Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER BRESIL

Un parti sans patron

Inprecor n° 60, 4 octobre 1979 · p. 6-8 · 1 797 mots

Brésil Syndicalisme

Document:

1. La société brésilienne connaît aujourd'hui une situation politique très contradictoire et, par de nombreux aspects, décisive pour son avenir à moyen et long terme.

Du point de vue des intérêts des larges couches exploitées - depuis toujours marginalisées, matériellement et politiquement, dans notre pays -et qui ont été les principales victimes du régime autoritaire qui règne depuis 1964 la conjoncture révèle des perspectives extrêmement favorables pour l'avenir, les libertes et la conquête conditions de vie. Parmi ces perspectives, on peut remarquer l'émergence d'un mouvement de travailleurs à la recherche de son autonomie organisationnelle et politique face à l'Etat et aux elites politiques dominantes.

Néanmoins, à côté de ces données favorables de la conaussi de graves dangers pouvant conduire les luttes populaires à de nouvelles et graves

Remarquons ici que le soit-disant «processus d'oupolitique» est promu aujourd hui qui avaient jusqu'a présent soutenu et defendu ledit régime, actuellement en

Face à la contestation du égime par de larges couches sociales, face à la crise économique - facteur d'instabilité pour les groupes dominants qui contrôlent l'appareil d'Etat -les détenteurs du pouvoir tentent actuellement de reformer le régime «d'en haut». Autrement dit, ils pretendent réformer quelques aspects du régime en gardant le contrôle de l'Etat, afin d'éviter des modifications dans le modèle de développement économique, - instrument fondamental, ainsi que la sur-exploitation des masses travailleuses. Le modele économique et «l'arrôcho» salarial vont de pair.

Il est clair que l'objectif

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de ce nouveau gouvernement militaire, réside dans la conticette même politique, dictée par le capital financier international, avec en toile de fond la récession et l'aggravation de la politique d'austérité. Cela signifie la souffrance et la misère - matérielle et politique - que doit supporter la population continueront ou seront aggravées.

Qu'est-ce que c'est que cet «Etat de droit avec des sauvegaraes» ? qu'ils pretendent avec leur amnistie partielle ? Et cette réforme de la CLT (Code de législation du travail) (2), ainsi que les lois sur les grèves, élaborées dans le secret ?

Best le sens des peines prévues par la «Loi de sécunationale» et l'esprit de ladite loi ?

Ces faits, beaucoup indiquent que sa réforme en essayant d'attirer a lui cersecteurs politiques l'opposition, tout en faisant en sorte que les masses exploitées ne puissent pas exrevendications économiques et sociales, surtout qu'elles ne puissent pas de manière organisée leur conception de la dé2. Les affirmations ci-dessus n'ignorent pas le fait que le MDB a été utilisé par les masses, afin de manifester, par la voie électorale leur refus de l'arbitraire. Nous ne cherchons pas non plus à ignorer le parmi les du MDB, il existe des gens honnêtes et qui s'engagent aux côtés des luttes populaires.

Le MDB, de par son origine, son inefficacité historique. le caractère de sa direc-

Ditaliste, mion socat de it a son programme pro-casa composition sociale tout à fait contradictoire, peut trouver aussi bien des patrons que des ouvriers, des latifundiaires que des travailleurs agricoles, des commerçants que des employés de commerce, c'est-à-dire classes sociales dont les objectifs sont incompatibles), est un parti où les intérêts des patrons prévaudront de façon

Ce parti ne pourra donc jamais être réformé. Le projet de certains dirigeants populaires qui serait de «prendre d'assaut» le MDB, n'est qu'une illusion tragique sur le caractère démocratique de secteurs des classes Le MDB, dont la composition est tout à fait hétérogène, et qui se trouvait sous le contrôle le la direction des élites libérales bourgeoises, s'est toujours révélé être un instrument inadéquat pour que puissent s'exprimer les intérêts réels des masses travailleuses brésiliennes. La conduite vacillante de certains de ses cadres est entierement présente dans la mémoire des travailleurs, depuis le vote de «l'Amendement Accioly» (3), de la loi anti-greve ainsi que de tout un éventail de mesures qui concernaient directement les travailleurs.

Ne faisant jamais qu'une critique formaliste et juridique du régime autoritaire, ce parti s'est révélé imperméable aux principaux thèmes politiques et sociaux qui avaient trait plus particulièrement aux intérêts des masses travailleuses.

De larges secteurs des élites politiques et intellectuelles, parmi les couches moyennes de la population, continuent d'affirmer que «l'heure n'est pas encore arrivée de di viser l'opposition qui se trouve au sein du MDB, parce que la démocratie n'a nre encore été conquise.

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Nous récusons catégoriquement de tels arguments.

D'abord parce qu'à aucun moment, nous ne pouvons accepter de voir les intérêts politiques et sociaux des masses travailleuses subordonnés à une direction libérale bourgeoise. Deuxièmement, nous ne pouvons pas accepter que ce «front oppositionnel» se maintienne au prix d'un silence politique des masses travailleuses, seuls et véritables sujets et agents d'une démocratie effective. Nous ne pensons pas non plus que l'existence des partis politiques populaires contribue à la rupture d'un front de lutte effectif des véritables démocrates. Le PT pense qu'il est indispensable que tous les secteurs sociaux et tous les courants politiques intéresses à lutter pour la démocratisation du pays et contre la domination du capital monopoliste, unifient leurs actions et établissent des «fronts interpartis», ayant comme objectif les conquêtes communes immédiates, s'appuyant non seulement sur des actions parlementaires, mais surtout sur une véritable activité politique, touchant de près tous les aspects de la vie nationale.

Le «Parti des travailleurs» dénonce le modèle économique en vigueur, qui a transformé le caractère des entreprises nationalisées et d'Etat construites par les luttes populaires ainsi que les ressources de l'Etat d'une manière générale, pour en faire les axes de l'accumulation capitaliste. Le «Parti des travailleurs» défend le retour des entreprises nationalisées et d'Etat à leur fonetion primitive : répondre aux besoins populaires, ainsi que de rester détachées du capital monopoliste.

Le «Parti des travailleurs» pense que l'émancipation des travailleurs est l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. Ainsi, les travailleurs savent que la démocratie, c'est la participation de maniere organisée et consciente et que, comme classe exploitée, ils ne pourront jamais rien espérer de l'action des élites privilégiées pour résoudre leurs problèmes.

Le PT comprend aussi que le remplacement de ce régime autoritaire par une démocratie formelle et parlementaire, comme fruit d'un accord entre les élites dominantes, excluant la participation organisée du peuple (comme cela s'est passé entre 1945 et 1964), donnera naissance à un régime affaibli et surtout incapable de résoudre les problèmes qui angoissent notre peuple et avant d'être rapidement détrôné et remplacée par de nouvelles formes domination - fait courant dans l'histoire brésilienne. C'est pour cela que le PT proclame que la seule force capable d'être le moteur d'une réelle démocratie stable sont les masses exploitées de la campagne et des vil-

D'autre part, le PT pense aussi que son existence répond aux besoins des travailleurs, dans leur lutte pour la construction d'un parti qui soit ind'organisation populaire, présent sur les lieux de travail et d'habitation. Dans ce sens, le PT proclame que sa participation aux élections et aux activités parlementaires sera bordonnée principal qui est de stimuler et approfondir l'organisation des masses exploitées.

Le but du PT n'est pas de diviser le mouvement syndical, bien au contraire. Il est né précisément pour offrir travailleurs une expression politique unitaire et indépendante

Ainsi le PT deviendra inévitablement un instruter dans leur lutte effective pour les libertés syndicales.

Le PT proclame aussi que sa lutte pour l'autonomie et l'indépendance syndicale - refondamentale pour les travailleurs - est partie prenante de la lutte pour L'indépendance politique de ces mêmes travailleurs, Il affirme sa volonté de prendre le pouvoir politique et d'instaurer un gouvernement des travailleurs, basé sur les organes de représentativité créés par les propres masses travailleuses, mettant la priorité sur la démocratie directe.

Lorsqu'il déclare vouloir organiser politiquement les travailleurs urbains et ruraux, le PT se proclame ouvert à la participation de toutes les couches salariées du pays.

Dénonçant toute forme de manipulation politique masses exploitées, y compris surtout celles utilisées par le après 1964, le PT se refuse à accepter en son sein les représentants des classes dominantes. Cela veut dire

Parti des travailleurs est un parti sans patrons !

Les tentatives de reconstituer le vieux PTB de Vargas, même si aujourd'hui on annonce que ce sera «sans les erreurs du passé», ou «du bas vers le haut», ne sont que des tentatives de canaliser les travailleurs vers la défense des intérêts des «secteurs de la bourgeoisie nationale». Si ces derniers veulent construire leur propre parti politique, base sur leur propre classe, nous n'avons rien à leur reprocher. Cependant, nous dénonçons leurs tentatives de tromper les travailleurs brésiliens avec leurs gadgets et leurs appels démagogiques ainsi que leurs efforts pour les transformer en masse de manœuvre pour leurs propres objectifs.

Le PT ne prétend pas créer une organisation politique quelconque. Le Parti des travailleurs se définit programmatiquement comme un parti qui a pour but d'en finir avec l'exploitation de l'homme par

Le PT se définit aussi en tant que parti des masses populaires, reliant les ouvriers, - avant-garde de toute la population exploitée - à tous les autres travailleurs : employés de banque, enseignants, employés de l'administration, du commerce, les «boias-frias» (4). les membres des professions libérales, les étudiants, etc. Enfin tous ceux qui luttent pour de meilleures conditions pour de réelles libertés démo-

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cratiques et pour la participation politique.

Le PT affirme aussi son engagement à défendre la pleine démocratie, exercée directement par les masses, car il n'y a pas de socialisme sans démocratie, pas plus qu'il n'y a de démocratie sans socialisme.

Un parti qui se donne comme objectif une société socialiste et démocratique a lui-même le devoir d'être démocratique en son sein. Ainsi donc le PT se constituera dans le respect du droit d'expression des minorités. Il respectera le droit de tendance et de fraction, remarquant toutefois que les inscriptions seront faites individuellement.

En tant qu'organisation politique qui vise à élever le degré de mobilisation, d'organisation et de conscience des masses, qui cherche à fortifier les classes travailleuses, pour l'indépendance politique et idéologique des couches populaires et, en particulier, des travailleurs, le PT se propose d'engager un large débat autour de ses thèses et de ses propositions afin de pouvoir intégrer dans les discussions : - des dirigeants populaires, même ceux qui n'appartiennent pas parti;

tous les militants, pour qu'au cours de débats sur le parti, puissent s'exprimer d'autres propositions, de tous les secteurs organisés de la socié té, et qui se trouvent d'accord avec les objectifs du PT.

Le PT s'engage et sera partie prenante du travail pour que les intérêts des couches populaires fassent irruption sur la scène politique. Il luttera pour dépasser l'atomisation et la dispersion des courants

«classistes» et des mouvements sociaux. Dans ce sens, le

«Parti des travailleurs» entend implanter ses noyaux de militants partout sur les lieux de travail, dans les syndicats, dans les quartiers, les villes et les régions.

Le PT proclame sa profonde solidarité avec toutes les masses opprimées du monde.

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