Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CANADA

Bipolarisation nationale et radicalisation ouvrière

· Inprecor n° 55, 21 juin 1979 · p. 25-27 · 1 607 mots

Syndicalisme

Après seize années au pouvoir, le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau a perdu les élections canadiennes du 22 mai. La défaite du gouvernement bourgeois le plus stable du monde est, à la fois le reflet de la crise internationale du capitalisme et celui de la crise profonde de ion national ation ouvriè l'Etat canadien lui-même, face à la montée du mouvement nationaliste québécois.

Le trait le plus marquant de ces élections a été la polarisation nationale. Les tendances exprimées par les votes ont été complètement inverses dans les deux nations. Le soutien au Parre ti libéral de Trudeau a augmenté de près de 10% au Québec, par rapport aux dernières élections, en 1974. Le Parti conservateur, parti d'opposition bourgeoise, a perdu 8% du total des suffrages, ce qui fait qu'il a eu moins de 20% des voix québé. coises. Dans le Canada anglais,

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les Libéraux ont perdu du terment faible et minoritaire, qui

•n'a aucune crédibilité au Quérain et les Conservateurs ont bec et qui n'est que très peu lié progressé. Dans l'ouest du Canada, par exemple, les Libéraux au mouvement ouvrier dans le ont obtenu à peine 20% des

Canada anglais.

voix. Le New Democratic Party

Le quotidien bourgeois le

Nouveau Parti Démocratique), plus important, le Globe and qui est lié au mouvement syndi-

Mail, a apporté au dirigeant cal dans le Canada anglais, a conservateur Joe Clark «ses également progressé de façon felicitations... et ses prières !» importante au Canada anglais,

Il déclarait que «la tâche la plus mais a perdu des appuis au Quédifficile et la plus importante à bec, où il est descendu à 5% des laquelle Joe Clark devra faire fasuffrages seulement.

ce est celle de gagner le Québec», ce qui est un euphémisme et signifie le besoin d'écra-

Bien que l'ensemble des voix du NDP ne soit passé que de ser le mouvement pour l'indépendance.

15% à 18%, son progrès dans la plupart des régions du Canada

Alan Blakeney, responsaanglais a été tout à fait signifible provincial du NDP, n'était catif. Le NDP est maintenant, prières pas convaincu que les pour la première fois, une force étaient suffisantes. Il argumenpolitique importante dans la tait en faveur d'un gouvernerégion maritime. Ceci résulte de ment de coalition libéral-conserl'augmentation importante de la vateur, avec une forte base policombativité de la classe ouvrière à la fois au Canada tique dans cette région. Le progrès du anglais et au Québec, afin de

NDP a été presqu'aussi remarbattre le Parti québecois dans le quable, au niveau du vote, dans référendum à venir.

les provinces de l'ouest, où son

En fait, les difficultés auxnombre de sièges au Parlement quelles le gouvernement Clark a doublé.

doit faire face sont beaucoup plus importantes que ce qu'au-

Aujourd'hui, la classe domicun des commentateurs n'était nante canadienne doit faire face préparé à admettre. Les élecà un référendum sur l'indépentions n'ont pas eu dance du Québec et à une radipour résultat l'aggravation de la calisation croissante de la clascrise de la Confédération, elles se ouvrière, avec un gouverneont aussi reflété, de façon dé-

3 formée, un approfondissement des divisions de classe dans le

CEP pays.

ORÉNEY

POURQUOI LA DEFAITE

DE TRUDEAU ?

LENTRI SYNDICAT. EN

En 1974, Trudeau a obtenu

•IBERVIL la victoire, avec une large majorité parlementaire, sur la base

FRONT CE de l'opposition au contrôle des salaires. Un an plus tard, heurté

PRES:

DE de plein fouet par la crise éco-

LA

C5 M nomique internationale, son gouvernement a mis en œuvre une politique de contrôle des salaires pour trois ans.

La riposte du mouvement ouvrier a d'abord été très forte. Le

14 octobre 1976, une journée de grève nationale sans précé.

dant a été organisée pour protester contre ce contrôle. Le 14 octobre suivant, la bureaucratie syndicale a réussi à démobiliser le mouvement ouvrier en lui proposant une consultation tripartite entre le gouvernement, les syndicats et le patronat, pour résoudre la crise économique et donner aux travailleurs «plus de poids» dans la politique nationale. Mais cette politique, dont le caractère de collaboration de classe était flagrant, a engendré une opposition significative dans le mouvement ouvrier, dirigée par les ouvriers des postes qui luttaient pour une politique de résistance active aux attaques du gouvernement.

Le contrôle des salaires, tout en abaissant les salaires réels de la classe ouvrière pour la première fois depuis des dizaines d'années, n'a pas atteint le but qu'il s'était fixé : affaiblir le mouvement syndical. Des que le contrôle a été levé, les luttes ouvrières ont recommencé, avec d'importantes grèves des travailleurs des postes et des mineurs. Le contrôle, bien sûr, n'a pas diminué l'inflation, mais a augmenté le chômage. Depuis les élections de 1974, l'inflation et le chômage se sont accrus et, par conséquent la popularité de Trudeau a baissé.

Trudeau n'a pas eu beaucoup de succès non plus dans sa promesse de «garder un Canada unifié». Le 16 novembre 1976, le Parti québecois, parti nationaliste bourgeois, est parvenu au pouvoir au Québec par une victoire surprenante qui a montré la profondeur de la conscience indépendantiste des Québécois.

L'augmentation du soutien aux Libéraux du Québec peut d'abord être expliquée par un vote contre Clark. Pendant les élections, Clark a fait activement campagne contre le droit du Québec à l'autodétermination. «Nous ne permettrons jamais», a-t-il, «au Québec de voter pour sortir de la Confédération». Trudeau, bien qu'il ait la

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même position, a joué sur la maladresse de Clark et sur la faiblesse des Conservateurs au Québec en appelant à une «forte voix en faveur du Québec à Ottawa». Comme les indépendantistes québecois, qui considèrent Clark comme une menace plus importante pour leurs droits que Trudeau, tous les fédéralistes du Québec, y compris l'importante population anglophone de Montréal, ont voté pour les Libéraux, les considérant comme les meilleurs défenseurs de la Confédération. LA FAIBLESSE DU DEFI OUVRIER

Le soutien du NPD à un gouvernement fédéral fort et son opposition au droit du Québec à l'auto-détermination ont eu comme résultat une marginalisation encore plus grande du Québec. Depuis 1965, date à laquelle le NDP obtenait 12% des voix au Québec, il a souffert d'un déclin presque continuel de son soutien populaire . En raison de sa faiblesse au le NDP ne peut opposer un défi sérieux aux partis bourgeois au niveau fédéral, et cela se traduit à son tour par la faiblesse des voix qu'il obtient, même au Canada anglais. Bien qu'il ait été au gouvernement dans plusieurs provinces, il n'a jamais eu plus de 20% des suffrages lors des élections fédérales.

Les directions syndicales québécoises, plutot que d'essayer de construire un parti de la classe ouvrière qui pourrait défier le Parti québécois, les Libéraux et les Conservateurs, continuent leur collaboration avec le Parti québécois. Pendant les élections, deux des trois fédérations les plus importantes ont simplement appelé à voter contre Trudeau. La troisième, avec réticence, a appelé à voter pour le NDP. Les travailleurs québécois n'avaient donc pas d'alternative lors des élections, et ils ont voté pour Trudeau, le considérant comme le moindre mal, ou se sont abstenus. Rien ne montre plus clairement la nécessité centrale du combat pour un parti ouvrier qui lutte pour l'indépendance et le socialisme, et pour une coalition avec les travailleurs canadiens anglais sur la base de la défense du droit du Québec à l'auto-détermination.

La faiblesse d'une alternative ouvrière au niveau fédéral montre de façon dramatique l'importance centrale de la lutte pour l'auto-détermination| du Québec au sein du mouvement ouvrier au Canada anglais. Au moment où le gouvernement Clark accentue son offensive d'«unité nationale» pour le référendum, cette tâche va devenir de plus en plus centrale pour construire l'unité entre la classe ouvrière du Canada anglais et celle du Québec. LE MOUVEMENT OUVRIER MENE LA LUTTE AU CANADA ANGLAIS

En dépit de l'échec du mouvement ouvrier à présenter un défi aux partis bourgeois, des succès importants ont été obte- ritime.

nus lors de ces élections. Le Canadian Labor Congress (CLCCongrès Canadien du Travail) a fait une campagne active pour amener les ouvriers à voter NDP. Dans quelques régions comme la Colombie - une province de l'Ouest - et le Newfoundland, dans l'est, des rassemblements ouvriers ont été réalisés, et la campagne du CLC pour soutenir le NDP a été reliée aux luttes ouvrières. Mais dans la plupart des régions, les directions du CLC et du NDP ont refusé de relier leur campagne aux luttes actuelles du mouvement ouvrier. Au lieu de cela, ils ont mené une campagne en bon ordre pour Madison Avenue, mettant en avant une politique qui avait pour objectif de renforcer le capitalisme canadien et son Etat. Le but de cette campagne était d'accentuer la collaboration du CLC avec le gouvernement fédéral, grâce à la pression du NDP qui tiendrait la balance du pouvoir au Parlement. Mais les Conservateurs peuvent gouverner sans le soutien du NDP. La capacité de la bureaucratie à prévenir des confrontations importantes entre le gouvernement et les syndicats a donc été considérablement réduite.

Le mouvement syndical doit maintenant faire face à un gouvernement qui s'est engagé à des restrictions encore plus grandes des services sociaux et à une ligne dure contre les syndicats et contre le Québec. Les partisans mêmes de Clark se demandent s'il pourra tenir ses engagements. Il est à la tête d'un gouvernement minoritaire, qui a eu moins de voix que les Libéraux, qui a été totalement rejeté par les Québécois, est considéré au Québec comme un gouvernement anglophone anti-Québec, et qui doit faire lace à une montée de la combativité de •la classe ouvrière dans les deux nations, refletee en partie par le succes de la campagne NDP-CLC dans le Westland et dans la région ma-

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