Inprecor 1974–2004

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DEBAT CUBA

Cuba 20 ans après : les leçons de la révolution

· Inprecor n° 53, 24 mai 1979 · p. 26-36 · 8 271 mots

Cuba IVe Internationale Stalinisme URSS et Russie

L'intervention suivante fut prononcée par Jack Barnes lors d'un meeting a Pittsburg, en Pennsylvanie, le 31 décembre 1978. Ce rassemblement de plus de 600 personnes célébrait le vingtieme

Castro, sur la dictature de Fulgencio Batista. Ce meeting fut le mo-

1960, au moment où le régime révolutionnaire instituait les nationalisations. massives qui transformèrent Cuba en un Etat ouvrier.

Dans le cadre du débat politique ouvert dans la presse de la IVe la lutte furent supprimés. Jim

Internationale sur la révolution cubaine, nous reproduisons dans ce numéro d'Inprecor/Intercontinental Press le texte du discours publié dans le numéro de février de l'International Socialist Review, supplément au Militant, et déjà repris dans l'édition anglaise sur l'histoire du trotskysme latino-américain et de la révolution cubaine, écrite par Adolfo Gilly, membre de la IVe Internationale, directeur de la revue Coyoacan (Mexique) et auteur d'un livre sur

Débat. Jack BARNES Socialist Alliance. d'Intercontinental Press/Inprecor. la révolution mexicaine : «La révolution interrompue».

Cette célébration du vingtième anniversaire de la révolution cubaine est un cas unique. Dans le cours de l'histoire moderne, les vingtièmes anniversaires des révolutions n'ont pas été souvent l'occasion de se réjouir. Bien au contraire.

Cuba le plus fort de la 18e Conférence nationale de la Young

Jack Barnes est le secrétaire national du SWP. Il a visité Cuba en

Nous reproduisons à la suite du texte de ce discours une lettre

Vingt ans après la victoire de la première révolution américaine, le pays était sous le joug d'une alliance entre esclavagistes et capitalistes mercantiles.

Ils avaient imposé au pays leur constitution et consolidé leur règne.

Cuba 20 ans aprés:

Vingt ans, une génération, après la seconde révolution américaine - la Guerre civile et ses séquelles - la Reconstruction radicale avait été complètement écrasée. La Reconstruction pour laquelle les Noirs s'étaient battus et avaient gagné dans une large mesure l'égalité des droits et un pouvoir politique, fut renversée par la force et la violence. Les leaders noirs qui avaient émergé au cours de Crow fut maté et institutionnalisé. L'impérialisme américain dressait son horrible tête. Le mouvement ouvrier aux EtatsUnis avait été amené à reculer. Dans notre histoire, cette période marquait la fin de tout rôle progressiste de la bourgeoisie américaine, et de toutes ses ailes ou fractions.

En France, vingt ans après le sommet de la Révolution française, le règne de Napoléon avait détruit les acquis du mouvement. Tous les leaders populaires de la Révolution avaient été assassinés, supprimés, ou avaient fait la paix avec la réaction. Et le règne de Napoléon s'acheva peu après avec la res-

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tauration de la monarchie des

Bourbon.

Il n'y a pas que les révolutions bourgeoises dont les vingtièmes anniversaires moins que joyeux. C'est également vrai pour les révolutions prolétariennes de notre période.

Que fut le vingtième anniversaire de la Révolution chinoise ? Que se passait-il en Chine

Aujourd'hui, le monde apprend une partie de la vérité sur les arrestations et l'exil de centaines de milliers de personnes par la bureaucratie stalinienne de Pékin. On nous informe de l'assassinat des oppositionnels, de la baisse du niveau de vie des masses et de l'envoi de jeunes par millions en exil forcé dans les campagnes. Le régime suivait une politique étrangère tendant à un, et un seul, objectif : manœuvrer pour se rapprocher de Nixon, établir des relations avec l'impérialisme US. Et, pour ce faire, il était - et il est encore -prêt et désireux d'aider l'impérialisme à écraser les révolu-

Et le vingtième anniversaire de la Révolution russe, la plus grande révolution de l'Histoi-

En 1937, la direction tout entière de la révolution bolchevique avait été assassinée ou était sur le point de l'être par ceux qui avaient trahi la Révolution. Les monstrueux procès de Moscou, organisés par Staline, et les purges massives allaient train. Le goulag avait été ins-

Get se développait, emprisonnant les meilleurs combattants prolétariens.

Les liaisons entre la campagne et la ville étaient à un niveau très bas. Le régime brutalisait les paysans. Loin de tirer fierté de la diversité nationale de la Fédération soviétique et de respecter les nationalités opprimées, on assistait à la montée de l'oppression nationale et au chauvinisme grand-russe le plus grossier.

Les soviets, organes de la démocratie ouvrière, n'avaient qu'une existence formelle. Staline dominait par la terreur et au moyen de la police d'Etat.

L'internationalisme, qui avait été la marque du Parti bolchevique sous Lénine et Trotsky, n'existait plus. Staline s'oppo- Staline s'opposait aux tentatives des peuples l'impérialisme si leur lutte était dirigée contre les forces impérialistes démocratiques avec lesquelles Staline recherchait des alliances. Vingt ans après la Réciemment et de sang-froid, frappait dans le dos la révolution ouvriere en Espagne. La direction de l'Armée rouge, autrefois puissante, avait été décapitée, gravement affaiblie et pratiquement immobilisée. reaucratie tout entière faisait des prières pour que l'on n'ait jamais à s'en servir, même pour

Uses propres privilèges

Loin de conserver aucune trace d'internationalisme, la politique de la direction pouvait se résumer - et l'était ment - en une seule phrase : «Le socialisme dans un seul pays». La bureaucratie n'avait aucun désir d'étendre la révolution. Au contraire : son seul désir était la bourgeoisie des grandes puissances et, pour cela, elle était toutes les trahisons. Loin de dire la vérité besoins de la révolution au peuple soviétique, Staline institumensonge. Une caste privilégiée, l'un des groupes dominants les plus rapaces de l'Histoire de l'Humanité, détenait un pouvoir total. Loin d'être un symbole pour les révomonde, comme le régime léniniste l'avait été, le gouvernement soviétique était le centre d'une contre-révolution cons-

On se devait de rappeler ces quelques faits sur le tragique vingtième anniversaire de la Révolution russe. UNE REVOLUTION VIVANTE

Ceci est alors un cas unique. Que pouvons-nous dire vingt ans après la victoire de notre révolution à Cuba?

Loin d'être une révolution dévoreuse de ses leaders et de ses enfants, elle a maintenu intacte la direction qui l'avait menée à la victoire, sauf pour Camilo Cienfuegos, qui mourut dans un accident d'avion, et Che Guevara, qui mourut sur le champ de bataille, en Bolivie.

Loin de se tourner «coexistence pacifique» stalinien et la détente, la direction cubaine dit ouvertement : nous ne braderons jamais notre soutien à la lutte pour l'indépendance de Puerto-Rico, nous ne marchanderons jamais notre droit de répondre aux situations révolutionnaires de par le monde, par tous les moyens nécessaires - y compris les forces armées cubaines, si on nous le

Loin de dévaster la campagne et de décapiter le prolétariat, l'alliance révolutionnaire les ouvriers et les paysans, clé de la révolution cubaine, meure sur des bases solides. L'alliance du prolétariat et de la paysannerie à Cuba est la plus stable sur toute la surface de la terre.

Loin d'encourager le développement d'une caste privilégiée, groupe distinct, consciemment contre-révolutionnaire, nant le reste de la société, la révolution cubaine continue à mettre en avant une conscience égalitariste, bien que de sérieuques et privilèges hantent encore la révolution.

Loin d'avoir de gigantesques camps de concentration et de développer les goulags, Cuba est le seul Etat ouvrier qul a autorisé Amnesty International à faire une tournée dans le pays. La délégation a visité les prisons et a eu l'autorisation de parler aux prisonniers. Et elle a bénéficié de la coopération totale du gouvernement cubain.

Il y eut quelques critiques - telles que les Cubains n'auraient pas dû exécuter autant de tortionnaires de Batista. Il y eut

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aussi des critiques qui semblent correctes - par exemple, sur le fait qu'il devrait y avoir des règles claires sur les conditions dans lesquelles une peine peut être réduite pour bonne conduite, afin d'éviter l'arbitraire.

Mais l'équipe d'Amnesty International arriva à une conclusion extrêmement importante : elle ne contesta pas la classification du gouvernement cubain concernant les prisonniers en tant que contre-révolutionnaires, emprisonnés pour activités spécifiques contre la révolution ou leur appartenance à des orgacontre-révolutionnaires. Amnesty International ne considère pas ces prisonniers comme des « prisonniers de conscience».

Et Castro a dit sans détours à Carter : ces criminels sont vos élèves. S'ils veulent vivre aux Etats-Unis, vous les prenez ! EXTENSION DE LA REVOLUTION

Et pourquoi les Cubains sont-ils en Afrique ? Ils y sont parce qu'ils sont concernés par la révolution en Afrique noire révolutionnaire et tout descendant d'Africain à travers le monde. Ils sentent l'approche du moment décisif

Afrique noire y participer et Cubains ont répondu avec enthousiasme à la révolution éthiopienne. L'étendue et la signification des événements qui se sont déroulés en Ethiopie sont mécompris par les socialistes de tous ordres dans ce pays.

Mais les Cubains ne compas cette faute. Ils s'identifient avec la révolution éthiopienne jusqu'au plus profond de leur chair. Ils savent que la réforme agraire, l'élimination du féodalisme et de l'esclavage dans l'un des derniers empires de la sorte, la nécessité de rompre le lien entre l'Eglise et l'Etat, le commencement de la suppression de l'analphabétisme, les nationalisations - sont tous des signes d'une révolution en profondeur en marche.

La révolution cubaine a répondu à ces actions révolu- pondu tionnaires. Mais par-dessus tout, les Cubains sont en Afrique pour une raison très simple :

1 у вол ри ди

les autres : étendre la révolution.

Qu'est-ce qui explique le caractère unique de cette révolution et de cette direction révolutionnaire ? Nous n'avons jamais vu une direction révolutionnaire rester aussi longtemps au pouvoir. Nous n'avons vu qu'une seule direction révolutionnaire plus importante être au pouvoir - c'était le noyau central du Parti bolchevik. CONTOURNER LE STALINISME

La première chose est que la direction castriste conduisit la révolution malgré l'objection et l'opposition du Parti communiste cubain. Ils contournèrent les staliniens et contournèrent le stalinisme. Ils se comportèrent en révolutionnaires et ainsi, prouvèrent au monde entier staliniens n'étaient pas établis à la tête des soulèverévolutionnaires pour l'éternité. Ils prouvèrent que les sont un obstacle sur la route des mouvements révo lutionnaires et qu'ils doivent être écartés par la peau du cou.

Les dirigeants cubains en étaient pleinement conscients. Ils construisirent le Mouvement du 26 juillet en opposition à toutes les organisations existant à Cuba. Les bourgeois libéraux propres formations, avec qui les rompirent sans hésitation. Les staliniens et la bureaucratie syndicale corrompue, adoptant le modèle américain, avaient une emprise totale sur le mouvement ouvrier cubain.

Pour prendre la tête de la révolution, l'équipe castriste dut trouver un moyen pour contourner ces obstacles. Et c'est ce qui se passa.

La seconde chose que nous devons noter est le caractère politique de la direction cubai ne. Il existe un mythe très répandu sur le fait que la direction révolutionnaire cubaine était simplement les barbudos en armes, l'armée de guérilla. Cette image avait été répandue par des gens tels que le journaliste français Régis Debray.

Mais ce n'en était pas l'aspect le plus important. La direccastriste était politique, tout autant que nous. Leur pensée politique est juste, du début jusqu'à la fin. La tactique militaire était toujours subordonnée à la ligne politique, et aux buts. Depuis le début, il y eut interaction entre les initiatives politiques prises par Castro et les initiatives prises par les masses cubaines dans les rues, les usines et dans les campagnes - mouvement aller et retour, poussant en avant le processus révolutionnaire.

La direction castriste commença la lutte, non en prenant les armes, mais en faisant une chose que nous imiterons vingt ans plus tard: ils déposèrent une plainte contre le gouvernement. Lorsque Batista réalisa son coup d'Etat en 1952, Fidel Castro entama une procédure, disant que Batista avait violé la Constitution. COMMENT BATISTA FUT VAINCU

Nous demandons réparation, disait Fidel. En fait, retirez le pouvoir à Batista et jetez-le en prison. Et si la Cour ne rend pas ce jugement élémentaire, cela signifie que cette Cour est totalement corrompue et n'a droit à aucun respect en tant que Cour de justice. Cela signifie que les masses devront prendre les choses en mains elles-mêmes et que la Cour n'aura aucune compétence pour rendre des jugements sur les actions que nous devons entreprendre. De cette manière, ils établissaient devant les masses la légitimité légale et politique de la lutte qu'ils se préparaient à mener.

Et ils avancèrent à partir de là. Ils désiraient toujours agir - et par dessus tout avec fusil. C'est ce qui les distinguait de ceux qui ne faisaient que parler de la révolution.

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Mais ils pensaient toujours d'une manière politique. Ils expliquaient toujours au peuple cubain ce qu'ils faisaient et pourquoi. En 1956, Fidel annonça de Mexico qu'ils allaient revenir à Cuba pour commencer le combat avant la fin de l'année. On les considéra alors comme fous. Cela fut considéré comme une tactique militaire idiote. Mais ils agissaient rarement pour des raisons de tactique militaire. Ils agissaient pour des raisons de stratégie politique.

Dans les montagnes, ils n'obtinrent pas tout d'abord des succès militaires brillants. En tement direct entre l'Armée

La chute de Batista ne fut pas principalement due à une action militaire.

L'Armée rebelle effectuait de la propagande par tous les moyens possibles. Ils s'adressèrent aux paysans et établirent Radio rebelle dans les montagnes pour transmettre leur programme à travers toute Pile. Ils publiaient des journaux. Ils se battirent pour obtenir des interviews dans le New York Times. Ils luttèrent pour organiser la classe ouvrière urbaine. Ils pensèrent même sérieusement à envoyer le Che à Santiago pour diriger la résistance urbaine. Le Mouvement du 26 juillet procédait à des opérations clandestines dans les villes à travers tout Cuba.

Ils n'ont pas vaincu Batista sur le plan militaire. Il gagnèrent les cœurs et les esprits des masses cubaines, et c'est cela qui démoralisa totalement l'Armée de Batista. A la fin, ce n'était plus une force combattante efficace.

Il y a vingt ans, l'Armée rebelle se promenait dans La Havane sans rencontrer de résistance, après avoir appelé à une grève générale qui fit diparaître les derniers lambeaux du régime de Batista. Ils arrivèrent dans la capitale après une tournée politique paisible à travers Cuba pendant presque une semaine. Ils mobilisèrent des milliers de personnes de ville en ville, le long de leur chemin pour La Havane.

Ils faisaient tout cela en se comportant en révolutionnaires, disant la vérité aux ouvriers et aux paysans de Cuba. Ils savaient qu'armer le peuple par la vérité était décisif pour la vietoire de la révolution.

Et sur cette base, ils réussirent à mettre en place le premier gouvernement ouvrier et paysan, le premier Etat ouvrier, issu de la première révolution victorieuse en occident.

Une troisième chose nous devons montrer, c'est la capacité de la révolution cubaine à faire face à la puissance de l'impérialisme américain. Cuba est un petit pays, avec une population de six millions d'habitants à l'époque de la révolution, sans grandes ressources stratégiques stratégiques ni puissance militaire, et pourtant il a défié l'impérialisme américain pendant deux décennies.

Ils ont repoussé l'invasion de Kennedy dans la Baie des Cochons en avril 1961. Un an plus tard, ils ont réalisé une des opérations politiques les plus hardies du siècle. Russes de leur donner des armes nucléaires, parce qu'ils savaient que les Américains préparaient une autre invasion massive. Ils avaient une importante décision à prendre.

Voici ce qu'ils pensaient : une invasion détruisant et écrasant la révolution cubaine ferait l'échelle mondiale pour le socialisme. Cela changerait le rapport de forces dans le monde. Le feu vert serait donné à la réaction pour s'exercer en Amérique, en Asie, en Afrique, partout. L'impérialisme yankee est absolument implacable; il n'hésiterait pas à utiliser sa force pour détruire notre petit pays. Le seul moyen pour empêcher cela maintenant serait la disposition des armes nucléaires.

C'est exactement ce qu'ils firent. Ce fut l'origine de la crise des missiles cubains. Mais Kennedy recula. Krouchtchev passèrent un accord - sans consulter les Cubains - stipulant que les EtatsUnis n'envahiraient pas Cuba et que les Russes retireraient leurs missiles. Ce fut la fin de la menace immédiate de guerre nucléaire et de destruction de la révolution cubaine par une invasion US.

Les Cubains n'ont jamais oublié cette leçon.

Leur grief le plus important à l'égard des staliniens, de Moscou et de Pékin, concerne le refus de ceux-ci de se porter au secours de la révolution vietnamienne en riposte à l'assaut impérialiste, plus tôt et avec plus

Les Cubains publièrent et diffusèrent largement, dans de nombreuses langues, les discours de Fidel Castro et de Che Guevara, dans lesquels ils soutenaient avec véhémence qu'une aide devait être apportée à la révolution vietna-

Le Che expliquait que si le Vietnam était déclaré inviolable du territoire socialiste », et si toute attaque contre lui était considérée comme une attaque contre l'Union soviétique, il n'y aurait pas de guerre du Vietnam et cela mettrait fin aux horribles brutalités exercées contre le peuple vietna-

En raison de leurs réponses à des tests historiques tels que ceux-ci, l'«Oncle Sam » comprit que les Cubains n'étaient pas des staliniens contre-révolutionnaires - même si quelques soi-disants socialistes dans ce pays ne peuvent l'admettre. LE ROLE DE L'AIDE SOVIETIQUE

Le quatrième point que nous devons souligner est le rôle de la Révolution russe qui a permis à la révolution cubaine de survivre.

Une aide économique, du pétrole, un marché pour le sucre, et enfin des armes - cette assistance fut essentielle pour la révolution cubaine. Sans cette aide, elle aurait été incapable de supporter la guerre d'agression, le blocus et l'invasion organisée par Washington.

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Vous avez remarqué que j'ai dit le rôle de la Révolution russe - et non pas de la bureaucratie soviétique. Cette aide fut possible grâce à la victoire des masses russes en 1917, une victoire qui reste vivante malgré la bureaucratie stalinienne qui règne au Kremlin aujourd'hui.

Cependant la bureaucratie stalinienne contrôle cette aide et ne l'accorde pas gratuitement à Cuba. Les traîtres de Moscou font payer au plan politique chaque barril de pétrole, chaque mitrailleuse, chaque crédit accordé.

C'est une pression continuelle qui pèse sur Cuba. Cela a conduit les Cubains à prendre de nombreuses positions fausses, avec lesquelles nous sommes en complet désaccord. Cela les conduit à faire le silence sur toutes sortes de crimes des staliniens dans le monde entier, et, entre autres, à ce que Fidel cautionne l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie.

Il était inévitable, étant donné le rapport de forces, que les Cubains soient obligés de payer un prix politique. La facture devait être payée par la meilleure direction révolutionnaire et la plus consciente.

En effet, la note à payer était inévitable, ainsi que le préjudice qui en résulta. Mais la stalinisation de la direction révolutionnaire n'était pas inévitable.

Le dernier point que nous devons noter est la constante des positions politiques de la direction cubaine qui n'ont pas varié depuis le commencement.

Tout ce que l'on m'a appris lorsque j'étais à Cuba il y a vingt ans, reste la ligne politique de base. Ils n'ont modifié ni leurs points forts, ni leurs points faibles.

Ils croient que les seuls vrais révolutionnaires sont ceux qui agissent pour faire avancer la révolution. Ils n'attachent pas réellement d'importance à ce que vous dites, mais en attachent à ce que vous faites.

Alors, dans l'ensemble, n'est pas une mauvaise approche. Elle est bien meilleure que la position contraire. Mais il y a une faiblesse politique là-dedans, parce que l'on tend à ignorer la théorie, à sous-estimer l'importance des leçons politiques, durement accumulées, et des expériences du mouvement ouvrier.

Un autre de leur point de vue est qu'ils croient que la révolution dans les pays impérialistes se situe dans un avenir très, très lointain. Ils ne croient tout simplement pas que l'on puisse envisager sérieusement que des révolutions puissent être victorieuses en France, en GrandeBretagne, en Allemagne de l'Ouest, au Japon ou aux EtatsUnis. Ils ne croient pas qu'ils puissent le voir un jour, et leurs enfants non plus. Ils n'y pensent pas, ne l'envisagent pas, et par conséquent, ne font rien de ce qu'il faudrait pour faire avancer la révolution dans ces pays.

Une autre faiblesse que nous devons reconnaître est que la direction cubaine n'a jamais développé une organisation de type léniniste, avec le droit pour les minorités de défendre leur point de vue devant l'organisation toute entière. Ceci n'a pas changé avec l'institutionnalisation du parti.

La révolution cubaine s'est produite sans la mise en place des comités des masses travailleuses sur une large échelle - ce que les Russes appellent des « soviets » - qui pourraient organiser la société efficacement, régler les différends par des moyens appropriés et mobiliser les masses pour faire tout ce qui est possible pour étendre la révolution aux autres pays.

Par conséquent, le parti et le gouvernement sont confondus. Fidel agit à un moment donné en tant que chef de l'Etat, à un autre en tant que ministre des Affaires étrangères, à un autre moment, en tant que chef du encore en tant qu'entraîneur à la guérilla.

Depuis le début, ils ont gardé le silence sur les actions réactionnaires de certains gouvernements, tels que celui du Mexique, qui maintient des relations diplomatiques avec Cuba. Ils ont souvent ont souvent

June position non critique à l'égard de certains gouvernements qui prennent positions ou ont une action anti-impérialistes, comme le Chili sous Allende et le Pérou sous Velasco.

Ils n'arrivent pas à comprendre et à adopter la juste ligne sur des questions telles que la lutte de libération nationale en Erythrée. Heureusement, les Cubains se sont clairement désolidarisés du soutien inconditionnel apporté par le Kremlin guerre du DERG les Erythréens. Cependant, ils noncer pour le droit de l'Erythrée à l'indépendance.

Ainsi, il y a quelques faiblesses dans le castrisme. Elles existent depuis le début de la révolution cubaine. Et elles n'ont surmontées.

Mais sous toutes ces faiblesses, il y a quelque-chose beaucoup plus puissant - la formidable poussée égalitariste de la révolution; la croyance incontestable de la part de la direction toute entière qui a fait la révolution, que l'on doit agir à partir de convictions révolutionnaires; leur désir de dire la vérité au monde, telle qu'ils la voient; et, plus important encoleur refus d'abandonner la lutte pour étendre la révolution, clé de tout le reste.

Pas un seul instant, les leaders de la révolution n'ont adopté la ligne de « coexistence pacifique», c'est-à-dire la subordination totale des intérêts de la révolution mondiale à la recherche d'accords diplomatiques et économiques avec l'impérialisme. Aucun des leaders de la révolution cubaine n'a jamais défendu cette position.

Ils ont compris dès le commencement que le seul espoir qu'ils avaient était de réussir à étendre la révolution cubaine. Et ceci aide à comprendre pourquoi cet anniversaire est unique.

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Nous, trotskystes, avons appris pas mal de choses de la révolution cubaine et de ses lea-

Je me rends compte maintenant que je simplifiais tout à quand j'étais plus Si les gens répondaient positivement à la révolution cubaine, je pensais qu'ils étaient des membres potentiels de la Young Socialist Alliance. S'ils répondaient négativement, je ne leur accordais pas une grande valeur et, franchement, je ne désirais par les intégrer à la Young Socialist Alliance.

Aujourd'hui j'ai appris que peut construire une organisation sur ces bases parce que l'on passe toujours à côté de quelqu'un qui aurait pu devenir un révolutionnaire. Mais je pense que, d'une manière générale, ce n'est pas une mauvaise méthode. C'est l'approche que nous avons eue au moment de la montée de Malcolm X, de la nouvelle vague du féminisme et du début de la radicalisation de la classe ouvrière américaine et cela ne s'est pas trop mal passé.

Nous avons appris à reconnaître une révolution et à reconnaître une direction révolutionnaire. Maintenant cela paraît facile. N'importe quel imbécile pourrait le faire.

Mais beaucoup de gens qui se considéraient comme progressistes, mais core comme socialistes et révolutionnaires, en étaient incapables. Placées face à la réalité vivante d'une révolution, avec ses contradictions et ses impercertaines personnes ne peuvent accepter la réalité telle qu'elle est. Cela ne correspond pas exactement aux schémas qu'ils ont appris dans les

Jim Cannon, le fondateur du Socialist Workers Party, pensait que c'était le test numéro un de notre mouvement, que nous ayions pris une position juste par rapport à la révolution

Dans des lettres à Farrell Dobbs et à Joe Hansen, il exprimait l'opinion que la direction du parti avait non seulement prouvé qu'elle savait reconnaître une révolution quand celle-ci se produisait sous yeux, mais qu'elle avait reconnu une direction révolutionnaire et avait montré comment lutter épaule contre épaule avec elle contre leurs ennemis communs.

Nous avons formé un bloc avec l'équipe castriste contre les staliniens depuis le début. Nous l'avons fait parce que les staliniens ont été l'ennemi intérieur numéro un de la révolution cubaine.

Il y a eu, et il y a encore aujourd'hui, deux ailes de base à l'intérieur du parti communiste cubain : l'aile castriste et l'aile stalinienne.

Nous avons fait bloc avec Castro contre les staliniens cubains, dans sa lutte contre la bureaucratique d'Anibal Escalante au début des années 60, et plus tard, lors du conflit avec les staliniens sur le plan international au sujet de la défense de la révolution vietnamienne et des efforts de la direction cubaine pour étendre la révolution à l'Amérique latine.

Nous avons appris comment faire bloc avec Castro contre les staliniens dans la lutte pour défendre et étendre la révolu-

Et ce conflit entre les castristes et les staliniens con-

Nous avons donc appris pas mal de choses. Et nous avons eu de la chance car les révolutions menées par des directions révolutionnaires ne sont pas très fréquentes.

Tout ce que le Socialist Workers Party et la YSA ont fait pour la défense de la révolution cubaine a été fait dans la perspective de la construction de notre mouvement. Ce n'est pas une contradiction. Pas du tout. Nous avons toujours été convaincus que tout ce qui pouvait aider à renforcer la YSA et le SWP aidait aussi à renforcer la révolution cubaine et que tout ce qui aidait la révolution cubaine aidait le parti et la YSA.

Nous avons aussi appris la différence entre une politique basée sur la connaissance de la réalité et une politique livresque.

Nous avons appris à reconnaître les forces, les processus et les contradictions révolutionnaires réels lorqu'ils étaient confus et ne correspondaient pas à la lettre à nos normes.

Nous avons appris beaucoup sur le stalinisme et le trotskysme en observant comment les staliniens essayaient de renverser la révolution cubaine et comment les trotskystes l'ont défendue et ont essayé de

Nous avons découvert que la ligne de démarcation doit être tirée entre les révolutionnaires - c'est-à-dire Castro et ceux qui sont autour de lui, y compris nous - d'un côté, et les contre-révolutionnaires de l'autre côté - y compris les staliniens et le soi-disant «troisième camp», les sociaux-démocrates. OU LES SOCIALISTES PETITS-BOURGEOIS SE TROMPAIENT

Nous avons aussi appris que nous devions nous débarrasser fatalisme, qui, politique, n'est qu'une définition de la lâcheté. Vous avez tous entendu ceci : «Oui, Cuba n'est qu'une petite île, elle n'a pas une direction trotsalors ce n'est qu'une question de temps, avant qu'elle soit renversée, balayée ou qu'elle dégénère et devienne stalinienne. Pourquoi alors nous donner tant de peine pour défendre la révolution cubaine ? Ce n'est qu'une question de temps.»

Cela nous rend malades, mais c'est la ligne suivie par tous les groupes socialistes petits-bourgeois, les uns après les autres.

J'ai lu les écrits de Lénine sur les socialistes petits-bourgeois. J'utilisais cette expression comme une injure, un qualificatif. Mais j'ai maintenant compris d'une manière certaine ce que sont les socialistes petits-bourgeois, ce que sont les soi-disant discours révolutionnaires des socialistes petits-bourgeois. Nous avons tous appris cela

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dans les luttes pour défendre la révolution cubaine.

Il y avait un certain nombre de personnes qui se raient comme socialistes, mais qui n'accordaient pas à la révolution cubaine le titre de révolution socialiste. Je crois que beaucoup d'entre ceux qui sont présents ici ce soir n'ont jamais entendu parler d'eux. On les connaissait sous le nom de

Young People's Socialist League (YPSL). Ils ont des héritiers modernes comme la Spartacist League, commes certaines ailes du maoïsme, des gens que vous êtes amenés à rencontrer aujourd'hui.

Au début de la révolution cubaine, la YPS avait une certaine influence dans les universités. Dans certains cas, nous avons dû argumenter et défendre physiquement notre droit de porter des pancartes réclamant «Pas de main mise sur Cuba !». La YPSL essayait de nous convaincre que les pancartes devaient dire : «Aucune main mise sur Cuba !». Ils mettaient sur le même plan l'aide soviétique à la révolution cubaine et les tentatives de Kennedy pour envahir Cuba et écraser la révolution.

Pour eux, la révolution russe était morte et l'Union soviétique n'était pas un Etat ouvrier. Il n'y avait pas de révolution socialiste en marche à Cuba, il n'y avait pas de direction révolutionnaire là-bas non plus, un point c'est tout. LA NOUVELLE ATTITUDE ANTI-CUBAINE DE MEANY

Il y a quelques jours, George Meany a annoncé à grand bruit que l'AFL-CIO allait boycotter les produits chiliens. Ceci était présenté comme une démarche progressiste. Il reçut les félicitations des éditorialistes du Washington Post et du New York Times, qui expliquaient que c'était une démarche regrettable, mais nécessaire, pour garanles droits de l'homme au Chili. Mais si vous lisez avec attention la déclaration de Meany, vous découvrez que cette action est en realite une tentative pour resserrer le blocus impérialiste de Cuba.

Meany envoie des délégations

Doul ans toute

pour rencontrer les équivalents de la bureaucratie de l'AFL-CIO dans tout le continent et marchandises chiliennes et cubaines dans le monde occidental. Ainsi le boycott du Chili n'est qu'un prétexte pour organiser le boycott de Cuba.

Si j'ai fait allusion à cela, ceux qui ont préparé les dist cours de Meany étaient des dirigeants de la YPSL à la fin des années 50 et au début des années 60 et que nous, la YSA, nous avons combattu leur posur Cuba. Leur ligne, pendant l'invasion de la Baie des Cochons, était très simple : ils la défendaient publiquement. Ils exhortaient les socialistes à s'aligner sur la ligne de l'aile «syndicaliste démocratique» de l'armée envahisseuse !

Nous avons aussi appris à lier notre compréhension de la réalité à nos normes. A Cuba, la réalité était très riche et très compliquée.

Vous n'aviez pas ces personnages de carton-pâte que l'on trouve dans les romans allégoriques - tels que Betty la Bonne, Bobby le Méchant, Willie le Sage, Lucy la Belle et autres héros. Ce ne sont pas des êtres humains, mais des personnages de carton-pâte représentant une idée, une passion ou une tencomment la plupart des socialistes petits-bourgeois voient la révolution. Mais nous connaissions la révolution cubaine; nous connaissions les révolutionnaires cubains et nous connaissions les travailleurs cubains. Nous savions qu'ils étaient faits de chair et de sang et cent fois plus compliqués que Betty la Bonne ou Bobby le Méchant.

Nous avons appris que la réalité passe la première. tâche n'était pas simplement de comprendre la réalité, mais d'y participer et d'essayer de la changer, de la faire progresser, en travaillant avec tous ceux qui allaient dans le sens de la révo-

LES REVOLUTIONNAIRES EN ACTION

Les dirigeants cubains étaient des révolutionnaires en action. Au cours d'une discussion qu'il eut avec des membres de notre parti, à la fin des années 30, Trotsky a prédit que les grands révolutionnaires à venir ne seraient pas de grands théoriciens comme Marx, produisant des écrits tels que Le Capital. Nous sommes à un moment où nous allons voir se lever des révolutionnaires en action et nous devons aller à leur rencontre.

C'est ce que nous avons vu à Cuba :la mise en œuvre de ce jugement de Trotsky. Au

1961 du Morris Stein, l'un des dirigeants les plus expérimentés du parti, expliquait à un regroupement minoritaire à l'intérieur du SWP qui s'opposait à la reconnaissance des réalités cubaines, que la direction castriste était supérieure à la direction bolchevique, une fois que vous aviez mis de côté Lénine, Trotsky, Sverdlov, et autres.

C'est ce à quoi nous avons été confrontés historiquement, là se trouvaient et se trouvent encore nos responsabilités.

D'un autre côté, nous avons appris aussi la grande valeur, le caractère irremplaçable et l'importance stratégique de nos normes. C'est seulement en ayant une ligne et des normes justes, uniquement en intégrant politiquement la théorie que nous pourrons défendre avec succès la révolution, et étendre celle-ci.

Dans le tout premier rapport que Joe Hansen fit sur Cuba pour la commission politique du SWP, nous avons souligné trois questions politiques centrales: * la première : dans le cours du temps, il est absolument né cessaire que des formes de démocratie prolétarienne soient développées à Cuba pour que la révolution continue à avancer; * la seconde : le combat pour la construction d'un parti révolutionnaire, de type léniniste, à une échelle nationale et

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internationale, est crucial pour COMMENT ce développement; * la troisième : la clé de tous les problèmes est la participation à la lutte pour étendre la révolution cubaine et pour la défendre contre l'impérialisme américain.

Ce troisième point est aussi la clé pour permettre aux Cubains de comprendre les deux premiers. Je peux peut-être vous expliquer ce que je veux dire, en vous racontant comment je suis devenu trotskyste.

Quand j'ai rencontré pour la première fois notre mouvement, je ne comprenais pas complètement le rôle des soviets, le caractère exact de la démocratie ouvrière, la nature d'un Etat ouvrier. D'une certaine manière, tous ces points restaient abstraits pour moi.

Je ne comprenais pas tout à fait le rôle d'un parti léniniste, d'un parti trotskyste. Je pense que la plupart d'entre nous en sont là lorsqu'ils nous rejoignent.

Mais je comprenais une chose. Je savais qu'il n'y avait que le SWP et la YSA dans ce pays pour défendre de cette façon la révolution cubaine - une vraie révolution socialiste - et combattre pour l'étendre jusqu'aux Etats-Unis. Et je disais, c'est mon parti, c'est organisation. Après le reste, je l'ai appris avec le

Et c'est de cette manière que les Cubains apprendront et comprendront ces points. C'est la seule manière. Ils n'écouteront pas ceux qui restent sur la touche et se battent les flancs. Ils observent. Et le moment viendra où ils écouteront les révolutionnaires qui montrent par leurs actions qu'ils sont dignes de respect et dignes d'être écoutés.

Ce serait mieux et plus rapide s'il y avait une autre voie - mais il n'y en a pas. C'est la seule voie qui pourra convaincre les Cubains - pas seulement les dirigeants, mais tous les révolutionnaires cubains.

LES TROTSKYSTES ONT DEFENDU CUBA

Le fait le plus important de tous tombe vraiment sous le sens : la révolution cubaine est notre révolution. Notre sort et leur sort sont totalement liés.

La YSA a écrit plusieurs chapitres authentiquement héroïques en défense de la révolution cubaine.

Je suis sûr que la plupart sont au courant de la première démarche que nous avons entreprise. Ce fut la construcYSA en tribune de propagande pour la révolution cubaine.

Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Nous avons passé des diapositives, organisé des rassemblements, vendu des brochures. Un petit nombre d'entre nous, casques, se sont livrés à un ou deux excès ultra-gauche. Nous sommes allés porter aux ouvriers paysans des Etats-Unis le message de la révolution cubaine. C'était plus dur à ce momentqu'aujourd'hui. n'était pas encore totalement sorti de l'ère mac-carthiste. La radicalisation ne faisait que commencer, contre la ségrégation dans les restaurants au sud.

Nous avons été dans beaucoup d'églises. Nous avons découvert que si vous prenez l'habitude des églises et passez des diapositives sur l'ile de Cuba et l'amélioration des conditions de vie du peuple cubain à la suite de la révolution, des ouvriers et des étudiants viennent; dans le Minnesota, des paysans aussi sont venus.

Nous nous imaginions que chaque ouvrier, étudiant ou paysan qui s'intéressait à ce qui se passait à Cuba était, pour le mouvement révolutionnaire, un candidat au recrutement de premier choix.

Ce sont également les Cubains qui nous ont fait connaître le nationalisme noir. Ils nous l'ont fait connaître avant même Malcolm X, et avant que nous apprenions les changements survenus au sein des Black Muslims. Bien sûr, ce fut seulement avec la montée de Malcolm X et la scission dans la Nation of Islam que nous avons été capables de saisir complètement ce que Trotsky avait essayé de nous enseigner, longtemps auparavant, sur le nationalisme noir.

Mais la révolution cubaine a joué un grand rôle en nous ouvrant ces portes. Depuis le commencement, la révolution eubaine avait un aspect afro-cubain qui avait des racines profondes et un grand impact dans notre pays parmi le peuple noir. L'IMPACT SUR LA COMMUNAUTE NOIRE AMERICAINE

La révolution coloniale, le soulèvement des masses non-blanches contre leur oppression, ont eu, bien sûr, une profonde résonnance parmi les Afro-Américains. Mais Cuba eut un impact particulier parce que ce fut une révolution victorieuse, parce que les Afro-Cubains y jouèrent un rôle important et en raison de la détermination avec laquelle le gouvernement révolutionnaire a aboli toute discrimination raciale.

Lorsque Castro vint à New York en 1960, pour l'Assemtant son hôtel de Manhattan pour l'hôtel Theresa à Harlem, cela eut un impact sur la population noire tout entière.

On comptait parmi les membres fondateurs des comités Fair Play for Cuba quelques-uns des plus éminents nationalistes noirs de ce pays, des intellectuels, des poètes, des musiciens.

Robert F. Williams, nationaliste noir révolutionnaire, et dirigeant du mouvement des droits civiques en Caroline du Nord, effectua avec Ed Shaw, dirigeant du Socialist Workers Party, une tournée pour la défense de Cuba et le soutien au combat des Noirs.

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Ce fut notre premier pas dans la défense de la révolution cubaine. Ce fut un moment très exhaltant. Nous imprimions les discours de Castro. Nous publiâmes The Truth about Cuba (La vérité au sujet de Cuba) par Joe Hansen. Nous avons soutenu la campagne de Farrell Dobbs - seul candidat aux élections présidentielles qui disait la vérité sur Cuba et le socialisme.

Nous organisâmes des piquets et des manifestations. Nous combattimes les militants débiles de la YPSL. Nous avons te-. nu des meetings dans des églises, organisé des forums. Nous avons vendu le Militant et Young Socialist (Jeune socialiste) partout. Nous avons aussi recruté et renforcé le SWP et la YSA.

Il y eut une deuxième phase avec laquelle la plupart d'entre vous ici sont plus familiarisés, bien que vous ne l'ayez pas envisagée jusqu'ici sous cet angle. Ce fut la période de la Guerre du Vietnam. Ce fut un des aspects de notre défense de la révolution cubaine dont nous ne parlons pas assez. Tout ce que nous faisions pour nous opposer à la guerre génocide menée par les Etats-Unis au Vietnam Vietnam était un moyen de lutter concrètement défense et l'extention de la révolution cubaine.

La direction cubaine a tout à fait compris que son sort était en ieu au Vietnam. Le slogan du Che : «Créer deux, trois, plusieurs Vietnam», n'était pas uniquement de la réthorique. C'est la ligne consciente que les Cubains ont toujours défendue. Ils avaient compris que ce n'était qu'en étendant leur révolution, avec des peuples aussi héroïques que le peuple vietnamien, dressé et combattant, qu'en étant prêts à tout risquer, qu'ils pouvaient défendre ce qu'ils avaient gagné et l'étendre plus loin. C'est ce qu'ils croient. C'est ce que nous croyons aussi.

Che Guevara a donné sa vie tout autant pour la défense de la révolution vietnamienne que pour la révolution bolivienne. Et ce que vous avez accompli avec des millions d'autres comme vous, qui se sont mobilisés contre la guerre, était du temps gagné pour les Cubains pendant que nous luttions - avec succès -pour amener le peuple américain à s'opposer à cette guerre.

La révolution vietnamienne permit à la révolution cubaine de jouir d'un répit, à un moment crucial, et de souffler un peu, pour essayer de resoudre quelques uns de ses problèmes économiques, pour lutter contre le blocus et pour se préparer à intervenir en Afrique en solidarité avec la lutte contre l'Apartheid et l'impérialisme lorsque la situation l'exigerait. dans la troisième phase. Nous prendre la direction pour la défense directe de la révolution cubaine et celle de la révolution africaine montante. C'est le même combat.

C'est dans la continuité de notre soutien à cette révolution depuis vingt ans. Cuba cœur de la politique mondiale. Elle l'est depuis le jour où la révolution a triomphé et elle le sera jusqu'à ce que cette révolution soit vaincue ou que nous triomphions. Elle est au cœur de tout parce que l'existence d'un Etat ouvrier avec une direction révolutionnaire est un défi permanent à tout ce qui est réactionnaire, à tout ce qui exploite et opprime, et à tous les bureaucrates privilégiés du monde. CUBA ET LA POLITIQUE US

La révolution cubaine et notre attitude à son égard sont des épreuves déterminantes pour les révolutionnaires.

Et comme le sort de la révolution dans notre pays est très lié à la révolution cubaine, nous devons réaliser vraiment à quel point une défaite à Cuba serait dramatique pour nous. Une défaite de la révolution cubaine, ou la stalinisation de Cuba, serait un coup terrible pour révolution mondiale.

Il y a vingt ans que nous avons compris que la révolution cubaine et la révolution américaine à venir étaient liées. Nous voyons cela de plus en plus concrètement chaque jour.

Il n'y a qu'à penser aux ouvertures que Castro fait en direction des Américains originaires de Cuba et à ce que cela signifie.

C'est un acte politique audacieux contre l'hypocrisie de l'administration Carter par rapport aux droits de l'homme. Mais c'est même plus que cela, c'est un pas limité mais important à l'intérieur de la politique américaine - le premier de la révolution cubaine.

Au tout début, les Cubains avaient dans l'idée que peut. être quelqu'un aux Etats-Unis monterait dans les Appalaches ou ailleurs pour faire ici ce qu'ils avaient fait à Cuba. Ils ont donné à Robert F. Williams - qui a vécu plusieurs années en exil à Cuba après avoir été accusé de kidnapping aux Etats-Unis - une station radio pour lancer des messages en direction du Mississipi et de l'Alabama. Ils étaient prêts à aider à l'entraînement de guérilleros, mais bien sûr rien n'est jamais sorti de cela.

Les Cubains n'ont jamais essayé d'utiliser leur force et leur poids pour influencer le mouvement ouvrier américain. Ils y ont renoncé. Mais les temps ont changé.

Le dialogue en cours avec la communauté cubaine aux EtatsUnis concerne des milliers de Cubains qui vivent dans ce pays. Ils appartiennent à toutes les sociales. Beaucoup travaillent dans des usines, vont à l'école, et ils se sentent concer nés par les mêmes choses que vous et que n'importe quel autre travailleur dans la lutte de classes. Ils se rendent compte aussi que les latinos ne sont pas traités comme les autres chez Carter, au pays de l'hypocrisie sur les droits de l'homme.

Les nouvelles relations qui s'élaborent entre les Américains originaires de Cuba et la révolution cubaine vont entraîner un changement dans l'attitude d'une partie de la classe ouvrière américaine face à la révolution cubaine.

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Une nouvelle étape s'ouvre dans les relations de la révolution cubaine avec les Afro-américains. Des Afro-cubains combattent en Afrique, et les Afro-américains les observent et les applaudissent. Si un soulèvement a lieu et si les troupes cubaines sont appelées à l'aide et se battent pour la libération du Zimbabwe, de la Namibie et de l'Afrique du Sud, je suis convaincu que des Afro-américains et d'autres travailleurs américains vont aller là-bas pour lutter aux côtés de ces peuples. Nous verrons des brigades internationales combattre pour la libération de l'Afrique.

Faites un peu preuve d'imagination et pensez à ce qui arrivera quand ces batailles commenceront - aux réactions et aux sentiments que cela inspirera à des millions de gens.

Nous ne changeons donc pas une seule de nos idées fondamentales après vingt ans et nous célébrons l'anniversaire de la révolution cubaine. Nous défendons cette révolution de tout notre cœur. Et nous combattons pour l'étendre.

Nous reconnaissons le caractère révolutionnaire de ses dirigeants, et nous faisons bloc avec eux contre leurs ennemis à l'étranger et contre les staliniens chez eux. Le Socialist Workers Party, la Young Socialist Alliance et la IVe Internationale influenceront les révolutionnaires cubains en montrant dans l'action ce qu'est la politique marxiste révolutionnaire. UNE OCCASION MANQUEE

Le mouvement trotskyste mondial doit prendre ses responsabilités et reconnaître avoir manqué deux occasions importantes d'influencer la direction cubaine. La première était tout de suite après la victoire sur Batista. Malheureusement, à Cuba, le trotskysme était mal représenté, par un groupe qui suivait un «grand-prêtre» (cult leader), Juan Posadas. Ils s'étaient spécialisés dans la diffusion de tracts appelant à une marche sur la base navale de Guantanamo, alors que les Cubains essayaient de consolider la révolution.

Ils dénoncèrent les dirigeants de la révolution en disant qu'ils n'étaient pas socialistes.

me rappellerai toujours une nuit de cet été 1960 à La Havane. Quelques jours avant, Fidel avait parlé dans un meeting gigantesque à La Havane, au cours duquel il avait annoncé qu'ils allaient nationaliser tous les biens américains à Cuba.

Ce soir là, il y avait un grand meeting au théâtre Blanquita. Che Guevara y déclara, devant un rassemblement de milliers venus de l'Amérique latine, que c'était le début de la révolution socialiste dans notre hémisphère. C'était la première fois qu'un dirigeant central du gouvernement cubain décrivait la révolution en ces termes.

Les posadistes étaient encore là, dénonçant la direction cubaine en disant qu'elle n'était pas assez révolutionnaire.

Heureusement, il y avait des gens comme Peter Buch, Pedro Camejo, Eva Chertov et Suzanne Weiss à Cuba à l'époque, et J'ai appris qu'il y avait une différence importante entre trotskysme et les insanités posadistes.

Mais la IVe Internationale a perdu une occasion d'influencer la direction cubaine autant qu'elle aurait pu le faire, en raison de la nature de l'organisation cubaine qui se prétendait trotskyste. Cela était partiellement le résultat d'une scission inutilement prolongée et brutale dans la IVe Internationale. La réconciliation n'eut lieu qu'en 1963, et cela a affaibli le mouvement mondial et la direction internationale fut ainsi empêchée d'utiliser toute sa force pour influencer les trotskystes cubains.

Il y a eu une seconde occasion manquée, au cours de la période qui a duré à peu près de 1967 jusqu'à il y a un peu plus d'un an. Pendant ce temps, majorité de la direction de la IVe Internationale s'était prononcée pour une stratégie de guérilla. La direction cubaine se demandait comment aller de l'avant après l'échec de l'orientation guérillériste en Amérique latine, échec symbolisé par la défaite en Bolivie et la mort du Che. Juste à ce moment-là, plusieurs sections de la IVe Internationale se précipitaient juste après les Cubains dans la direction contraire. La réponse que le mouvement trotskyste apportait aux Cubains était totalement dépassée alors que ceux-ci cherchaient à aller au-delà.

Cela a pris plusieurs années et nécessité beaucoup de discussions, mais la IVe Internationale a maintenant rejeté ces positions erronées et met en avant une ligne révolutionnaire pour l'Amérique latine qui donne des réponses correctes aux questions que les Cubains posaient. Mais tout ceci a fait perdre un temps précieux.

Mais maintenant nous avons des possibilités comme nous n'en avons jamais eu avant. Nous avons des possibilités surtout parce que les Cubains observent la politique, qu'ils observent les révolutionnaires, et les activités révolutionnaires.

Nous devons tirer parti des changements qui se produisent dans notre pays pour influencer profondément la révolution cubaine. La montée de la lutte de la classe ouvrière dans notre pays et le rôle que les trotskystes y joueront donnera un nouvel éclairage à Cuba sur les perspectives révolutionnaires dans les pays impérialistes. APPRENDRE DES CUBAINS

C'est donc un anniversaire unique et heureux pour la révolution cubaine, et pour les vingt ans pendant lesquels nous avons combattu épaule contre épaule avec les Cubains.

Les Cubains ont fait un certain nombre de choses pour nous et ils en font encore.

Ils nous ont donné confiance dans le pouvoir de la révolution prolétarienne. Pensez à toutes ces forces qui travaillent avec ardeur, et cela depuis vingt ans,

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à l'écrasement de cette révolution. Pensez à ce contre quoi ils ont lutté - et à ce contre quoi ils luttent encore.

Une petite ile, un pays surexploité à quelques miles de nous, a ouvert la révolution socialiste dans notre hémisphère!

Ils ont appris à notre génération que notre classe peut prendre le pouvoir et diriger la société. Ils nous ont appris que vous devez être fiers de votre héritage africain, de votre héritage latino-américain, car lls sont dignes de votre fierté.

Ils nous ont montré que la mobilisation de la classe ouvrière et de ses alliés, avec une direction consciente, qui dit la vérité, est plus puissante que la plus grande puissance économique et militaire ayant jamais existé au monde.

Ils ont montré dans la pratique qu'il n'était pas dans l'ordre des choses que les staliniens soient à la tête de toutes les révolutions, pour les étouffer, les dévier, les trahir. Nous sommes à l'époque de la révolution, pas de la contre-révolution.

Dans la Baie des Cochons, en Bolivie et en Afrique, les Cubains nous ont montré comment combattre, comment vivre, et si nécessaire, comment mourir pour la libération de l'humanité.

Et ils nous ont montré que le absolument quand il disait que le révolutionnaire intransigeant est motivé par un grand amour.

Et ils nous ont appris, même à ceux d'entre nous qui ignorent l'Espagnol, la signification d'un mot espagnol que nous devons connaître : «venceremos», nous vaincrons.

En échange de tout cela, nous ne leur devons qu'une petite chose. C'est d'organiser un mouvement révolutionnaire capable de conduire les travailleurs américains à faire exactement ce que les Cubains ont fait. Et c'est ce que nous ferons.

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