Le 17 juillet 1979, Anastasio Somoza
Debayle prenait la fuite vers les Etats-Unis, la puissance impérialiste qui avait placé père - Anastasio Somoza Garcia - à la tête de la
Garde nationale au Nicaragua en 1933 et qui avait assuré son accession à la présidence en
1936.
l'aube du 19 juillet, des centaines de
A soldats de la Garde régime somoziste, uniformes dans les rues de Managua. Plus de membres de cette armée en déroute
5000 cherchèrent refuge, souvent avec armes et bagages, au Guatémala, au Honduras et au
Salvador.
L'ampleur comme la détermination de la participation des masses - spécialement de la jeunesse - à l'insurrection et leur haut niveau d'auto-organisation ont bouleversé les plans de «transition dans l'ordre» concoctés par les secteurs d'opposition de la bourgeoisie nicaraguayenne, par diverses classes dominantes de l'Amérique latine et par l'impérialisme américain. Ce dernier a subi une défaite retentissante au
Nicaragua, d'autant plus que depuis la les
Etatsrévolution cubaine,
Unis avaient intégré plus étroitement le Nicaragua et les régimes d'Amérique centrale, au niveau politique et militaire, dans leur stratégie contre-révolutionnaire.
Les schémas concernant éla-
«l'étape démocratique», borés dans le passé par les diverses tendances du FSLN, se trouvèrent aussi quelque peu par l'effondrement bousculés des institutions fondamentales
Nicaragua
La défense de la révolution nicaraguayenne son sandiniste nationale, le pilier du abandonnaient fusils et
(CDC). Elles ont constitué du régime de Somoza SOus l'impact de la victoire militaire et du mouvement insurrectionnel. La dynamique de la révolution permanente est déclenchée. LE TOURNANT DE 1978
1978 est une année pivot dans la crise du somozisme. Le 10 janvier, Pedro Joaquim Chamorro, éditeur du grand quotidien d'opposition bourgeois La Prensa et promoteur de l'Union pour la libération démocratique (UDEL) est assas• siné par les sbires de la dietature. Ainsi est éliminé le seul dirigeant bourgeois d'opposition disposant d'un prestige et d'une autorité suffisants pour offrir une solution alternative bourgeoise crédible au somozisme et pour capter une fraction significative du mouvement de masse. Depuis 1974, date de création de l'UDEL, Chamorro
Une insurrection populaire massive, dans les principaux centres urbains du pays, combinée avec une vaste offensive militaire du Front de libération nationale (FSLN)
ont permis de renverser la dictature et ont fait éclater les structures du régime somoziste.
Au cours d'un mois et demi d'insurrection, les masses se sont dotées d'instruments de lutte et de pouvoir, les Comités de défense civile des milices populaires qui ont combattu aux côtés et sous la direction du FSLN. Ceci constitue le facteur déterminant de l'évolution de la situation au
Nicaragua depuis la victoire contre la tyrannie.
se profilait comme le candidat d'opposition pour les élections présidentielles de 1981. Il avait reçu le soutien de la démocratie européenne. Il avait tissé des liens avec divers secteurs de la bourgeoisie américaine. Le Parti socialiste nicaraguayen (PSN), stalinien, travaillait avec l'UDEL.
ascendant du mouvement de masse caracté.
rise l'année 1978. Après le lockout patronal de janvier 1978, protester contre l'assassinat de Chamorro, les initiatives de lutte contre la dictature se multiplient : grève étudiante nationale; mobilisation massive et début d'insurrection à Leon,
Diriamba, Chinandega, Managua et Massaya en février; journée nationale contre la répression;
grève de la faim des prisonniers politiques; occupations de terres par les paysans; manifestations de masse pour accueillir le retour, en juillet, d'un secteur de l'opposition bourgeoise : les
«Douze»; grève des travailleurs
du District national; mobilisation et protestation contre les augmentations d'impôts; grève des travailleurs hospitaliers;
grève générale appelée le 25 août par le Front ample d'opposition (FAO) et le Mouvement du peuple uni (MPU). A cette occasion, le MPU, impulsé par le FSLN, affirme: «Il est important que la classe ouvrière participe de façon décidée à cette grande journée qui doit lui permettre d'unifier et de développer au maximum ses forces pour approfondir la crise du régime somoziste et obtenir son renversement par les forces populaires » (1).
Simultanément, les actions militaires des diverses tendances du FSLN se multiplient, avant tout sous l'impulsion des terceristes. Elles vont d'attaques ponctuelles contre des installations militaires à des opérations de plus grande envergure dans des centres urbains. Le 22 août
1978, les terceristes occupent le «Palais national». Ils exigent la libération des prisonniers politiques du FSLN, parmi lesquels Tomas Borge. la suite cette démonstration de force, le
9 septembre, une série d'offensives militaires des trois tendances sera organisée dans les villes de Esteli, Leon, Managua, Rivas, Massaya, Chinandega. Elles se combineront souvent avec un soulèvement populaire. bourgeoisie d'opposition cherfébrilement à constituer l'unité de ses fractions pour mettre en avant une alternative de pouvoir qui permette de conserver des éléments partie importante de la Garde nationale - et qui soit acceptable par l'impérialisme américain.
En juillet 1978 s'était constitué le Front ample d'opposition (FAO) auquel participerent le Mouvement démocratique nicaraguayen (MDN) - dirigé par Alfonso Robelo Callejas, lié à l'une des trois grandes banques, la BANIC, et aux milieux d'af faires américains - , l'UDEL et le «Groupe des Douze», ainsi que divers partis bourgeois (conservateurs, social-chrétien, etc.). Les deux fractions du PSN s'intégrèrent aussi au FAO. Le «Groupe des Douze», durant cette période fait la joneavec des tendances du FSLN.
Le dessein du FAO apparaîtra avec une clarté encore plus éblouissante à la suite du succès momentané de la contre-offensive militaire de la Garde nationale en septembre 1978. Une les Etats-Unis, au sein de laquelle Guatémala et la République occupent deux strapontins, doit organiser la médiation entre Somoza et le FAO. Ses principales composantes jugent que les coups portés au mouvement de masse en septembre créent une conjoncture
L'ACCENTUATION DE LA CRISE ECONOMIQUE Tout cela se déroule sur un arrière-fond de crise économique aiguë. Depuis 1975, les investissements productifs stagnent. En 1978, ils reculent drastiquemment. Le Produit national brut diminue de 7% cette année-là. La fuite des capitaux s'accélère, avec tout ce qui accompagne ce phénomène : spéculation sur les changes, contraction des dépôts et des investissements. La Banque centrale estimait la sortie de capitaux à 220 millions de dollars en 1978. L'endettement extérieur s'accroit rapidement. Depuis le tremblement de terre de 1972, la reconstruction était largement fondée sur une politique d'investissements de l'Etat, financée essentiellement par un endetfavorable pour la mise en place d'une solution de changement dans la continuité. Le FAO tendra à s'aligner sur toute une série de conditions imposées par Somoza. La résistance des masses, qui commence à se manifester à nouveau en décembre, comme l'aplatissement du FAO vont provoquer la rupture des rapports entre le FAO et le FSLN. Une redistribution des cartes s'opère ainsi qu'un processus d'unification des tendances au sein du FSLN. En février 1979, un nouveau front sera établi, le Front patriotique national (FPN) qui réunit le FSLN et des secteurs bourgeois d'opposition.
auprès des banques privées impérialistes et des financières internationales, vu le déficit croissant. Les crédits sont naturellement canalisés par Somoza et sa clique pour parfaire leur emprise sur l'économie du pays. Les dépenses militaires alourdissent de plus en plus le déficit de la balance des paiements (Israël, l'Argentine et les EtatsUnis sont les principaux fournisseurs d'armes). L'inflation adopte des rythmes de crise.
Toutes ces tendances vont s'aiguiser en 1979 : les investissements sont réduits quasiment à zéro dans l'industrie; ils déclinent très fortement dans l'agriculture; le PNB recule d'environ 25% durant le premier semestre
1979 (selon la CEPAL - commission économique pour l'Amérique latine - organisme de l'ONU); la fuite des capitaux est estimée à 315 millions de dollars; l'inflation est de 20% pour les mois d'avril et mai 1979, selon l'indice officiel, à la suite de la dévaluation de 43% du cordoba en avril...
Pour les masses laborieuses, cette crise se traduit par une attaque très vive contre leur niveau de vie. Elles avaient déjà souffert terriblement du tremblement de terre de 1972 et de ses suites. Dans les zones urbaines, le salaire réel moyen n'avait subi que des variations insignifiantes entre 1961 et 1970. Or, de 1970 à 1975, il a décliné de 14%. Depuis lors, la tendance a continué, avec une accélération en 1977, 1978 et 1979 (2). Durant la période relativement favorable sur le plan économique du début des années 1970, le chômage, selon des indices officieles oscillait autour de 12% dans les zones urbaines et de 22% dans les régions rurales. Ces chiffres ne tiennent pas compte du sous-emploi (du chômage camouflé). Par exemple, ceux qui travaillent deux mois par an lors de la récolte du coton ou du café sont comptabilisés comme ayant un emploi! premier semestre 1979, le chômage a connu une explosion provoquée par la chute des investissements, la contraction extrême des échanges au sein du Marché commun centro-américain, le resserrement du marché intérieur, les effets sur l'agriculture des fluctuations des prix des produits agricoles sur le marché mondial en 1977-1978 et le chamboulement du cycle agricole en 1978-1979. A cela, il faut ajouter un temps de travail hebdomadaire très long qui oscille bien souvent entre 50 et
Cette brutale atteinte au niveau de vie des masses en 1977, 1978 et au début de 1979 s'ajoute aux conditions de misère que révèlent quelques chiffres (3) : 43% de la population était analphabète en 1970; 364000 habitants seulement, sur 2 millions 325000 disposaient d'eau potable en 1977; la même année, pour 10000 habitants il y a, en moyenne, 22 chambres d'hôpital, 2,9 infirmières, 6,4 médecins et auxiliaires, 0,8 dentistes (de telles moyennes ne révèlent rien sur la répartition totalement inégale entre ville et campagne ni sur la diffusion sociale des médicaux). talité infantile, l'espérance de vie à la naissance, l'ampleur des maladies infectieuses et con-
LES FORCES SOCIALES
Comme beaucoup de pays capitalistes sous-développés, le Nicaragua a connu une forte urbanisation dans la dernière décennie. Cette urbanisation résultait à la fois de l'industrialisation relative (et de ses sous-produits dans le secteur tertiaire) et modifications introduites dans les campagnes par le développement de l'agro-industrie. Ainsi, la population totale du Nicaragua est passée de 1 million 836000 en 1970 à 2 millions 409000 en 1978. Sur ce total, la population urbaine représentait 838000 en 1970 et 1 million 265000 en 1978. Pour la même période, la population rurale passait de 998000 à 1 million 145000. La population économiquement elle, de 545000 740000 (5).
Le prolétariat urbain s'est donc renforcé durant les dernières années, mais il reste encore limité. Les statistiques indiquent environ 60000 emplois tagieuses placent le Nicaragua au bas de l'échelle des pays d'Amérique centrale (4). Impérialisme et dictature démontrent ici le résultat de leur fonctionnement « normal».
Tous ces éléments participent de l'explication des tions des masses dans la lutte contre Somoza, et en premier lieu des masses urbaines. DE LA REVOLUTION proprements dits. L'industrialisation toute relative n'a pu absorber la masse ' de ceux qui se sont vus contraints de se déplacer vers les villes. Les centres urbains concentrent donc une large couche plébéienne qui a participé massivement à la lutte. La jeunesse y a occupé le premier rang. Près de 60 % de la population a moins de 20 ans.
Cependant, le prolétariat urbain en tant que tel a joué un rôle important dans le renversement de la dictature. En 1973-1974, ce sont les ouvriers de la construction qui ont été à la tête du mouvement de grève et ont engagé une lutte contre Somoza. L'activité de la classe ouvrière a d'ailleurs stimulé les différenciations politiques dans le Front en 1975-1976. La «tendance prolétarienne (marxiste-léniniste)» commença un travail svndical et réapprécia le rôle de la classe ouvrière urbaine dans le développement de
la révolution. La participation des travailleurs à l'insurrection, leur insertion dans les CDC et le mouvement très large de syndicalisation dans la Centrale sanditravailleurs indiquent leur rôle futur dans le processus révolutionnaire.
Dans les zones rurales développé cole formé par les travailleurs des plantations de café, de cansucre et de coton. Une grande partie de ce prolétariat est migrant. Il compte environ 300000 personnes. Il travaille quelques semaines ou quelques mois par an, du cycle agricole. Par exemple, en 1973, dans la culture du coton, sur un total de 228000 ouvriers et ouvrières employés, seuls 26000 l'étaient de façon permanente par les grands propriétaires. Le travail temporaire, au maximum quatre mois par année, reste le lot des 202000 autres. Le prolétariat agricole représente l'essentiel des forces du prolétariat et, en son sein, celui du coton occupe la place déterminante. La misère extrême de ces couches avait stimulé dans les dernières années des occupations de terres et, dans le secteur sucrier, la syndicalisation avait commencé durant les dernières années de la dictature. Au même moment, divers mouvements revendicatifs ont éclaté portant sur les salaires (le salaire d'un travailleur migrant au moment de la récolte du coton se situe entre 6 et 15 cordobas, soit entre 60 cents et 1,5 dollar) et sur les prix des produits revendus aux ouvriers agricoles par les comptoirs de vente contrôlés par les grands propriétaires, qui récupèrent ainsi une partie du salaire versé. (6)
Cependant la tradition d'organisation syndicale et de mobilisation de ces ouvriers agricoles, parmi lesquels les jeunes et les femmes occupent une place importante, est réduite. Cette couche du prolétariat nicaraguayen représente une force sociale déterminante pour l'avance d'une réforme agraire radicale et pour la consolidation du bloc social qui peut conduire et approfondir le processus de révolution permanente. Elle réside en grande partie dans la zone du Pacifique, qui est le centre des principales cultures d'exportation et dans laquelle la concentration de la propriété des terres est élevée.
Enfin, il y a le paupérisé et prolétarisé. Il est contraint de vendre sa force de travail, une fois la récolte sur sa parcelle de terre accomplie. représente une autre force active dans la révolution. Ces paysans croulent sous le poids des dettes, des prêts usuraires, de la spéculation effectuée sur les prix des produits manufacturés qu'ils doivent acheter, fraude dont ils sont les victimes lorsqu'ils vendent une partie de leur récolte (quand ils le peuvent). Les femmes doivent très souvent se convertir en domestiques pour obtenir un maigre revenu supplémentaire. Ces paysans prolétarisés ont souvent apporté leur soutien, dans le Nord et sur la côte atlantique, à la lutte des guérilleros du FSLN. Pour cette raison, ils ont été en butte à la répression féroce de la dictature.
Les occupations de terres représentent chez eux une tradition aussi longue que l'oppression dont ils sont victimes. Dès 1977, un secteur de ce petit paysannat pauvre a commencé à s'organiser dans l'Association des travailleurs agricoles (ATC) et à mener des occupations de terres organisées, disposant de la solidarité des travailleurs des centres urbains et des étudiants. Cette organisation, l'ATC, a facilité l'insertion dans la guerre civile de ces paysans. Des milices paysannes pris naissance durant la dernière période du soulèvement contre la dictature.
Masses plébéiennes urbaines, prolétariat industriel, prolétariat agro-industriel, paupérisés et prolétarisés représentent les forces sociales motrimobilisation et d'organisation, vont peser lourd dans le futur de la révolution.
De plus, dans la lutte contre Somoza, il faut relever le rôle du mouvement étudiant qui prit la tête de plus d'un combat. Enseignants et travailleurs hospitaliers ont de même contribué à la lutte contre la dicta-
Dès 1977, une organisation de femmes, regroupant jusqu'à mille militantes et disposant d'une vaste influence périphérique, s'est placée au premier poste de toutes les mobilisations pour la défense des droits démocratiques, des prisonniers politiques et de la lutte en faveur des revendications propres
«L'Association des femmes devant la probléma-
(l'AMPRONAC) était la seule organisation de masse, liée au FSLN et agissant légalement. Elle avait des racines dans les quartiers populaires et, étant donné son histoire, elle a joué un rôle significatif dans la structuration du L'ISOLEMENT DE SOMOZA
La crise du somozisme sous-tendue par l'action de ces secteurs des masses laborieuses, par croissante, sous les effets de la économique et sociale toujours plus aiguë et de la répression, à la lutte engagée par le FSLN. Cette adhésion est facilitée par la place du dans la mémoire historique du peuple nicaraguayen. L'identification chez le
Centre la lutte contre l'impérialisme américain, contre la dictature et le sandinisme est totale. La capacité du mémoire sandiniste du peuple est pour beaucoup dans son prestige et son autorité.
L'agonie du somozisme accélérée par son incapacité structurelle à opérer une ouverture démocratique, delà de ses manœuvres à courte vue. Les trente-trois mois d'état de siège, avec ses lois d'exception et ses tribunaux militaires, de décembre 1974 à septembre 1977, vont aboutir à un isolement politique extrême de la dictature. La Garde nationale (GN) et l'impérialisme apparaissent de plus en plus comme les deux seuls supports du régime dictatorial. Cet état de siège fut utilisé par la clique
somoziste pour accaparer le maximum d'avantages miques. Le contexte de reconstruction économique, à la suite du tremblement favorisait toutes les opérations spéculatives. La corruption atteignit des sommets qui feraient rêver plus d'un membre du sous-gouvernement italien.
Pour la bourgeoisie dite d'opposition, même pour des groupes importants comme celui de la famille Pellas, Somoza et ses sbires deviennent des concurrents par trop déloyaux étant donné l'utilisation privée qu'ils font de l'appareil d'Etat pour renforcer leur position concurrentielle dans toutes les branches économiques. La dictature bloque le développement d'un d'accumulation capitaliste dans le cadre du Marché centro-américain et de la réorganisation de la division internationale du travail. Les heurts de ces fractions de la bourgeoisie avec la dictature ne pouvaient que s'accroître, plus qu'elles étaient d'anticiper sur l'essor du mouvement des masses pour le ca-
La répression durant ces presque trois ans d'état de siège fut si féroce que l'Eglise, comme la bourgeoisie d'opposition, prendre ses distances. Cette répression a, en outre, légitimé, aux yeux de larges couches de la population, la lutte armée, l'affrontement direct avec la dictature, comme la seule voie d'action politique.
Le système de domination de Somoza, à la fin de 1977, est profondément fissuré dans ce cadre que doit être insérée la montée des mobilisations de 1978 et 1979 et la redes offensives militaires UNE INSURRECTION POPULAIRE
L'insurrection populaire, qui marque de son empreinte la lutte pour le renversement de Somoza, se profila dès le début de 1978. Après le lock-out patronal de janvier 1978, à la fin du mois de février, une véritable insurrection éclata dans un quartier indigène de Massaya, à Monimbo. Un événement analogue se produisit dans le quartier de Subtiava, dans la ville de Leon, trois jours plus tard, le 27 février. En septembre 1978, les soulèvements se combinent avec les opérations militaires du FSLN à Leon, Esteli, Massaya, Chinandega, etc. La tendance qui allait surgir avec 1979 se manifesta donc dès 1978.
En septembre 1978, la contre-offensive de la Garde nationale bloqua les tentatives du FSLN de s'emparer, en partant du Costa Rica, de Penas Blancas puis de Rivas. Les villes soulevées furent dès lors bombardées par l'aviation. La Garde nationale tua plus de 10000 person-
Somoza adoptait une politique de génocide. La répression sur une grande échelle qui suivit septembre 1978 eut un double résultat : d'une part, de nombreux jeunes quittèrent les rejoignirent le FSLN qui avait subi peu de pertes, d'autre part, au sein des masses, mises le dos au mur par la brude la GN, le sentiment qu'il fallait en découdre définitivement avec la dictature s'imposa contre la démoralisation qu'auraient pu provoquer les tueries.
C'est sur cette toile de fond que reprennent les offensives du FSLN unifié depuis décembre 1978. En janvier 1979, elles se heurtent à une riposte très dure de la GN qui déclenche une vague de répression encore plus sauvage, frappant essentieljeunesse. Tous les jours, littéralement, ce sont 10, 20 jeunes qui sont tués dans les principales villes du Nicaragua. En mars 1979, le FSLN occupe Esteli, la population révèle son attachement aux guérilleros et le prestige qu'ils se sont bâti depuis quelques mois. En avrilmai, les opérations militaires sont déclenchées dans de multiples départements.
Le 4 juin, le FSLN lance un appel à la grève générale. Depuis la fin du mois de février, commandement unifié du préparait l'insurrection sur le plan militaire et sur le plan politique dans les quartiers des principales villes. L'AM-
PRONAC, par exemple, se chargea de mettre sur pied des dispensaires clandestins, d'accumuler des bandages et des médicaments, ainsi que le matériel nécessaire à la confection de cocktails Molotov et de bombes de contact. Le 10 juin, devançant les consignes du FSLN, le peuple de Managua se soulève. Des le 17 juin, les forces du Front occupent Leon et d'autres villes qu'elles ne quitteront plus. Les masses plébéiennes des villes, les travailleurs, la jeunesse et un grand nombre de femmes se lancent dans le combat avec un courage ayant peu de précédents dans l'histoire. Durant plus de 18 jours, le peuple de la capitale résistera aux attaques de l'aviation, de l'artillerie et des blindés avant de se retirer, dans l'ordre, au nombre de six mille, sur Massaya, ville distante de 28 kilomètres. disposait était fort réduit : quelques dizaines d'armes automatiques. L'héroïsme des combatsouvent très jeunes, ruses de guerre propres à toutes les insurrections ont fait le reste. Devant la détermination des masses, l'infanterie n'osait pas attaquer les barricades, si elle ne disposait pas de la protection des plus d'un quartier barricadé, elle n'a même pas osé pénétrer.
Au cours de cette insurrection se développèrent des organes de pouvoir des masses. L'infut done marquée par un fort mouvement d'autoorganisation qui traduit l'ampleur des forces mises en mouvement, ce qui dépassa toutes les prévisions de la direction du
Dans des villes comme Massaya, Diriamba, Jinotepe, Léon, Matagalpa, le renversement de la dictature ne s'est pas réduit à infliger une défaite militaire à la GN. Il a abouti au démantèlement de toutes les structures de domination de la dictature, auxquelles se substituèrent les instruments de pouvoir dont les masses s'étaient dotées dans le cours du combat.
Les comités les plus répandus se nommaient Comité de
défense civile (CDC). Ils sont apparus, après le mois de septembre 1978, et avaient pour fonction d'organiser la riposte contre la répression et la défense des droits démocratiques. Ils ont souvent participé à la préparation de l'insurrection sous une forme ou une autre. Dans le cours même de l'insurrection, ils deviennent non seulement le point de ralliement des masses, mais ils développent des tâches d'ordre militaire, de distribucion de la nourriture, d'organisation des soins et, plus généralement, d'administration au niveau de la ville. Dans les zones rurales, comme celle de Chinandega, des comités de base de paysans font leur apparition.
A partir des CDC se forment souvent des milices populaires qui auront une participation réelle dans les affrontements militaires urbains. Si ces milices surgissent de façon spontanée, née, elles sont, le plus souvent, rapidement structurées par le FSLN qui jouit d'une très grande autorité militaire et politique. L'armement des milices est tout à fait artisanal. Ce n'est qu'après la liquidation de la GN et la chute du régime que les miliciens, en s'emparant de celui de l'armée, disposeront d'un armement de meilleure qualité.
VERS LA DUALITE
Des le 17 juin 1979, une Junte de gouvernement de reconsstruction nationale du Nicaragua (GRNN) est mise en place dans l'exil. Ce gouvernement est composé de cinq membres, parmi lesquels des représentants de la bourgeoisie d'opposition, tels qu'Alfonso Robelo Callejas (fondateur du MDN), Violeta Barrios Chamorro (femme de Pedro Joaquim Chamorro) et Sergio Ramirez Mercado (un des membres du «groupe des douze»). Daniel Ortega Saavedra (membre de la direction nationale conjointe du FSLN) et Moises Hassan (un des responsables du MPU) sont inclus dans ce gouvernement de coalition.
Les forces militaires du FSLN se sont considérablement accrues durant la période insurrectionnelle et pré-insurrection-
Men intégrant un nombre de jeunes combattants. Cela a provoqué une mutation profonde de cette organisation traditionnellement formée par des groupes restreints de guéril-
Ce mois et demi d'insurrection populaire -qui intervient après une année et demie de luttes intenses- a stimulé, comme seule une révolution peut le faire, la maturation de la conscience des massses. Ceci est d'autant plus important que les traditions politiques, organisationnelles et de combat du mouvement ouvrier au Nicaragua sont relativement réduites.
Le degré élevé d'auto-organisation comme la combativité impétueuse d'importants teurs des masses -sur le plan politique et militaire- vont, en fait, dicter l'évolution de la situation durant les iours cruciaux du 17 au 19 juillet. Si l'échec de la manœuvre du député du Congrès somoziste, Urcuyo, a précipité les événements, son n'est compréhensible que si l'on tient compte des rapports de forces sociaux et politiques établis par le mouvement insurrectionnel. DE POUVOIR
Les Etats-Unis cherchèrent par tous les moyens à préserver la continuité —avant tout la GN- du somozisme, afin de bâtir un régime somoziste sans Somoza. Ils ne changèrent de tactique qu'une fois qu'ils jugèrent la défaite inéluctable. Lawrence Pezzulo, l'ambassadeur américain à Managua, se mit d'accord avec des représentants de la Junte sur les modalités de la cession des pouvoirs. Urcuyo devait assumer le pouvoir durant un très bref interlude, entre le départ de Somoza et l'arrivée du GRNN. Or, une fois placé dans le fauteuil présidentiel, Urcuyo annonça la formation d'un cabinet et son intention d'assurer la transition jusqu'aux élections présidentielles de 1981. Il demande même au FSLN de déposer les armes. Simultanément, des fractions de la GN proclament leur opposition à l'entrée du GRNN au Nicaragua. Urcuyo, une dernière fois, tentait de sauver le somozisme.
Sa manœuvre provoquera la rupture des accords passés pré demment. Le FSLN accentue son offensive militaire et s'empare de nombreux villages et ОНШТ villes. La GN subit de lourdes pertes et se désarticule. Le 18 juillet, Urcuyo quitte Managua pour le Guatémala et passe la de la GN, Francisco Mejia, qui se voit attribuer le grade de général pour prendre la tête d'une armée qui va à la débandage et dont les chefs ont déjà pris la fuite. Ce même jour, la Junte entre au Nicaragua; elle fait de Leon la capitale provisoire.
Le 19 juillet, le peuple de Managua et les milices populaires portent le coup de grâce à la dictature et s'emparent du «bunker», la résidence fortifiée de Somoza, symbole d'une tyrannie qui a fait l'unanimité contre elle. Au même moment, les troupes «régulières» du FSLN commencent à entrer dans la capitale.
Ainsi une insurrection populaire aboutit au renversement révolutionnaire d'une dictature vieille de quarante ans. Une situation de dualité de pouvoir particulière s'ouvre alors. D'un côté, existent un Etat bourgeois disloqué, une armée -la GNayant éclaté, une administration en déliquescence et qui n'a plus été présente dans les villes depuis plusieurs semaines. De l'autre, surgit un mouvement de masses fortement organisé dans des comités et disposant de milices: Le nouveau pouvoir militaire ne possède pas de lien de continuité avec l'ancienne structure militaire de la dictature. Il repose entièrement sur les forces militaires du FSLN qui a stimulé et dirigé cette première phase de la révolution. L'explosion de la GN a modifié le cadre de la recomposition de l'armée telle qu'elle avait été envisagée dans les accords entre le FSLN et le GRNN. On les retrouve
d'ailleurs dans la formulation de l'article 23 du Statut fondamental de la République, décrété le
20 juillet 1979 : «L'armée nationale sera formée par les combattants du FSLN, par les soldats et officiers de la GN du
Nicaragua qui ont montré une conduite honnête et patriotique face à la corruption, à la répression... et qui ont participé à la lutte pour le renversement du somozisme». Si la formulation même de l'article démontre que le FSLN ne voulait pas une fusion avec la GN, en tant que telle, -car peu de ses cadres ont participé au renversement de Somoza!- il n'en reste pas moins qu'une intégration d'une partie de la GN dans la nouvelle armée n'était pas exclue, avec les implications qui en auraient découlé sur la place et le rôle de l'armée dans la consolidation de l'appareil d'Etat bourgeois. Mais, dans les faits, cela ne s'est produit. Ce sont les forces pas
UNE DIRECTION L'ensemble L'ensemble de la lutte depuis décembre 1978, se répercuta sur le FSLN et sur la structuration de ses tendances. L'unification,
1978, des trois tendances -«terceriste», «prolétarienne» laire prolongée» - donna naissance à une direction nationale conjointe du FSLN (de 9 membres, avec 3 représentants par tendance) et à des commandements unifiés régionaux qui préparèrent la nouvelle vague d'opérations militaires et l'insurrection. Les mois de guerre et de soulèvements popu- re et de laires eurent des effets corro-. sifs sur l'ensemble des tendances dont le fonctionnement propre s'éteignit. Le 20 juilles forces du FSLN prenaient le pouvoir, mais le FSLN comme front de trois tendances, ayant chacune sa tradition idéologique, politique, organisationnelle, n'existait plus. En outre, les termes du débat entre les tendances changent radicalement. Dans du FSLN et une partie des miliciens qui forment la nouvelle armée dont l'encadrement est constitué par les cadres militaires du FSLN.
Voilà les traits caractéristiques d'une situation politique, sociale et militaire qui ne peut être saisie dans sa dynamique qu'à partir d'une évaluation concrête du jeu des forces sociales en présence, de leur organisation et non pas à partir de la seule existence d'un gouvernement de coalition qui ne économique la menace permanente d'une intervention contre-révolutionnaire extérieure représentent des facteurs de radicalisation supplémentaire, tant plus dans un contexte où l'appareil d'Etat bourgeois est plus que chancelant. EN EVOLUTION le passé, les discussions portaient sur la question : de la lutte armée, de la place respective du paysannat et de la classe ouvrière dans le combat contre la dictature et surtout sur la nature et l'ampleur de l'alliance avec la bourgeoisie.
Aujourd'hui, les tions sur la place et le déroulement de «l'étape démocrasont bouleversées par l'activité des masses, dans un contexte où les structures de sont d'une faiblesse extrême et où la bour-
Best totalement sur la angle qu'il faut saisir tion de cette direction pragmatique et hétérogène qui est influencée par le mouvement de masse, spécialement durant les derniers mois. En son sein, le courant disposant de l'expévail politique de masse a accru son influence et, surtout, des mutations s'y sont produites sous l'impact de la montée révolutionnaire, comme cela comme cela se manifeste d'ailleurs toujours au cours d'une révolution en marche.
Il serait donc erroné de vouloir comprendre la situation au Nicaragua au travers d'une analyse empruntant les canons des «pékinologues» et visant à classer tous les dirigeants selon leur filiation de tendance passée. Une telle approche se refuse à saisir la dialectique entre un essor fantastique de la lutte des classes et l'évolution d'une direction pragmatique qui a animé et dirigé ce formidable combat. Elle donne plus de poids à la caractérisation politique a-priori d'une telle direction qu'au rôle des forces sociales et politiques à l'échelle nationale et internationale et à leur articulation avec l'activité et les décisions de la direction du FSLN.
En appréhendant l'évolution de cette direction en relation avec la progression du mouvement réel des masses, on ne peut qu'aboutir à une conclusion : il serait absolument erroné de définir a-priori une limite infranchissable aux décisions qu'elle pourrait prendre sur le plan social, économique et politique pour avancer dans la voie d'un gouvernement ouvrier et paysan. L'ARMEE ET LES MILICES
Dans les déclarations et les actes de la direction du FSLN, la création et le renforcement d'une armée -l'Armée populaire sandiniste - reste la préoccupation majeure. Ceci se reflète dans la nature des principaux slogans :«Peuple, armée, unité.. garantie de la victoire», «Peuple uni, armé, jamais ne sera écrasé», «Nous confiance dans le peuple transformé en une armee».
Après le renversement de Batista, il a fallu à l'impérialisme deux ans pour organiser l'invasion de la Baie des cochons. Cette fois, par contre, la GN dispose, aujourd hul me me, de plus de 5000 hommes entraînés, encadrés, disposant d'une expérience de combat et
d'un armement complet. L'essentiel des troupes est concenau Honduras, à la frontière du Nicaragua où elles se sont réfugiées après l'effondrement du
Cet instrument de la contre-révolution peut y être aisément renforcé par des soldats des armées de la CONDECA de défense centro-américain) et par des mercenaires rassemblés par la CIA. Le danger d'une intervention milicontre-révolutionnaire - dont la forme est imprévisible et dépend non seulement de la situation interne au Nicaragua, mais aussi de celle des dietatures branlantes du Honduras et du Salvador - est très réel. Il doit être pris comme un élément important pour toute évaluation de l'avenir de la révolution au Nicaragua et dans l'Amérique centrale.
Construire une armée techniquement professionnelle, d'un armement adéquat pour cette tâche de défense des acquis de la révolution, constitue, à juste titre, une préoccupation majeure des dirigeants du FSLN.
Le ler septembre, à Managua, eut lieu le premier défilé de l'Armée populaire sandiniste. La direction du FSLN choisit ce moment pour attribuer le titre de Commandants de la révolution aux 9 membres de la direction conjointe: Tomas Borge,
Luis Carrion, Humberto Ortega, Daniel Ortega, Victor Torado, Henry Luis, Carlos Nunez. De plus, il est révélateur qu'à ce premier défilé officiel
Are du gouvernement ne se trouve à la la révolution et les vingt Commandants guérilleros du FSLN, qui forde l'armée, avaient été invités à la tribune d'honneur la compagne et les enfants de Carlos Fonseca Amador, le dirigeant le plus prestigieux du FSLN,
Ce décorum traduit une réalité politique : le pouvoir de décision se trouve de fait dans les mains des neuf Commandants de la révolution et non pas du GRNN. Il est aussi significatif que le seul discours prononcé à cette occasion l'ait été par Tomas Borge. Il ne fit aucune référence à la Junte. Il concentra son allocution sur la nécessité de se préparer à riposter à une attaque extérieure et intérieure. Il déclara : «Nous ne voulons pas qu'ils reviennent au Nicaragua pour verser plus de sang, mais s'ils reviennent le vieux slogan Etre généreux dans la victoire et implacable dans le combat' se transformera en 'implacable dans le combat et implacable dans la victoire. ...» (Barricada du 2 septembre 1979).
Cette armée est composée par les combattants du FSLN et par une partie des miliciens qui y ont été intégrés, sans lesquels il est impossible de construire une armée d'une taille respectable, tout en tenant compte des moyens matériels et financiers extrêmement restreints. Le 26 juillet, dans l'ancienne Académie militaire, devant les premiers contingents de l'armée, Daniel Ortega déclara : «Cette révolution, nous commençons à la faire et les facteurs déterminants sont le peuple armé et organisé, le peuple discipliné et uni autour de son avant-garde et consolidant les forces militaires qui, il y a peu de temps, n'étaient que des milices ou des colonnes guérilléristes... De cette armée, a aucun moment, nous ne pouvons dire qu'elle est apolitique. Personne ne s'est engagé dans la lutte par apolitisme, mais parce qu'il était nécessaire de faire la politique avec le fusil contre la tyrannie de Somoza, contre outre les l'exploitation, contre le vol...» (Barricada du 27 juillet 1979).
4 ccroître la compétence technique de l'Armée populaire sandiniste est justement une préoccupation de la direction sandiniste, d'autant plus que cette armée doit être apte à combattre avec le maximum d'efficacité dans les délais les plus brefs. Pour répondre à cette exigence, les sandinistes peuvent faire appel à des officiers d'armées bourgeoises latino-américaines, comme à des conseillers militaires cubains.
Par contre, les bourgeoisies des pays latino-américains, avec l'appui de l'impérialisme, visent à assurer la «normalisation» de cette armée par d'autres moyens. L'un d'eux peut consister à offrir la formation, sur une assez large échelle, d'officiers et sous-officiers dans les académies militaires du Vénézuéla, du Mexique ou du Panama. Par ce biais, peuvent être tissés des liens plus sérieux avec les armées bourgeoises de l'OEA, liens qui leur serviront à stabiliser cette armée issue d'une insurrection et d'une guerre de guérilla, à infléchir le processus révolutionnaire et à aider la contre-révolution. Le sort de l'armee, plus generalement, ne peut être détaché de l'évolution de la situation de dualité de pouvoir aujourd'hui existant au Nicaragua.
La partie centrale du défilé du ler septembre était composée par les milices populaires qui marchaient derrière une banderole problamant :«Vive les milices populaires». Sur la place de la Révolution, assistant à la manifestation, se trouvaient aussi des détachements de milices populaires. La direction du FSLN qualifie les milices «d'auxiliaires des forces armées». Elle insiste, pour l'instant, sur le maintien des milices. Depuis le milieu du mois d'août une campagne s'est développée pour discipliner les milices, afin d'éviter les rumeurs propagées par La Prensa, sur les «excès» des milices, les arrestations arbitraires, etc. Ainsi le responsable des milices de Managua affirme : «On a donné l'ordre aux miliciens de faire de leurs cantonnements un modèle, de les maintenir propres et ordonnés, de ne consommer sous aucun prétexte de l'alcool et encore moins de la drogue qui est strictement interdite par la Révolution...» (Barricada du 9 août 1979).
Le renforcement de l'armée: a impliqué une réorganisation des milices, comme d'ailleurs la concentration d'armes afin d'homogénéiser l'armement des unités de l'armée. A l'heure actuelle, il n'y a aucun signe de liquidation des milices. A Managua, il y a 24 casernes de milices et 1500 à 2000 miliciens. Certes, le nombre de miliciens a diminué -il s'élevait immédiatement après la vic-
toire à 4000 ou 5000- mais ce recul est en relation avec la construction de l'Armée populaire sandiniste et l'incorporation des miliciens.
Des dirigeants du FSLN expliquent de plus qu'ils envisagent de donner une formation militaire à tous les travailleurs et jeunes, dans les casernes de l'armée. COMITES ET SYNDICAT
Le développement des Comités de défense sandinistes (CDS) est présenté par le Front comme une tâche prioritaire. Les CDS sont le prolongement direct des CDC ou parfois d'autres comités, spécialement dans les campagnes. Leur naissance diffère donc des Comités de défense de la révolution (CDR) à Cuba, qui furent créés après la victoire de 1959.
Luis Carrion, membre de la direction nationale du FSLN, explique qu'«aujourd'hui, c'est l'organisation de masse la plus importante, la plus grande que compte notre pays. Ses possibilités sont multiples. Ils (les CDS) peuvent participer aux campagnes d'alphabétisation, de vaccination, développer un travail de vigilance dans leur secteur. Ils se mobilisent en fonction des intérêts des masses et de la révolution. On demande aux CDS qu'ils renforcent tous les jours la discipline, qu'ils soient attentifs aux orientations et directives du FSLN.» (Barricada du 27 août 1979). Julio Lopez, membre du secrétariat national du FSLN, affirme que «les CDS nous permettront de renforcer démocratie dans notre pays.»
Les CDS ne sont pas seulement la continuation des CDC et des comités de base paysans. Ils sont plus nombreux et disposent d'une base sociale plus large. Leur développement est inégal vant les villes et les quartiers. Dans un district comme celui de Belo Horizonte (zone orientale de Managua), qui compte 8000 habitants, 73 CDS fonctionnent. Une coordination des CDS a été élue. Ils possèdent de multiples fonctions : vaccination, répartition de l'aide alimentaire, tâches d'administration (problèmes de la distribution de l'eau potable et de l'électricité). Des commissions de culture et de sports sont rattachées à la coordination. Vu la crise profonde de l'appareil administratif de l'Etat bourgeois, les CDS occupent le vide ainsi
Leurs fonctions varient en rapport avec le degré de mobilisation et de politisation des
Dans diverses villes, comme Leon ou Esteli, des délégués des CDS ont été élus, à leur tour, ont nommé une junte municipale.
Les CDS représentent des organes de pouvoir populaire, dont le champ d'action est enqu'il s'élargisse à la fois une nouvelle étape dans l'approfondissement de la révolution et leur coordination et centralisation à l'échelle nationale.
Conjointement au développement des CDS, le Front a lancé une campagne pour la construction de la Centrale sandides travailleurs (CST) et impulse le mouvement de syndicalisation en mettant à profit son autorité sur les masses. Pedro Ortiz, coordinateur provisoire des organisations de masse du FSLN, expliquait que la CST «naît de la nécessité d'unifier tous les travailleurs pour garantir la consolidation et le développement du processus révolutionnaire. Cette force de la classe ouvrière, pour jouer un rôle d'avant-garde, doit être unifiée afin de lutter pour les revendications propres des travailleurs sur le plan économique, politique et social.» (Barricada du 14 août 1979). Le mouvement de syndicalisation, sur l'onde de la montée révolutionnaire, est très profond. Il transforme le niveau d'organisation de la classe ouvrière qui avait toujours été bas . Depuis le milieu du mois d'août, la constitution des syndicats s'est accélérée, comme leur affiliation à la CST. Ce mouvement syndical reste cependant encore fragile, aussi bien par le nombre limité de cadres que par la faiblesse de l'expérience syndicale au sein de la classe ouvrière.
Enfin le FSLN met l'accent sur la création d'organisations de masse de jeunes, de femmes et sur la formation d'un «parti d'avant-garde» dont l'enracinement dans le prolétariat passera par les CDS. UNE CRISE EXTREME
La détresse sociale et économique dans laquelle se trouve le Nicaragua pèse et pèsera lourd dans la détermination d'une série de choix d'ensemble que devra prendre la direction du septembre 1978, plus de 35000 personnes ont perdu la vie, dont 80 % dans la population civile, en grande partie des enfants, des femmes et qui n'ont pu échapper aux bombardements de l'aviation de Somoza. Ce chiffre représente 1,5 % de la population du pays. CEPAL, le nombre de blessés se situe entre 80 et 110000, dont 60000 ont besoin de soins intensifs. Le nombre d'orphelins avoisine les 40000. Un million de personnes ont besoin de recevoir une aide alimentaire, parmi elles, jeunes de moins de 15 ans. C'est plus de 300 tonnes d'aliments dont le Nicaragua a besoin quotidiennement face à cette tâche immédiate. La moyenne de effectivement à la fin du mois d'août oscillait entre 100 et 120 tonnes par jour. Ce million d'assistés se répartit ainsi 400000 dans la région de Managua et 600000 dans les villes de l'intérieur.
La sous-nutrition des enfants est souvent grave. Les risques d'épidémie de sarempion (sorte de rougeole très virulente et très souvent mortelle pour les enfants mal nourris) sont élevés. D'autres maladies infecclassiques se dévelop-
La situation sanitaire désastreuse, vu non seulement Théritage du passé, mais aussi la destruction partielle du peu d'infrastructures qui existaient (hôpitaux et dispensaires). Les
pertes matérielles d'infrastructures (écoles, service d'eau, électricité télécommunications, habitat), sont estimées par l'ONU à 80 millions de dollars.
L'agriculture a été fortement touchée par la guerre civile. L'ensemencement ne s'est pas effectué normalement. Dès lors, la baisse de la production agricole pour le cycle 19791980 est estimée à 37 % par rapport au cycle précédent. La diminution la plus importante se produira dans le coton, qui est la principale denrée d'exportation et donc la plus importante source possible de devises étrangères. Un cinquième seulement des terres traditionnellement consacrées à la culture du coton a été ensemencé. La baisse de production dans le café - où les risques de maladie de la plante sont très grands, vu le manque de soins - et dans le sucre est également sérieuse.
Le déficit en semences, en engrais et en insecticides, empêche de prendre des mesures d'urgence et hypothèque l'application même de la réforme agraire.
La à d'autres pays de l'Amérique centrale a fait un bond durant la phase finale de la guerre civile. Les gros propriétaires ont liquidé, pour des sommes souvent ridicules, des vaches, génisses, PAL estime à 100000 têtes de bétail la réduction du cheptel due à ce commerce illégal. A cela il faut ajouter l'abattage sauvage pendant les combats. C'est la volaille qui fut le plus décimée (environ 70 %), avec des conséquences désastreuses sur la production courante d'œufs, source primordiale de protéines.
Plus d'un quart des entreprises ont subi des dommages graves durant la guerre. Les pertes touchent aussi bien les bâtiments, les machines, que les stocks de matières premières ou de pièces détachées. La paralysie totale ou partielle d'un très fort pourcentage de l'appareil industriel et commercial et la rupture du cycle agricole ont eu des effets catastrophiques sur l'emploi. Le ministère du Travail estime que 50 à 60 % de la population active sont au chômage (Barricada du 15 août 1979).
La dette extérieure est extrê-
Ф la politinilitaire de la dictature, durant la dernière période poussait До- un gonflement rapide de la dette extérieure. Elle est passée de 165 millions de dollars (en dollars constants 1976) en 1970 à 1,5 milliard de dollars en 1979. La structure de la dette reflète de même le phénomène classique qui se développe dans tous les pays semi-coloniaux : plus de 50% de la dette à moyen et long terme ont été contractées auprès d'institutions de crédit privées (banques impérialistes), c'est-à-dire à des taux d'intérêt •élevés (et qui sont souvent flottants) et avec des possibilités de renégociation limitées.
Par contre, les vols gigantesques perpétrés par Somoza, spéculation et la fuite des capitaux, n'ont laissé en banque centrale, que trois mil-
Le seul service de la dette est plus élevé actuellement que le revenu du total des exportations possibles cette année, ceci dans l'application de l'hypothèse la plus favorable prévue par
Cette situation de crise extrême pose quatre types de problèmes. a) la tâche numéro un pour le pouvoir consistetout simplement à remettre en marche le plus vite possible la machine de production, à assurer qu'un minimum de projets soient appliqués sur le plan industriel et agricole afin d'éviter la et une catastrophe sociale qui seront rapidement et efficacement utilisées par la bourgeoisie à l'intérieur, par les classes dominantes et par l'impérialisme. b) les difficultés massives contraignent le FSLN à manœuvrer pour trouver une aide alimentaire, médicale et financière, à gagner du temps afin de pouvoir renforcer ses positions dans la perspective d'une nouvelle phase de la crise en décembre-janvier, mais où la situation alimentaire sera la plus déficits de toutes sortes placent une série de pays impérialistes ainsi que les gouvernements bourgeois d'Amérique latine qui aident un peu et peuvent aider beaucoup plus - dans une situation où la négociation de l'aide peut s'articuler facilement avec une intervention politique dans le processus révolutionnaire. Que ce soit le Vénézuela, le Mexique, la social-démocratie européenne (comme représentante de la bourgeoisie
You suédoise) ou les Etats-Unis, tous ces pays font de l'aide un instrument d'inter-
You potentiel pour briser le développement de la révolution . Etrangler à moitié, tout en faisant une campagne de presse de solidarité sur l'ampleur de l'aide accordée (ce qui désamorce une campagne de solidarité), faire parvenir des crédits directement à des organisations patronales, courtcircuiter le gouvernement et le FSLN dans l'attribution de l'aide alimentaire, multiplier les préconditions à l'aide financière, tout cela fait partie de l'arsenal de la contre-révolution à l'échelle internationale. d) vu l'étendue de la crise, la diurra pas 'un an Les chaixtérieure apérialisfilin pour la L'aide latinoimpérialistes, nécessaire •venir à strument pour tien du le marché capitaliste et même un déintéresse, ar le Vénézuéla ou osera si cette risée, si un l'intégranomique La répas des seuls et paysans
Get du FSLN, mais aussi de l'attitude des bureaucraties des Etats ouvriers.
La direction cubaine a appuyé effectivement le combat conduit par le FSLN pour le renversement de la dictature et, dans ce sens, elle a contribué au déclenchement de la montée révo-
lutionnaire. Après la victoire, elle a apporté immédiatement un soutien matériel. Elle fait parvenir une aide médicale considérable et assure l'envoi d'un millier d'enseignants qui participeront à la campagne d'alphabétisation dans les zones rurales; par là, ils ne pourront que faciliter la mise en place de la réforme agraire.
Cependant, cette orientation confronte la direction cubaine à deux contradictions objectives: ses relations avec une partie des bourgeoisies latino-américaines (Mexique, Venezuela) qui n'accepteront pas un nouveau Cuba au Nicaragua, même si elles ont pu s'opposer à la motion présentée par les EtatsUnis lors de la réunion de l'OEA; ses rapports avec la bu-
UNE SERIE
Dès le 20 juillet, une série de décrets est publiée par la Junte de gouvernement : a. parmi les premiers se trouve celui concernant la confiscation de tous les biens de la famille Somoza et des militaires et fonctionnaires qui ont quitté le pays depuis le mois de décembre 1977. La fortume de la famille Somoza se répartissait dans les mines l'agro-industrie café), l'élevage, la pêche, l'industrie, le commerce, truction, la banque (Banco de Centroamerica), les transports maritimes (y compris les installations portuaires), et terrestres, la presse, la radio et la télévision. Le dictateur possédait même une fabrique de plasma sanguin (Plasmaferesis) car il avait fait l'expérience du commerce lucratif du sang lorsqu'il avait revendu les flacons de plasma reçus à l'occasion du tremblement de terre de
En 1978, les experts américains estimaient que les propriétés de Somoza couvraient 25 à 30 % des terres cultivables du
A la fin du mois d'août 1979, 168 entreprises avaient déjà été confisquées, 19 haciendas, 159 immeubles et 40 véhicules (Barreaucratie soviétique qui détient les ressources matérielles nécessaires pour répondre aux besoins qui découleraient d'une nouvelle avance de la révolution mais qui est attachée au maintien du statu quo, spécialement dans cette région du monde, fort sensible pour les Etats-Unis. Ainsi, un véritable test se présente pour la direction cubaine.
Run autre niveau, la direction du FSLN devra faire le choix de rompre avec l'illusion de l'économie mixte et pousser plus avant les nationalisations, la réforme agraire, le contrôle étatique du contrôle extérieur, peine de devoir appliquer, dans le futur, les mesures imposées par les conseillers du FMI. DE DECRETS ricada du 24 août 1979). Un institut d'Etat est chargé pour l'instant de gérer ces biens expropriés des somozistes, à l'exception des terres qui tombent sous le contrôle de l'Institut de la réforme agraire (INRA). Le gouvernement intervient en outre dans des entreprises non nationalisées pour acquérir un certain contrôle. C'est le cas par exemple dans les mines d'or, appartenant à une compagnie américaine.
Dans le domaine industriel et celui des services, les difficultés immédiates rendent aléatoire toute mesure rapide de nationalisation. Tout d'abord, du secteur nationalisé nécessite la mise en place d'une structure administrative qui n'existe pas encore. Ensuite, 20 à 25 % seulement du potentiel de production industrielle peuvent être remis rapidement en marche, mais à un coup assez élevé à cause des по пера ро і dévastations. Sur le court terde répartition des ressources et la nécessité sociale, comme économique, de compter partiellement sur une relance de la production du secteur privé. Enfin, l'essentiel des entreprises est constitué par des usines de montage qui peuvent être facilement paralysées si la maison décide de couper les vivres à sa filiale. A cela s'ajoute le chantage fait par l'impérialisme américain, sur les quotas des exportations de sucre vers les Etats-Unis.
Pour l'instant, le seul moyen de combattre la faiblesse extrême dans le domaine de la gestion d'entreprises, en cas de nationalisation, reste l'activité du mouvement syndical qui, au travers du contrôle ouvrier, peut acquérir une partie des connaissances nécessaires, demain, pour une gestion ouvrière dans le secteur nationalisé. C'est dans ce sens, et non dans un sens purement revendicatif, qu'ont commencé à s'engager certaines organisations syndicales.
Du point de rel, une des faiblesses reste le manque de contrôle de l'Etat sur la branche de la Construction qui est un secteur-clé, vu les impératifs de la reconstrucb. un autre décret concerne la nationalisation des banques. Les trois principales banques étaient la Banco Nicaraguense, la Banco Centroamerica, la Banco America. La nationalisation des banques eut des répercussions sur le plan industriel et commercial car elles contrôlaient de nombreuses sociétés.
A l'exception des somoactionnaires des banques reçurent des bons d'Etat, au taux d'intérêt de 6,5 % par an, sur cinq ans, en échange de leurs Avec le taux d'inflation actuel et l'assèchement des caisses de l'Etat comme de celles des banques, ces bons ne sont certainement pas considérés par les capitalistes comme des valeurs sûres! Il dépendra de la direction générale que prendra le processus révolutionnaire qu'ils restent de simples bouts de papier ou qu'ils permettent à des capitalistes de récupérer une partie de leur capital pour l'investir ailleurs. Ce n'est certainement pas l'existence de tels bons d'Etat qui modifie le caractère progressiste de la mesure de nationalisation. Sans elle, et sans la création d'une banque unique - quand
bien même les banques nationalisées étaient comme c'est souvent le cas après une longue le - il n'y a pas de possibilité de commencer la mise en œuvre d'une gestion planifiée de l'économie.
banques
Les étrangères ne peuvent voir de dépôts du public (art.
1 b) et elles seront soumises à un régime spécial.
c. le 30 juillet, ce sont Jaime Wheelock, Daniel et Bayardo Arce, tous membres de la direction du
FSLN, qui annoncent les meréforme c'est-à-dire les mesures sociales les plus importantes pour
Wheelock dirige ment l'INRA. Les terres placées sous le contrôle de cet institut représentent des terres cultivables (8). Les terres de Somoza, sur lesquelles il faisait de l'élevage, tendaient sur plus de hectares.
Dans une seule de haciendas, il ses
15000 têtes de bétail. Une autre grande ferme rapportait
20 millions de cordobas par an (2 millions de dollars) de production de riz. Toutes ces terres sont inclues dans la réforme agraire.
Vu le manque de crédits, d'engrais, d'encadrement, direction de l'INRA, à titre, concentre la direction agraire en
64000 petits paysans les plus disposant ne pauvres, d'un hectare et leurs agricoles, en ceux du coton
" (dans la réde
Chinandega)
gion risquent, le vu d'ensemencement, de chômage important naitre un si aucune mesure n'est prise à très bref délai.
du 31 juillet 1979).
Différents systèmes déjà appliqués dans le de la réforme agraire : la distribution des terres aux paysans, la création de coopérala participation tives avec l'ATC et la création des fermes d'Etat.
de Leon, région des ont été remises ment, selon le modèle comdéficitaires, munal, à une indigène afin de respecter guerre civitraditions.
La réforme exige un d'organisation, lement privées d'urgence.
receséquences ques - il troubler encore
Orà la réforme agraire.
agraire, directesans
50
% tu s'é-
200000 lon le possédait lité sociale».
d. le 6 août, un décret place
SOUS
- de l'Institut du commerce la extérieur juste réforme des pas clus dans la liste, comme l'indes travailpriorité vise à exercer ce sur qui manque d'un instrument plus efficace certains
(Barricada ché mondial.
Il journal bourgeois La Prensa, sont cadre la soit pas appliquée car, de lui, les capacités administratide granves la
Dans fisantes.
terres tits et moyens propriétaires communauté ses agraire, qui très haut niveau doit actuelrépondre à un plan tres, Vu les impératifs contrôle alimentaires - avec leurs con- commerce sociales et politi- aurait 1 serait absurde de plus la produc- triel tion existante dans les fermes tation. qui échappent, dans l'immédiat, e. le
Comme l'indique Wheelock, lorsque les paysans avaient occupé des terres ne tombant pas sous le coup de la réforme agraire, il leur était demandé de les quitter et «ils recevaient en échange des terres somozistes, viennent.
le moindre problème». Dans l'agriculture, on se trouve donc aussi dans une sibien comprendre pour éviter de porter un jugement hâtif sur des mesures concrètes. Sedirecteur de l'INRA : «une réforme agraire integrale, réaliste, sera mise en œuvre par des personnes très qualifiées sur le plan technique et douées d'une grande sensibi-
Sargent, le le contrôle de l'Etat (INCEI) - une série de produits d'exportation : le café, le coton, le sucre et tous les produits de la pêche. D'autres produits pourront être indique le décret. Cette mesure
June surveillanles prix des biens de consommation, sur le marché intérieur, et aussi à disposer étre pour la commercialisation de produits sur le marest significatif que le capitalistes. dans son éditorial du 29 août, tout en saluant hypocritement mesure, demande qu'elle ne de l'Etat ne sont pas sufLe journal en profite pour lancer un appel aux peou locataires de plantations de café, en leur laissant entendre que les prix qu'ils recevront pour leurs récoltes ne sont pas assurés. La bourgeoisie comprend qu'une telle mesure pourrait en stimuler d'au-
Gallant dans le sens d'un étatique complet du extérieur, ce qui des répercussions radicales sur le secteur agro-indusprivé orienté vers l'exporaoût, il est par voie et de presse que tous les Nicadans les banques les de 500 et 1000 cordobas (50 et 100 dollars). Elles seront invalidées dans les deux jours qui
Les somozistes avaient volé des dizaines de millions de cordobas, en coupures de 500 et 1000. De nombreux spéculateurs avaient acquis des sommes importantes grâces à des opérations louches durant la guerre civile. Un marché noir des changes commençait à se développer comme au Chili.
Barricada (25 août 1979), indiquait que «tous ceux qui ont obtenu honnétement leur recevront intégraleen retour, augmenté de 8 % sur six mois.» Les billets furent contrôlés et tous ceux qui avaient une origine douteuse, confisqués. «Nous pouvons assurer, disait Barricada, qu'aucun somoziste n'osera se présenter dans les succursales des banques. Pour les sbires qui se trouvent dans les ambassades et à l'étranger, cette mesure est un coup mortel parce que l'argent qu'ils ont pris n'a plus de valeur, parce qu'il ne pourra pas utilisé pour financer la contre-révolution...»
La réaction de rage des somozistes, dans les ambassades, suffit à caractériser cette mesure radicale contre de nombreux
Dans les entreprises, la collecte des billets appartenant aux travailleurs fut centralisée. Il leur fut annoncé qu'ils recevraient leur argent le mardi suivant : ce qui fut fait.
60 % des dépôts étaient de moins de 1500 cordobas (150
Néanmoins, été erroné de fixer une limite à l'obligation du dépôt, car immédiatement, les somozistes et les spéculateurs auraient fragmenter les sommes qu'ils détenaient pour détourner la
Le montant des cordobas invalidés s'élevait, le lundi 27 août, à 180 millions de cordoalors que 352 millions étaient rentrés.
D'un point de vue plus général, cette mesure peut permettre à l'Etat d'opérer une redistribution en faveur d'une série de projets déterminés, au moment même où il ne dispose que de fonds très réduits.
LA CONTRE-REVOLUTION
Le maintien de cette accumulation capitaliste nourrit socialement et économiquement la contre-révolution. Actuellement, les ancrages sociaux de l'opposition aux progrès de la révolution peuvent être énumérés comme suit:
a) La bourgeoisie peut se repatronales et organiser systématique sur le plan économique. Le patronat, attentiste, n'investit pas. Il réclame des garanties et demande des crédits.. pour payer les deux mois de salaire « tombés» dont le gouvernement exige le versement.
b ) Le quotidien La Prensa, dont le tirage est le triple de celui de Barricada, fonctionne comme un point de ralliement de l'opposition bourgeoise, tout en multipliant les précautions dans ses rapports avec le FSLN qui, lui, contrôle l'essentiel des radios et, surtout, la télévision.
c) Des difficultés graves dans l'agriculture et la mise en pratique de la réforme agraire pourraient soulever le mécontentement de fractions de la petite et moyenne paysannerie. Elle fournirait alors une base sociale plus solide à l'opposition bourgeoise.
d) La hiérarchie religieuse a déjà, dans des communiqués (le 30.7.79) et dans des arti-
A tous ces décrets, il faut ajouter ceux instituant un système de santé nationalisé, un système d'éducation nationalisé, la sécurité sociale, une vaste d'alphabétisation concernant 700000 personnes etc. Aucune des mesures économiques prises pour l'instant, qui ne s'insèrent pas dans un plan d'ensemble maîtrisé, n'ont remis en question les lois de fonctionnement de l'accumulation capitaliste. Elles ont été prises dans un laps de temps bref, sous le choc de la montée révolutionnaire et de la crise. On se trouve dans une situation transitoire, dont les lignes de dégageront plus clairement dans les six à huit mois à venir. cles publiés par La Prensa, lancé une offensive vicieuse sur le thème du respect des libertés individuelles, elle qui a soutenu Somoza durant des décennies! Il est vrai que l'Eglise est divisée, ce qui limite l'efficacité de l'intervention de la hiérarchie.
Sur le plan politique, la contre-attaque bourgeoise claire. Elle se concentre autour de «l'institutionalisation » et de l'application des lois dire des accords passés au mois
L'éditorial de La Prensa du 1er septembre 1979 résume parfaitement les choses: «alors que l'on préparait l'offensive finale, c'est-à-dire alors que les circonstances historiques permettaient imposaient une évaluation correcte de tous les éléments et qui participaient contribuaient à la lutte, on a forgé le statut fondamental de l'Etat, une règle juridique nouvelle qui fut acceptée par tout le monde. Cela signifie que les règles de la normalité furent tracées à ce moment, lorsque que ce statut a été établi, lorsque la Junte de gouvernement de reconstruction nationale a été formée ainsi que son Cabinet, son Conseil d'Etat et son pouvoir juridique.
«La révolution s'est donnée une loi, un régime de droit nouveau pour organiser sa victoire... La normalisation, quent, ne peut être rien d'autre que le processus qui consiste à donner une réalité toujours plus concrète à cette règle juridique dont la révolution s'est
«Il ne doit pas exister de forces qui contrarient ou s'opposent à la légalité. Il ne doit pas exister de privilèges qui permettent de se soustraire à la loi générale parce que l'on possède une arme, parce que l'on a une position ou une consigne de parti. On ne peut contourner l'autorité légale par une autorité occulte qui crée une dualité; il faut que celui qui est investi par la loi d'une autorité puisse l'exercer dans les faits; il faut que ce soit le droit qui ait le pouvoir, c'est cela le chemin de la normalité.»
Voilà un véritable bréviaire de la contre-révolution démocratique. C'est dans cette optique que l'opposition bourgeoise insiste, pour l'instant sur la mise en place du Conseil d'Etat, un organe de 33 membres, où tous les partis bourgeois de l'opposition possèdent une représentation, ce qui pourrait leur permettre de se ressaisir. C'est aussi dans cette optique que la bourgeoisie mène une campagne de dénigrement des milices populaires drait bien voir se réduire radicalement le rôle des CDS au profit d'une administration et d'institutions bourgeoises normales. Pour l'instant, elle ne réclame pas à cor et à cri des
Elle attend simplement que la crise sociale et économique provoque des différenciations sociales et l'apparition d'une opposition au FSLN rendu responsable de ces difficultés. Cela lui permettrait d'accroître la base de ses formations politiques.
Si le processus d'auto-organisation des masses connaissait un recul important, c'est-à-dire si la base effective du FSLN s'érodait, alors elle jouerait aussi la carte du Gouvernement au sein duquel elle dispose représentants attitrés qui, jourd'hui, ne disposent pas d'un pouvoir décisisionnel important étant donné les rapports de for-
ces sociaux et l'autorité incontestée du FSLN. Le ministre des Finances, Joaquin Cuadra Chamorro, le ministre de la Planification, Roberto Yorga Cortes, ou le gouverneur de la banque centrale, Arturo Cruz, sont tous des bourgeois dont la formation professionnelle et l'activité les rattachent à l'impérialisme américain (9). Ils ne se tiendront pas toujours cois.
L'assurance la plus grande contre ces manoeuvres de la contre-révolution démocratique réside dans le renforcement de l'auto-organisation dans leur coordination locale, régionale et nationale, dans leur capacité à intégrer à leurs multiples tâches les couches les plus larges des masses laborieuses, à participer à l'application de toutes les décisions sociales et économiques qui portent atteinte au processus d'accumulation du capital et limitent donc le champ d'action de la bourgeoisie.
Mettre en avant le mot d'ordre d'Assemblée constituante, aujourd'hui où se multiplient les élections de coordinations de CDS, c'est proposer de substituer au pouvoir de fait dont se sont dotées les masses dans leur lutte, les « institutions légales » que désire la bourgeoisie. Cela revient à dévoyer la dynamique masse sur le terrain de prédilection de la contre-révolution LE PHARE DU NICARAGUA
L'onde de choc du renversement révolutionnaire de la dictature de Somoza a touché directement l'ensemble de l'Amérique centrale. Le Nicaragua n'est pas une ile!
Le maillon le plus faible est le Salvador. Les problèmes démographiques (plus de 4 millions d'habitants) s'entrelacent avec la question agraire; la tradition de lutte des paysans y est profondément enracinée; les organisations qui luttent frontalement contre la dictature de Carlos Umberto Romero disposent d'une audience très grande parmi les masses; dans un climat de crise économique acles luttes ouvrières s'affrontant aux forces de répression se multiplient; la fuite des capitaux prend une dimension inquiétante pour la bourgeoisie.
L'impérialisme américain explosion à la nicaraguayenne. Il dispose certes de leaders bourgeois de rechange, mais un obstacle structurel se dresse: toute ouverture doit être combinée avec une réforme agraire. Or, étant donné la combativité de la paysannerie, débordements sont un risque immédiat. Une réforme agraire limitée est fort difficile à maitriser. L'ouverture souhaitée par des secteurs de la bourgeoisie est donc problèmatique.
La montée insurrectionnelle dirigée par le FSLN possède un impact qui dépasse les frontières centro-américaines, d'autant plus qu'elle s'inscrit dans une relance des luttes ouvrières dans différents pays (Brésil, Pérou,
Après l'explosion de l'armée iranienne, sous les coups de boutoir, de manifestations massives et de grèves, cette deuxième défaite d'une armée forgée pour écraser les masses, ne peut qu'accroitre la confiance des travailleurs de toute l'Amérique latine dans la possibilité de mettre en échec les régimes militaires. La difficulté dans laquelle trouvée la direction de l'impérialisme américain pour intervenir au Nicaragua ne peut que renforcer ce sentiment.
Certes, face à une accélération de l'essor révolutionnaire au Nicaragua et en Amérique centrale, l'impérialisme manquera pas d'engager ses forces directement ou ment. Il sera toutefois obligé de faire en relation avec des bourgeoisies latino-américaines; dès lors le développement d'un puissant mouvement de solidarité en Amérique latine peut entraver ces manœuvres; au même titre, la classe ouvrière des Etats-Unis et d'Europe capitaliste peut paralyser le bras criminel de l'impérialisme. Organiser la campagne de solidarité est une tâche primordiale pour tous les révolutionnaires à l'échelle mondiale.
Comme nous l'avons dit plus haut, au Nicaragua, un procesSUS impétueux révolution permanente a été déclenché. Son issue n'est pas encore tranchée. Toutes les forces de conservation sociale interviendront dans ce processus pour empêcher la naissance d'un deuxième Etat ouvrier dans l'hémisphère occidental.
La IVe Internationale n'est ni neutre ni spectatrice dans ce combat qui a déjà commencé. Elle doit intervenir de toutes ses forces et dans tous les domaines pour que la révolution permanente triomphe. A cette fin même, elle doit mobiliser au maximum le prolétariat et les masses laborieuses d'Amérique latine et du monde entier pour faire échouer les manœuvres et les interventions contre-révolutionnaires, pour appuyer le processus révolutionnaire et la lutte des combattants du FSLN. C'est la seule manière d'agir qui corresponde aux besoins de la révolution nicaraguayenne, de la révolution latino-américaine, de la révolution mondiale.
10 septembre 1979 1) Nicaragua - Analisis Interpretativa (UCA), p. 10. 2) Pedro Belli - Instituto
Administracion 3) CEPAL, sur la base de données de la Banque centrale du Nicara4) Organizacion Panamericana de la Salud - Las condiciones de salud de las Americas 1971-1973. 5) CEPAL, août 1979. 6) Nicaragua - La crisis del sistema capitalista - diciembre 78, UCA. 7) Center for International Policy -Human Rights and the US Foreign 1978 - Part 1 - Latin hington DC - 1978, p.56. 8) CEPAL - Informe sobre Nicaragua, 1979, p.97. 9) Latin America - Economie Report - 20.7.79.