Cher camarade Barnes, Ton discours « Cuba: vingt ans de révolution», du 31 décembre 1978, me paraît être un texte important, tant par son contenu que par l'occasion pour laquelle il a été prononcé. Je trouve juste ton souci de faire un bilan objectif de la révolution cubaine et de l'évolution de sa direction, valorisant même le contenu révolutionnaire de son intervention en Angola et dans d'autres pays d'Afrique, et invitant tout le monde à comprendre, lorsqu'on juge ces camarades, que l'alliance avec les Soviétiques leur est indispensable, mais qu'elle les soumet à des pressions terribles de la part de la bureaucratie.
Il est certain que la révolution cubaine a été un test pour toutes les tendances révolutionnaires et toutes les tendances du trotskysme, surtout lors des années cruciales de 1959 à 1962. Le résumé que tu fais de l'activité des trotskystes nord-américains, pendant en défense de la révolution, me istoire du mo tino-américa paraît appréciable. Tout cela (et quelque chose de plus que notre situation nous permettait), le mouvement trotskyste latino-américain l'a également fait. Ce mouvement était alors en majorité organisé dans le Secrétariat interational de la IVe Internationale.
Je crois donc qu'il serait intéressant de soumettre au test dont tu parles, les positions et l'activité de toutes les tendances du trotskysme à ce propos et à cette époque, tant de celles qui étaient regroupées dans le Secrétariat international que de celles qui étaient dans le Comité international, non seulement aux Etats-Unis mais aussi dans d'autres pays, y compris en Amérique latine (il n'y avait «posadisme», car cette rupture s'est produite à partir de 1962 et que Posadas, d'abord se considérait comme «pabliste», et ensuite était loin absurdités qu'il dira quelques années plus tard, car il était sous le contrôle et l'influence de la vie politique de ce qu'était uvement lin alors la IVe Internationale - Secrétariat international).
L'histoire de notre mouvement est importante parce que c'est en elle, et non dans l'abstraction, que vit notre programme et que les jeunes camarades trouvent une source de sécurité et d'éducation militantes. Dans cette histoire, l'expérience montre qu'aucune des tendances entre lesquelles, politiquement et organisationnellement, mouvement s'est alternativement divisé depuis le deuxième Congrès mondial (1948), ne possède le monopole exclusif des principes et des traditions trotskystes, et qu'aucune d'entre elles n'a celui des succès ni des erreurs non plus (ce qui ne signifie pas, évidemment, que toutes les tendances soient égales).
Cette histoire est indispensable comme instrument de formation. Il y a une chose que montrent des personnages comme Staline, Healy (que je crois que tu connais bien) et Posadas (que je connais peut construire l'avenir en calomniant ou en déformant le
passé. C'est déjà mauvais lorsqu'on le fait par ignorance ou par insouciance. C'est bien pire quand, comme dans le cas de ces personnages, on le fait pour servir l'intérêt politique immédiat d'une clique, d'une secte ou d'une fraction.
La tradition du trotskysme est un trésor inestimable de ténacité dans la défense des principes, de capacité à affronter de longues années d'adversité, de don au militantisme révolutionnaire, non de trois ou cinq ans de vie étudiante, mais de toute une existence responsable. Seul un programme ayant passé toutes les épreuves peut donner cette continuité, alors qu'il a connu, jusqu'à de victoires et beaucoup faites. Cette continuité s'incarne dans des hommes femmes, réels. Et ce que ceux-ci font et ont fait pour la révolution, quelle que soit leur tendance à l'intérieur du trotskysme, il faut le valoriser et le répéter. Sinon notre programme apparaîtrait comme une vérité abstraite que le premier venu découvrirait et utiliserait comme il lui plaît et pendant le temps qu'il le désirerait, pour le laisser ensuite et se consacrer à autre chose.
L'attitude du vieux militant qui, chaque fois que les jeunes parlent ou le contredisent, resson passé (vrai ou inventé) comme argument d'autorité, me paraît fate et orgueilleuse.
jeunes, et, avec raison, cas de gens-là. parait peu sérieux d'ignorer ou de déprécier tout le passé (ou le présent) auquel nous avons participé, comme si le mouvement commençait au moment et à l'endroit où chacun d'entre nous arrive. Les militants qui viennent avec cette attitude, et ne la changent pas au cours de leur vie dans le parti, ne sont pas solides et leur fièvre trotskyste ne dure pas. Généralement, ils finissent par le centrisme par un repli individualiste.
La calomnie et l'amalgame ont été les armes constamment utilisées par les staliniens et par centristes, chacun à leur manière, dans la lutte contre le trotskysme, étant donné la faiblesse ou la carence de leurs arguments théoriques. bains, courant typique des révolutionnaires centristes, et qui de plus disposent d'un appareil important (que tu valorises de façon trop acritique), n'ont pas été les derniers à le faire. Depuis les écrits de Blas Roca et ceux de Régis Drebray, jusqu'au Tricontinentale en janvier 1966, sans compter les innombrables commérages répétés par fonctionnaires ou des journalistes payés pour cela, l'amalgame et la calomnie ont fleuri périodiquement dans leurs polémiques. Leur point de vue et même leur va-et-vient, néanmoins, sont plus proches du centrisme que des méthodes du stalinisme. Mais il n'y a pas là de barrières infranchissables : révolutionnaires ou non, tous sont des pragmatiques qui sous-estiment la théorie et croient à l'appareil et au pouvoir.
Entre 1959 et 1960 il y a eu à Cuba une polémique théimportante trotskystes et les staliniens (alors regroupes dans le PSP), sur l'évolution immédiate révolution. Les trotskystes disaient que, pour survivre, elle devait continuer et se développer en tant que révolution socialiste. Les staliniens disaient que c'était une provocation impérialiste pour justifier une intervention yankee et naient que la révolution était démocratique bourgeoise. Cette polémique se trouve dans les de ces années-là. Nous à qui a donné raison l'évolution ultérieure de révolution et de sa direction Fidel Castro-Guevara.
Mais le socialisme, manquant d'arguments, a inventé d'autres choses, prouver étaient au service de l'impérialisme, il a dit que ceux-ci cherchaient à proposer et à promouvoir une marche sur la base navale de Guantanamo. Les trotskystes, comme tous les Cuvernement révolutionnaire lui-même, dénonçaient la présence militaire de l'impérialisme à Guantanamo et réclamaient son expulsion, comme notre propagande réclame l'expulsion l'impérialisme de l'Amérique latine. La récupération de Guantanamo figure, il ne faut pas l'oublier, parmi les cinq points avancés par les Cubains, lors la crise d'octobre 1962.
Les trotskystes ont toujours demandé l'expulsion de l'impérialisme du canal de Panama, concrétisant cela par le mot d'ordre de propagande : «l'imou «les bases militaires impérialistes hors de l'Amérique latine! ». Mais entre ce mot d'ordre de propagande et la proposition concrète d'organiser actuellement une marche sur le canal de Panama, il y a une différence qualitative, la propagande et la provocation. La même chose est arrivée à Guantanamo.
D'autre part, ceci était loin d'être le centre du programme des trotskystes, qui se battaient pour les nationalisations, la réforme agraire, une orientation socialiste de la révolution. Mais les staliniens, en bons pragmatiques, ne se préoccupaient pas de telles subtilités théoriques.
A bout d'arguments, il leur a paru bien d'inventer (entre autres calomnies) que les trotskystes cherchaient à proposer une marche sur Guantanamo. Il y a des dizaines de textes qui montrent quel était le programpour lequel luttaient les trotskystes et dans lesquels on ne parle même pas de Guantanamo. Ceci n'a jamais été un obstacle pour aucun calomniateur, et encore moins pour les staliniens. Ils ont inventé cette calomnie, l'ont fait circuler et d'autres, qu'elle arrangeait également, l'ont répétée.
Vingt ans après ce mensonge antitrotskyste, tu le répètes devant 600 jeunes, à la Convention de la Young Socialist Alliance et lors de l'anniversaire de la révolution. Fantastique !
Ton discours dit : « Le mouvement trotskyste mondial doit perdu deux grandes occasions d'influencer la direction_cubai-
ne. La première a été diatement après la victoire de Batista. Malheureusement, à Cuba, le trotskysme était mal représenté par un groupe qui suivait un «cult leader» (un chef) appelé Juan Posadas.
Sa spécialité était de distribuer des tracts appelant à une marche sur la base navale de Guantanamo, alors que les Cubains essayaient de consolider la révolution. » « Ils dénonçaient les dirigeants de la révolution parce qu'ils n'étaient pas socia-
Le pivot de ton argumentation, dans laquelle tu demandes trotskyste mondial en et aux trotskystes cubains en particulier, est que la « spécialité » (je dois comprendre, l'acprincipale ou quasi-exclusive) de ceux-ci était de proposer une marche sur Guanta-
C'est un mensonge. Avec lui, tombe tout le reste de ton argumentation.
S'il y a dans les archives du SWP, des documents qui prouvent ton affirmation, je les accepterai et rectifierai ma position. Je ne peux pas présenter preuves, c'est bien évident, d'un fait négatif: les trotskystes cubains n'avaient pas cette « spécialité». C'est la difficulté de ces cas-là, celle qu'a dû affronter Trotsky lors du contre-procès de Coyoacan. Mais je peux donner d'autres preuves : les documents de la IVe Internationale (SI) dans Fourth International de ces années-là; les documents du bureau latino-américain du Secrétariat international dans la Revista Marxista latinoamericana (1959); la brochure du camarade Ortiz, publiée à Cuba en 1960; la résolution du VIe Congrès mondial (décembre 1960), présentée par le camarade Maïtan, où il est que Cuba est déjà un Etat ouvrier (c'est la première organisation, sauf erreur de ma part, qui l'a fait, avant les Cubains eux-mêmes; peu presque au même moment, Huberman et Sweezy l'avaient dit; avant eux, les camarades Mandel et Patrice avaient présenté cette proposition au riat international, et elle a été soutenue par les camarades Maïtan et Frank dès la première discussion, si ma mémoire est fidèle). Je peux même présenter des articles de Posadas qui montrent quelles étaient alors ses positions à ce sujet, dans la même ligne d'analyse.
Tu peux me croire, je n'ai aucun intérêt à défendre le cadavre politique qu'est devenu Posadas, modèle du calomniateur (à commencer par sa calomnie sur la mort du Che). Mais je ne peux pas lui répondre en utilisant ses propres méthodes. Le Bureau latino-américain d'alors (et même le « posadisme» ultérieur, malgré son monolithisme), n'était pas seulement Posadas (c'est lui, justement, qui l'a toujours soutenu). A l'époque de la révolution cubaine (1959-1960), c'était un courant numériquement important, alors majoritaire en Amérique latine, de militants de la IVe Interationale. Je m'accorde à reconnaître tout le bien qu'ont d'autres tendances temps. Mais c'est vraiment le moment qu'une série de camarades qui ignorent le passé et qui, par facilité ou pragmatisme, ne se préoccupent pas de le connaître, cessent de le traiter comme un chien mort, auquel tous donnent des coups de pied pour se mettre d'accord, alors qu'il est la vie, la tradition, l'expérience et le passé militant de camarades qui méritent d'être respectés et appréciés.
Les documents que je présente me paraissent apporter une preuve suffisante et large de ce qu'était la politique de la IVe Internationale et de la Section cubaine en 1960. Tu dis que tu étais là-bas au cours de l'été 1960 et que tu as vu. Tu as mal vu. Je ne te critique pas : tu ne faisais alors que t'approcher à peine du trotskysme, et tu ne savais pas l'espagnol (je déduis cela du fait que tu affirmes ne pas le connaître maintenant).
En plus des documents, je peux présenter le témoignage de camarades trotskystes latino-américains qui étaient aussi là-bas à ce moment, qui étaient des militants trotskystes depuis de nombreuses années (autant que toi aujourd'hui) et qui sont personnellement, pour représenter la IVe Internationale et son bureau latino-américain, au congrès des Jeu-
La Havane, à cette époque. (Là, contre la majorité écrasante de ceux qui étaient organisés par les staliniens en faveur de la révolution démocratique, ils ont défendu le programme de la révolution socialiste cubaine, de l'expropriation de l'impérialisme, ment ouvrier et paysan, de l'extension de la révolution. Ils ont été attaqués, menacés et calomniés. Peu de temps après, le discours historique de Fidel Castro, en lançant la première vague de nationalisations et en ouvrant la voie au cours socialiste de la révolution, leur a donné raison dans les faits de la façon la plus complète). L'un d'entre eux est le camarade Angel Fanjul, alors dirigeant de la section argentine, qui est exilé en Europe et recevra une copie de cette
A ce congrès ont assisté, en tant que représentants du courant trotskyste, des camarades d'Argentine, d'Uruguay, Mexique et du Pérou, autant qu'il m'en souvienne. Ils n'ont pas dit des «insanités», comme tu l'affirmes très légèrement. Ils ont défendu le programme de la révolution socialiste : c'est dans les documents.
Tu as seulement vu les camarades nord-américains. Cela me paraît normal, étant donné situation et ta compréhension d'alors. Il me paraît anormal, par contre, que vingt ans après, étant déjà l'un des principaux dirigeants du SWP et dans un discours dont il est difficile de ne pas voir l'importance et l'ampleur des objectifs politiques qu'il se donne, tu en viennes à présenter les choses comme si en cette occasion seule la présence de quelques camarades trotskystes des Etats-Unis avait sauvé l'honneur et le programme du trotskysme face aux « folies » des trotskystes cubains et latino-américains. Je ne sais pas ce qu'ont dit, ce qu'ont fait, et quel programme ont défendu à ce moment les camarades dont
tu parles : je suis disposé à accepter que leurs activités aient été très bonnes et j'aimerais les connaître en détail. Ce que je ne suis pas disposé à accepter est ta présentation des faits.
Avant, le camarade B. Ortiz, ultérieurement membre du Secrétariat international, qui en
1961 a publié dans la revue
Quatrième Internationale un article sur Cuba où il était loin de dire des « insanités», était déjà allé à Cuba. Ensuite, en 1961 et 1962, le camarade Juan y est allé; c'était un ouvrier métallurgiste argentin, un de ceux qui ont participé à la grève générale du 17 octobre 1945. Il a été gagné au trotskysme en 1946 et était membre du bureau politique de la Section quand il a été envoyé à Cuba par le Bureau latino-américain. Entre juillet 1962 et octobre 1963 (quand j'ai été exilé en Europe), j'étais militant de la section cubaine. Nous n'avons jamais proposé une marche sur Guantanamo. Nous avions au contraire un soin infini de la tactique pour persuader la direction et les cadres révolutionnaires cubains.
De cela aussi, je peux te présenter une preuve matérielle. En 1963, jai publié dans Partisans et dans Marcha, et plus tard, développé dans Monthly Review, un petit livre : « Inside the Cuban Revolution» - A l'intérieur de la révolution cubaine. Ce que j'y expose, c'est, ni plus ni moins, les positions, les ana-
Get même la tactique des camarades trotskystes cubains. Sans avoir vécu cette époque avec eux, et surtout avec le peuple cubain dans les tâches de chaque jour, je n'aurais jamais pu écrire cette brochure. crois qu'elle a eu un commentaire favorable dans le Militant.
Tu affirmes que le trotskysme était « mal représenté » par les trotskystes cubains. Tu ne pourras apporter aucune preuve de ce que tu avances. Par contre, je peux te montrer cette brochure. Cela me suffit. Tu dois dire pourquoi et en quoi ces positions « représentent mal» les idées et le programme du trotskysme sur la révolution cubaine.
Le trotskysme cubain a une longue histoire. Tu sembles ne pas la connaître. J'essaierai de noter quelque chose du peu que je sais sur elle. vail utile que de faire des recherches sur elle dans les archives et les bibliothèques, y compris aux Etats-Unis.
D'après une note parue dans Quatrième Internationale, mai 1960, p. 63 : «Cuba : reconstitution de la section cubaine de la IVe Internationale - le Parti ouvrier révolutionnaire (Partido Obrero Revolucionario) a été reconstitué. Le mouvement trotskyste a de vieilles traditions dans le mouvement de masse cubain. C'est en 1934, lors du retour d'URSS du membre du Parti communis-
Junco, qu'a été créée l'organisation trotskyste à Cuba. Le camarade Sandalio Junco a été assassiné par les staliniens. L'organisation a fonctionné ouvertement jusqu'en 1946, année où la répression s'est abattue sur elle. Plus tard, quelques trotskystes ont eu un rôle important dans la section « Accion y Sabotage » - Action et sabotage - du Mouvement du 26 juillet. Il y ont rencontré d'autres militants expulsés du Parti communiste pour s'être opposés à la politipro-Batista, et aussi 1953. La section cubaine reconstituée regroupe aussi des militants qui ont participé à la lutte révolutionnaire à Cuba. Elle jouira ainsi du respect réel qui existe dans le pays pour la pensée et les traditions trotskystes.»
Le groupe s'est dissout à peu près en 1947. Je ne pense pas que cela ait été dû à la répression, car la répression ne peut dissoudre un groupe sil n'est pas déjà en crise. Que s'est-il donc passé ? Selon ce que racontent les camarades les plus anciens, la section cubaine s'est prononcée majoritairement pour la tendance antidéfensiste schachtmaniste, l'a suivie dans sa rupture après 1946, et le résultat en a été qu'elle n'a pas tardé à disparaître. En tous cas, la non-existence d'un trotskysme organisé à Cuba pendant la période de la lutte de guérilla pour le pouvoir (1956-1959) doit être tenue comme ayant la responsabilité principale du manque d'influence qu'a pu ensuite avoir le trotskysme sur la direction cubaine.
Mais tout n'a pas été si sombre. Les trotskystes sont malgré tout intervenus. Malgré la non-existence d'une section et malgré l'incapacité de l'Internationale à l'organiser, les trotskystes se sont intégrés comme ils ont pu et où ils ont pu à la lutte révolutionnaire. Ils ne sont pas restés là à contempler, pour venir donner des conseils et proposer «l'assaut de Guantanamo », après le triomphe. Le cas de Pablo Diaz, dont le nom est apparu en 1947 comme celui du responsable du journal, n'est pas isolé - le groupe qui a été au centre de la réorganisation de la section avait participé à la lutte
C'est la camarade Miranda qui, envoyée pendant les premiers mois de 1959 par le Bureau latino-américain, a contri bué à réorganiser ce groupe et à le mettre en contact avec l'Interationale. Miranda était très loin d'être sectaire face au Mouvement du 26 juillet. Elle est intervenue dans ses débats, a parlé dans ses émissions à la radio. Elle était appréciée des camarades
La Section cubaine a commencé à faire sortir un journal imprimé, Voz Proletaria, en 1960. La campagne stalinienne a été brutale, de plus en plus forte au fur et à mesure que ses initiateurs faisaient la conquête de l'appareil propagandiste de T'Etat, comme c'est leur tactique habituelle. En 1961 le journal a été fermé. Il a contià sortir, mais ronéoté. Il n'était pas clandestin : nous avons toujours refusé cela, luttant dans la pratique pour le droit à l'existence légale de la tendance trotskyste dans l'Etat ouvrier. C'était quelque chose plus important que notre petit groupe et que notre petit journal. C'était une question de principes, un point du Programme de fondation : le droit des tendances révolutionnaires à exister dans l'Etat ouvrier.
Les camarades de la section ibaine participaient à toute s taches de la révolution, su leurs lieux de travail et d'habi-
Tous étaient miliciens et tous faisaient du travail volontaire le dimanche. C'était, de plus, une de la section ceux qui n'étaient pas miliciens et travailleurs volontaires ne pouvaient être militants. Les camarades ont participé à la campagne d'alphabétisation, récolte du café, aux coupes de la canne, aux comités de défense de la révolution. En 1962, pendant la crise des fusées, toute la section se trouvait dans ses unités respectives, militaires ou de miliciens, dans les tranchées et dans les villes. De plus, en tant qu'organisation, nous nous sommes mis à la disposition du gouvernement révolutionnaire pour n'importe quelle tâche et nous le lui avons fait personnellement le 24 octobre. C'était, et je le combien, une résolution symbolique, étant donnée notre faiblesse numérique. Mais c'était une prise de position politique.
En deux occasions au moins, pendant que j'étais à Cuba, des camarades ont été emprisonnés, pour un mois ou plus.
Et d'après ce que je sais, le Che est intervenu plus d'une fois en leur faveur, chose qu'il n'aurait pas faite s'il les avait considé. rés comme des provocateurs irresponsables comme tu les présentes. En prison, l'attitude invariable des camarades a été de défendre l'Etat ouvrier et le révolutionnaire face aux contre-révolutionnaires avec lesquels ils étaient enfermés (et qui parfois ont voulu les frapper), et de défendre en même temps le programme trotskyste et le droit du parti à l'exsistence légale face à ceux qui les emprisonnaient.
Le petit groupe cubain était cependant loin d'être parfait. Il avait des faiblesses, à part sa petitesse.
La faiblesse principale ne résidait pas dans son action militante, qui était très solide, ni dans son attitude face à la révolution, à laquelle il participait en première ligne. C'était la faiblesse théorique du groupe dirigeant, inévitable, étant donnée la jeunesse de la section et sa réorganisation récente, après un long intervalle d'inexistence d'un parti trotskyste à Cuba.
Nous essayions de remédier le mieux possible à nos carences. Je ne crois pas que nous y ayions toujours réussi. Il ne doit pas être difficile de trouver dans les publications de la section des analyses schématiques des erreurs politiques, une taiblesse théorique, des formulations sectaires propres à un petit groupe face à une grande révolution.
Je ne demande à personne, même pas à moi-même, de défendre tout ce fait les camarades: nous ne sommes pas une clique ou une secte, nous sommes nationale révolutionnaire. Mais, en tout cas, on ne trouvera dans ces écrits aucune attaque contre l'Etat ouvrier, aucune proposition provocatrice. généralement, au contraire, une préoccupation constante d'être didactiques et persuasifs. C'est, au moins, ce que ma mémoire me dit. Je lui fais confiance, car elle coïncide avec ce que disent les documents publiés à l'extérieur, dont je possède la copie. Nous pourrons le corroborer si nous trouvons Voz Pro-
Parmi les propositions pour Cuba, tu oublies le droit à l'existence légale des tendances révolutionnaires. Je ne sais pas comment tu imagines les conseils (soviets) que tu proposes, sans ce droit. Tu ne mentionnes que le droit de tendance à l'intérieur du parti au pouvoir, du te rends compte que, en même temps, quand tu répètes les falsifications staliniennes, tu donnes une justification, d'une tri(et d'autres tendances révolutionnaires) à exister et à fonctionner dans la légalité de l'Etat ouvrier, à lutter avec notre programme pour la révolution et à en être une partie inséparable.
C'est le groupe qui, d'après ce que tu dis aux camarades de la Young Socialist Alliance, a « mal représenté» le trotskysme à Cuba en 1960.
Je connais deux façons de «mal représenter» le marxisme revolutionnaire : l'une, dans les positions politiques; l'autre, dans le comportement moral militant. Généralement, elles vont de pair; mais, en tout cas, en ce qui me concerne, je tends à considérer la seconde comme plus grave que la première, aujourd'hui comme autrefois.
Si tu crois que nos camarades cubains étaient dans le premier cas, tu dois le montrer par les documents que je présente, ou en donner d'autres qui le prouvent. Si tu crois qu'ils étaient dans le second cas, tu dois citer des faits, des attitudes ou des comportements (les trotskystes cubains ont été dans la guérilla, dans la clandestinité, en prison, et s'y sont beaucoup mieux comportés que d'autres auxquels tu sembles demander moins de comptes). Si tu dé montres l'un de ces deux cas, je suis disposé à rectifier ma position comme il le faudra.
Si tu ne peux prouver ni l'un ni l'autre, si ce que tu as dit à Pittsburgh et reproduit maintenant dans International Socialist Review de février 1979, pour le SWP et l'Internationale, tu ne l'as dit que parce qu'on te l'a raconté, parce que « tu en as eu l'impression » ou « parce que tu l'as entendu dire», alors tu sauras ce que tu as à faire.
Ce que je propose est que l'Internationale et le SWP, par le gouvernement cubain ou par d'autres moyens, de toutes les manières possibles, recherchent quel a été le sort des camarades qui militaient dans le Parti ouvrier révolutionnaire (trotskyste) de Cuba et quelle est leur situation actuelle; et qu'ils défendent en même temps le droit au fonctionnement légal des trotskystes (et des autres tendances révolutionnaires) dans l'Etat ouvrier.
Reçois mon salut fraternel 2 février 1979