois années pour dessiner la voie de l'indépendance de classe et du gouvernement des travailleurs contre la politique de collaboration de classe des directions traditionnelles.

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