Nazimar TABRIZI
Un mouvement de masse qui a fait descendre par millions les manifestants dans la rue, la mobilisation des travailleurs, des paysans, des soldats du rang qui ont permis d'abattre le chah. Si le mouvement de masse en Iran s'est structuré autour du nom de Khomeiny, c'est moins cause de l'autorité religieuse propre du dirigeant chiite, que parce qu'il affirmait vouloir renverser le chah et son régime. Khomeiny fut quasiment le seul de tous les opposants au régime à refuser le moindre compromis avec le chah. C'est la raison essentielle qui permet de comprendre comment la classe ouvrière iranienne, à cause de son retard de conscience et d'organisation a pu renverser le régime mais ne put empêcher la bourgeoisie de garder les rênes du
Aujourd'hui qu'il est confronté au développement rapide des luttes menées par les masses iraniennes pour défendre et étendre les acquis de la révolution, le gouvernement Bazargan-Khomeiny a lancé une offensive majeure pour écraser toute forme d'op-
Cette offensive est intervenue dans un contexte marqué par l'aggravation des luttes de classes et de la polarisation politique et sociale et cela sur tous les fronts : cela va des luttes sur la question nationale et agraire, aux mouvements sociaux dans les usines et les forces armées, ainsi qu'à l'opposition croissante de l'opinion publique à la censure sur la presse et aux atteintes aux libertés démocratiques.
Incapable au bout de six mois d'établir soit un gouvernement capitaliste stable, soit un régime militaire capable de briser ces luttes, la classe dominante iranienne tente à présent, par le biais de Khomeiny, d'abattre les masses travailleuses et leur aspirations révolutionnaires.
C'est cette situation explosive de confrontation entre les masses travailleuses et la classe capitaliste qui permet à l'analyste bourgeois Joseph Kraft d'évaluer en ces termes la situation iranienne dans son article du «Herald Tribune» paru le 31 août 1979 :
«Il est tout à fait évident que le régime de l'ayatollah Khomeiny éprouve des difficultés à maintenir l'ordre intérieur ou la sécurité externe.»
C'est pour cela que l'éditorialiste se fait l'avocat de la politique de l'administration Carter qui vient de vendre pour 5 milliards de dollars d'armes ainsi que d'importantes quantités de kérosène pouvant être utilisé pour l'aviation militaire et engage le gouvernement américain à appuyer Khomeiny en ce moment. RECONSTRUIRE L'APPAREIL D'ETAT
Pour gouverner dans un pays semi-colonial, c'est une nécessité absolue pour le capitalisme de reconstruire son appareil répressif. C'est le sens de l'attaque menée par le gouvernement Khomeiny-Bazargan contre les travailleurs et les organisations ouvrières. Des militants ouvriers ont été exécutés, trois syndicalistes du pétrole ont été arrêtés à Ahwaz ainsi que 20 travailleurs de l'acier, les Gardiens de la Révolution sont intervenus pour briser des grèves et ont investi les locaux des organisations et partis ouvriers dans la plupart des villes iraniennes. Douze militants du PST ont été condamnés à mort le 26 août
Ahwaz. Deux membres de l'organisation de jeunesse des fedayins ont été décapités, tandis que 2 militants du Parti Tudeh (PC pro-Moscou) étaient fusillés dans une ville du Kusdistan. Le gouvernement s'est également attaqué aux droits des femmes, des paysans pauvres et bien sûr des minorités nationales. La censure a été ré-instaurée dans la presse. C'est le gouvernement qui dirige
étroitement la radio et la télé tous les journaux d'opposition ont été
Après ce coup de force et la re mise au pas de la presse, Khomeiny a tenté de convaincre les masses qu'un danger mortel venant des Kurdes menaçait la nation iranienne. Pêle-mêle la prese et la radio khomeinistes ont expliqué que les Kurdes avaient décapités des pasdars - des Gardiens de la révolution islamiqueou qu'ils recevaient de l'aide de Liz Taylor, des sionistes, communistes et du chah lui-même. Le Parti démocratique du Kurdistan a été interdit et ses dirigeants, qualifiés de «sataniques» et de «corrupteurs sur la terre», sont ainsi recherchés ac-
Plusieurs dizaines de militants kurdes ont été exécutés après des procès sommaires montés par les tribunaux islamiques de l'ayatollah Khalkhali.
NOUVELLE POLICE POLITIQUE : LA SAVAMA
Au niveau central, d'anciens agents de la SAVAK, la trop fameuse police politique du chah ont été récupérés et réorganisés dans un nouveau service de sécurité, la nouvelle organisation s'appelle la SA VAMA -Organisation nationale iranienne pour la sécurité et l'information.
Mais afin des restaurer les ins truments de l'ordre bourgeois, le régime s'est attelé prioritairement à la reconstruction de l'armée, une armée qui depuis la chute du chah s'était en partie désagrégée et ne pouvait constituer une force fiable. C'est ainsi que lors des combats récents au Kurdistan des informations recoupées font état de mutineries dans certaines unités. C'est pour cela que Khomeiny en personne a dû se désigner comme commandant en chef des forces armées, où plusieurs soldats et officiers ont été passés par les armes pour désertion ou refus d'obéir. En fait, le régime continue de compter davantage sur ses corps francs de Gardiens de la révolution que sur les forarmées régulières rétablir l'ordre, dans certaines régions.
Les masses iraniennes, après le renversement du chah, daient l'élection d'une blée constituante, permettant une large représentation des travailleurs, des paysans et masses exploitées afin de débattre des nationalisations, de la réorganisation de l'économie, de la réforme agraire, des droits des femmes, des nationalités, toutes les questions d'urgence posées à la révolution
Au lieu de cela, le gouvernement Khomeiny-Bazargan a fait plébisciter l'«Assemblée des experts», un organisme de 75 personnes, dont les deux tiers appartiennent au Parti de la République islamique, parti bourgeois dirigé par Khomeiny. Le projet de constitution qui a été élaboré par un conseil d'experts proches du Conseil de la Révolution islamique réaffirme le caractère capitaliste de l'économie, garantit la propriété privée et ignore tous les droits des femmes, des nationalités, des nationalisations, ou même de certaines libertés démocratiques, telles que la liberté de la presse. L'ESCALADE REPRESSIVE APRES L'INTERDICTION D'AYANDEGAN
Le 7 août, alors que le journal libéral d'opposition Ayandegan, venait d'être interdit, personnes manifestaient dans les rues de Téhéran en signe de protestation. C'est alors que des bandes de nervis, appartenant aux organisations l'extrême-droite attaquaient à plusieurs reprises le cortège avant d'être repous-
Le lendemain les mêmes groupes parcouraient les rues de Téhéran impunément et mettaient à sac les locaux des organisations ouvrières ou les librairies progressistes et attaquaient les femmes non voilées.
Alors que la mobilisation de l'extrême droite islamique restait relativement minoritaire, le gouvernement et les autorités ordonnaient la fermeture de 26 quotidiens et périodiques. Tout rassemblement public était désormais interdit et un mandat d'arrêt était lancé contre le Dr. Daftary Martine, dirigeant du Front national démocratique. Le 20 août des forces gouvernementales investissaient les locaux du Parti Tudeh et de son journal «Mardom», puis ceux de l'organisation de Fedayins e Khalqu (organisation marxiste). Quelques jours plus tard, même l'organisation islamique Moudjahidines e khalq devait abandonner ses locaux. QUESTION AGRAIRE ET QUESTION NATIONALE
La paysannerie pauvre a largement souffert du régime du chah. En 1976, 53% de la population vivait dans les campagnes. La loi de réforme agraire commença à être appliquée en 1962 et s'acheva officiellement en 1971. En octobre c'est-à-dire, 10 ans après le début de la réforme agraire, des statistiques maient que 30% seulement des villages (l'unité de mesure de la propriété foncière est le village et la portion de village) iraniennes avaient été affectées par cette loi et que moins de 10% avaient été réellement rédistri buées aux métayers. 690466 familles paysannes sur un total de 3 millions et demi des familles avaient reçu à cette date de la terre.
Après la chute du Chah, le régime Khomeiny-Bazargan a tout fait pour décourager les prises et les occupations de terres. Si des occupations ont eu lieu finalement un peu partout dans le pays, les propriétaires fonciers ont eu recours massivement aux Comités Khomeiny et à leurs milices pour empêcher les occupations ou récupérer les terres.
La question agraire revêt une acuité toute particulière dans les régions des nationalités. Les nationalités sont composées en grande partie de populations rurales, sédentaires ou nomades (ces derniers représentent 2 ou 3 millions de personnes).
Systématiquement le régime
Pahlavi a refusé de reconnaître les droits culturels ou nationaux des nationalités non persannes qui représentent pourtant 60 % de la population iranienne.
La chute du chah et la paralysie ou la désagrégation d'une de l'appareil (Savak, gendarmerie et armée)
ont permis à la paysannerie de commencer à faire valoir ses
Un a vu au Turkménistan, où les paysans ont commencé à récupérer les terres qui leur arrachées par l'ancien régime au profit de ses généraux et de ses dignitaires et même, au Khouzestan, où la paysannerie arabe a commencé à récupérer une partie des grands domaines irrigués offerts aux firmes multinationales de l'agro-business, que la question agraire et la question nationale sont indissolublement liées.
Les premières attaques Gardiens de la Révolution au Kurdistan se sont produites autour des villes de Bowkan et Saggez qui étaient les centres de la révolution agraire au Kurdistan. Selon l'édition du 8 août de Kargar, l'organe du PST, «dans la région autour de Mahabad et de Bowkan, seils de village ont été formés. Ils ont exigé l'expulsion des propriétaires fonciers des villages et, dans nombre de cas, ils ont, soit mis en culture, soit récolté les terres des propriétaires fonciers, puis distribué la récolte parmi la population. Ces conseils de village paysans se développent très, très rapidement, autour de Mahabad, Bowkan et Saqqez.» Comment ces conseils paysans se sont-ils constitués ?
«Les paysans se rassemblent dans l'un des gros bourgs d'une zone rurale et forment un conseil représentant quinze ou trente petits villages ou hameaux. C'est ce conseil qui prend en charge la conduite des affaires intérieures de ces villages, qui organise l'armement de chaque seule condition reconnaisse l'autorité du conseil paysan. Il était prévu que ces conseils se coordonnent et se centralisent par le biais d'un conseil central.»
Si le processus de la révolution agraire ne se limite pas au seul Kurdistan, il est clair que c'est pourtant dans cette région qu'il est politiquement et organisationnellement le plus avancé. Cela explique l'offensive du gouvernement Khomeiny-Bazargan contre le peuple kur-
Le 3 septembre, les Gardiens de la Révolution et l'armée ont pris la ville kurde de Mahabad, la dernière des grandes villes de cette région qui n'était pas encore contrôlée par les autorités de Téhéran, mais les militants kurdes se sont retirés dans les montagnes pour développer une lutte de guerilla contre le gouvernement. Dans cette perspeckurdes disposent de nombreux atouts; parmi ceux-ci, il y a la situation dans les autres nationalités.
Les masses arabes qui se sont concentrées dans les zones vitales de production des provinces pétrolières du Khouzestan ont meurtrières les forces gouvernementales. Ils restent armés et mobilisés, constituant un véritable défi aux forces militaires du régime. A la fin du mois de mai le gouvernement Bazargan-Khomeiny entame une attaque à grande échelle contre le peuple arabe allant jusqu'à envoyer des canonnières, quartiers populaires. Plusieurs centaines d'Arabes furent arrêtés. Le 11 juillet 30000 Arabes pour protester contre la répression et rendre hommage aux victimes. A l'issue de la manifestation, réprimée par les pasdars et des unités de l'armée, 800 arabes étaient tués, tandis que leurs dirigeants religieux étaient kidnappés maintenus depuis lors en résidence surveillée. Depuis ces événements, toutes les zones pétrolières du Khouzistan sont venues une véritable poudrière ainsi que l'attestent les récents conflits surgis dans le pétrole, où la production journalière est tombée de 4 à 1 million certains jours à 400000 barils de pétrole.
Enfin les Azerbaidjanais, qui constituent la plus importante des minorités nationales en Iran (11 millions sur une population iranienne de 33 millions de personnes) ont commencé à entrer en opposition plus ou moins ouverte au régime. DES MILLIONS DE DOLLARS AUX CAPITALISTES, 8 HEURES DE TRAVAIL SUPPLEMENTAIRE POUR LES OUVRIERS
La base sociale du gouvernement Khomeiny-Bazargan est essentiellement constituée par les petits boutiquiers et bazaris des villes de langue persanne. Au mois de mars 70 millions de dollars ont été offert à la bourgeoisie sous prétexte d'aider les industriels iraniens à maintenir l'activité économique du pays. La classe ouvrière n'a pas vu un seul sou de cette manne qui n'a pas été utilisée à la relance de l'économie par ceux à qui elle avait été prodiguée. Cela n'empêchait pas ce gouvernement de poursuivre dans cette voie. Le premier septembre, selon une information de l'agence de presse Pars, 50 milliards de rials, soit 700 millions de dollars, ont été accordés aux capitalistes iraniens. Et pourtant il est d'ores et déjà évident que ces subsides ne permettront pas de relancer réellement l'activité économique ni surtout de régler, ne serait ce qu'en partie le problème du chômage qui touche 35% de la population active.
A côté de cette aide aux capitalistes iraniens, le régime multiplie les attaques contre la classe ouvrière. La durée de la semaine de travail a été portée de 40 à 48 heures, sans augmentation de salaires. Les lois antigrève du chah continuent à être en vigueur et ont même été renforcées car le fait de faire grève peut conduire à des peines de 2 à 10 ans de prison. L'incitation ou l'organisation de grèves ouvrières sont elles passibles de la peine de mort. Mais il est évident que le gouvernement ne peut faire entrer dans les faits cet arsenal répressif, défaite décisive de la classe ouvrière, sans porter un coup très profond aux comités d'usines existant et à la combativité ouvrière. Selon certaines informations les travailleurs du pétrole,
du département de la distribution (ce secteur représente environ 50000 travailleurs) ont élu leur propre comité pour contrôler la production, les représenter dans les négociations avec la direction de la NIOC.
Même parmi la fraction persanne de la classe ouvrière ira nienne, les désillusions envers le une campagn nouveau régime commencent à l'absence de tout parti ouvrier ina into nationale de colid e Inte national se développer, alimentées par la de crise économique et sociale, et le cours réactionnaire suivi par le gouvernement. Cela n'a pas de Khomeiny. L'élement déterminant est bien évidemment
Be de solidarite s de masse et implanté. L'absence direction révolutionnaire conséquente revêt aujourd'hui un caractère dramatique en Iran. En ce sens, le rôle du Parti Socialiste de Travailleurs, Section iranienne de la IVe Intemationale, de son programme et de l'action de ses militants, malgré sa faiblesse numérique reste irremplaçable.
Dans precedent