tactiques traditionnelles des temps d'expansion. Le récent congrès l'accent sur les solutions «nouvelles» à apporter. Parmi les organisations de la CES, la CFDT (Confédération française démocratique du travail) se veut à l'avant-garde de la recherche des «nouvelles» réponses syndicales à la crise. Son 38ème Congrès, qui s'est tenu début mai à Brest, devait avaliser une politique appelée en
France «recentrage», pratiquée depuis la défaite de la gauche aux
Législatives de mars 1978. Or, le Congrès de Brest ne s'est pas bien passé pour la direction confédérale. Une opposition massive au recentrage s'est manifestée, qui témoigne du refus profond d'une politique de gestion de l'austérité parmi les travailleurs. Peu de temps après la défaite de Michel Rocard au sein du PS, le congrès de la CFDT témoigne des tendances dominantes dans la classe ouvrière française, qui ne sont pas, malgré les bureaucraties
France
Le trente-huitieme congrés de la CFDT
Confrontées à une crise économique durable, ties syndicales européennes ne de la Confédération européenne des Syndicats ouvrières, au repli et au découragement.
La CFDT est la deuxième centrale ouvrière française, après la
CGT. De 1966 à 1976, elle a doublé le nombre de ses adhéet organise aujourd'hui un million de travailleurs. Concontrairement à vrière», syndicale ouvrière,
CFDT s'est développée dans les secteurs salariés les plus combatifs. Elle reste cependant proportionnellement moins ouvrière et plus composée d'employés que la CGT. Mais l'originalité de la CFDT tient principalement à son histoire. La CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) était depuis les syndicat chrétien collaboration
Après la Libération, la CFTC développe des fédérations d'industrie et connaît une évolution inles bureaucrapeuvent plus s'en tenir à leurs
(CES) a mis terne : une tendance pour la déterrain, et l'emporte en 1964, date de naissance de la CFDT.
Cette naissance fut accompagnée d'une scission, la minorité maintenant la CFTC. Cette dernière n'a connu aucun développement réel. La CFDT connut une évolution parallèle sur le plan politique. Liée à la démocratie chrétienne à la Libération, elle s'en est détachée propressivement et se tourne ensuite vers les partis socialistes. Cette évolution participe de celle du mouvement ouvrier chrétien vers les idées et le mouvement socialistes. Le Congrès de Brest a sanctionné cette évolution en décidant le retrait définitif de la confédération mondiale du
(CMT), chrétienne, au profit de la seule
CES. La direction de la CFDT a affirmé nettement que cette décision signifiait une rupture ultime, au plan de l'affiliation internationale, avec le «ghetto démocrate-chretien»; qu'elle constituait, au plan international, le prolongement de son engagement dans le mouvement ouvrier socialiste.
Cette évolution politique profonde de la CFDT au cours des vingt dernières années la situe dans un rapport au PS qui n'a rien à voir avec le type de relation DGB-SPD. Le PS ne dispose quasiment pas d'organisation sur les lieux de production et dans les organisations syndica-
La direction de la CFDT voudrait faire du PS le prolongement de l'action ouvrière (c'est-à-dire pour elle syndicale) au niveau des institutions parlementaires et gouvernementales, selon le schéma théorique du travaillisme. Elle-même conçoit à la fois comme syndicat et porteuse d'une stratégie
Ce rôle de syndicatparti attribué à la CFDT justifie la division organique du mouvement syndical. Il est en même temps invoqué pour exclure la libre confrontation entre orientations différentes au sein de la confédération.
LE RECENTRAGE
Au lendemain de la défaite électorale de la gauche en mars les dirents de la D lançaient avec fracas leur politide «recentrage». Sous un verbiage «gauche» (ce qui a manqué pour gagner, affirment-ils, c'est la «dynamique sociale»), Ils se jetaient a corps perdu dans une politique de négociation à froid avec le gouvernement et le patronat, élaborant propositions «acceptables» pour leurs interlocuteurs. C'est ce qu'ils firent notamment dans le domaine des allocations de chômage et dans celui de la durée et de l'aménadu temps de travail: gouvernement avaient institué un système de paiement à 90% de leur ancien des chômeurs licenciés pour raison économique. Cette mesure fut adoptée pour faire passer sans trop de résistance les premiers licenciements massifs
dans l'industrie. Depuis quelques mois le patronat n'a cessé de réclamer la dégressivité, en échange d'une meilleure indemnisation des chômeurs non licenciés économiques. Il en résulta un accord, auquel la CGT se rallia, qui supprimait l'acquis des 90% et fut salué par le patronat comme un exemple à suivre et un modèle de comportement syndical face aux difficultés économiques. De la même façon la CFDT propose elle-même au patronat un projet de réduction (timide) du temps de travail, lié à un système d'horaires variables sur l'année. Elle ainsi au CNPF qui liait la discussion sur la réduction du temps de travail à celle sur son aménagement (le patronat souhaite instaurer une «souplesse» qui lui permette d'adapter le volume des heures travaillées aux production). Quant aux fameuses 35 heures par semaine, la direction CFDT en fait un étendard pour son image de marque. En effet, il ne s'agit pour elle que d'une «perspective», bien distincte d'une revendication, d'un objectif de lutte immédiat. De plus, la direction CFDT n'a cessé d'affirmer qu'une réduction de salaire pourrait être envisagée, cas par
Le thème central de la direcconfédérale vant : replacer l'action dans une logique syndicale et non plus politique (c'est-à-dire à la remorque des partis et de leur électoralisme). C'est au nom de cet impératif que la CFDT a lancé ces derniers mois les plus CGT, refusé des actions unitaires au plan national en défense de la Sécurité sociale et des sidérurgistes, largement contribué à introduire entre les organisations syndicales le climat de division qui règne entre le PC et
La direction CFDT donne au recentrage une dimension quasiment historique : la voie «politique » (celle des partis) ayant échoué, il faut redonner à l'action (aux syndicats) toute leur place, qui est centrale. Cette politique se couvre sous la formule «les luttes sociales sont le moteur du changement». Elle s'accompagne d'une autocritique sur les dernières années. CFDT a dévié de 1974 à 1978, explique Edmond Maire, tant la victoire électorale de la gauche paraissait assurée. Le recentrage s'appuie enfin sur la division PC-PS : il n'y a pas de débouché politique, répètent les dirigeants CFDT. L'ambition est clairement indiquée : le recentrage ouvre une perspective, la seule possible, pour tout le mouvement ouvrier et pas seulement pour la CFDT.
Cette politique est justifiée par l'analyse selon laquelle il est possible d'imposer progressivement un nouveau type de développement, à l'occasion de la crise économique. La CFDT met l'accent sur la réduction des inégalités (en répartissant plus égalitairement la même masse salariale), sur des contre propositions en matière industrielle (ce qui l'amène à accepter le bien fondé des restructulicenciements, dans la sidérurgie notamment). sur les revendications dite «qualitatives» enfin. Ces dernières, relatives au cadre de vie, visent à un aménagement des conditions actuelles d'exploitation.
La direction CFDT reconnait de deux expériences européennes; celle du syndicalisme scandinave, bien installé dans un dense réseau contractuel; celle du syndicalisme italien, orienté vers la négociation des politiques industrielles. Elle conscience des militants l'image, fort peu attractive, du DGB ouest-allemand.
Depuis un an, de négociation en négociation, la direction CFDT a couru après ce qu'elle appelle des «résultats significatifs». En vain. Pouvoir et patronat ont joué pleinement la carte CFDT, sans lui accorder jusqu'à maintenant les contre-parties demandées. La CGT, inquiète de la rupture de l'unité d'action avec la CFDT (traditionnelle depuis 1966) rejette sur sa partenaire la responsabilité de sa propre inaction et de pres capitulations. La direction du PS, enfin, est entrée en conflit avec celle de la CFDT. La direction Maire n'a en effet pas ménagé son soutien, y compris public, à Michel Rocard dans la lutte interne au PS. L'orientation «unitaire» de Mitterand, sa volonté de ne pas laisser au PC le moindre espace lui permettant d'accréditer le «virage à droite» des socialistes, sont dénoncés par la direction CFDT comme autant des concessions au PCF, comme la poursuite de la «stratégie de l'échec», comme la tentative de changer la société «par le haut».
Elément important, mais non récent de la politique de la CFDT, son engagement européen. Contre le chauvinisme de la CGT, Edmond Maire appelle au développement d'une conscience de classe européenne. Il s'agit en réalité d'un appui total à la construction des institutions communautaires et à l'émergence d'un impérialisme européen capable de faire face aux concurrences américaine et japonaise. La direction CFDT conditionne la lutte sur les grandes revendications, comme les 35 heures, à leur obtention (par la négociation) au plan européen.
Préparé fort bureaucratiquesans tribune de débats dans la presse syndicale, autour de projets de résolutions extrêmement abstraits, le Congrès ne déchaîna guère les passions dans la CFDT pendant la phase préalable de discussion. Il en tout autrement au Congrès de Brest, où les syndicats envoyaient des délégués (dans la CFDT, le syndicat, instance de base de l'organisation, est une structure territoriale groupe les affiliés d'une même branche économique dans le département. Les sections d'entreprise, même importantes, ne constituent pas un syndicat).
Le rapport d'activité d'Edmond Maire fut accueilli fraîchement, applaudi seulement quand le secrétaire général se lança dans une profession de foi unitaire. Puis l'on assista, non point à une volée de récriminations, comme certains organes de presse ont voulu le faire croire, mais à un véritable assaut contre la politique de re-
centrage. La bataille fut lancée par deux regroupements de syndicats parisiens. Pour l'un, le recentrage constitue une véritable révision stratégique par rapport au cours antérieur. Ces syndicats insistèrent sur la rupture nécessaire avec le capitalisme (ce thème de la «rupture» fut placé au centre du Congrès socialiste de Metz, peu de temps avant Brest, par les membres du CERES et les partisans de Mitterand, contre ceux de Michel Rocard). Ils dénonçaient l'adapaux restructurations capitalistes, l'abandon de toute perspective de changement pollnécessité d'actions «globalisees», de «tous ensemble», pour s'opposer aux mesures anti-ouvrières.
Pour le second regroupement, au contraire, le recentrage se situe dans la continuité de la politique attentiste poursuivie par la CFDT pendant la période pré-électorale. Ce second groupe de syndicats a dénoncé une politique de gestion de la crise, la révision en baisse des revendications. Il appelait au développement systématique de l'unité d'action intersyndicale et à l'action dans la perspective d'un mouvement d'ensemble de type Juin 36 ou Mai 68 qui impose au PC et au PS la constitution d'un débouché politique.
regroupement dénonçait également les exclusions d'opposants de la CFDT, dont plusieurs sections syndicales. L'une d'elles, la section CFDT d'Usinor Dunkerque, avait été «susmontholon services Au congrès de la CFDT, à Brest pendue» avant le congrès et en pleine lutte contre la restructuration de la sidérurgie, sous prétexte de malversations financières. En fait, la CFDT d'Usinor Dunkerque était opposée à la politique de négociation des licenciements pratiqués par la Fédération de la Métallurgie. Elle avait participé, de même que la section CFDT d'Usinor Longwy à la marche des sidérurgistes sur Paris le 23 mars dernier, organisée par la seule CGT et dénoncée par la direction CFDT comune opération politicienne.
La plupart des syndicats qui intervinrent dans le débat géral firent écho, d'une façon à ces critiques. Certains réclamèrent un «recentrage de gauche». D'autres, nombreux, firent état des piètres résultats du recentrage dans les entreprises. Ainsi, ce regroupement de syndicats des mé. taux de la région nantaise : «On a beaucoup parlé d'actions articulées, de coordination... fait, on revient au thème négociation-revendication, entreprise par entreprise. Nous l'avons fait et les résultats sont plutôt maigres. Notre politique a accru les disparités entre les entreprises.
De nombreuses conventions collectives tombent en désuétude. Cette stratégie a entamé notre solidarité de classe». En conclusion d'un débat général de deux jours, Edmond Maire fut obligé de reconnaître qu'existait dans le congrès une forte opposition, un noyau important
June orientation
35 HEURES
le temps de vivr
camp-de lire
totalement différente de celle confédérale. Malgré l'effort du Secrétaire général pour remobiliser ses partisans, le vote sur le rapport d'activité, présente comme le vote décisif du congrès, ne donna que 57% en faveur de la direction sortante. Jamais, dans la CFDT, un rapport d'activité n'a eu si peu de voix. 31% des délégués votèrent contre, quand il ne s'en trouvait que 20% à Antrois ans plus tôt, au congrès précédent.
résolutions adoptées à des majorités plus larges, elles furent l'objet de duments (ceux-ci avaient été préalablement triés et choisis, voire modifiés, direction). La principale bataille, qui mobilisa toutes les oppositions et bien au-delà, fut livrée sur la question des 35 heures sans réduction de salaire. Un amendement intégré et défendu par la direction indiquait la possibilité de discuter cas par cas, entreprise par entreprise, d'une réduction des salaires liée à la réduction du temps de travail. Cet amendement fut rejeté 57% des mandats. Dans le contexte du Congrès, son sens est tout à fait clair : c'est un refus du bradage des revendications, d'une politique d'austérité pour les travailleurs.
Un amendement sur la rupture avec le capitalisme, réunissant les oppositions dessinées
Pavlorsky/Sygma
par les deux regroupements des syndicats parisiens dont avons parlé précédemment, recueillit 41% des mandats. Divers amendements à la résolution sur le fonctionnement et opposé aux aspects les plus bureaucratiques mis en place, obtinrent jusqu'à 30% des mandats.
Plusieurs leçons peuvent d'ores et déjà être tirées du 38ème Congrès de la CFDT. On peut d'abord conclure que la ligne d'abord du recentrage est minoritaire au niveau des équipes militantes dans les entreprises, car un congrès sur-représente, de diverses manières, l'appareil bureaucratique. Le recentrage n'est done pas passé dans la CFDT, même s'il est appelé à s'appliquer dans les faits. La direction confédérale, appuyée sur un appareil qu'elle a réussi à consolider et homogénéiser ces dernières années, appliquera sa ligne contre vents et marées. Mais elle a perdu une première et très importante bataille : son projet consistait à
SPECIAL DEBATS
LOR OCI LO
pour les
états-unis
socialistes
d'europe
les « cahiers de la taupe » mobiliser activement la CFDT nous sur la CGT et le PS.
L'autre leçon réside reaucratie CFDT sera à coup sûr extrêmement attentive à cette opposition et n'hésitera pas à la combattre par tous les moyens. La force de la direction réside aujourd'hui dans le fait que l'opposition ne regroupe que des syndicats. Ceux-ci peuvent se regrouper pour peser dans un congrès. Ils ne constituent pas dans la vie syndicale quotidienne un cadre de centralisation autour de sa ligne, afin d'en sition Taire un agent politique pesant dans opposée. l'apparition d'une opposition syndicale, affirmant les grandes lignes d'une orientation alternative de lutte de classe. La budes luttes et des expériences. Si quelques fédérations d'industries et quelques régions on fait état au congrès de désaccords parfois importants avec le recentrage, aucun n'a engagé le combat, encore moins produit une contre-résolution qui aurait
• EUROPE organisations les, Europe. gnon. l'Est. • HISTOIRE 1933. n° 29 mai-juin 1979 regroupé nationalement l'opposyndicale. La direction
Maire tire évidemment tous les avantages d'une telle situation, car aucune direction alternative ne peut lui être pour l'instant
P.1 : Pour les Etats-
Unis socialistes dEurope, p. 4: l' Europe et les syndicap. 5: LO-LCR: la seule liste internationaliste, p. 7: manifeste de la IV° Internationale en
• SIDERURGIE
P. 9 : la lutte des sidérurgistes et le plan Davi-
• DEBAT LCR-OCI
P. 16 : interview de
Pierre Lambert, p. 21:
réponse à l'OCI.
• DEBAT LCR-LO
P. 33 : comités de grève et unité ouvrière.
• PAYS DE L'EST
P. 41 : les syndicats libres dans l'Europe de
P. 45 : chronique des
1929années de crise,
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