Débat. Livio MAITAN
Le vingtième anniversaire de la révolution cubaine a été célébré dans une situation un peu paradoxale. Ceux qui, dans les années 60, avaient été ses partisans les plus enthousiastes, ont gardé le silence ou ont exprimé dont le leitmotiv était : La Havane est la même chose que Moscou. Les éloges à Cuba et à ses dirigeants ont été, par contre, tressés par ceux qui, pendant des années, n'avaient pas fait mystère de leur méfiance, voire de leur hostilité, en premier lieu, les bureaucrates de Moscou, de Prague ou de Berlin-Est, et ces dirigeants des partis communistes d'Amérique latine qui ne cessent de défendre les conceptions staliniennes les plus orthodoxes.
Pourtant, le bilan réel de vingt années d'Etat ouvrier n'autorise ni les condamnations sans appel ni les jugements apologétiques. Nous nous efforcerons de le démontrer dans les notes qui suiUN BILAN SYNTHETIQUE Il ne faut pas oublier, tout d'abord, la portée d'une révolution qui, dans l'histoire de notre siecle, ne saurait être comparée qu'à la révolution russe et à la révolution chinoise. La victoire du mouvement du 26 juillet a transformé qualitativement les structures socio-économiques du pays, en balayant les vieilles classes dominantes et mettant fin à toute forme d'oppression
Cuba
Cuba
vingt ans aprés
et d'exploitation par l'impérialisme. Ce qui reste des classes de l'ancien régime, essentiellement dans l'agriculture et le commerce, n'a absolument pas un poids spécifique tel qu'il constitue un danger pour l'économie collectiviste née de la destruction du vieil Etat et des mesures d'expropriation radicales des propriétés capitalistes étrangères et autochtones.
En deuxième lieu, il ne faut pas sous-estimer le fait que l'existence même de l'Etat ouvrier cubain a impliqué et implique pour l'impérialisme dans cette région du monde un affaiblissement structurel. Il ne faut pas non plus minimiser - a posteriori - l'impact que la révolution cubaine a eu dans l'Amérique latine toute entière sur l'évolution du rapport des forces politiques et la maturasubjective de secteurs considérables de la classe ouvrière, de la paysannerie, de la petite bourgeoisie radicalisée. Il ne faut pas perdre de vue que la victoire de l'Ejercito Rebelde, les mobilisations de masses qui l'ont accompagnées, et les mesures sociales révolutionnaires adoptées en 1959 et 1960, ont donné une réponse pratique sans équivoque au problème - discuté des décennies durant par le mouvement latino-américain - de savoir s'il était possible de déclencher une révolution dans une région sous le contrôle le plus direct de l'impérialisme des Etats-Unis et d'assurer une issue victorieuse à cette révolution.
Finalement, rappelons encore une fois que, malgré toutes les difficultés que nous avons analysées ailleurs et sur lesquelles nous reviendrons plus loin, Cuba a connu une croissance économique et culturelle qui n'a pas d'équivalent dans d'autres pays sous-développés, en Amérique latine ou dans d'autres continents, qui sont restés dans le cadre du système capitaliste. Voici brièvement quelques chiffres qui concernent l'augmentation de la production de 1958 à 1977: - acier : x 11,5 - électricité : 4,3 - ciment : x 3,6 - raffinage du pétrole : x 1,7 - engrais : 5,0 - nickel : 2,0 - agrumes (1976).: 4,3 - œufs (1962-1978): x 10,4 -lait lait : 4,0 - glaces (1976) : x 7,6 - tracteurs (1975) : 6,0 - constructions (1976) : x 6,5 - pêche (1976) : × 8,8 - marine marchande : x 14,2 - exportations (1976) : x 5,4 - importations (1976) : x 6,4
Il faut ajouter qu'en partant de l'indice 0 en 1958, certaines opérations concernant la production du sucre ont commencé à être mécanisées
(les indices vont, pour l'année 1978, d'un minimum de 39 à un maximum de 98).
L'acquis est encore plus substantiel du point de vue social. Avant la révolution, 33% de la force de travail du pays était condamnée au chômage ou au sous-emploi; maintenant le plein emploi est réalisé. Les horaires de travail hebdomadaires moyens ont sensiblement diminué. En outre, les travailleurs jouissent de l'assurance maladie, de la retraite, etc., avec un changement radical de la situation précédente. Les loyers qui, avant 1959, absorbaient en moyenne 30 % du revenu, n'en absorbent aujourd'hui que 10 %, au maximum.
Quant à l'éducation, il suffit de rappeler qu'avant la révolution, les étudiants des écoles secondaires étaient 85000 et les étudiants universitaires 15000. En 1978, ils étaient, respectivement, 1043000 et 145 000 (1).
Nous soulignons un élément d'une importance fondamentale. Cuba n'a pas pu dépasser sa condition de pays essentiellement monoculteur, malgré les résultats obtenus dans l'exportation du nickel, du tabac et du poisson : le sucre représente encore plus de 80 % des exportations (90 % de la production sucrière est exportée). Or, dans les 5 dernières années notamment, le prix du sucre sur le marché mondial a connu des fluctuations spectaculaires (en 1973, il valait, selon les accords internationaux, de 3,25 à 5,15 cents la livre, l'année suivante, il atteignait les 60 cents, en 1977, il retombait à un palier entre 6 et 11
June fourchette entre 11 et 21, comme base internationaux). Dans un pays colonial ou semicolonial, à «libre» économie de marché, de telles fluctuations auraient provoqué des ravages économiques et SOciaux terribles. Si Cuba a pu, par contre, éviter que son économie soit complètement désorganisée et une partie importante de sa population réduite à la misère, c'est justement parce que la révolution a instauré des rapports de production collectivistes et parce que le pays a établi des rapports économiques Etats ouvriers, dont, en mier lieu, l'Union soviétique, général achetait le sucre à des prix supérieurs et vendait le pétrole à des prix inférieurs à ceux du marché mondial. DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE : GOULOTS D'ETRANGLEMENT ET TENSIONS
L'évolution défavorable des termes de l'échange à la suite de la récession mondiale n'est pas, toutefois, restée sans conséquences négatives pour l'économie cubaine, dont les capacités d'importation ont été évidemment réduites. Pour donner un exemple : les progrès de la productivité du traindustriels n'ont pas pu être exploités à fond à cause de goulots créés par la pénurie de certains matériaux d'importa-
Les prévisions avancées en 1975 - rythme de croissance moyen de 6 % par an (entre 1970 et 1973, ce rythme fut globalement de 26 % et de 10 % en 1973) - n'ont pas réalisés en 1976 (plus
(%), ni en 1977 (plus 4 %). En 1978, par contre, les résultats ont été supérieurs à ce qu'on attendait : 9% contre 7,4 %. 1978 a été aussi une année favorable en ce qui concerne la production du su-
: on a enregistré la deuxième récolte de canne historique (inférieure seulement à celle de 1970, qui pourtant avait été obtenue avec des efforts démesurés dans les conditions exceptionnelles avec 7,3 millions de tonnes. L'industrie a progressé globalement de 9 %, le cuivre de 8 %, la construction mécanique de 14 %. Le tourisme, désormais stimulé, après des réticences multiples, dans le but d'accroître la disponibilité de devises étrangères, a connu un essor considérable. Par contre, certains secteurs des services n'ont pas réussi à atteindre les objectifs du plan.
Pour 1979, le plan prévoit une croissance du produit national brut (producto social global) de 6 % et de la productivité de l'économie dans son ensemble de 4 %.
La conclusion qu'on tirer, sur la base même des statistiques officielles, est que la croissance économique a continué à être inégale, même après le tournant de 1970, et, dans l'ensemble, est restée relativement lente. Comme nous l'avons indiqué, le handicap de base, représenté par la monocultun'a pas été éliminé. En ce qui concerne les difficultés auxquelles l'économie cubaine ne cesse de se heurter, ses goulots et ses tensions, nous nous limiterons ici à mentionner quelques problèmes significatifs sur des plans différents.
Si nous considérons d'abord l'industrie du bâtiment, nous constatons qu'on ne prévoit de satisfaire les besoins - estimés à 100 000 logements par an - qu'en 1985. En 1978, on n'a même pas atteint l'objectif de 24 5000 logements on n'en a construit qu'un peu plus de 16 000 (l'échec est attribué officiellement aussi bien aux conditions atmosphériques qu'à des retards dans la livraison de matériaux provenant de l'étranger).
Il est connu que, pour stimuler la construction de logements, on avait eu recours aux microbrigadas, à savoir à des brigades qui dépendaient des centres de travail et qui auraient dû, en principe, fournir un travail supplémentaire. Mais pratiquement, dans de nombreux centres, les microbrigadas ont été organisées avec de la main d'oeuvre excédentaire. Ainsi - pour reprendre une formule de Castro -au lieu d'avoir du plustrabajo, on avait des plustrabajadores. On esquissait alors une solution allant dans le sens de transformer les microbrigadas en briga-
des d'Etat avec l'avantage que les logements construits par celles-ci seraient distribués à n'importe quel citoyen, membre ou non d'un centre de travail donné. Mais on s'est heurté à des résistances multiples, en premier lieu de la part de travailleurs qui ne voulaient pas quitter des centres de travail où ils gagnaient des salaires plus élevés (2).
Il faut ajouter qu'une autre difficulté en matière de logements réside dans le fait que les loyers ne suffisent pas à amortir les coûts de revient et les frais d'entretien courants. Les choses sont allées si loin que, d'après des calculs officiels, en l'absence des réparations nécessaires, environ 25000 logements par an ne sont plus utilisables. C'est pourquoi on a pris la décision de changer l'un des critères de base de la loi de réforme urbaine: pour les logements nouvellement construits, on n'appliquera plus le système du loyer correspondant
Fidel Castro avant à un pourcentage du salaire du chef du noyau familial. Ces mesures auront, entre autres, pour conséquence d'accroître les différenciations du niveau de vie entre les travailleurs mêmes.
Toute une série de problèmes n'ont cessé de se poser dans le domaine de la gestion des entreprises et de l'organisation du travail.
Comme nous l'avons mentionné ailleurs, le critère en vigueur est celui de la «responsabilité d'un seul combinée avec la fait, le directeur est l'autorité suprême, il est désigné par les assisté par un conseil de direction où la direction syndicale est représentée. La participation des travailleurs à la discussion sur le plan, l'analyse des résultats, l'utilisation des fonds pour les stimulants matériels, est garantie par «des voies et des formes différentes» (surd'entrer à La Havane.
tout par les assemblées de production). En dernière analyse, aucun pouvoir de décision sur les questions cruciales, on est plus près du «modèle» soviétique que du «modèle» yougoslave. Cela semble être confirmé par le fait qu'on ne respecte même pas le cadre fixé pour la consultation des travailleurs : d'après un rapport récent du président du Juceplan, 34% des entreprises n'avaient pas discuté du tout le plan pour 1979 avec les ouvriers et 58 % des entreprises n'avaient accepté aucune des propositions faites par les ouvriers. Rappelons, d'ailleurs, que tout en ayant leur propre personnalité que, les entreprises sont responsables devant l'Etat qui leur délivre les moyens de production de base et les fonds de roulement dans le cadre d'un fonctionnement centralisé.
L'un des traits du cours nouveau adopté depuis 1970 avait été, parallèlement à la priorité aux stimulants matériels (2 bis), l'introduction généralisée des normes. Il est évident que le système des normes peut assurer des augmentations de la productivité du travail, mais il comporte des inconvé nients sérieux, des tendances susceptibles de créer des tensions. Dans son discours au Congrès syndical de fin 1978, Castro a donné une idée assez claire des problèmes qui se posent.
En premier lieu, les normes restent très inégales dans certains cas, elle sont «suavecitas» (assez douces) (par exemple, dans les travaux agricoles), dans d'autres, elles sont trop sévères. En deuxième lieu, des difsubsistent et même par conséquent, d'un côté, il est difficile de trouver ouvriers disponibles pour certains travaux (les aides-tourneurs, par exemple), d'un autre côté, des déplacements à sens unique se produisent (par exemple, à la suite de l'augmentation des rétributions des professeurs universitaires, est désormais difficile pour le Juceplan, où les rétributions sont inférieures, d'embaucher des économistes). En troisième lieu, se dessine
une tendance à l'émergence de «salaires historiques» nouveaux, à savoir de salaires privilégiés par rapport à la moyenne. En pratique, il arrive, en outre, qu'on paie salaires soit supérieurs, soit inférieurs à ceux correspondant aux tions effectivement accomplies. Finalement, l'une des conséquences de ces difficultés et de ces tensions est ce que, à d'autres latitudes, appelle la «désaffection au travail», autrement dit, la tendance à arriver en retard et à s'absenter soujustification. Castro que le rapporteur Roberto Vega n'ont pas épargné leurs critiques responsables et aux cadres qui, pour vivre tranquilles ou ne pas troubler leurs rapports d'amitié, font semblant de ne rien voir (3).
Nous avons déjà rappelé - à propos de l'agriculture - que la production du sucre a toujours un poids décisif. Mais l'économie agricole cubaine se heurte à un autre obstacle, de nature structurelle. 30 % des terres arables appartiennent encore au secteur de l'économie privée. C'est en partie une agriculture de subsistance. Toutefois, ce secteur produit presque tout le café et le thé et contribue dans la proportion de 25 % environ à l'élevage, de 20 % aux livraisons à l'industrie sucrière, de 50 % à la production des fruits, des légumes, etc. Le dernier congrès de l'Association (ANAP), en mai 1977, a dénoncé tous les inconvénients qui découlent d'une telle situation, notamment la difficulté de stimuler une mécanisation efficace. Il a été décidé de donner une impulsion aux coopératives, mais sans résultats très appréciables : les coopératives se forment à un rythme assez lent (jusqu'au congrès, il n'y avait qué 43 coopératives, un an plus tard, il y en avait 136, pour un total de 21 500 ha et de 3 650 paysans) (4).
Enfin, Cuba pourra se trouver dans quelques années confronté à un problème que connaît depuis une décennie la Chine, à savoir un déséquilibre entre un nombre croissant d'étudiants diplômés et une pénurie relative de places disponibles. Castro s'en est préoccupé : il a évoproduisent déjà (par exemple, l'impossibilité d'admettre aux universités tous ceux reçu le diplôme de la Facultad Obrera ) et il explique dès maintenant que c'est une chose exque tout puisse faire des études universitaires, mais que cela n'implique pas que tous puissent avoir un travail correspondant à leurs diplômes.
Le groupe dirigeant une solution aux tensions multiples que nous venons de mentionner et, en général, aux difficultés de la croissance économique, en mettant l'accent sur l'exigence de stimuler davantage la production. Il insiste notamment sur la nécessité d'augmenter ultérieurement la productivité du travail aussi bien par une discipline plus rigoureuse et un contrôle plus strict de la part des responsables et des cadres que par un renforcement des stimulants matériels.
explicitement que la consommation doit être subordonnée aux besoins de l'accumulation. en fait, une perspective sacrifices très limitée du niveau de vie pour la génération actuelle, qui - selon l'indication du congrès syndical récent - doit se consacrer au développement. La limitation de la consommation permettra, dans l'optique de la planification en vigueur, d'exporter davantage de produits industriels (par exemple, du ciment et des produits textiles) et de développer donc les importations nécessaires.
Pour reprendre une expression de Castro, il est incontestable que «la révolution a laissé etapes idealistes, certaines etapes utopiques, irreelles». Malheureusement, elle l'a fait elle le fait de plus en plus, en adoptant, sur le plan théorique, et des methodes des ape l'URSS et d'autres pays d'Europe orientale.
L'INSTITUTIONNALISATION
A partir de 1976, les structures institutionnelles prévues par nouvelle Constitution ont commencé à être mises sur pied. Il est possible, par conséquent, d'esquisser premier ne fût-ce qu'approximatif, du fonctionnement de ces
(assemblées communales; assemblées provinciales et assemblée nationale élues par assemblées communales). Les élections se sont déroulées à scrutin uninominal avec un nombre d'électeurs pour chaque collège relativement restreint (d'un minimum de 250 à un maximum de 3 000). Ont été élus 10 725 délégués. Ceux qui ont obtenu plus de 50 % de voix au premier tour, ont été élus immédiatemment; lorsqu'un tel quorum n'a pas été atteint, il y a eu un deuxième s'est vérifiée dans 7 888 cas. Les candidats étaient 30 000, c'est-à-dire trois fois plus nombreux que les sièges à pourvoir. Deux détails significatifs : 70,4 % des élus étaient membres du parti ou de l'organisation des jeunesses : les délégués devaient prononcer un serment où ils s'engageaient «à se soumettre consciemment et librement au rôle dirigeant qu'accomplit dans la société le Parti communiste de Cuba».
L'Assemblée nationale - dont les membres, de même que les délégués aux autres assemblées sont révocables - est, d'après la Constitution, l'organe institusuprême. Mais quel est son fonctionnemement réel ? En 1977, elle a tenu deux sessions (respectivement en juillet et en décembre), qui ont duré trois jours chacune,
Men traitant une quantité énorme de problèmes. Par exemple, dans sa session de juillet, après avoir élu une vingtaine de commissions, elle a approuvé unanimement, au cours d'une matinée, toute une série de projets, sur la protection de l'héritage culturel, sur les monuments nationaux, sur les tribunaux militaires, sur l'organisation du systeme judiclaire. Dans une deuxieme journée, elle a approuvé quatre autres projets de loi dont un sur le
code de la famille. La même session a décidé que le compte-rendu des députés devant leurs électeurs aurait lieu tous les quatre mois - au lieu des trois prévus auparavant - et que les sessions plénières des assemblées communales se tiendraient quatre fois par an au lieu de six. Il y a eu parfois des amendements votés majoritairement. Dans la session de décembre, ont été discutés 17 points l'ordre du jour, dont le plan pour le développement économique, le budget de l'Etat pour 1978 et le nouveau code pénal.
Dans de telles conditions - et même en tenant compte du travail des commissions - l'Assemblée ne peut pas exercer effectivement son pouvoir de décision dans les domaines qui seraient pourtant de sa compétence. Le fait que le Comité central du Parti - qui se réunit lui aussi deux fois par an à la même époque - tranche avant sur les mêmes problèmes, du moins dans les cas les plus importants (par exemple, à propos du plan), en dit long sur le rôle réel de l'Assemblée. Il faut ajouter que les trois dernières sessions plénières du Comité central n'ont duré qu'une seule journée; ce qui démontre que cet organisme «suprême» n'a pas lui non plus de pouvoirs substantiels.
Les troupes cubaines en Angola
Les assemblées et les délégués au niveau inférieur maintiennent incontestablement des liens plus directs avec la base et prennent effectivement des décisions dans leurs domaines respectifs. D'autre part, les Comités de défense de la révolution, ou sont actits, selon les chitfres officiels, plus de 4 millions de citoyens, continuent d'accomplir leurs tâches. Il s'agit toutefois de tâches circonscril'accomplissement n'implique que des formes démocratie horizontale. Il est significatif à ce sujet que le CDR n'ait eu lieu qu'en 1977, à savoir 17 ans après leur naissance (5)!
Nous avons analysé dans un article paru à l'époque dans Inprecor (18 mars 1976), comment avait été préparé et s'était déroulé le congrès du Parti communiste cubain, réalisé pour la première fois à la fin de 1975. Le moins qu'on puisse dire est aspects propagandistes et rituels ont prévalu nettement sur les débats démocratiques réels. En 1977, a été convoqué le Sème Congrès de l'Union des Jeunesses communistes, les adhérents étaient passés par rapport au congrès précédent
(1972) de 132 000 à 400 000. Le rôle qu'une telle organisation pourrait avoir, est démontré par le simple fait que 45 % de la force de travail du pays est constituée par des personnes de
Dans. En fait, le Congrès de l'UJC n'a pas beaucoup d'intérêt du point de vue politique. Les interventions - Perez et Raul Castro - ont été marquées par des tirades moralistes et paternalistes et par la préoccupation des dangers qui guetteraient la révolution dans 20 ou 30 ans, en l'absence toutes les tendances «révision-
Get «anti-sociales» dont les générations nouvelles pourraient être les victimes. Raul a saisi l'occasion pour illustrer sa conception des «trois piliers de la révolution cubaine», à savoir «l'unité interne du Parti sous la direction de son premier secrétaire, le camarade Fidel; l'unité indissoluble entre le Parti et le peuple et l'unité de tous les Cubains avec l'URSS, patrie du grand Octobre et du génial Lénine». Un bureaucrate stalinien ou brejnevien n'aurait pas choisi de formule différente (6).
Le Congrès de la Centrale syndicale (CTC), tenu fin novembre de l'année dernière, n'a comporté aucune nouveauté ni aucune rectification par rapport aux conceptions et à la pratique mises en lumière par le congrès précédent. Des comptes-rendus officiels, il ressort que la mise en scène et la propagande ont eu une place démesurée (Castro a présidé personnellement la plupart des séances). Un détail dont il est difficile de saisir la portée exacte : lors de l'élection de la direction, à bulletins secrets, certains dirigeants connus ont eu des voix contre. L'annonce a été accueillie dans la salle avec quelques murmures, mais Castro a commenté ce qui s'était passé comme positif. A propos du rôle des syndicats et de leurs rapports avec l'Etat, les textes et les interventions ont repris les formules consacrées par le congrès précédent, en combinant des mises au point correctes sur la nécessité d'une distinction entre syndicat
et Etat et sur la tâche propre des syndicats de protéger les droits des travailleurs contre «toute incompréhension, action arbitraire et injustice» réaffirmation très nette du rôle dirigeant du parti par rapport aux syndicats et aux autres organisations de masses et à une idéalisation de l'Etat «socialiste», tel qu'il existe. «Ce qui se passe, a dit Castro, c'est que dans le socialisme, se réalise une identité et une identification miraculeuse entre les des travailleurs et les intérêts du peuple tout entier qui est naturellement un peuple de travailleurs». Dans cette optique, il a évoqué ensuite l'épouvantail de l'économisme, tout en ajoutant qu'à Cuba, le problème ne se pose pas, et il a exclu comme absolument fantastique l'éventualité que des grèves se produisent. «Des grèves ? Qui est-ce qui parle de grèves dans un processus révolutionnaire, dans un processus socialiste ?».
Malheureusement pour Castro, l'expérience de toutes les sociétés de transition jusqu'à celle de Cuba comprise, démontre que les choses ne sont pas si simples et que le «miracle» de l'identification des intérêts des ouvriers avec ceux de «leur» Etat ne se réalise pas toujours
La conclusion qu'on peut tirer est que le processus d'institutionnalisation et de restructuration des organisations de masse n'a pas abouti à une situation identique à celle qui existe dans d'autres Etats ouvriers. exemple, malgré les analogies, incontestables, le fonctionneassemblées n'est pas caractérisé par la même rigidité bureaucratique qu'ont les «assemblées» en URSS ou en Bulgarie. En fait, il y a un contact beaucoup plus vivant entre les électeurs et les élus - y compris grâce aux dimensions réduites circonscriptions - et des candidatures différentes peus'opposer. Autre exemple : l'idéologie et la pratique des organisations syndicales ne s'identifient pas non plus à celle des Etats ouvriers dégénérés ou déformés : comme nous l'avons souligné, des conceptions et des méthodes se combinent qui comportent, sinon des interprétations, accentuations différenciées et donc des marges de manœuvre plus grandes dans la pratique. Le résultat de tout cela est qu'existent à Cuba des formes de «démocratie horizontale» qui, dans d'autres Etats ouvriers, soit n'existent pas, soit n'ont existé que conjoncturellement et sectoriellement (par exemple, au ment de l'essor de l'autogestion en Yougoslavie ou à l'époque des plus graves crises de direction et des plus grandes mobilisations de masse en Chine) et que les liens entre les dirigeants et les masses restent plus directs et vivants que dans n'importe quel autre pays.
Toutefois, à la question de savoir s'il existe à Cuba des structures politiques et des organisations de masses propres à assurer une démocratie véritable, c'est-à-dire l'exercice du pouvoir des décisions par les masses avec des confrontations démocratiques effectives sur les grands choix économiques et politiques, la réponse ne peut être que négative. Il est inutile de souligner que l'absence de telles structures démocratiques révolutionnaires a aujourd'hui une signification et une portée beaucoup plus graves qu'au lendemain de la victoire de la révolution en 1959-60.
Les éloges inconditionnels que les dirigeants et la presse cubaine tressent constamment à l'URSS et aux autres Etats bureaucratisés, de même que les condamnations sommaires et indiscriminées de tous les opposants des pays de l'Est, traités par les épithètes typiques des agences de presse de Moscou, de Prague ou de Berlin-Est, n'amécertainement choses. Cela d'autant plus que Cuba ne cesse d'avoir systématiquement recours à des textes soviétiques, staliniens et post-staliniens, formation idéologique des cadres et des militants. La simple lecture de la presse suffit pour le faire comprendre.
En même temps, toute conception ou attitude relevant d'un point de vue marxiste révolutionnaire ou d'un point de vue d'extrême-gauche (ou présenté comme tel), est l'objet de dénigrements ou de falsifistyle strictestalinien. Trotsky lui-même continue d'être la cible d'articles polémiques virulents qui déforment ment sa pensée (8). La conception policière de l'histoire qui voit partout des agents et des espions, a trouvé à Cuba aussi des adeptes fervents. CUBA, MOSCOU ET L'AFRIQUE
Nous ne pouvons pas analyser ici en détail la politique internationale de Cuba dans les divers secteurs du monde. Nous nous limiterons à quelques points centraux.
Rappelons d'abord que, déja
Castro avait donné sans ambiguité l'explication du tournant opéré. «Petit pays entouré de capitalistes, bloqué par les impérialistes yankees», Cuba ne pouvait pas attendre son intégration dans une Amérique latine gagnée par la révolution dans «10,15,20,25,30 ans», mais il était forcé de s'intégrer dans le «camp socialiste» et de s'adonner à des manœuvres politiques et diplomatiques avec des gouvernements bourgeois, en Amérique latine et ailleurs (9). Cette politique a été poursuivie systématiquement depuis lors.
On pourrait expliquer que, sur le terrain théorique, des textes de dirigeants cubains ont affirmé la nécessité d'assurer une dimension internationale à la construction du socialisme et, surtout, que les initiatives les plus importantes de la politique étrangère de La Havane au cours des trois ou quatre dernières années ont été inspirées par une conception internationaliste de la lutte contre l'impérialisme (10). Nous ne nions ni minimisons pas de tels aspects; notamment, nous ne contestons nullement que l'intervention cubaine dans la guerre en Angola et l'aide à la révolution en Ethiopie ont contribué à affaiblir les positions du colonialisme, du néocolonialisme et, d'une manière générale,
de l'impérialisme en Afrique.
Mais une appréciation d'ensemble ne peut faire abstraction d'une série d'autres éléments : 1) La politique étrangère cubaine est alignée sur la politique de l'URSS, en ce qui concerne les problèmes les plus importants. Depuis des années, il est impossible de saisir la moindre critique ou la moindre réserve cubaine à l'égard de Moscou.
L'Union soviétique et ses alliés fidèles sont exaltés termes dithyrambiques et présentés comme des phares d'internationalisme et de démocra-
Deux exemples, parmi les centaines qu'on pourrait faire. Granma n'a pas hésité à définir la constitution soviétique «un monument aux droits fondamentaux de l'homme», sans se soucier de préciser si les proclamations de cette constitution sont mises en exécution.
Pendant son séjour à Moscou en février 1979, Raul Castro a déclaré, en s'adressant au chef de bureaucratie soviétique : «Vous êtes le plus haut dirigeant du parti qui conduit l'Etat soviétique vers de nouveaux et plus hauts sommets de progrès et de prospérité pour le peuple et pratique une politique étrangère léniniste dans les intérêts des peuples, de la paix, de la sécurité et de l'avenir de l'humanité.» En même temps, les dirigeants cubains se sont placés au premier rang dans les attaques contre la bureaucratie chinoise, sans aucune économie de caractérisations et d'épithètes. Fidel Castro lui-même a dénoncé la direction chinoise comme fasciste, a fait un parallèle entre la Chine et l'Allemagne nazie et accusé Pékin de vouloir plonger le monde dans une guerre nucléaire (discours du 21 février 1979).
Les attitudes prises dans une période plus récente face aux Etats-Unis n'ont impliqué cune concession qui puisse être légitimement critiquée. elles s'insèrent dans le cadre de cette coexistence pacifique qui est traditionnellement le leitmotiv de la politique de la bureaucratie soviétique. 2) Les dirigeants cubains ont renoncé à toute critique à l'égard gard des partis communistes d'Amérique latine, dont ils présentent les conceptions stratégiques et les approches tactiques sous un jour favorable et avec qui ils ont signé des textes communs. Des réticences ponctuelles - par exemple, de l'attitude du Parti argentin Videla (11) - ne se sont jamais traduites dans des critiques explicites et, en tout cas, elles ne
Men rien le tableau d'ensemble. Ce tableau est marqué par l'adhésion du PC cubain à la politique de collaboration avec des secteurs de la bourgeoisie «nationale» et avec des gouvernements expression de ceux-ci et, ce qui est pire encore, par l'exaltation de mouvements, gouvernements et personnalités bourgeois comme révolutionnaires (le cas du Pérou reste classique en la matière). 3) Alors que dans les années 60, la direction quait clairement que le conflit sino-soviétique, par les formes qu'il avait prises et par sa dynamique, avait des conséquences négatives sur la lutte antiimpérialiste, en particulier, sur la lutte des Vietnamiens contre l'impérialisme nord-américain, ensuite elle s'est placée sans réserve du côté de la bureaucratie soviétique, rang à la polémique contre Pékin (dans son discours pour le vingtième anniversaire, Castro a comparé la Chine à l'Allemagne hitlérienne). 4) La direction cubaine non seulement maintient des rapports cordiaux avec les pays capitalistes d'Europe occidentale, mais elle délivre aussi des certificats de bonne conduite à certains de leurs représentants. Par exemple, pendant la visite du Cuba, Castro a dit textuellement : «La transition en Espagne est en train de se passer d'une façon brillante et progressiste. Au commencement, on doutait du futur de l'Espagne, mais il est devenu clair que là-bas il ne se passe rien... Suarez est un homme capable, brillant, et avec Juan Carlos, il a écrit une page très importante dans l'histoire de l'Espagne». Cela indique entre autres, que
Castro n'a plus aucune réserve sur la politique des partis communistes d'Europe occidentale, notamment du Parti communiste espagnol (sauf, bien entendu, pour ce qui concerne son attitu-
Mais venons-en à la politique de Cuba en Afrique. L'appréciation de Castro, selon laquelle l'Afrique serait actuellement le chaînon le plus faible de l'impérialisme est pour le moins discutable. Mais il s'agit d'un point secondaire. Il n'est pas secondaire que les Cubains présentent comme socialistes ou «œuvrant en faveur du socialisme» non seulement l'Algérie, le Mozambique, l'Angola et l'Ethiopie, aussi le Dahomey et la Guinée (en ce qui concerne l'Ethiopie, Castro a caractérisé la révolution dans ce pays comme une combinaison de la révolution française et de la révolution bolchévique). Encore plus grave est l'adhésion à l'un des principes l'OUA, véritable Sainte Alliance africaine, à savoir le principe de l'intangibilité des frontières, déterminées, comme l'on sait, par les intérêts des colonialistes et néo-colonialistes, sans aucune consultation des peuples ou des nationalités concernées (12).
L'intervention dans la guerre en Angola a eu, répétons-le, un rôle progressiste; elle a été inspirée par un réflexe internationaliste. Mais on ne peut pas dire la même chose à propos de la présence des troupes cubaines en Angola maintenant. Le régime angolais, qui a conclu des accords avec des régimes néocoloniaux parmi les plus réactionnaires et établi un modus vivendi avec l'impérialisme lui-même, notamment à propos du pétrole de Cabinda, est un régime néo-colonial et en aucun cas un Etat ouvrier. Il n'a pas hésité et n'hésite pas à exercer une dure répression contre les opposants de gauche, liés à des secteurs de masses et porte-paroles de ceux-ci dans leur lutte légitime pour des revendications économiques et les droits démocratiques. Quelles que soient les intentions subjectives des dirigeants - à plus forte raison, les sentiments des masses cubaines -•le contingent cubain aide objec-
Des considérations analogues s'appliquent à l'Ethiopie. Il faut inscrire à l'actif des Cubains qu'ils soient intervenus, avec des sacrifices lourds, pour soutenir la lutte d'un pays néo-colonial contre des agressions ou manœuvres impérialistes, directes ou indirectes. Mais leur participation aux opérations militaires dans l'Ogaden posait déjà des questions dans la mesure où un problème national pouvait exister il s'agissait de voir quelle autonomie avait ou pouvait avoir la question des Somalis dans le contexte plus général d'une opération où des forces réactionnaires, hostiles à la révolution éthiopienne, étaient incontestablement impliquées). De toute façon, lorsque la guerre s'est déplacée dans le Nord avec pour objectif l'écrasement des combattants érythréens, aucun doute n'était plus possible. Le régime d'Addis Abeba niait le droit d'auto-détermination à un peuple qui luttait par les armes depuis vingt ans environ pour son indépendance. Certes, Cuba a pris partiellement ses distances en ne participant pas directement aux opérations et en déclarant à plusieurs reprises que le problème de l'Erythrée devait être résolu sur le terrain politique. Mais une telle déclaration restait largement platonique dans la mesure où, d'un côté, il maintenait son soutien militaire au régime éthiopien en lui permettant de concentrer ses efforts dans le Nord, et d'un autre côté, il proclamait que la solution politique ne saurait remettre en cause l'unité de l'Ethiopie. Puisque le point crucial est justement que les Erythréens ne veulent plus rester dans le cadre de cet Etat et luttent pour leur independance, en tait, la position cubaine favorisait le régime d'Addis Abeba.
La question de savoir si son action est ou non autonome par rapport à Moscou est, sous cet angle, relativement secondaire. Dans le cas spécifique, les positions de Moscou et de La Havane ne s'identifient pas entièrement. Il est probable, d'autre part, que la décision d'intervenir en Angola ait été prise au début indépendamment de Moscou. Mais, tout d'abord, décisIon independante ne signifie pas décision conflictuelle. En deuxième lieu - ce qui est plus -Cuba ne pouvait ni ne peut s'engager dans la mesure où elle l'a fait, sans un accord avec l'URSS dont elle dépend largement du point de vue aussi bien économique que militaire. En dernière analyse, quelles que soient les différenciations partielles, la politique internationale de Cuba aujourd'hui est globalement intégrée à la politique de la bureaucratie soviétique. Les proclamations d'amitié et de fidélité réitérées ne relèvent pas que de la rhétorique de circonstance, mais elles reflètent une situation réelle (13).
CUBA ET LES AUTRES
ETATS OUVRIERS :
ANALOGIES ET
DIFFERENCES critique à la nouvelle constituré l'attention sur le fait que «au-delà des différenciations découlant de facteurs spécifiques..., des conceptions et des méthodes dans une large mesure analogues ont tendance a prevaloir dans les sociétés de transition surgies jusqu'ici. Nous ne nous référons pas seulement aux similitudes structurelles (étatisation de l'industrie, d'un secteur non collectiviste à la campagne, etc.), mais aussi à des traits plus précis...» Depuis lors, cette tendance s'est accentuée davantage : non seulement dans le cas macroscopique de la Chine, mais aussi en ce qui concerne Cuba.
Nous ne reviendrons pas sur les traits typiques d'un Etat ouvrier qui impliquent tout naturellement une identité entre Cuba et les autres Etats ouvriers. Mais des affinités très strictes existent de plus en plus sous d'autres angles : formes de gestion économique sans participation réelle des masses aux décisions capitales; priorité aux stimulants matériels; acceptation et même théorisation d'une prétendue viabilité des diversités de rétribution et de niveau de vie au sein de la classe ouvrière et a fortiori entre classe ouvrière et d'autres couches sociales. Encore plus important est le fait que, bien que dans une mesure différente et à la suite de différents processus, Cuba soit caractérisé, de même que les autres Etats ouvriers, par l'absence d'une démocratie socialiste institutionnalisée. Les grands choix restent l'apanage qui roupes dirigeants restreints dominent dans l'Etat et le parti. Ensuite, de même que les autres Etats ouvriers, Cuba théorise et pratique le principe du parti unique et du rôle dirigeant de celui-ci par rapport à toutes les organisations de masses et les structures politiques et sociales. Dans ce parti - comme dans les syndicats - il est défendu de former des tendances ou des groupements. Fina'ement, quelles que soient les nuances des formules, l'édification du socialisme est conçue par les dirigeants cubains aussi dans le cadre d'un Etat national. D'où la tendance inévitable à subordonner les intérêts des masses en lutte dans le monde aux besoins du maintien et de la défense de cet Etat.
Certains pourront opposer à ce bilan des rappels à l'origine historique spécifique de la révolution cubaine et de la direction castriste, au rôle qu'elles ont joué dans les années 60, aux intentions subjectives du groupe dirigeant, y compris à l'étape actuelle (14). Mais le critère décisif est : quels mécanismes ont opéré et opèrent, quels résultats ont-ils produit, quelle est la dynamique qui se développe? révolution, pas une L'expérience nous
You leur effaêtre marqué par la pénurie, malgré réalisés,
You non
couches bureaucratiques et de question est mal posée. Par trai- lieu, sur le droit d'expression, ouvrière et des autres couches travailleuses, elle est désormais conditionnée ment par la volonté de défendre par tous les moyens ses positions de pouvoir et de privilèges.
Les marxistes révolutionnaires se sont toujours efforcés de distinguer les différentes d'un processus, de ne pas congermes potentiels phénomènes en plein développement, tendances naissantes et leur aboutissement. Ils ont en même temps repoussé toute attitude fataliste : les processus socio-politiques n'ont pas l'inéluctabilité phénomènes météorologiques. Il est bien connu que Trotsky a commencé à dénoncer les tendances à la bureaucratisation depuis 1923 (Lénine aussi l'avait fait pour sa part), mais ce n'est qu'au début des années 30 qu'il a théorisé la dégénérescence qualitative de l'Etat ouvrier et afensuite la nécessité d'une révolution politique contre le pouvoir bureaucratique. Il l'a fait sur la base d'une appréciation globale qui prenait en considération tous les facteurs d'un processus combiné (15).
explicitement que nous ne disposons pas pour l'instant de tous les éléments analytiques nécessaires. Cette notamment un point crucial : la portée des privilèges bureaucratiques. Il est toutefois incontestable privilèges existent et que les bureaucrates - pas nécessairement les dirigeants les plus importants - jouissent d'un niveau de vie supérieur à tous les points de vue à celui des masses. Il nous paraît aussi évident que les bureaucrates tendent, en général, à défendre leurs positions de pouvoir ou de contrôle qui source de leurs privilèges. Le fait que ce sont les bureaucrates moyens qui jouent le rôle le plus conservateur n'a qu'une valeur relative : le même phénomène s'était produit au
Men Union soviétique.
Mais nous estimons qu'à l'étape actuelle les privilèges n'ont pas acquis les dimensions qu'ils ont dans les autres Etats ouvriers et, ce qui est plus, il y a un degré de cristallisation des leur pouvoir incomparablement inférieur. Cela s'explique par le fait que les dirigeants maintiennent et tendent maintenir des rapports avec les masses qui, tout en étant marqués par le paternalisme, n'ont pas les mêmes traits autoritaires que dans les autres Etats ouvriers et que les masses ne considèrent pas en général leurs dirigeants comme une force étrangère ou hostile. Par ailleurs, n'y a pas eu et il n'y a pas à Cuba de répression de la même nature qu'en URSS, en Europe orientale ou en Chine. Dans leur presque totalité, les prisonniers politiques, dont le nombre est en voie de diminution rapide, sont effectivement des contre-révolutionnaires, le plus souvent coupables d'actes concrets contre l'Etat ouvrier. En outre, comme nous l'avons mentionné les structures politiques ne sont pas complètement sclérosées et permettent des formes partielles de vie démocratique. Finalement, malgré l'alignement sur Moscou et une série d'attitudes prises au cours de la dernière décennie, la direction cubaine n'est pas apparue insensible aux exigences des luttes internationalistes. A plus forte raison, elle ne s'est jamais rendue coupable d'aucun crime ou d'aucune trahison comparable à ceux dont furent responsables les directions d'autres Etats ouvriers et partis communistes bureauQUELLE PERSPECTIVE ?
On dira que, si les tendances que nous avons indiquées nous-mêmes ne cessent de se déveloper, la dégénérescence bureaucratique au sens strict est inévitable et qu'il n'y a pas beaucoup d'indices qui autorisent l'hypothèse d'un renversement de tendance à court ou moyen Répétons-le : il faut rejeter toute approche fataliste.
Dans un texte d'octobre sur la nature de classe de l'Etat soviétique, Trotsky écrivait : «Est-il guérissable ? Poursuivre les tentatives de traitement, cela ne signifie-t-il pas une dépense stérile de temps précieux ? La nous entendons non mesures artificielles, détachées du mouvement révolutionnaire mondial, mais la continuation de la lutte sous drapeau du marxisme. critique impitoyable de la bureaucratie stalinienne, l'éducation des cadres de la nouvelle Internationale, de la capacité de l'avant-garde prolétarienne mondiale - telle est l'essence du 'traitement' Il coïncide avec la direction fondamentale du progrès historique. Ces dernières années - notons-le en passant -des adversaires nous ont dit plus d'une fois que nous perdions du temps en vain, en nous occupant du traitement de l'Internationale communiste. Nous n'avons jamais promis à personne que nous guéririons /'I.C. Nous nous sommes seulement refusés, jusqu'à vérification définitive, à déclarer que le malade était mort ou sans espoir (16)». Une telle approche méthodologique s'impose aujourd'hui par rapport au problème de Cuba. Il ne s'agit pas de tirer des conclusions sur la base d'éléments analytiques insuffisants ou de proclamer qu'en tout cas le processus de bureaucratisation est irréversible. C'est pratique qui tranchera et la possibilité existe de faire - justement - une vérification dans la
La caractérisation de Cuba, non comme Etat ouvrier dégénéré, mais comme Etat ouvrier avec des déformations bureaucratiques très graves, n'empêche aucunement d'affirmer la nécessité d'une lutte contre les tendances et les méthodes bureaucratiques qui sont une réalité depuis une période désormais assez longue. Cela n'empêche pas de développer une critique sur des problèmes cruciaux, en dénonçant tout ce qui entrave la construction d'une véritable démocratie socialiste, ni de lutter pour des changements substantiels.
Cela signifie que, sur le plan de la propagande, les marxistes révolutionnaires doivent avancer toutes leurs conceptions sur la structuration et le fonctionnement d'une société de transition et, donc, en premier
de presse, d'organisation, etc. Par ailleurs, affirmer le droit d'organisation - dans le cadre de la société nouvelle et dans le respect de ses lois fondamentales - n'implique pas d'être automatiquement en faveur de la formation d'un nouveau parti communiste, de même que la lutte pour le droit à l'autodétermination n'implique pas automatiquement une lutte pour la séparation.
Sur un terrain de lutte plus immédiate, il faudra se battre pour la liberté de débat sur tous les problèmes économiques et politiques à tous les niveaux (ce qui comporte le droit d'information sur les débats qui ont lieu, y compris dans les instances dirigeantes les plus élevées) et pour la liberté de publier sans aucune censure des journaux, des livres, des revues, etc. Il faudra lutter en même temps pour une démocratisation réelle des syndicats, pour leur indépendance effective par rapport au parti et à l'Etat, pour le droit de constituer des tendances dans le respect de la discipline dans l'action. Le même droit devra être revendiqué dans le parti.
Sur le plan international, on devra lutter pour une distinction nette entre la politique étrangère du gouvernement et la politique internationale du parti. Si, par exemple, le gouvernement estime qu'il est tactiquement utile d'établir de bons rapports avec le Pérou ou Panama, cela ne doit pas comporter une exaltation des gouvernements ou des dirigeants de ces pays dans la propagande du parti. Cuba devra continuer à s'engager dans des actions internationalistes contre l'impérialisme, et les classes dominantes indigènes, mais elle devra refuser toute aide militaire et politique qui contribuerait à consolider des ré. gimes néo-coloniaux. Dans le cas de l'Ethiopie, elle devra reconnaître que le droit à l'autodétermination du peuple d'Erythrée est prioritaire par rapport au maintien de l'unité de l'Etat éthiopien et à plus forte raison par rapport au «principe» de l'intangibilité des frontières en Afrique.
Cuba devra finalement établir des rapports normaux avec tous les Etats ouvriers et, en se reliant à la bataille de Che Guevara dans les années 60, prendre l'initiative d'une bataille pour la recomposition d'un front unique des Etats ouvriers contre l'impérialisme, qui mette fin à une division qui a déjà eu des conséquences dramatiques est grosse d'une dynamique encore plus dangereuse.
Une lutte pour de tels objectifs permettrait de faire la vérification pratique dont nous avons parlé. Si elle avait un impact parmi des secteurs de masse, elle aurait des répercussions inévitables, y compris au niveau des cadres et de la direction elle-même, en provoquant des différenciations et des réalignements. C'est une perspective extrêmement difficile sous l'angle des forces subjectives. Mais il s'agit d'une potentialité qui s'inscrit dans les conditions objectives. Il serait erroné de l'ignorer, en se résignant d'une facon fataliste à une «irréversibilité» du processus de bureaucratisation. 1) Tous ces chiffres ont été publiés par la presse cubaine - dont Bohemia et Granma - à l'occasion du vingtième anniversaire. Pour d'autres informations sur la situation économique, voir par exemple : «Cuba, Political Consolidation and Economic Adjustment», Bank of London and South America Review, février 2) Le problème des logements a été discuté à de nombreuses occasions. Voir, par exemple, le discours (Granma, 17 décembre 1978). 2 bis) Le travail aux pièces a été aussi réintroduit. D'autre part, dans une entrevue - intéressante sous plusieurs angles - donnée par l'un des princiresponsables économiques, Humberto Perez, à Bohemia (numéro 7, 1979) on explique que le marché parallèle avec ses prix plus élevés est le moyen qui permet aux travailleurs bénéficiaires des «stimulants matériels» de concrétiser l'avantage de salaires plus élevés. 3) Voir Granma, 10.12.78. Des phénomènes d'absentéisme scolaire ont aussi été dénoncés.
4) Voir Granma, numéro 4, 1978. 5) Voir pour des informations sur la composition des CDR, etc., Granma, numéros 40 et 41, 1977. 6) Dans son discours pour l'anniversaire de la révolution, Raul Castro a utilisé une formule analogue à propos des «trois facteurs qui expliquent la consolidation du pouvoir révolutionnaire à Cuba», à savoir «l'unité interne du parti basée sur le centralisme démocratique et la pureté des principes du marxisme-léninisme, l'unité autour du parti et du dirigeant suprême de la révolution, le camarade Fidel, l'unité de tous les Cubains avec la communauté socialiste et, en premier lieu, avec la de Lénine, soviétique» (Bohemia, numéro 1, 7) Voir aussi l'intervention de Jesus
Montane, membre du Comité central du Parti et chef du département «de atencion a las organisaciones de masas», du Comité central, qui a réaffirmé le rôle dirigeant du Parti, tout en ajoutant que le «Parti a surtout intérêt à ce que les organisations de masses maintiennent, en général, le caractère autonome des fonctions et de l'autorité qui leur appartiennent». Pour concrétiser davantage, il a ajouté qu'il faut travailler Lazaro Pena. La référence est loin d'être rassurante : Pena a été longtemps le symbole du bureaucrate syndical stalinien et, en 1966, il avait été démis de ses fonctions. 8) Voir par exemple un article de
Jesus Orata Ruiz, paru dans Granma, 12 novembre 1977, que nous avons commenté dans Rouge, 27 décembre 1977. 9) Voir discours de Castro du 26 juillet 1972. 10) Voir, par exemple, un texte publié par Granma, 11 décembre 1977. 11) La presse cubaine a publié toutefois des analyses comme celle qui suit : «Il y a des secteurs du gouvernement qui, par des interdictions, des détentions et d'autres mesures, s'efforcent de maintenir l'état de répression existant alors que d'autres fonctionnaires (dont le Président Videla) sont partisans de formes limitées de dialogues avec des politiciens et des syndicalistes» (Granma, 31.12.1978). 12) Voir Granma, du 11 décembre
1977, du 22 mai 1977, et du 17 juillet 1977. 13) Une confirmation récente est l'identité complète de vues dans la crise indochinoise de fin 1978-com-
mencement 1979. Il est significatif, entre autres, que Raul Castro se soit rendu à Moscou dans le vif du conflit armé entre le Vietnam et la Chine. 14) Précisons, en passant, que les changements dans la composition du groupe dirigeant du point de vue de l'origine, ne sont pas en tant que tels décisifs. Autrement dit, nous ne croyons pas que la provenance du mouvement castriste «historique» soit en absolu une garantie, la provenance du PSP un danger. A notre sens, un homme comme Carlos Raphael Rodriguez est apparu à plusieurs reprises comme moins «stalinien» qu'un Raul Castro. 15) Voir à ce sujet aussi notre article, déjà cité, de 1975. 16) Oeuvres, 2, PP. 247-48. Rappelons qu'à l'époque Trotsky n'avait pas encore appelé à la révolution politique contre la bureaucratie stalinienne.