Inprecor 1974–2004

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EUROPE

La riposte ouvrière à l'offensive d'austérité

· Inprecor n° 52, 10 mai 1979 · p. 5-9 · 3 546 mots

Syndicalisme France État espagnol Portugal

Dans tous les pays capitalistes d'Europe, la bourgeoisie avait réagi à la récession généralisée de 1974-1975 en déclenchant une offensive d'austérité anti-ouvrière. Cette offensive visait essentiellement à faire payer par les travailleurs les frais de la crise et de la restructuration capitalistes. Ses principaux angles d'attaque étaient : * Un effort d'arrêter net touaugmentation des salaires réels, voire de réduire ceux-ci, sous prétexte de combattre l'inflation. Vu le rythme élevé d'augmentation de la productivité qui se maintient dans la plupart des pays impérialistes, un arrêt brutal de la progression des salaires réels, voire leur réduction, se traduit par une augmentation considérable du taux de la plus-value et donc, toute chose restant égale par ailleurs, par un accroissement imtaux de profit. C'était bien là le but principal de la politique d'austérité. * Une atteinte non moins brutale aux acquis du mouvement ouvrier en matière de sécurité sociale ou de dépenses publiques à portée sociale, qui représentent aujourd'hui dans tous les pays impérialistes, mais surtout dans ceux d'Europe capitaliste, une fraction importante des salaires, au sens fondamental du terme (des «frais de reproduction de la force de travail »).

Le terme de « salaire indirect» (ou de fraction de salaià l'offensive d'austérité re socialisée » est bien approprié dans ce sens. Toute atteinte à ces dépenses, effectuée sous prétexte de réduire le déficit budgétaire, d'« assainir les finances publiques», ou encore une fois de « combattre l'inflation», se traduit par une réduction du niveau de vie de la classe ouvrière dans son ensemble, touchant particulièrement certaines couches du prolétariat (malades, retraités, apprentis et jeunes en général, etc.). Une manière indirecte de réduire ce salaire indirect consiste à déplacer une partie des frais de financement de ces dépenses du patronat ou de l'Etat vers les salariés eux-mêmes.

Une réduction systématique de l'emploi dans toutes les branches d'industrie particulièrement frappées par la crise, allant jusqu'au démantèlement de secteurs ou de sous-secteurs entiers de l'industrie (avec des conséquences particulièrement douloureuses pour des localités ou des régions où sont concentrés ces secteurs). La sidérurgie, la construction navale, l'indusples typiques à ce sujet. Le déloppements régionaux qui s'accentuent en conséquence expliquent en partie la réapparition ou l'accentuation de certaines agitations regionalistes, voire la redécouverte de certaines «identités nationales» régionalistes dans divers pays d'Europe.

Le but de cette restructuration capitaliste est d'élimi-

La riposte ouvriere

ner les firmes travaillant à perte et de relever du même fait le taux moyen de profit. Il s'agit de réorienter conjointement une partie des activités industrielles vers le marché mondial, c'est-à-dire d'améliorer les conditions compétitives de l'industrie « nationale » sur ce marché, où la crise a exacerbé la concurrence inter-impérialiste. La restructuration aux frais des travailleurs et de l'emploi (licenciements massifs, fermetures d'entreprises, blocage de l'embauche, mises à la retraite prématurée, etc.) est censée per mettre à chaque économie impérialiste de se spécialiser davantage dans des activités industrielles dites « en pointe», aux dépens des activités industrielles dites «en régression». Elle est appuyée par une politique de subsides étatiques au profit de ces secteurs «en pointe», subsides pour lesquels la réduction relative des dépenses sociales dégager les moyens né* Une tentative d'éroder les libertés syndicales et capacités de riposte vigoureuse du mouvement ouvrier et de la classe ouvrière devant cette of anti-ouvrière sée. Il faut placer dans cette catégorie des mesures comme la prolongation de la durée des conventions collectives (Danemark), les attaques contre les piquets grève combatifs (Grande-Bretagne), les premiers ballons d'essai concernant des restrictions à la liberté de manifestation (France), les tentatives

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de réduire les droits des délégués d'usines et leur possibilité de modifier les résultats des négociations nationales sur les salaires et les conditions de travail (Italie, Espagne, Grande-Bretagne, etc.).

Cette offensive anti-ouvrière généralisée a évidemment pris des formes spécifiques de pays en pays. La politique des gouvernements Wilson et Callaghan de limiter les taux d'augsalaires nominaux en Grande-Bretagne, les plans d'austérité du gouvernement Andreotti en Italie et des gouvernements qui se sont succédés au Portugal, le Plan Barre en France, en sont les manifestations les plus frappantes. LES DIRECTIONS REFORMISTES DEVANT L'OFFENSIVE D'AUSTERITE DE LA BOURGEOISIE

Surprises et décontenancées par la crise et ses conséquences, embourbées dans leur stratégie générale de collaboration de classe, se refusant à envisager une quelconque solution de rechange globalement anti-capita. liste (de rupture avec la logique du profit), les directions réformistes, que ce soient celles des PS, des PC ou des grandes organisations syndicales, ont en général capitulé devant les desseins du grand capital.

Dans une série de pays, avant tout en Grande-Bretagne, en Allemagne occidentale, au Dane-

Men partie en (sous les gouvernements Tindeman Il et Van den Boeynants), au Portugal (gouvernements Soares), en Finlande, elles ont mêjoué le rôle d'initiateurs principaux de la politique d'austérité. Elles ont « géré la crise» capitaliste. Dans d'autres pays, leur engagement en faveur de «pactes sociaux » couvrant la politique d'austérité route par des partis bourgeois a permis sa réalisation pendant une première étape. Ce fut notamment le cas de la politique suivie par le Parti communiste italien (et accessoirement aussi par le Parti socialiste du même pays) sous le gouvernement Andreotti. Ce fut le cas du « Pacte de la Moncloa» en Espagne. Ce fut également le cas de la Finlande, où le PC a entièrement couvert la politique d'austérité gouvernement sous direction social-démocrate et bourgeoise. Le PCF, verbalement, s'oppose encore à la polid'austérité du gouverne. ment Barre, mais la CGT qu'il dirige s'est déjà engagée à fond dans la « politique contractuelle ». Quant à la direction Maire de la CFDT, liée à une aile du PS, elle accepte de fait - sous couvert d'une politique de «recentrage » - la l'austérité capitaliste.

directions réformistes ont justifié cette capitulation devant l'offensive anti-ouvrière par différentes sortes d'arguments. Les uns allèguent la fatalité économique. En « économie ouverte » (lisez : dans le cadre du marché mondial capitaliste), aucun gouvernement ne peut se soustraire aux « règles du jeu», souvent imposées par le Fonds monétaire international (ce fut surtout le cas du Portugal et de la Grande-Bretagne, en partie aussi celui de l'Italie et de l'Espagne), sous peine de conduire à l'arrêt du crédit international, à la restriction sévère des importations, voire à l'arrêt de toute la vie économi-

Les autres affirment qu'on est placé devant le choix entre une politique d'austérité modé. rée, appliquée par les directions réformistes, ou une d'austérité plus sévère et plus agressive appliquée par les partis bourgeois. Mieux vaudrait, dès lors, choisir le moindre mal.

D'autres affirment cyniquement que la politique d'austérité pourrait être utilisée au profit du mouvement ouvrier, si en échange des sacrifices de consommation courante obtenus de la part des travailleurs, le mouvement ouvrier arrache des concessions importantes en matière d'«élargissement de la démocratie » et de « réformes de structure». Ce fut particulièrement net dans l'argumentation des dirigeants des Partis communistes italien et espagnol. Finalement, il y a ceux qui affirment que les concessions en matière de salaires sont indispensables pour combattre l'hémorragie en matière d'emploi.

Un bilan provisoire des deux premières années de politique d'austérité (grosso modo les années 1976 et 1977, mais avec des variations importantes de pays en pays) démontre le capeur, de toutes ces justifications. Les salaires réels des travailleurs ont connu une érosion, surtout au Portugal, en GrandeBretagne et en République fédérale allemande. Le chômage n'a nulle part reculé. Il a même eu tendance à s'accentuer. Les fameuses « réformes de structure» sont inexistantes, ou se réduisent à de vulgaires mesures de « rationalisation» de l'économie capitaliste. Quant à l'« élargissement de la démocratie», elle n'existe que dans l'imagination de directions eurocommunistes. La réalité, c'est une accentuation des tendances répressives marginales (l'exception, c'est évidemment la conquête des principales libertés démocratiques du mouvement ouvrier en Espagne lors du passage du régime franquiste au régime Juan carliste arrachées par une formidable montée du mouvement de masse que la bourgeoisie craignait de voir se transformer en véritable explosion révolutionnaire). LA RIPOSTE OUVRIERE

La classe ouvrière dans sa majorité n'était pas non plus préparée à une riposte rapide devant l'offensive capitaliste généralisée. Elle venait de sortir prolongée de «plein emploi» relatif et d'augmentation relative de son pouvoir d'achat. La propagande yée par les directions des partis socialistes et des partis communistes au sein du mouvement ouvrier, lui faisaient croire que ainsi pour une période indéfinie. Le «Programme commun de gouvernement» de l'Union de la gauche en France était fondé sur l'hypothèse d'un taux de croissance annuel régulier de l'économie de 5%.

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Ceux qui avertissaient les travailleurs qu'en régime capitaliste, les crise économiques étaient inévitables et qu'on allait connaître une succession de récessions, étaient raillés comme d'incurables « dogmatiques» qui n'avaient rien compris aux changements survenus depuis la Deuxième guerre mondiale dans le fonctionnement de l'économie dite « mixte» (le terme « capitaliste » étant, lui aussi, de plus en plus banni du vocabulaire).

Les travailleurs étaient donc surpris par la crise, inquiets de la montee du chomage, desorientés par la politique réformiste, surtout dans les pays où ce furent les directions réformistes elles-mêmes qui prirent carré. ment en charge l'application de la politique d'austérité. Il leur fallait un certain intervalle pour comprendre dans quel sens les cartes étaient en train d'être redistribuées, et comment il fallait réagir dans ces conditions nouvelles.

Il faut ajouter que dans plusieurs pays d'Europe, surtout ceux de l'Europe du Sud-Ouest (Portugal, Espagne, Italie, France), le tournant de la situation économique survint en pleine crise politique qui avait pris, soit la forme d'une crise prérévolutionnaire ou révolutionnaire (Espagne, Portugal), soit en était porteuse (Italie, France). Les travailleurs concentraient leur attention sur des problèmes et des solutions politiques d'ensemble, et ne sentirent pas immédiatement la nécessité de riposter d'emblée à l'offensive économique du patronat et de l'Etat bourgeois (ce fut surtout le cas du Portugal en 1976 et de la France en 1977).

Il faut en outre tenir compte du fait que dans un premier temps, du moins dans certains pays, la bourgeoisie a appliqué une politique de chômage partiel ou technique, qui a eu des effets de division sur les travailleurs. Lorsqu'elle fut forcée, pour les besoins de la restructuration, de passer aux licenciements et fermetures d'usines massifs, la riposte unitaire a été objectivement facilitée.

PASAY CHT.

Néanmoins, après une certaine phase d'attente, la riposte ouvrière a commencé à s'esquisser, surtout au cours de l'année 1978 et au début de l'année 1979 (de nouveau, avec des différences non négligeables de pays en pays, tant en ce qui concerne le moment qu'en ce qui concerne l'ampleur de cette riposte ouvrière). La riposte a généralement pris une triple forme: * des luttes salariales dures pour faire voler en éclats les limites imposées aux augmentations des salaires nominaux. Ces luttes ont été en partie facilitées par les conditions de reprise économique modérée que connurent une série de pays impérialistes, en partie par la remontée spectaculaire des profits capitalistes. Elles ont marqué des succès nets en RFA et en Grande-Bretagne, moins en Espagne, où elles ont pourtant été fort combatives et amples. L'explosion courante de luttes ouvrières en Irlande entre dans la même catégorie.

FO CHIERS ORL

* une pression considérable au sein même du mouvement syndical pour rompre les « pactes sociaux » qui permettent l'application de la politique d'austérité. Celle-ci a été largement couronnée de succès en Espagne, où le «Pacte de la Moncloa» n'a pas été renouvelé. Elle commence à se faire sentir en Italie. Au Danemark, il y eut

June greve generale dans ce sens en 1978. * Des luttes partielles, mais très explosives contre les licenciements et les fermetures d'usines. La lutte des sidérurgistes du Nord et de la Lorraine en France est typique à ce propos.

Si l'on veut dresser un bilan des trois années qui se sont écoulées depuis le début de l'offensive d'austérité, on peut constater qu'à l'exception du Portugal, les gains obtenus par la bourgeoisie sont modestes. Dans de nombreux pays, la riposte ouvrière a entièrement neutralisé les pertes des salaires

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réels arrachées auparavant par le patronat. La combativité syndicale reste très élevée. Les possibilités de l'enserrer effectivement dans des règles de fonctionnement contraignantes sont quasi nulles. La bourgeoisie ne pouvant imposer ses solutions et le prolétariat ne disposant pas encore de la direction adé. quate pour imposer les siennes, la crise sera donc longue et marquée par de nombreux tournants brusques.

Aucun changement important du rapport de forces global entre les classes n'est intervenu. Même le succès obtenu par la bourgeoisie en matière de chômage - sept à huit millions de chômeurs en permanence dans les pays capitalistes d'Europe -n'a pu modifier ces rapports de forces.

La raison en réside dans le fait que le chômage n'a point encore touché les «gros bataillons» du mouvement ouvrier organisé (sauf le secteur de la sidérurgie). Ses effets ont été concentrés sur les secteurs les plus faibles et les plus vulnérables de la classe ouvrière - traMONTRA PARO Y EXPEDIENTIESIA.

OR LA AMISTIA LABORAL

VIVA LA LINIDAD OBRE

vailleurs immigrés, femmes, jeunes. Mais comme ces secteurs sont justement moins organisés que les «gros bataillons» (ce qui explique en partie leur vulnérabilité), les coups qu'ils encaissent n'entament pas, dans l'immédiat, le potentiel de combat du mouvement ouvrier organisé. Il va sans dire qu'à plus long terme, cette évolution est porteuse de divisions et d'autres dangers pour la classe ouvrière, si le mouvement ouvrier organisé devait s'avérer impuissant à défendre de manière solidaire ses couches les plus faibles.

LES LIMITES DES RIPOSTES SEMI-SPONTANEES ET EN ORDRE DISPERSE

Si l'on peut enregistrer un net changement de climat en 1978 ou 1979 selon le pays envisagé, et si la classe ouvrière de l'Europe capitaliste a manifestement commencé à riposter devant l'offensive d'austérité généralisée dont elle fait l'objet, il faut cependant prendre conscience des limites de cette riposte.

Il s'agit avant tout d'une riposte semi-spontanée, « portée » par des cadres syndicaux d'entreprises ou locaux, par l'avant-garde ouvrière large appuyée par des courants politiques de gauche et d'extrême-gauche au sein du mouvement ouvrier, mais qui, nulle part, ne peut encore s'appuyer sur des tendances syndicales de gauche structurées à l'échelle nationale, dotées d'une efficacité réelle face aux appareils bureaucratiques, pour ne pas dire sur des partis révolutionnaires commençant à acquérir une influence de masse.

Dans ces conditions, la riposte prend une forme nécessairement discontinue. Les travailleurs déclenchent des grèves très dures (comme la grève Ford ou celle de certains secteurs publics en Grande-Bretagne; comme celles du Nord et de la Lorraine en France), mais il s'agit de mouvements en ordre dispersé qui he s'étendent pas automatiquement à d'autres secteurs ou à d'autres régions, tout en encourageant évidemment la relance de la riposte d'autres secteurs. Ces ripostes sont donc utiles et méritent l'appui enthousiaste et énergique de tous les révolutionnaires et de tous les travailleurs d'avant-garde. Le

En démontrant clairement que la classe ouvrière conserve un potentiel élevé de combativité, qu'elle est capable de réagir avec énergie; qu'elle en a «ras-le-bol » de la politique d'austérité et des compromissions des réformistes avec elle; en révélant la montée de la colère dans de nombreux secteurs de la classe ouvrière européenne qui, dans des cas comme la France, englobe une fraction élevée du prolétariat dans son ensemble, ces explosions partielles préparent le terrain d'une riposte d'ensemble et en facilitent les conditions de démarrage.

Lorsque les directions syndicales sont obligées d'en tenir compte, ne fût-ce qu'à des fins de canalisation préventive, les résultats peuvent être spectaculaires. Témoin la mobilisation récente de 60000 travailleurs wallons à Namur (sur une population de moins de quatre millions d'habitants !). Témoin la ténacité imprévue et spectaculaire avec laquelle les sidérurgistes de la Ruhr se sont battus fin 1978-début 1979 pour la semaine de 35 heures, la première grève effective pour cet objectif immédiat commun à tout le prolétariat d'Europe capitaliste.

Mais une chose est de souligner l'importance et la portée de ces explosions semi-spontanées: autre chose est d'en exagérer la dynamique « automatique ». Ici intervient un autre facteur, dont l'importance ira croissant au fur et à mesure que la crise capitaliste se prolonge.

Les travailleurs sentent d'instinct qu'ils sont confrontés, non avec un « accident de parcours» passager de l'économie capitaliste, mais avec une crise strueturelle profonde. Ils sentent d'instinct que ce ne sont pas les patrons d'une entreprise en faillite, ni les patrons de toute une branche industrielle, qui peuvent rétablir le plein emploi, même sous la pression d'une grève très dure et prolongée. C'est seulement à l'échelle de l'économie prise dans son en-

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semble que peuvent intervenir des solutions tant soit peu efficaces. Mais qui dit «l'économie prise dans son ensemble » dit en réalité « gouvernement», « Etat» et «pouvoir politique». La recherche de solutions anticapitalistes d'ensemble à la crise doit déboucher sur des solutions politiques.

Or, à ce propos, si les « solutions » réformistes de collaboration de classe se révèlent de plus en plus comme insatisfaisantes aux yeux des couches nombreuses de travailleurs, des solutions politiques de rechange qui soient réellement crédibles se laissent attendre, vu notamment la faiblesse relative des forces révolutionnaires. En outre, les directions des partis socialistes et des partis communistes appliquent le plus souvent une politique délibérée de fragmentation et de division - y compris de division politique sectaire - qui rendent d'autant moins crédibles des solutions politiques alternatives. Tous ces facteurs tendent à poser des limites aux capacités de riposte semi-spontanées des masses. LA REPONSE REVOLUTIONNAIRE A L'OFFENSIVE CAPITALISTE

Le réponse des marxistes révolutionnaires à l'offensive d'austérité du Capital l'Etat bourgeois combine cinq éléments nécessaires qui ne sont que l'application, à une conjoncture concrète, de la stratégie générale des revendications transitoires : 1. Lancer des revendications précises comme objectifs immédiats de luttes effectives qui apparaissent comme des solutions aux principaux maux qui frappent les travailleurs par de cette offensive : contre le chômage, semaine de 35 heures, sans réduction du salaire hebdo madaire, avec embauche proportionnelle et contrôle ouvrier sur les cadences; contre les fermetures d'usines, nationalisation sans indemnisations ni таchat, et gestion sous contrôle ouvrier; contre les licenciements, pouvoir de veto des travailleurs; pas de licenciements sans reclassements préalables aux mêmes conditions de salaires et dans la même région; contre les atteintes au pouvoir d'achat : échelle mobile des salaires et des allocations sociales sur la base d'un indice du coût de la vie élaboré par les syndicats; contre la crise qui dure, plan de développement économique fondé sur la nationalisation intégrale du crédit, des industries clés et des grandes entreprises, sauf pour les tout petits actionnaires, plan orienté vers la satisfaction prioritaire des besoins des masses laborieuses et peuples dits du « tiers-monde», démocratiquement Coordination internationale - au des délégués d'usines, des sections syndicales et des syndicats d'industrie - de l'action ouvrière dans toutes les filiales des mêmes multinationales. Unification internationale de l'action syndicale dans les branches les plus frappées par la crise (sidérurgie !). 2. Mobilisations unitaires pour atteindre des objectifs essentiellement par l'action extra-parlementaire: manifestations plus en plus larges; grèves générales de branches et grèves gélocales et régionales dans les secteurs les plus frappés par la crise; propagande et agitation systématiques en faveur d'une grève générale pour mettre fin à la politique d'austérité. Propagande (y compris par l'exemple) de mise en place de structures démocratiques d'auto-organisation des masses (comités grève démocratiquement élus; comités centraux de grève; congrès des comités de grève, etc.). 3. Défense systématique de solutions politiques d'ensemble, y compris au niveau gouvernemental, qui ne peuvent être que des solutions unitaires. Propagande et, à l'occasion, agitation systématique en faveur du gouvernement des travailleurs, de gouvernements des tions ouvrières (gouvernements travaillistes, gouvernements PS-PC, gouvernements PS-PCsyndicats, etc. selon les pays et les circonstances concrètes) mis en demeure de donner satisfaction aux principales revendications des masses laborieuses. Propagande systématique en faveur de l'unité de la classe ouvrière et de ses alliés, en faveur du front unique de toutes les orgadu mouvement ouvrier, et de la structuration de ce front unique par des comités unitaires, de la base au sommet, qui doivent contrôler l'activité du gouverneprevu. Aucune illusion quant à la capacité des directions réformistes de rompre effectivement avec le capitalisme. 4. Action systématique en faveur de l'émergence tions de rechange larges au sein des organisations de masse. Combat pour l'unité et la démocratie syndicales, lutte pour un syndicalisme de combat, pour l'émergence de tendances syndicales de gauche qui cherchent à arracher aux appareils bureaucratiques des syndicats, surtout au cours et au lendemain de grandes lut-

Discussion fraternelle et unité d'action avec les tendances de gauche qui se cristallisent petit à petit au sein des partis communistes et des partis socialistes. 5. Politique systématique de construction et de renforcement du noyau du parti révolutionnaire, dont la croissance constitue un élément clé, tant pour stimuler l'apparition de directions de rechange au sein des syndicats et des entreprises, que pour orienter la lutte de masse dans un sens nettement unitaire et anticapitaliste.

Les rapports de forces étant ce qu'ils sont, il n'y a rien qui interdise la possibilité de voir la riposte semi-spontanée des masses laborieuses se transformer en un assaut généralisé contre le régime capitaliste. Mais il n'y a rien non plus qui le garantisse. Pour que cette transformation, seule possibilité d'une issue positive de la crise, se réalise effectivement, c'est pour l'ensemble du programme d'action que d'action que nous venons d'esquisser qu'il faut engager le combat, nationalement et internationalement.

15 avril 1979

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