Chers camarades, Je viens de recevoir une copie de la lettre envoyée par le camarade Adolfo Gilly au camarade Jack Barnes, datée du 2 février de cette année et se rapportant au discours que celui-ci a prononcé sur le thème «Cuba, vingt ans de révolution», le 31 décembre 1978. Le camarade Gilly fait allusion à mon témoignage sur l'activité des trotskystes, et la mienne, lors de ces premiers mois de la révolution cubaine. Autant pour l'importance du problème posé par Gilly en lui-même que pour l'éducation des milliers de jeunes qui rejoignent aujourd'hui nos rangs, que parce que j'ai été un des protagonistes des faits en question, je me vois dans l'obligation politique de renouveler mon témoignage. Je dis renouveler mon témoignage, car un rapport détaillé sur l'intervention des trotskystes à ce
La été remis à l'époque (octobre 1960) au Bureau latino-américain et au Secrétariat de la IVe Internationale.
Alors que l'on se battait encore dans les montagnes cubaines, alors que Batista dominait
Débat / Cuba dans la révolution cubaine:
un témoignage
encore l'ile, nous, les trotskystes, avons lancé la campagne de soutien à la lutte de guérilla à
Cuba. Dans un article que j'ai fait publier dans Voz Proletaria, je crois au milieu de 1958, et qui était intitulé «La chute de Batista s'accélère », je soutenais l'idée que dans le Mouve ment du 26 juillet et dans la lutte de guérilla, une dialectique contradictoire se développerait, que les marxistes devraient lutter pour définir, quand je disais que dans ce mouvement convergeaient des militants de tendances petites-bourgeoises qui luttaient pour l'humanisation du capitalisme et des équipes objectivement bolchéviques qui avaient en vue une issue socialiste. Ce n'étaient pas mes idées ni mes prévisions, c'étaient les prévisions et les conclusions partagées par toute une équipe latino-américaine, par les trotslatino-américains fonctionnaient sous la direction
Secrétariat international
Pendant que cela se déroulait, en faisant de très gros efforts, le Bureau latino-américain de la IVe Internationale a envoyé quelques-uns de ses
Le rôle des trotskystes
principaux dirigeants à Cuba, le camarade Ortiz et la camarade Miranda, pour travailler au soutien de la révolution cubaine et, ce qui était la base essentielle de ce soutien, à la reconstruction du Parti marxiste-révolutionnaire, de la Section cubaine de la IVe Internationa-
Mais ce serait une errreur de penser que la réorganisation du trotskysme à Cuba n'a commencé qu'au moment où nous sommes arrivés. Un mouvement trotskyste ancien et traditionnel existait à Cuba. Gilly se réfère à quelques-uns de ses antécamarade Maïtan en fait autant dans ses Notes pour l'histoire du trotskysme en Amérique latine; je m'en remets à eux.
Une partie de ce vieux mouvement a survécu à la longue nuit de Batista. Et non sous la forme d'unités isolées, de combattants qui drapeaux, mais de militants actifs de différents fronts. Pour des raisons de sécurité, parce que ne nous savons pas quel est le sort actuel de plusieurs de ces militants admirables, je ne me
toriété publique à Cuba ou à ceux qui ne sont plus en vie.
Ce qui est certain, c'est que, avec le Bureau latino-américain ou sans lui, avec le Secrétariat international ou sans lui, le trotskysme est inscrit dans la chair et les os du prolétariat cubain. Est-il nécessaire de rappeler Mella, victime du stalinisme, et Sandalio Cujas, et tant d'autres !
Et personne ne parle de Medina, mort de tuberculose dans les prisons de Batista pour sa défense du trotskysme. Les camarades savent que Pablo Diaz, directeur public de notre journal, avant que celui-ci ne soit dissout par Batista, a été le dirigeant principal de l'opposition dans l'organisation syndicale cubaine.
Et les camarades savent-ils que Pablo Diaz est un des douze survivants du Gramma qui ont réussi à traverser les lignes de l'armée de Batista et à monter dans la Sierra Maestra, qu'il a aujourd'hui le grade de commandant dans l'armée cubaine et qu'il a à son actif l'opération contre l'action armée des gusan08 contre-révolutionnaires dans le Camaguey? Savent-ils que le camarade Pablo Diaz a été responsable de l'appareil financier de la guérilla ?
Des jeunes et des vieux ont participé à la guérilla. Je me rappelle de Mirella, presqu'une enfant, de Juan et d'Idalbertico Ferrera; le premier était sergentmitrailleur et le second caporal du front guérillériste de l'Est.
Le camarade Antonio Torres était président de l'Hermandad Ferrocarrilera - Association Chemins de fer - de la Havane, et j'ai personnellement lu dans le journal syndical de celle-ci beaucoup d'articles de la IVe Internationale, y compris du journal The Militant, alors organisé dans le Comité international. Ces camarades ont livré une bataille courageuse, à des postes clés de la lutte de classes, pour le programme de la révolution socialiste, pour la démocratie ouvrière, contre la bureaucratie.
D'autres camarades, que je ne peux pas nommer, mais que je connais très bien, ont travaillé à des postes clés dans le sabotage urbain pour le soutien à la guérilla.
En arrivant à Cuba, j'ai été reçu officiellement par le gouvernement cubain et logé au siège du Congrès. Là je me suis réuni avec le reste de la délégation trotskyste, que le camarade Gilly énumère, et je m'en remets à lui pour cela, en ajoutant qu'il y avait aussi un délégué du POR chilien, et un Péru-
Dès le début nous avons pu nous rendre compte que l'atmosphère était chargée et annonçait une tourmente inévitable. L'appareil stalinien était prêt à utiliser tous les moyens pour réduire les trotskystes au silence. Immédiatement après notre arrivée, nous avons été embarqués dans un train qui s'appelait « le train de la liberté », avec les délégués présents, à destination de la Sierra Maestra, où était inauguré le Congrès. Ce voyage a constitué pour moi une expérience inoubliable. Le train s'arrêtait dans chaque village et dans chaque hameau, où les ouvriers et les paysans s'attroupaient pour exiger que les délégués prononcent des discours sur la révolution cubaine. Dans ce train voyageaient Luis Naguil d'Uruguay, Felipe Galvan du Mexique, et moi, qui venais d'Argentine. Nous ne sommes pas arrivés à temps pour l'inauguration du Congrès, la foule nous ayant retardés beaucoup plus que prévu. Dans les discours improvisés, nous avons fait parvenir au peuple cubain le salut du Secrétariat international Internationale et nous avons défendu le cours permanent de la révolution socialiste à Cuba, contre toutes les formes de conciliation avec le Capital, contre la coalition avec la bourgeoisie, pour l'auto-organisation des travailleurs, pour le controle ouvrier, pour l'expropriation et la planification de l'économie. Nous appelions les ouvriers et les paysans à rester constamment actifs et vigilants et nous rappelions constamment le Guatémala. Nous appelions à prendre directement le pouvoir en main.
Lorsque nous sommes retournés à la Havane, la lutte était déjà entamée, la direction stalinienne était décidée à contester nos mandats et à nous priver de nos voix et de notre droit de vote au Congrès. Ce n'était pas seulement un conflit entre le stalinisme et nous, c'était un conflit dans le cours même de la révolution cubaine : le conflit entre les classes dans la révolution cubaine, le conflit entre l'Etat bourgeois ou l'Etat ouvrier. Nous étions conscients que l'alternative était là et pas ailleurs. Le Congrès latino-américain de la Jeunesse n'était qu'un pâle reflet du débat qui se définissait dans la direction de la révolution cubaine.
Face à cela, la délégation trotskyste n'a pas hésité. Nous avions fait imprimer en trois mille exemplaires le Manifeste que nous allions présenter comme thèses au Congrès, et nous l'avons distribué massivement à tous les délégués du Congrès, aux autorités cubaines, aux organisations politiques, syndicales, populaires, et à toutes les publications officielles et privées.
Malheureusement, pour les raisons de clandestinité déjà expliquées, je n'ai conservé aucun exemplaire de ce Manifeste, mais comme c'est moi qui l'ai rédigé, je me rappelle ses traits généraux. De toutes façons, des extraits fondamentaux de ce Manifeste ont été publiés dans la presse cubaine et latino-américaine de l'époque. Je m'en remets à cela.
Face à cela, quand ils n'ont pas pu cacher l'exclusion du trotskysme, les staliniens ont monté une nouvelle intrigue. J'ai été accusé publiquement d'être un agent de la CIA. Cela a été un moment difficile. La dénonciation est parue en première page de tous les quotidiens cubains. Tous nos noms y étaient, celui de Naguil, de Galvan, le mien et d'autres. Nous étions tous des agents de la CIA. J'étais en tête de liste.
Ceci ne nous a pas anéantis. Au contraire, cela a renforcé notre conviction de la nécessité et de l'importance de notre intervention. A partir de ce moment-là, les provocations se
sont succédées. Un ami personnel chilien, délégué d'une organisation chrétienne de ce pays, préoccupé au sujet de ma vie, peut-être honnêtement, a offert de me transporter subrepticement à l'Ambassade chilienne pour y solliciter asile, pour éviter - disait-il - que «demain tu ne te retrouves le dos au mur». Nous avons repoussé avec fermeté toute idée de passer à la clandestinité, toute idée de demander refuge, de quelque façon et à qui que ce soit. Les trotskystes présents à Cuba ont été unanimes pour se résoudre a taire face à l'accusation, à affronter le jugement et à déjouer la manœuvre tique, et si nous perdions la bataille, nous nous proposions d'affronter de tels procès pour la défense de l'Internationale, pour défendre Cuba.
Ce n'était pas une provocation montée seulement par la Jeunesse stalinienne cubaine. Les directions de la bureaucratie stalinienne des partis communistes occidentaux, de Duclos à Blas Roca, tenaient en même temps une conférence à La Havane. Et cette réunion - d'après ce qu'a dit Hoy, le quotidien du PSP cubain (nom du Parti communiste cubain) - a résolu de se prononcer en faveur d'un gouvernement de coalition anti-oligarchique et antiimpérialiste à Cuba.
Toute la droite, toutes les tendances du réformisme, et les staliniens, avaient intérêt à réduire les trotskystes au silence, car ils apparaissaient comme les porte-paroles cohérents, avec un programme défini, d'une aile puissante qui, dans le mouvement révolutionnaire et dans la société cubaine, se prononçait pour une solution socialiste.
Nous avons fait face à la provocation et nous avons assisté à la première session du Congrès, où, au nom de la délégation trotskyste dans son ensemble, j'ai dénoncé le caractère de la conspiration et exigé la formation d'un Tribunal révolutionnaire pour juger de la morale révolutionnaire des trotskystes.
J'expliquais que je soumettrais à ce tribunal notre conduite révolutionnaire, mais certainement pas notre programme mi notre politique, qui, en tant que tels, devraient être évalués et jugés par les masses et mis à l'épreuve de l'Histoire, et non d'un tribunal. Je demandais aussi qu'au cas où nous serions reconnus innocents quant à notre conduite morale par le tribunal que je sollicitais, on juge alors ceux qui avaient été à l'origine de la calomnie contre nous et qui l'avaient développée et qu Pils SOie lomnie naires. et du Congrès.
Il ne m'a pas été facile de faire cette intervention. Quand j'ai demandé la parole, le Congrès, et une partie du public, se sont mis debout et m'ont réduit au silence en criant : «Cuba si, yankis no» (Cuba oui, yankees non). J'évalue à plus de dix minutes le temps qu'a duré la vociféraprolongée contre nous. Nous ne nous sommes pas laissés écraser, et j'ai fermement gardé en mains le microphone, renouvelant mon exposé autant de fois qu'il a été nécessaire de fois qu'il pour imposer le silence. Quand il a été évident qu'ils ne nous réduiraient pas au silence, j'ai pu parler. On ne m'avait octroyé que cinq minutes de parole. J'ai parlé presque une demi-heure dans un silence absolu, sepulcral. Quand j'ai terminé, il y a eu des applaudissements nourris de la part du public, surtout du Syndicat des électriciens et de celui des instituteurs du Mexi- celui que, ainsi que de groupes révolutionnaires des Caraibes. Le Président du Congrès, membre de la centrale des travailleurs chiliens, le camarade Nunez, a pris la parole pour demander le retrait de ma motion en faveur de la formation d'un tribunal, étant donné que je me référais à des dénonciations et à des qualifications faites en dehors de l'enceinte du Congrès, et a demandé si quelqu'un, dans les compte l'accusation que je dé. nonçais. Dans le cas contraire, l'épisode serait alors clos, et le Congrès rendrait clair qu'à aucun moment il n'avait agressé, par les faits ou par la parole, la trotskyste. Comme personne n'a repris la calomnie à son compte, ce premier épisode a été terminé.
des moments dramatiques, les gestes et les pamilitants révolutionnaires revêtent une signification particulière. Je voudrais donner exemples. premier, c'est qu'un garde milicien paysan du Congrès, au moment où l'attaque a redoublé, a encouintervention une seule phrase : «en avant, xième, c'est qu'un dirigeant du du tabac m'a fait savoir que si le Congrès ne mettait pas fin à cet incident contre nous, sa délégation se retirerait. Ils «n'avaient pas fait la révolution pour que recommence le mensonge». Et le troisième exemple se situe à propos du comportement des trotskystes non membres de la délégation, surtout celui de deux d'entre eux : le camarade Juan Ferrera, vêtu de son uniforme de sergent de l'armée rebelle, a personnellement, à chaque délégué, un texte dénonçant la calomnie; une camarade nord-américaine très jeune, membre de la Jeunesse du SWP, a rompu la barrière qui isolait le public des délégués, et, absolument sans rien dire, a pris sa place à la table de la délégation trotskyste, au moment où s'élevaient les cris de « Cuba si, Yankis no».
De toutes manières, une sorte de tribunal révolutionnaire s'est constitué, que présidait le Secrétariat général de la CTC (centrale des travailleurs cubains) et qui était composé de membres du Mouvement du 26 juillet, du PSP, du Mouvement de Chomon et de plusieurs autres dont je ne me souviens pas. Deux pas. Deux trotskystes assistaient à dience : Galvan et moi. Pendant ce temps, les autres membres travaillaient intensément auprès des délégués du Congrès dans de multiples réunions et conférenpour déjouer la manœuvre stalinienne. Le «jugement» a duré plusieurs heures. Le stalinien était « l'accusateur», j'étais procès, il fut évident que la manœuvre stalinienne avait été déjouée par une autorité très im-
portante. Un appel téléphonique a interrompu les sessions et après cet appel les choses ont changé. On m'a garanti le droit de défense, et cela a été respecté. Mon exposé sur le futur de la révolution latino-américaine et les tâches socialistes de la révolution cubaine a duré deux
- Lors de son déroule«l'accusateur» stalinien, qui avait momentanément abandonné les sessions, a utilisé sa dernière carte, qui était évidemment un chantage : « ils étaient disposés à abandonner toute campagne contre les trotskystes, si nous acceptions de retirer les thèses que nous avions proposées au Congrès». Quand on m'a fait une telle proposition, il était évident que la bataille était gagnée. Ma réponse a mondiale de l'impérialisme, ni les attaques de la bureaucratie soviétique, tions et ses procès de Moscou n'avaient pu faire taire le trotsle camarade « accusateur » croyait-il qu'un chantage si misérable pourrait nous réduire au silence ? J'affirmais devant ce «tribunal» que nous soutiendrions thèses, que nous les défendrions et les élargirions tant que nous aurions la possibilité physique de le faire, et que n'en avions pas la possibilité, d'autres le fe-
4 insi pris fin le «jugement». Le président le la Jeunesse de la CTC a fermement que cette commission considérerait qu'il n'y avait aucune raison ni aucune accusation valable contre les trotskystes et que le Congrès garantirait notre intégrité physique et morale.
Mais que disaient ces thèses dont on parle tant ? Je répète que je n'ai pas le texte sous la main, mais elles n'étaient que la réitération du programme de transition de la IVe Internationale pour l'Amérique latine. Nous luttions pour : l'expropriation sans indemnité de toutes les entreprises impérialistes et des entreprises nationales d'intérêt public, et leur soumission à un contrôle ouvrier; la planification de l'économie; la réforme et la révolution agraire; la dissolution de tous les organes de l'Etat bourgeois et leur remplacement par un gouvernement ouvrier et paysan, basé sur des conseils ouvriers et paysans librement élus et révocables; la constitution de milices res et paysannes armées; la rupture de tous les pactes éconocommerciaux, ques, culturels et militaires qui liaient Cuba à l'impérialisme mondial, et surtout yankee; la ouvriers, etc.; nous soulignions en particulier les points suivants : a. l'expulsion du représentant du Kuomingtang et de l'ambassadeur de la Chine nationaliste de Chang Kaï-Chek, et la reconnaissance du gouvernement de Chine populaire par pas encore reconnu; b. la reconnaissance du gouvernement algérien en exil (nous avons rappelé aux camarades que la guerre de libération battait encore son plein en Algérie et que le gouvernement s'était déjà constitué en exil, avec Ben Bella et Ben Yusef Ben Kedda); c. la dénonciation de l'OEA comme un repaire de pirates impérialistes et l'appel par Cuba à un congrès latino-américain des peuples latino-américains, avec des représentants des organisations et des centrales syndicales ouvrières, des partis politiques, des organisations de la jeunesse, des organisations payetc., pour constituer l'assemblée permanente du peuple latino-américain.
Parmi les points qui ont fait scandale, en plus de ceux que j'ai déjà mentionnés, il y en avait un qui spécifiait exactement : «pour l'expulsion de la base navale de Guantanamo, cœur de la contre-révolution». A aucun moment il n'était appelé à une marche quelconque contre cette base ou une autre. Les staliniens se saisirent ensuite de cette phrase pour monter une calomnie. Les staliniens, sans doute taient l'accent sur nos consignes qui appelaient à l'expropriation des raffineries de sucre nord-américaines, çaises, à la collectivisation de la terre, etc. Ils étaient bien conscients que la base d'une conciliation de classe passait par la défense de la propriété privée que nous avons imprimé presse cubaine nos soire algérien en exil et celui de la reconnaissance de la Chine populaire.
avons objectivement changé le cours du Congrès, dont on avait prévu qu'il durerait deux sessions et que les votes y seraient faits par acclamations, à livre fermé, sans discussion. La petite délégation trotskyste a imposé un débat frane, ouvert, loyal. Le Congrès s'est énormément prolongé, je crois qu'il a duré près de dix jours, avec des sessions longues et épuisantes. Les dernières quarante-huit heures n'ont eu aucune interruption et la délégation trotskyste n'a pas dormi. On a discuté avec passion, des résolutions ont été prises, qui suivaient la ligne de l'internationalisme prolétarien.
Je n'ai pas la prétention de dire que tout a été correct, que nous n'avons commis aucune erreur, que rien n'aurait pu être mieux. Le contraire est évident. La délégation trotskyste a fait ce qu'elle a pu et personne, autant qu'il m'en souvienne, ne s'est présenté là-bas au nom de notre Internationale pour faire mieux que ce que nous avons fait. Pendant le Congrès, le gouvernement de Fidel Castro a convoqué un meeting de masse
dans le stade national de La Havane, le soir du 6 août 1960. En tant que membres du Congrès, nous étions invités au meeting. On a discuté pour savoir si nous devions y participer ou non, car dans un meeting de masse, il n'était pas difficile de lancer une nouvelle provocation contre nous. Nous avons discuté et nous avons décidé d'y aller. Cela a été une nuit mémorable. Fidel Castro a dénoncé L'OEA, et a informé que toutes les raffineries de sucre et les principales entreprises impérialistes étaient expropriées sans indemnités. La révolution a repris son cours, le cours pour lequel nous nous étions battus. Cette nuit-là est né le premier Etat ouvrier d'Amérique latine, et les trotskystes ont participé à sa naissance.
Finalement, après ces épisodes, dans la chaude après-midi du 2 septembre 1960, sur la place alors appelée Place civique à La Havane - aujourd'hui, je crois que c'est la Place de la Révolution - devant des centaines de milliers de personnes, Castro a déclaré la rupture de tous les pactes militaires qui liaient Cuba à l'impérialisme nord-américain et l'expulsion du représentant de Chang Kaï-Chek et de celui du Kuomingtang, ainsi que la reconnaissance de la Chine populaire. Je suis resté longtemps sur la place et quand j'en suis parti, les acclamations ne s'en étaient pas encore tues. Les propositions trotskystes - inscrites dans la nécessité inéluctable du cours permanent de la révolutionont pris une forme matérielle et légale.
Et comme le rappelle à juste titre Gilly, nous avons eu le privilège d'être, après le thermidor stalinien, la première délégation trotskyste à apparaître de façon publiquement légale dans un Etat ouvrier.
Après le Congrès, j'ai reçu des instructions du Secrétariat international par l'intermédiaire de l'un de ses membres, alors le camarade J. Posadas : je devais faire parvenir au gouvernement cubain le salut et l'adhésion de la IVe Internationale, ainsi que le Programme d'action proposé par celle-ci, de solidarité internationale avec la révolution cubaine. C'est ce que nous avons fait : lors d'une rencontre fortuite avec Guevara, après une brève discussion, nous avons demandé une audience. La camarade Miranda et moi y sommes allés. C'était à moi de parler.
Guevara pensait que nous allions parler de l'incident provoqué par les staliniens avec leur misérable calomnie.
Nous lui avons fait savoir que ce n'était pas là notre objectif, car ces questions ne se réglent pas dans ministère, mais que nous un voulions transmettre le message et la préoccupation du Secrétariat de la IVe Internationale.
L'audience avait au début été accordée pour quinze minutes.
Guevara l'a fait passer à plus de deux heures. Conformément au mandat reçu, je transmis la préoccupation de l'Internationale, je transmis notre solidarité inconditionnelle avec la révolution cubaine - je ne pouvais pas parler d'Etat ouvrier, car on n'avait pas encore décidé de cette qualification - et le gouvernement cubain. Je fis savoir que nous étions préoccupés par le problème de l'auto-organisation des masses pour l'exercice du pouvoir et que nous pensions que les problèmes centraux étaient celui de la planification économique et celui du contrôle et de l'administration par les ouvriers. Nous avons beaucoup insisté sur le problème des forces sociales sur lesquelles devait s'appuyer la défense de la révolution cubaine et, à ce propos, sur l'importance qu'aurait la reconnaissance de la Chine populaire (je souli-
DERNIERE
REPRESSION EN TCHECOSLOVAQUIE:
Piotr Uhl arrêté ! Les porte-paroles de la Charte 77 Jiri
Dienstbier et Vaclav Benda arrêtés ! Ainsi que Rudolf Batek,
¿ Jiri Rumi, Dana Nemec et Jarmila Belikova !
le fois que les libertés les plus élémentaires n'existent pas en Tchécoslovaquie. Face au mécontentement grandissant et aux exigences de respect des libertés, notamment du fait de la Charte 77, la bureaucratie frappe à nouveau les opposants. La risposte à cette nouvelle vague de répression et d'intimidation doit s'organiser immédiatement. Tout le mouvement ouvrier est concerné. Les protestations, pétitions, messages de solidarité, doivent être adressés à l'Ambassade de Tchécoslovaquie pour faire reculer le gouvernement tchécoslovaque.
Libération immédiate des emprisonnés !
Solidarité avec les opposants tchécoslovaques !
gne que cette réunion a eu lieu au moins quinze jours avant le 2 septembre 1960). Nous avons bien discuté de notre proposition. Guevara s'est montré très intéressé, surtout par notre interprétation des mouvements de masse populistes en Bolivie, au Chili et au Brésil. Il a parlé avec nous du processus d'administration ouvrière, a demandé notre opinion sur le conflit qui débutait entre la Chine et l'Union soviétique. a voulu savoir des choses sur la Yougoslavie. Plusieurs fois le capitaine Manresa - son secrétaire - est entré dans le bureau pour lui rappeler que c'était l'heure d'autres rendez-vous. Guevara a demandé de les ajourner pour ne pas interrompre notre réunion. Guevara donnait objectivement beaucoup d'importance au jugement de la IVe Internationale et suivait avec attention notre presse. Plusieurs fois dans la discussion, il s'est référé à des articles, soit de The Militant, soit de la Revista Marxista Latino-americana.
Dans cette réunion nous avons informé Guevara que le parti avait organisé une tournée que je devais faire à travers Cuba, pour organiser le parti et inaugurer le local de Guantanamo. Il a alors déclaré qu'on allait vers un parti unique de la révolution et que les autres partis ne seraient plus tolérés, mais que je pourrais faire la tournée, puisque le gouvernement garantissait ma liberté d'action.
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MINUTE Ces arrestations, que nous venons d'apprendre, témoignent une nouvel-