Inprecor 1974–2004

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IRAN

Les Arabes se mobilisent pour leurs droits

· Inprecor n° 54, 7 juin 1979 · p. 14-16 · 1 575 mots

Iran

Les Arabes, Les Arabes, nationalité opprimée qui vit dans la région pétrolifère d'Iran, la province du Khuzistan, ont commencé à se mobiliser pour la défense de leurs droits nationaux.

La première manifestation arabe a réuni 100000 personnes à Khorramshahr, le 27 avril, en protestation contre les persécutions qu'avait subies Mohammed Taher al-Shobeir Khaqani, pincipal chef religieux arabe, par les Comités islamiques.

Les comités locaux qui exigent l'allégeance à l'Ayatollah Khomeini sont en fait pour la plupart des organisations racistes perses, dans des régions telles que le Khuzistan. La population est répartie de manière égale entre Arabes opprimés et classe dominante perse.

Peu d'Arabes sont assimilés à la population perse et la plupart peuvent être facilement reconnaissables à la couleur de leur peau. Dans le passé, il y a eu introduction considérable de sang noir africain dans la population locale arabe et une bonne partie d'entre elle paraît tout à fait africaine.

En fait, la position des Arabes dans la société iranienne est assez semblable à celle des Noirs aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Ils représen-

Iran

Les Arabes

se mobilisent

tent la partie la plus exploitée de l'importante classe ouvrière du Khuzistan. Ils sont soumis à une ségrégation sur le plan du logement et subissent bien d'autres formes de discrimination.

Le nationalisme arabe en Iran a pris naissance il y a à peu près deux décennies. Mais le mouvement a été sauvagement réprimé par la dictature Pahlavi qui a brisé ou corrompu la plus grande partie de la direction tribale au Khuzistan.

Toute lutte menée par le peuple arabe soulève rapidement les problèmes fondamentaux classe. Une direction qui se refuse à prendre en compte ces problèmes et à défendre avec détermination les intérêts des Arabes, en tant que travailleurs surexploités, ne peut leur offrir de perspective concrète. Ceci est apparu très clairement lors d'une interview que j'ai eue avec un porte-parole du Centre culturel arabe à Khorramshahr en avril dernier.

Ce porte-parole est un maoiste droitier, qui ne se distingue d'un stalinien pro-Moscou du Parti Tudeh que par l'usage d'un vocabulaire très abstrait. Le programme de la lutte arabe qu'il m'a présenté était en fait un double au carbone de celui du Parti du Parti démocratique du Kurdistan, l'organisation kurde du Tudeh. Le point central pour leurs droits était la revendication «d'autonomie» , détinie d'une maniere essentiellement négative, et qu précisait des l'abord les élé.

ments fondamentaux qui devaient rester aux mains du gouvernement central.

Toutefois, le Centre culturel a fait un travail considérable de documentation sur la situation du peuple arabe dans l'économie du Khuzistan. Le porte- parole commença l'interview en en passant en revue les points principaux. Je lui demandais en quoi «l'autonomie» telle qu'il la décrivait allait changer la situation du peuple arabe. Il ne répondit pas.

Je lui demandais ensuite s'il pensait que le gouvernement central allait se laisser persuader de changer la situation économique des Arabes. Il ne répondit pas non plus.

Par contre, il affirma que le gouvernement Bazargan était un bon gouvernement, un «gouvernement national», c'est-à-dire non dominé par l'impérialisme et qu'il s'agissait de faire pression sur lui pour qu'il satisfasse les revendications des Arabes, mais qu'il ne fallait pas le changer.

Cependant, le gouvernement toute évidence, n'est pas prêt à changer les conditions économiques dans un

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sens qui permettrait l'élimination de la surexploitation des Arabes.

Je lui fis remarquer qu'étant donné que les Arabes étaient les plus exploités parmi les travailleurs, ils avaient le plus grand besoin de syndicats et je lui demandais ce que faisait le Centre culturel pour promouvoir le syndicalisme. La réponse fut qu'ils ne faisaient rien «parce qu'il n'y avait pas de contradictions au sein du peuple arabe». La réalité est que le gouvernement et Khomeini sont contre la formation de syndicats et que, par conséquent, appeler à leur création impliquerait s'affronter à eux.

D'un autre côté, il était évident que les membres du Centre culturel voulaient réellement lutter pour la défense des droits des Arabes. Pendant l'interview, ils nous entourèrent et ils se montrèrent très intéressés quand on évoqua la possibilité de trouver des alliés sur le plan international. Ils trouvèrent particulièrement intéressante la suggestion de prendre contact avec les militants noirs aux Etats-Unis.

Le Khuzistan est une région essentiellement industrielle et tous les courants du mouvement ouvrier y sont présents. Le Parti socialiste du travail, l'organisation trotskyste nienne, par exemple, y a des sections très actives.

Etant donné que les trotskystes sont les seuls à gauche à se prononcer sans équivoque pour la défense des nationalités opprimées, ils ont développé des relations très fraternelles avec les militants des groupes arabes.

Le jour-même où j'interviewais le porte-parole du Centre culturel arabe, un journaliste du journal trotskyste iranien Kargar avait une entrevue avec Abdul Rafursaleh, représentant du Setad-e Siyasi-ye Khalq-e 'Arab (le Front politique du peuple arabe) : Rufursaleh est un combattant nationaliste, avec un passé de vingt années de lutte. Il expliqua comment le Setad s'était formé : «Quand la lutte a commencé contre le regime, nous avons lutté au coude à coude avec nos frères des autres nationalités et nous avons joué un rôle important pour obtenir la victoire par ce que nous avons fait, en Iran comme à l'étranger. Sur le plan international, nous avons présenté des Iraniens aux autres organisations, aux organisations palestiniennes, aux forces présentes

Le pas de e

dans les qui sont les amis de notre peuple...

Après la grande victoire de notre révolution, le Front politique du peuple arabe fut formé, non pas à la suite d'une décision officielle ou sous la pression, mais parce que nous sentions avec tout notre cœur que, puisque nous nous étions libérés du régime, nous devions aussi avoir la liberté pour notre peuple. Nous pensions que nous devions avoir la liberté de parole et la liberté de nous organiser politiquement.»

Le Front et les autres groupes nationalistes ont présenté au gouvernement une liste de douze revendications. Rafursaleh les énuméra :

Reconnaissance de la langue arabe en tant que langue principale du peuple arabe à tous les niveaux de l'enseignement;

Liberté de parole et de presse en langue arabe;

présentation du peup. arabe Assemblée const tuante;

Formation de conseils arabes au Khuzistan pour approuver les lois appliquées localement;

-Mise en place de tribunaux arabes pour résoudre les problèmes, selon les lois islamiques;

Chaînes de radio et de télévision indépendantes du réseau national;

Liberté de faire connaître la culture arabe;

Utilisation d'un pourcentage des revenus du pétrole pour développer la culture arabe dans la région du Khuzistan;

Délégations arabes au Parlement national;

Présence d'Arabes au Conseil des ministres, dans l'armée et les académies militaires;

Restauration des noms arabes originels des villes et des villages au Khuzistan;

Insertion de tous ces points dans la Constitution de la République islamique iranienne. Rafursaleh souligna :

«Le peuple arabe a décidé qu'il n'accepterait rien en-deçà de ces revendications. Il n'accepterait pas qu'on retire un seul mot...

Si le gouvernement actuel essaie, par un tour de passe-passe politique ou par quelqu'autre moyen de nous refuser nos droits, l'avenir sera sombre. Parce que notre peuple a décidé de faire valoir ses droits par tous les moyens...

Nous espérons que l'actuel gouvernement va cesser de faire référence a nous en tant que «peuple de langue arabe». Nous sommes une nationalité arabe. Et nous sommes fiers de notre nationalité.»

A l'opposé du Kurdistan et du Turkménistan, le nationa-

Khuzistan pas opposé d'une manière générale aux propositions de Khomeiny de République islamique. Les Arabes pensaient slogan • signifiait des liens plus étroits avec le reste du Moyen-Orient, en particulier avec les arabes. En conséquence, de Khomeini accroché dans les quartiers généraux même sations qui dénoncèrent violemment le gouvernement et les activités des comités islamiques dans les zones arabes. C'est bien différent du Kurdistan où nulle part on ne voit le portrait de Khomeini et du Turkménistan, où il est hai.

Cependant, depuis le référen dum sur la République islamique, le gouvernement Bazargan et les groupes musulmans procapitalistes ont renforcé leurs attaques contre le peuble arabe. Une confrontation politique générale semble se dessiner entre les Arabes et les forces qui veulent rentabiliser l'Etat bourgeois.

Rafursaleh a averti que son organisation s'opposerait activement à tout accord entre le gouvernement et les soi-disant représentants du peuple arabe, qui se situent en-dessous leurs revendications.

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«Un certain nombre de ceux qui veulent aller à Téhéran comme délégués sont des chefs de tribus. Ils ne sont pas les représentants véritables du peuple arabe. Ils se sont imposés à lui... Si ces gens vont à Téhéran et discutent avec le gouvernement de Bazargan, et si nous ne sommes pas d'accord avec les décisions prises, nous manifesterons notre désaccord, Iran par des télégrammes et des manifestations. Seuls ceux qui ont fait la preuve qu'ils ont participé à la lutte en cours peuvent représenter le peuple arabe.»

«Notre combat est inséparable de celui des autres nationalités opprimées» concluait Rafursaleh. «Nous espérons que la classe ouvrière iranienne, qui bloque les usines, bloque la bloque les production de pétrole, obtiendra la reconnaissance de ses droits, ce qui n'existe pas encore... Nous pensons qu'il est de la plus grande importance que ces revendications se rejoignent, s'il n'y avait pas eu la classe ouvrière, il aurait été impossible de renverser le régime corrompu... Parce que c'est la classe ouvrière qui va reconstruire la société iranienne.» bénéficié des expropriations car ils n'avaient pas d'argent pour acheter du gas-oil pour mettre en marche les machines ou se procurer des engrais. Je leur de-

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