Les élections pour le renouvellement de la Chambre des Députés, qui auront mois de juillet au Mexique, ont une importance particulière. Ce sont, en fait, les premières élections fédérales prenant place dans le cadre de la soi-disant «réforme politique» du Président Lopez Portillo, alors que le pays traverse une période de plein redressement économique, conséquence de l'exploitation intensive des gisements pétroliers qui viennent d'être découverts.
Ces caractéristiques font de ces élections un enjeu différent par rapport aux pratiques électorales précédentes, ayant lieu tous les trois ans avec le même objectif, c'est-à-dire, le renouvellement de la Chambre des Députés avec la seule participation des partis «officiels» - ceux reconnus comme légaux par le gouvernement et son parti, le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel - Partido revolucionario institucional).
Dans le cadre actuel de la «réforme politique», la force électorale de la gauche mexicaine - illégale et clandestine pendant des décennies - se fera sentir. La légalisation du Parti communiste et du Parti socialiste des travailleurs l'indique; tout comme la légalisation, bien que de manière indirecte, du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT - Partido Revolucionario de los Trabajadores), section mexicaine de la IVe Internationale. Bien qu'il n'ait que le statut d'«association politique» (1), c'est un niveau intermédiaire entre l'illégalité absolue et la légalité com-
La situation politique que vit le Mexique devient chaque jour plus contradictoire au moment où débute un essor économique de grande ampleur, physionomie économique et sociale du pays commence à changer. En effet, le processus de «réforme politique», surtout à partir de la moitié de l'année dernière, s'articule avec un net redressement économique que Lopez Portillo a réussi à effectuer en misant tout sur la question pétrolière.
En 1978, la croissance économique a depasse 6%, et cette année on arriverait à un taux de 7%. Tout confirme qu'en 1980, dans un monde capitaliste atteint par la récession économique généralisée, l'économie mexicaine pourra connaître une tendance un peu différente. Cette situation a provoqué l'intérêt croissant des impérialistes, qui se sont précipités afin de signer des contrats et d'effectuer des investissements. Le gouvernement estime que les investissements étrangers vont s'accroitre cette année d'environ 70%, et qu'en 1982, ils atteindront Financial Times du 5 juin 1979 ajoute qu'il existe 260 projets d'investissements étrantères étrangers.
Sur le plan financier aussi, l'économie mexicaine s'intègre davantage, après chaque nouvelle découverte pétrolière, au système international du impérialiste. L'affaire du pétrole» fournit au gouvernement mexicain un nouveau pouvoir d'attraction pour les organismes de crédit, disposés à offrir leurs capitaux. La PEMEX (Petroleos Mexicanos - compagnie étatique pétrolière) obtient, l'une après l'autre, des ouvertures de cré dits sur les principaux marchés européens et nord-américains. Les banques japonaises sont elles aussi très actives. Fait st du prix éleve du pétrole me- significatif, en dé xicain - 40% de plus que de celui originaire des pays de l'OPEP, est disposé à fournir d'importants crédits pour aménager l'infrastructure portuaire mexicaine de la côté pacifique, nécessaire à l'exportation pétrolière, pour bénéficier d'une base d'approvisionnement sûre.
Selon le Financial Times du 5 juin, «Tout comme les banquiers étrangers font la queue pour offrir des capitaux à un gouvernement dont le credit international déjà élevé semble croftre davantage après chaque nouvelle découverte de gisement de pétrole, les investisseurs etrangers, auparavant très critiques par rapport au contrôle des investissements effectué par le Mexique, s'empressent maintenant d'accepter ces mêmes conditions avec beaucoup moins de réticence.»
La dette extérieure augmente de telle façon qu'on peut l'estimer à environ 35000 millions
Si on l'ajoute à la du Brésil (40 milliards de dollars), les ensemble représentent presque 80% de la dette extérieure de l'Amérique latine.
Les conséquences politiques de ce tournant dans la stratégie économique au Mexique, sont d'une grande importance. Depuis les années cinquante, il est certain que le gouvernement mexicain projetait de s'orienter vers l'absorption croissante de capitaux étrangers (impérialistes), pour pouvoir ainsi développer l'économie du pays, abandonnant dans la pratique le cours esquissé par le nationalisme bourgeois pendant l'époque de Cardenas. Mais, les présidents, y compris les plus pro-impérialistes (comme Diaz Ordaz), avaient respecté tacitement le dogme imposé par Cardenas : «le pétrole mexicain aux Mexicains».
Actuellement, le Président Lopez Portillo, en changeant entièrement le cours nationaliste - changement préparé, certes, par le président «nationaliste» Echeverria, lui même, doit obligatoirement justifier ce tournant.
Le gouvernement et la bourgeoisie mexicaine, comme partout dans les pays pétroliers, profitent immédiatement du changement qui, au niveau mondial, se fait aux dépens de l'impérialisme, en réussissant à s'approprier une part croissante de la plus-value, qui auparavant était prélevée directement par les
Lopez Portillo et Carter grandes compagnies impérialistes. La rente (profits fabuleux) pétrolière amplifie la marge de manœuvre du gouvernement mexicain. La visite de Carter au Mexique, au mois de février dernier, a montré au nonde entier que Lopez Portillo pouvait entretenir des relations différentes avec le président des Etats-Unis de celles entretenues jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire, en tant que simple serviteur de la métropole.
Lopez Portillo fondait sur deux axes sa politique pétroliere : sortir de la situation économique précaire qu'a connue le pays pendant les années 1976-77 et en même temps renforcer sa position internationale, surtout par rapport aux USA. Un troisième élément apparaît aujourd'hui sur la scène politique nationale, a savoir, la politique gouvernementale à l'égard des masses travailleuses. Lopez Portillo croyait que le problème serait résolu grâce la propagande faite sur l'«alliance pour la production», soutenue par les dirigeants syndicaux («charros»), contrôlant la majorité des organisations ouvrières au Mexique.
Mais la propagande faie par le gouvernement sur les projets réalisés grâce au pétrole et les perspectives ouvertes au redressement économique (et les masses énormes des profits réalisées par les entreprises privées montrent que la période des « vaches grasses» revient pour les capitalistes ! a été si «efficace» que les travailleurs ont con mencé à se mobiliser pour la satisfaction de leurs revendications.
L'intervention fort peu tactique de Lopez Portillo lors de l'énorme défilé du Premier Mai, dans la ville de Mexico, auquel ont participé environ un million de travailleurs, a fait long feu. A cette occasion le Président Lopez Portillo déclarait que, malgré tout, l'augmentation salariale limitée à 13,5% serait maintenue. Selon les calculs de plusieurs banques, l'inflation au Mexique a dépassé l'indice des 20% annuels et le gouvernement lui-même considère que le taux de 17% serait l'indice le plus approprié pour cette année (à la différence du taux de 13% qui était fixé comme but au début de l'année !).
Cette inflation, ajoutée au million de Mexicains qui annuellement franchissent la frontière au nord, à la recherche de travail, aux 40% de chômage existant, au million de jeunes qui annuellement se présente sur le marché du travail, et à tant d'autres phénomènes également compliqués qui se cumulent, fait du Mexique un pays riche de nombreuses contradictions et tensions sociales.
Face à cela, il est évident que les frictions sur le cours à prendre, donneront jour à des divergences, et qui se feront sentir, tôt ou tard. De fait, on commence à en subir les conséquences. Au mois de mai, après le gigantesque défilé ouvrier, s'est produit une «petite» crise politique, conséquence du départ de trois secrétaires d'Etat, dont le plus important a été celui de Reyes Heroles, secrétaire à l'Intérieur. Heroles, le personnage politique le plus important
du gouvernement après le président, fut l'architecte de la «réforme politique» - projet de «libéralisation» du régime - qui est allé trop loin selon le goût de certains secteurs du PRI et du gouvernement lui-même.
Le nouveau : PRI, au lieu de «réformer» le parti tout puissant, fit marche au point d'appeler quelques-uns des politiciens les plus réactionnaires de l'«establishment». Au Congrès, une loi de réglementation intérieure, qui tendait à assouplir son mode de fonctionnement, fut repoussée. Mais, ce qui est plus important, la «réforme politique» a commencé à engendrer des conflits au sein même de l'appareil officiel. Les «charros» - la fraction la plus directement en relation avec les masses, se plaint du mécontentement existant parmi les travailleurs et exige, de la part du gouvernement, des mesures plus sévères pour pouvoir y pallier partiellement.
Le départ de ce ministre libéral, représente, par conséquent, sinon un tournant dans la ligne de la «réforme politique», du moins une conscience plus claire de la part de la bourgeoisie que les conditions politiques deviennent de plus en plus difficiles.
Les secteurs révolutionnaires, ainsi que le précise une déclaration du BP du PRT (section mexicaine de la IVe Internationale), faite le 21 mai, doivent se renforcer et préparer leurs organisations à des prochains changements brusques, déjà annoncés par les derniers événements. En particulier il est né cessaire qu'ils se préparent à intervenir dans les futurs mouvements de masse contre la politique d'austérité de Lopez Portillo, qui, malgré certaines réussites, n'a pas pu vraiment briser résistance des travailleurs.
Tout ce qui a été dit explique le rôle important que les élections joueront au cours du prochain mois de juillet. Elles annoncent certainement le début du développement de l'indépen-. dance et de l'autonomie de la classe ouvrière. Un secteur fondamental de cette classe votera, pour la première fois dans le pays, pour une alternative différente de celle du PRI, et qui a réussi la conquête de sa légalisation.
A cause des limites de la «réforme politique», seuls des partis reformistes, et parmi eux, le Parti communiste mexicain, pourront recueillir ces voix puisqu'ils sont les seuls à pouvoir présenter des candidats.
Il reviendra aux militants révolutionnaires de lutter pour accélérer et systématiser ce processus historique vers l'autonomie et l'indépendance de la classe qui a déjà montré ses potentialités révolutionnaires.