1. Le renversement révolutionnaire de la dictature de Somoza, en juillet 1979, ouvre la voie de la révolution socialiste en Amérique centrale. Il constitue le coup le plus grave porté à l'impérialisme américain en Amérique latine depuis la montée de la révolution cubaine, en 1959.
Le Pentagone considère comme chasse gardée toute la zone comprise dans un rayon partant de la Floride, passant par les Caraibes, Cuba (avec la base de Guantanamo), Porto-Rico, Haïti, Saint-Domingue, l'Amérique centrale, y compris le Nicaragua et se terminant au sud du Canal de Panama.
Après la victoire de la révolution cubaine, l'impérialisme américain avait d'ailleurs resserré son emprise sur cette région, spécialement sur l'Amérique centrale. Les dictatures militaifurent encore plus étroite. ment intégrées, sur le plan militaire et politique, dans le système contre-révolutionnaire impérialiste. En 1961, les envahisseurs de Cuba, qui subiront une cuisante défaite dans la Baie des Cochons, partent du Nicaragua de Somoza. La campagne de presse anti-cubaine est alors organisée par la Société interaméricaine de presse dont le vice-président n'était autre que Pedro Joaquim Chamorro, dirigeant de l'opposition bourgeoise à Somoza.
Dossier Nicaragua
Résolution
adoptée par
de la Ve La révolution au Nicaragua éclate au moment où s'intensifie la crise des régimes dictatoriaux d'Amérique centrale, en premier lieu au Salvador.
La victoire sur le régime Somoza des masses nicaraguayennes, dirigées par le Front Sandiniste de libération nationale (FSLN), possède une grande force d'attraction sur les travailleurs, les paysans et les révolutionnaires de toute l'Amérique latine. L'anéantissement du régime somoziste s'inscrit dans une relance de l'activité des masses laborieuses du continent que révèlent les mobilisations ouvrières et populaires de 1977 en Colombie, la montée ouvrière au Brésil en 1978 et 1979, la grève générale et la radicalisation politique exprimée par les résultats du FOCEP lors des luttes et la grève générale de Bolivie en 1979, l'accentuation de la résistance ouvrière en Argentine, le soulèvement du peuple de Grenade en 1979.
Les stratèges et politiciens impérialistes feront tout pour canaliser, puis briser la révolution en marche au Nicaragua. 2. L'agonie du somozisme s'est prolongée durant près de septembre 1977, progressivement, les tions de guérilla, les grèves, les manifestations, le Secrétariat unifié Internationale ments urbains se sont multipliés et ont culminé dans une insurrection populaire s'étendant sur un mois et demi.
Cette activité du mouvement de masse, son degré d'organisation comme ses objectifs, témoignent de sa tendance à affirmer son rôle indépendant, à ne pas se subordonner aux exigences de classe de la bourgeoisie d'opposition. Cette dernière concentrera toute son énergie pour trouver une solution négociée à la crise du somozisme, afin d'assurer au-delà de quelques mutations, la continuité des structures étatiques, avant tout de la Garde nationale (GN).
L'Etat somoziste était largement la création de l'impérialisme américain. Présents militairement au Nicaragua depuis 1911, les Etats-Unis placèrent, en 1933, Anastasio Somoza Garcia à la tête de la GN. En 1936, par le biais d'un coup de force ratifié par des élections frauduleuses, celui-ci accède à la présidence.
L'origine du somozisme, comme un régime imposé et soutenu à bout de bras par les Etats-Unis, est un facteur important de la combinaison entre lutte anti-dictatoriale et lutte anti-impérialiste qui se réalise immédiatement dans tout mouvement d'opposition d'une certaine ampleur.
Pour tenter de renforcer sa légitimité, la dictature concède l'existence d'un parti bourgeois d'opposition, le Parti conservateur. Le contrôle strict de l'appareil d'Etat, de la GN et du Parti libéral par la famille Somoza donne son contenu réel à ce système bipartiste ! La dictature dut faire appel à des élections truquées (1957 et 1967), à des manœuvres constitutionnelles (1953), à l'état de siège (1974-1977) et à une répression farouche pour tenter de répondre à la crise lancinante de son système de domination.
La bourgeoisie d'opposition renforça ses positions économiques au cours des années soixante. Elle profita du prod'intégration économique de l'Amérique centrale (Marché commun centro-américain) qui favorisa le développement des secteurs agro-industriels et industriels. Des groupes bourgeois consistants élargissent leurs bases dans l'industrie, l'agro-industrie et la banque. Ils s'opposèrent à la famille Somoza et à ses alliés qui agissent comme des concurrents «déloyaux». Ils eurent cependant besoin de la force armée du régime pour assurer les conditions générales de la surexploitation des ouvriers et travailleurs agricoles et pour riposter aux initiatives militaires du FSLN.
L'état de siège instauré en décembre 1974, après la capture de nombreux dignitaires du régime par le FSLN, stimulera la crise inter-bourgeoise. En meme temps, l'état de siège permettait à la bourgeoisie dans son ensemble de briser le mouvement revendicatif (grèves dans la construction et dans les hôpitaux en 1973-1974). En cela, il lui était utile pour opérer des transformations structurelles rendus nécessaires par la récession internationale du capitalisme. Mais, lois d'exception et tribunaux militaires furent mis à profit de façon unilatérale par la clique somoziste pour monopoliser les opérations spéculatives et mettre la main sur les affaires les plus rentables. Ce jeu par trop inégal ne pouvait se poursuivre dans un climat de crise économique de plus en plus nette.
Aucun opposant ne pouvait se considérer à l'abri de la répression dont la férocité priva le régime de tout élément de légitimité, moment même où elle légitimait l'utilisation par les masses de la lutte armée comme composante de l'action politique. La bourgeoisie d'opposition dut prendre tances plus nettement et récladépart du dictateur. En septembre 1977, le régime sopolitiquement isolé au niveau national déclin sur le plan international s'accélérait.
3. De la fin 1977 à la fin
1978, les différentes fractions de la bourgeoisie d'opposition cherchèrent en à coiffer le mouvement de masde Somoza et de ses proches.
Le 10 janvier 1978, l'assassinat par les somozistes de Pedro Joaquin Chamorro Cardenal, propriétaire du grand quotidien La Prensa, déclencha un processus cumulatif. La bourgeoisie d'opposition et l'impérialisme se virent privés d'une direction alternative à Somoza disposant d'une audience dans des couches amples de la petite-bourgeoisie et, y compris parmi les masses populaires. Chamorro, depuis 1974, avait réuni au sein de l'Union démocratique de libération (UDEL) des teurs significatifs de la bourgeoisie. A la tête de La Prensa, il s'était forgé un personnage d'opposant résolu. Sa disparition accentuait la crise inter-bourgeoise et rendait plus délicat l'endiguement du mouve-
L'UDEL lança un appel, le 24 janvier, à une «grève des employeurs», qui paralysa grande partie de l'économie. Le Parti conservateur, sous cette pression, rompait l'accord avec le Parti libéral. Malgré la répression, les manifestations de rue se développent à Matagalpa et à Managua, où le FSLN affirme sa présence politique. Les initiatives armées du FSLN acquirent une nouvelle dimension, au début février, avec l'attaque de caseres de la GN dans les villes de Granada et de Rivas.
Lorsque l'UDEL suspendit cette «grève des employeurs», le 6 février, la tentative de directions syndicales d'en faire une grève ouvrière échoua. Cela révélait les rapports de forces qui modelaient le mouvement d'opposition à cette étape. Mais deux semaines plus tard, les soulèvements populaires de Monimbo (quartier de Masaya) et de Subtiava (quartier de Leon), préfiguraient déjà la dynamique insurrectionnelle. La crise pré-révolutionnaire s'accentuait.
Sous l'aiguillon de l'activité des masses et du prestige grandissant du FSLN, la bourgeoisie d'opposition réorganisa ses forces et chercha à nouveau à négocier le départ du dictateur. En juillet 1978, fut créé le Front d'opposition (FAO) qui inclut, entre autres, le Mouvement démocratique guayen (MDN) d'Alfonso Robelo Callejas, l'UDEL, le Groupe des douze (personnalités liées à l'industrie, au commerce et aux professions libérales). Ce dernier groupe avait des liens avec un courant du FSLN. la Tendance «tercériste». Les deux fractions du Parti socialiste nicaraguayen (PSN), parti stalinien, participe aussi au FAO. L'Eglise catholique prit position ouvertement en faveur du retrait de Somoza.
Mais la résistance de Somoza -qui utilisait l'autonomie relative que lui conférait une domination vieille décennies sur l'appareil d'Etat, l'armée et une partie de l'économie du pays- mit l'opposition bourgeoise dans une position difficile. Ceci d'autant plus que les actions armées du FSLN -spécialement l'occupation spectaculaire du Palais national les 22-24 août qui aboutit à la libération des prisonniers du FSLN- en faisait aux yeux des masses le seul pôle se situant clairement en dehors des tractations pour la succession du régime et décidé à en découdre avec Somoza.
Le FAO, acculé, lance un nouvel appel à l'interruption de toute activité économique, le 25 août. L'association des in-
dustriels -à la différence de la grève de protestation de mars appelée par l'UDEL- suivit le mouvement. Ses conséquences furent triples : la crise économique s'approfondit et les travailleurs furent les premiers à en payer le prix, ce qui accentua le clivage de classe dans le front anti-somoziste; le mouvement de masse fit preuve d'une indépendance grandissante face à la direction bourgeoise en comparaison avec la «grève patronale» de janvier; sur cet élan le FSLN lança son offensive militaire du 9 septembre entre autres sur les villes de Leon, Esteli, Masaya, Chinandega, où les soulèvements populaires aboutirent à une prise en mains de ces localités par la population.
La contre-attaque de la GN fut vive et brutale, sa victoire militaire se confirma fin septembre. Elle déchaîna un véritable massacre contre la jeunesse et tous ceux qui étaient suspectés de sympathie envers les sandinistes. Mais les forces du FSLN ne furent pas liquidées. Elles grossirent sous l'afflux des centaines de jeunes qui rejoignaient leur combat pour échapper à la répression et venger ceux qui étaient tombés.
Somoza avait gagné une bataille militaire, mais politiquement, il en ressortait affaibli et très isolé sur le plan international. La bourgeoisie d'opposition tenta d'utiliser cette faiblesse aussi bien que le recul momentané des masses pour s'engager à nouveau dans une dernière négociation en vue d'établir ce que le
FSLN qualifia de «somozisme sans Somoza».
Sous l'égide d'une commission de médiation -au sein de laquelle les Etats-Unis étaient flanqués du Guatemala et de la République dominicaine- le FAO engagea le «dialogue» avec la dictature.
L'intervention directe de l'impérialisme américain dans ces négociations conduisit, en octobre 1978, la Tendance tercériste du FSLN à prendre l'initiative de refuser la médiatien et à rompre ses relations avec le FAO. Elle fut suivie par le «Groupe des douze». Ceci rétrécit la capacité de négociation du FAO. Le «dialogue» avec la dictature échoua au milieu de janvier 1979, malgré les multiples concessions faites par le FAO.
Une nouvelle étape dans l'organisation du front antisomozistion bourgeoise du front antisomoziste perdait du terrain. Dans le FPN se trouvaient réunies quelques formations bourgeoises mineures, le Groupe des 12, le Mouvement peuple uni (MPU), qui rassemblait des organisations de masses diverses, souvent influencées par le FSLN et, de façon significative, les confédérations syndicales.
Le 10 janvier 1979, premier anniversaire de l'assassinat de Chamorro, à l'appel du FPN, plusieurs dizaines de milliers de manifestants descendaient dans les rues de Managua. L'après- midi, les travailleurs se mirent en grève jusqu'à la fin de la journée.
Trois changements sous-tendaient cette nouvelle phase de la lutte : premièrement, les objectifs du FPN prenaient en charge plus directement les revendications des masses populaires frappées par la crise et demandaient pour la première fois l'expropriation des biens de la clique Somoza ainsi que la dissolution de la GN; deuxièmement, l'organisation politique du mouvement de masse par le
FSLN se consolidait avec la création du MPU et préparait ainsi l'organisation de comités populaires; troisièmement, la convergence entre les différentes tendances du FSLN fut rendue plus aisée à partir de la rupture des «tercéristes» avec le FAO. Le mouvement contre Somoza combinait à nouveau de manière indissociable le combat anti-dictatorial et anti-impérialiste. Les conditions de l'insurrection mûrissaient.
Le renversement révolutionnaire du régime somoziste par une grève générale qui se transforma en une insurrection dans les principales villes du pays fut préparé et précédé par une offensive militaire généralisée et organisée par le ESLN.
Les forces sociales qui ont soutenu et participé à ce combat héroïque contre l'impérialisme et la dictature se concentraient dans les masses plébéiennes des villes, le prolétariat, le le prolétariat agricole, la paysannerie semi-prolétarisée paupérisée et des fractions de la petite-bourgeoisie radicalisée (le mouvement étudiant et le mouvement des femmes, organisée dans l'Association des femmes face à la problématique nationale - AMPRONAC), qui se regroupaient sous le sigle du MPU.
La pénétration du capital impérialiste et local dans les campagnes durant les deux dernières décennies et le développement d'un secteur agro-industriel - axé autour de la culture et de l'exportation du coton, du café, du sucre et de la viande - eu une double conséquence : d'une part, l'expulsion des campagnes de paysans appaud'autre part, l'élargissement des rangs du prolétariat agricole employé dans grandes propriétés modernisées.
Le développement industriel était lié à l'agriculture d'exportation (conserverie, agro-alimentation), à des industries dirigées vers le Marché commun centro-américain (textiles, pesticides, engrais, alimentation) et à une nouvelle vague d'investissements impérialistes (usine de montage ou de finition, entre. autres dans la «zone franche», à Managua où se concentraient 85% des activités secondaires). Le prolétariat de l'industrie s'était done consolidé durant les dernières années, même s'il restait relativement faible. Avec les ouvriers de la construction (secqui s'est fortement développé immédiatement après le tremblement de terre de 1972) et des transports, le prolétariat représentait une force d'environ 100000 personnes sur une population économiquement actiavoisinant les 700000, en
La population des villes crût de 50% entre 1970 et 1978. Cette année-là, elle s'élevait à 1265000 personnes sur un total de 2400000. Ceci ne traduisait pas seulement le gonflement du prolétariat mais aussi des masses semi-prolétarisées, ployées ou sans emploi qui s'agglutinaient autour des principales villes. Le rôle central des insurrections combat contre la dictature est en relation avec ces modifications de la structure sociale.
Le prolétariat comptait dans ses rangs environ 300000 travailleurs, dont la plus grande partie dans la culture du coton. Il était soumis au travail temporaire dans sa très large majorité. Femmes et enfants constituaient une part importante de cette main d'œuvre qui migrait aux rythmes imposés par le cycle agricole. Férocement exploités, ces travailleurs voyaient leurs maigres salaires récupérés par leurs emqui déténaient comptoirs de vente des biens dont ils avaient besoin.
Le degré de concentration de la propriété terrienne était fort élévé : 1,5% des propriétaires accaparaient 41,2% des terres arables. Parmi ces latifundistes, la famille Somoza avait une place de choix, puisqu'elle en détenait 25 à 30%. A l'autre pôle, 78,2% des propriétaires ne possédaient que 17,7% des terres.
Ceux se trouvait un fort contingent de paysans très pauvres, travaillant leur lopin et contraints de vendre leur force de travail pour survivre.
crise économique qui après 1975, frappa rudement la classe ouvrière, le prolétariat rural et les petits paysans semi-prolétarisés qui tous se trouvaient déjà dans une situation de misère parmi les de l'Amérique centrale. L'effondrement économique en 1978-1979, rupture du cycle agricole à la guerre civile, la dévaluation de 43% du cordoba en avril 1979 qui provoqua une explode l'inflation, tout cela rendit insupportable la vie des masses laborieuses, dont un pourcentage toujours plus élevé - proche de 50% de la population économiquement active au milieu de 1979 - était condamnée au chômage. La petite-bourgeoisie urbaine fut aussi durement touchée. A cela s'ajoute la répression massive qui était le seul instrument de gouvernement depuis l'échec des négociations avec le FAO. Le dos au mur, les masses voyaient dans le renversement de la tyrannie le seul moyen de survivre. La polarisation sociale devint extrême.
Au Nicaragua, la classe ouvrière, prolétariat agricole et la paysannerie paupérisée n'avaient pas une aussi longue tradition des luttes organisées qu'a Cuba ou au Guatemala, par exemple. Néanmoins, dès 1973-1974, le mouvement syndical fait des progrès significatifs. En 1977, la création de l'Association des travailleurs de la campagne (ATC) marqua un pas en avant dans l'organisation de cette couche sociale.
Dans les derniers mois précédent la chute du régime, les occupations de terres, les grèves générales, les soulèvements urbains, conjugués avec les attamilitaires des villes le FSLN et les opérations de ses colonnes de guérilleros, exprimaient l'entrée conjointe dans une lutte frontale contre Somoexploitées et opprimées qui furent et restent le moteur de la révolution nicaraguayenne.
Les deux années de combat ouvert contre la dictature agiront comme un puissant stimulant sur le développement du niveau de conscience des masses. Le processus d'auto-organisation sous la forme de Comités de quartiers ou d'organes d'auto-défense imprima un signe distinctif sur les dix derniers mois de la lutte. Il fut un facteur du déclenchement de la dynamique de révolution permanente.
sandinisme donnait une cohésion idéologique et politique au combat contre la dictature, Le pouvoir des classes dominantes nicaraguayennes dépendait étroitement des volontés de l'impérialisme américain et il apparaissait comme tel aux yeux des masses. Depuis l'éviction par les Etats-Unis de Santos Zelaya, en 1909, aucun secteur consistant de l'oligarchie locale n'a opposé une résistance à l'emprise américaine. Ainsi, le combat militaire, 1933, d'Augusto Cesar Sandino contre l'impérialisme s'identifiait avec la lutte contre la dictature installée par les «marines». Lutte anti-impérialiste, lutte anti-dictatoriale, lutte armée correspondaient donc à un clivage de classe et recouvraient les traits essentiels du sandinisme, un nationalisme révolutionnaire d'origine petite-bourgeoise mais dont les racines populaires sont très profondes. 1. 1961, sous l'impact de la ré- Le FSLN, dès sa création en volution socialiste cubaine, a su capter en faveur de son combat la tradition de ce mouvement
guerre de libération qui s'ap- rent ces tendances favorisa la anti-impérialiste radical, ce qui lui donne une physionomie particulière en comparaison avec d'autres mouvements de lutte armée qui surgissent en Amérique latine à la même époque.
C'est ce qui explique son influence parmi les masses lorsqu'elles entrèrent en action.
En outre, l'origine même de la dictature, le rôle écrasant de la GN dans l'appareil de domination somoziste, l'incapacité du régime à élargir sa base sociale et à acquérir une légitimité, l'impossibilité pour la petite-bourgeoisie de trouver une place quelconque dans ce système politique créèrent un terrain favorable à l'activité du FSLN.
Depuis la seconde moitié des années soixante-dix, tous ces facteurs furent mis en relief, sur un arrière-fond de crise économique. Ceci provoqua l'intégration massive, dès le milieu de 1978, de jeunes travailleurs, de paysans pauvres, de travailleurs agricoles, d'étudiants, de jeunes chômeurs à l'action militaire du FSLN. Femmes travailleuses et étudiantes s'engagent en grand nombre dans le combat.
La division du FSLN en trois tendances (qui possédaient chacune leur propre organisation), dès 1975, révéla l'acuité des débats sur les modalités de lutte contre la dictature. Cependant leur contenu traduisait la maturation des conditions objectives favorisant le combat pour le renversement de Somoza. Ces discussions, portaient en effet, sur les relations entre la lutte armée et la mobilisation des masses, le rôle respectif des mobilisations des masses urbaines et de celles de la paysannerie, la place et la portée de la radicalisation de fractions de la petite-bourgeoisie, les rapports entre le travail militaire et le travail politique, la fonction et l'importance des accords avec la bourgeoisie d'opposition.
Deux tendances se réclamaient du marxisme : la tendance «guerre populaire prolongée» et la tendance «prolétarienne» (marxiste-léniniste). La première, en faisant référence à l'expérience chinoise, mais avant tout vietnamienne, envisageait une
Luis Carrión, Jaime Wheelock et Henry Ruíz. puierait sur une forte implantation dans les zones rurales et pourrait alors porter des coups décisifs aux villes. La seconde mettait l'accent sur le travail urbain, avant tout au niveau des quartiers populaires, l'implantation dans le mouvement ouvrier, le mouvement étudiant et le mouvement des femmes, ceci comme tion à un soulèvement se combinant avec des actions armées du FSLN. Elle était la plus ré-
June politique d'alliances avec la bourgeoisie et ne ménageait pas ses critiques à la troisième tendance : les «tercéristes». Ces derniers représentaient la force numé. riquement la plus importante. Ils furent les plus actifs sur le plan des coups de maíns militaires et aussi les plus engagés dans les rapports avec des secteurs de la bourgeoisie réunis dans le FAO. Une partie de leur direction avait des liens avec la Ile Internationale.
Aucune des trois tendances n'exprimait une claire compréhension de la dynamique de révolution permanente qu'ouvrirait le renversement révolutionnaire de la dictature; alors que certains se faisaient les avocats de la nécessité de limiter les objectifs de la lutte à l'établissement d'une «étape démocratique bourgeoise», d'autres l'envisageaient simplement comme. un passage intermédiaire sur la voie de la révolution socialiste.
Le débat politique que menèmaturation politique du Front dans son ensemble.
Une importante transformation intervint dans le FSLN à la suite de son unification, en décembre 1978. Selon la déclaration commune du FSLN, elle était destinée à «garantir notre peuple ne soit pas déposde sa lutte heroïque par les manœuvres de l'impérialisme yankee et des secteurs de la bourgeoisie locale prête à vendre la patrie.»
A partir même des besoins d'organisation provoqués par la conduite de la guerre civile et de l'insurrection populaire, les structures des anciennes tendances éclataient et l'unification conduisit à une fusion des instances dirigeantes des ex-tendances. L'ampleur des mobilisations de masse comme l'essor semi-spontané de comités et de milices, stimulèrent l'évolution idéologique des cadres du FSLN qui dirigeaient ce mouvedont l'impétuosité les obligea à des reajustements per manents. L'ettondrement des institutions du régime somoziste détermina un processus révolutionnaire qui n'entrait pas dans les schémas pré-établis de «l'étape démocratique». Le FSLN connaissait ainsi une mutation profonde qui rendait caduques les anciennes lignes de clivage.
L'histoire héroïque de combat sans compromission du FSLN, son rôle dirigeant dans la première phase de la révolution
et les liens tissés avec ses forces vives, les leçons que cette direction pragmatique et hétérogène a déjà tirées de cette formidable montée de la lutte des classes témoignent du potentiel de développement politique des cadres du FSLN. 6. Fin mai 1979, le FSLN lanca une nouvelle vague d'attaques militaires. Il ouvre plusieurs fronts, ce qui tend à disperser les forces de la GN et à diminuer le contrôle de l'appareil de rérepssion sur les villes.
Le 4 juin, la grève générale, appelée cette fois par le FSLN paralysait tout le pays.
Dans les jours qui suivirent, insurrections éclatèrent dans les villes de Chinandega, Leon, Matagalpa, Esteli, Masaya, Granada et Carazo.
En fait, depuis le mois de mars, la direction du FSLN préparait avec soin cette insurrection: les CDC entreprenaient une campagne politique en vue de l'insurrection; ils mettaient en place avec l'aide de l'AMPRONAC des dispensaires et des infirmeries clandestines; ils faisaient des réserves de vivres, de munitions et de matériel de défense (cocktails Molotov, explosifs); des imprimeries secrétes dotées d'un matériel d'impression sommaire étaient prê-
Un mouvement insurrectionnel spontané se déclencha le 10 juin, dans les principaux quartiers populaires de Managua. Des «zones libérées» surgirent dans la capitale. La GN doit y concentrer des forces plus importantes, ce qui facilite opérations militaires du FSLN sur les divers fronts et l'avance de ses troupes du front nord vers la capitale. Le peuple de Managua, au premier rang, sa jeunesse, soutint un siège de 18 jours contre l'aviation, l'artillerie, et les chars blindés de la GN. Leur courage et leur déterpermirent de résister malgré la faiblesse de leur armement. Le 28 juin, le ESLN organisa dans l'ordre, la retraite de 6000 personnes sur Masaya, ville distante de 28 kilomètres. Ceci était une preuve éclatante de l'autorité et du prestige du FSLN auprès de la population laborieuse et des habitants des quartiers populaires, en même temps que du degré élevé de leur auto-discipline.
Le 17 juin, se constitue la Junte de Gouvernement de reconstruction nationale du Nicaragua (GRNN). Sous la forme d'une coalition avec des personnalités bourgeoises elle reflète essentiellement le regroupement des forces opéré dans le FPN; ses cinq membres étaient : Violeta de Chamorro, la veuve de Pedro Joaquin Chamorro (dirigeant de l'UDEL), Sergio Ramirez Mercado (un des membres du Groupe des 12), Alfonso Robelo Callejas (industriel et initiateur du MDN), Daniel Ortega (représentant le FSLN) et Moises Hassan (représentant le
Aujourd'hui, sa composition reste la même.
Le 24 juin, l'OEA déclara son opposition à Somoza dont l'isolement sur le plan national était symbolisé par son « bunker». Internationalement, il ne trouvait d'appui qu'auprès des dictatures du Chili, de l'Uruguay, d'Argentine, du Paraguay, du Honduras, du Salvador et du Guatémala.
lui livrait des armes. L'impérialisme ne prit quelavec Somoza qu'avec réticences et hésitade frapper férocement les travailleurs et les paysans demeura sans cesse un élément de leur politique, car cela représentait à leurs yeux une préparation nécessaire à une trannouveau régime bourgeois.
Les bourgeoisies nationales du Venezuela, du Mexique, du Costa-Rica et de Panama, avec le consentement de l'impérialisme américain, firent tout leur possible pour que le déroulement de la guerre civile ne brise pas la continuité institution-• nelle de l'Etat et pour qu'un secteur de la GN fusionne avec troupes «régulières» FSLN. Dans cette perspective, ils ont dû reconnaître le GRNN.
La guerre civile et la poussée insurrectionnelle ont un impact profond sur l'organisation des masses et sur les forces armées du FSLN. Une dualité de pouvoir prend forme au Nicaragua.
Les CDC, dans les villes libérées, devinrent des organes de pouvoir populaire. Ils se substituèrent aux structures administratives du régime somoziste. Ils remplirent des multiples tâches liées à la distribution des vivres, à l'organisation soins, au maintien de l'ordre, à la neutrasomozistes, l'administration minimale de la
Des milices populaires se formèrent au cours de l'insurrection - elles apparurent dans quelques régions rurales -et renforcèrent le potentiel militaire du FSEN, quand bien même elles ne disposaient que d'un armement artisanal. Si artisanal. Si elles surgirent spontanément à partir des besoins de la résistance aux contre-attaques GN, elles furent généralement encadrées par des membres du FSLN et se mirent sous le commandement du Front. Elles apparurent sous des sigles divers :
populaire (CAP), Commandos révolutionnaires du peuple (CRP), Brigades révolutionnaires de la jeunesse (BRJ).
Enfin, les troupes régulières du FSLN se renforcèrent.
Sur les fronts nord et sud, les forces du FSLN revêtaient de plus en plus les traits d'une armée régulière dont l'armement permit un affrontement à un niveau supérieur avec la GN. Cette dernière possédait un noyau dur de quelques 7000 hommes, alors qu'un recrutement forcé, depuis septembre 1978, en avait porté le nombre à 15000. Par contre, les troupes du FSLN, disposant d'un guerre léger, ne dépassaient pas de beaucoup les 5000 hommes, auxquels venaient s'ajouter les tants, souvent très jeunes, des
La synchronisation des insurrections urbaines, la résistance farouche de la population des quartiers populaires de Managua, les attaques coordonnées du FSLN sur divers fronts contraignaient de plus en plus la GN, dont le moral s'effondrait, à des tâches de stricte défense de ses casernes et du «bunker».
La fuite de Somoza, le 17 juillet, ouvrit la phase finale du renversement du régime. Le so-
maritimes et aériens est nationa- sur le plan monétaire pour rimoziste Francisco Ureuyo, député du Congrès, devait transférer le pouvoir à la Junte GRNN. Mais avant tout, il devait permettre - selon les plans américains - une transition assurant une place à la GN, ou du moins à une fraction imporde cette dernière, l'organisation militaire du nouveau régime. Ses appels pour que les combattants déposent les armes, comme sa volonté proclamée de rester en place terme des élections présidentielles de 1981 provoquèrent une vive réaction du FSLN et firent s'écrouler le châ-
«changement dans la continuité».
Le FSLN lança une nouvelle offensive militaire pour chasser Urcuyo. La population de Masouleva à nouveau massivement. Miliciens et habitants des quartiers populaires s'emparèrent du «bunker», se répartirent les dizaines de milliers d'armes de guerre qu'ils y récupérèrent. La GN vola en éclats. Une grande partie s'enfuit avec armes et bagages, vers le Honduras, le Guatémala et le Salvador. Les troupes du FSLN entrèrent dans la capitale et permirent l'installation de la Junte de GR.NN à Managua. 7. Les divers décrets adoptés par la Junte de GRNN, au cours des deux premiers mois de son existence donnent une claire indication de la direction initiale que prend la révolution, dans la foulée de l'insurrection populaire victorieuse.
L'ensemble gigantesque des biens de Somoza et des somoexproprié des 20 juillet; ils se trouvaient dans les secteurs aussi divers que la banque, l'industrie, le commerce, les transports, la pêche, l'agriculture, l'immobilier, installations portuaires,
Les banques nicaraguayennes sont nationalisées et les opérations des banques impérialistes sont étroitement contrôlées. Ceci constitue un premier pas nécessaire pour initier des mesude planification économi-
L'essentiel des transports terrestres comme des transports
La réforme agraire commenêtre appliquée, en partant des terres prises à Somoza et aux somozistes, ce qui représenenviron 50% de la surface cultivable. Etant donné le mande matériel agricole, d'engrais, de ressources financières, de crédits et la faiblesse de l'encadrement technique, cette ré forme est appliquée en priorité dans les régions où le prolétariat agricole est nombreux (zone du coton) et où les petits paysans se trouvent dans des conditions de misère extrême. Distribution de terres, création de coopératives ou appropriation communautaire des terres (Unités de production agricole sandinistes -UPAS) et fermes d'Etat (Unités de production étatique - UPES), voilà les modalités essentielles de la réforme agraire actuelle. Un décret supprimant le droit d'expropriation des petits agriculteurs pour cause d'endettement complète ces premières mesures. La réforme agraire est
Get contrôlée par l'Institut national de la réforme agraire (INRA) à la tête duquel se trouve un des neuf Commandants de la Révolution, Jaime Wheelock. L'Association des campagne (ATC) est associée directement à l'application de la réforme agraire.
Le contrôle d'Etat est instauré sur les principaux biens alimentaires et agricoles expor-
La dette militaire envers l'Argentine et Israël n'est pas reconnue; mais le poids de l'énorme dette extérieure reste entier et la manière dont le problème sera regle n'est toujours pas définie.
Sur le plan monétaire, trait des coupures de 500 et 1000 cordobas a permis de décapitaliser une partie des somozistes, réfugiés dans les ambassades ou en fuite et de porter un coup aux propriétaires avaient mis à profit la guerre civile pour vendre illégalement du bétail ou s'adonner à d'autres opérations spéculatives. Cette mesure radicale contre les capinon seulement peut permettre une redistribution de la richesse selon les besoins des masses, mais elle annonce aussi la possibilité d'autres décrets poster à des actions de sabota-
Le système d'éducation est réorganisé et un système de santé unique est mis sur pied, un système de sécurité sociale en voie d'être édifié pour la première fois au Nicaragua, des vastes campagnes sanitaires sont entreprises (vaccination, exemple). Un projet d'alphabétisation de 700000 personnes devra être pris en charge par les enseignants et les étudiants. Des pas sont accomplis la distribution potable dans les quartiers les plus pauvres et pour les doter d'infrastructures sociales minimales (crèches, dispensaires, etc.) Après 40 ans de dictature, les droits démocratiques des masses sont assurés.
Le FSLN a hérité d'un pays exsangue : au moins personnes ont été tuées durant la guerre civile; les blessés se 80000; l'appareil de production est largement paralysé par les destructions; le cycle agricole a été interrompu; un million de personnes doivent être alimentées, dont 45% sont des enfants de moins de 15 ans; la dette extérieure de 1,5 milliard de dollars pèse de tout son poids alors que les somozistes n'ont quasiment rien laissé dans les caisses de l'Etat.
telle situation, étant donné le manque de cadres, le caractère encore fragile de l'organisation nouvelle des masses, la structuration encore embryonnaire du FSLN en tant que parti, la menace permanente et réelle d'une intervention militaire contre-révolutionaire, exercées par l'impérialisme et ses institutions, la direction du FSLN cherche à gagner du temps, mais elle doit agir de telle façon qu'elle puisse consolider l'appui masses qui se politisent pour faire face à une contre-attaque bourgeoise qui ne manquera pas de se déclencher devant toute accentuation de la révolution.
A court terme, chercher à obtenir une remise minimale des entreprises industrielles privées, une relance de
la production agricole dans les grandes et moyennes, toujours aux mains de leurs propriétaires, relève d'une exigence objective.
Au même titre il est correct de faire appel à l'aide de tous les pays pour obtenir des crédits (quand bien même ils peuvent être un instrument de pression) ou une aide alimentaire. «Reconstruire le Nicaragua» est un mot d'ordre qui correspond effectivement à la crise économique et sociale extrême du pays et aux besoins urgents des masses, dont 60% sont actuellement condamnés au chômage.
Mais précisement, le caractère semi-colonial du Nicaragua comme la profondeur des dévastations font que les besoins des masses ne pourront pas être satisfaits dans le cadre d'une économie capitaliste dite mixte où se combinent un secteur d'Etat et un secteur privé dont le développement bénéficie de l'aide du premier.
Si la propriété privée est maintenue, si les lois de l'accumulation capitaliste continuent a dicter le développement economique du pays, l'effort gigantesque de la population laborieuse se verrait récompensé par des mesures d'austérité et par le maintien d'un niveau de vie miserable destinés à garantir les profits capitalistes.
La réforme agraire ne pourra pas atteindre ses buts déclarés sur le plan social et économique si une jonction étroite n'existe pas avec l'industrie, ce qui exige sa nationalisation sous contrôle ouvrier et son insertion dans un plan économique d'ensemble.
L'aide économique des pays impérialistes et de pays capitalistes d'Amérique latine deviendra l'instrument pour attacher l'économie du Nicaragua au marché capitaliste international et pour lui imposer, demain les choix élaborés dans les officines du FMI. Le paiement de la dette extérieure aura alors la priorité sur toutes les dépenses sociales et renforcera la politique d'austérité.
Socialement et politiquement, tout cela aboutirait à installer solidement aux commandes du pays la bourgeoisie, en collaboration avec des somozistes et des fractions de la petite-bourgeoisie aisée; la répression brutale contre l'avant-garde et les masses reviendraient sur le devant de la scène; l'impérialisme retrouverait l'essentiel de ses positions.
Ainsi, la «reconstruction du Nicaragua» en faveur des travailleurs et paysans pauvres exige l'extension du contrôle ouvrier, l'expropriation des banques et des entreprises impérialistes, le refus d'être attaché par le biais de la dette extérieure aux institutions impérialistes qui dicteraient alors leurs choix économiques et sociaux, la nationalisation de l'industrie et des grandes fermes qui restent encore en mains privées, la mise en place d'un plan économique d'ensemble. Ainsi, le système d'accumulation capitaliste sera brisé. En synthèse, cette reconstruction-là demande de poursuivre résolument selon les lignes générales tracées, il y a vingt ans, par la révolution cubaine. 8. à ces tâches, il s'agit de rens Aujourd'hui pour répondre forcer toutes les organisations que les masses laborieuses ont commencé à construire dans leur combat contre la dictature et dans le cours des premiers mois de la révolution.
En effet, pour la bourgeoisie antisomoziste, le renversement de la dictature devait ouvrir la voie à l'installation d'un Etat bourgeois démocratisé et modernisé dernisé qui soit fonctionnel pour restructurer et relancer l'économie. Cette restructuration vise à permettre aux secteurs, industriels et agro-industriels d'améliorer leurs positions dans le Marché commun centro-américain et, plus généralement, d'ajuster l'insertion du capitalisme nicaraguayen dans la nouvelle division internationale du travail. Un secteur d'Etat peut favoriser une telle réorganisation de l'économie. De fait, cette perspective est partagée par une fraction des staliniens du PSN qui collabora étroitement avec le FAO.
Cependant, le renversement révolutionnaire du tyran pas engagée dans cette voie la révolution nicaraguayenne. Les inquiétudes, de plus en plus ouvertement exprimées, de la bourgeoisie, le prouvent.
Le FSLN encourage actuellement la création et l'élargissement des CDS. Il leur donne une place de premier plan dans l'accomplissement d'une série de tâches dans les quartiers (districts) et sur le plan municipal. Les CDS élisent démocratiquement des délégués au Comité de quartier sandiniste (CBS). Au sein des CBS doivent être élus des représentants au Conseil de Zone. Ainsi est mise sur pied une structure démocratique pyramidale à l'échelle municipale. Les CDS réunissent des fonctions administratives (qui s'accroissent vu l'effondrement des anciennes structures), de surveillance, d'animation culturel-
COMITE DE DEFENSA
SANDNISTA
OBREROS Y CAMPESINOS
PODER
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AL
le, d'agitation et de propagande politiques. Ils représentent à la fois des organes de pouvoir administratif et civil et les principaux organismes politiques au travers desquels s'exerce la politique du FSLN dans les quartiers et localités.
Le développement des CDS, leur coordination et leur centralisation non seulement sur le plan municipal mais à l'échelle régionale et nationale, en relation avec l'application de décisions économiques et sociales rendues nécessaires par la crise économique et les besoins immédiats des masses, ne peut qu'aller dans le sens d'un nouvel affaiblissement du pouvoir social et économique de la bour-
Tout pas important dans cette direction prépare la voie à l'établissement d'un Etat ouvrier fondé sur ces organes, sur les syndicats et sur les organisations de masse. Tout pas important dans cette direction exacerbera inévitablement affrontements entre classes et les tendances politiques qui en expriment les intérêts.
Le FSLN a, de même, stimulé et dirigé la création Centrale sandiniste des travailleurs (CST). Elle doit permettre d'accroître le degré d'organisation des travailleurs, de défendre leurs revendications économiques, sociales et politiques et de les mobiliser pour la défense et l'approfondissement de la ré volution. Après la victoire de l'insurrection, un puissant mouvement de syndicalisation se développe, de nombreux syndicats sont crées qui adhérent à la CST. Le FSLN affirme que des discussions sont engagées avec les autres centrales syndicales moins nombreuses, dans le but de faire de la CST la centrale unique à laquelle s'affilient tous les syndicats nicaraguayens. Un même effort d'organisation entrepris dans les régions rurales ой Г'ATC
En outre, le FSLN crée des organisations de masse pour la jeunesse les étudiants et les fempourquoi, manœuvrer pour se donner le temps de consolider les CDS et la CST, de mettre sur pied une organisation de masse de la jeunesse, dont l'engagement dans la lutte antidictatoriale a été décisif, participe d'une politique correcte de préparation des futurs heurts avec les forces de la contre-révolution. Aucune fuite en avant ultra-gauche ne peut remplacer préparation nécessaire à l'élévation du niveau de conscience des masses, sans quoi, elles seraient les premières victimes de toute tentative de précipiter un affrontement prémaseront largement dictées par la logique des conflits liés à la solution de la crise sociale et économique dans l'intérêt des masses laborieuses et par la menace d'une intervention tramée par l'impéconscient pour les masses dans le cours de leur mobilisation que cette confrontation est inévitable et le faire sans, forcer de manière aventuriste les rythmes de la lutte des classes dans son contexte international, telle est une des plus importantes et difficiles tâches pour la direction de cette révoinéluctable avec l'impérialisme, c'est à cela que la direction du FSLN se prépare fievreusement. A juste titre, elle a consacré une grande partie de son énergie à construire une armée - l'Armée populaire sandiniste - en s'appuyant d'abord sur les troupes régulières de la guérilla et sur l'intégration d'une partie des milices populaires.
La GN, avec des milliers d'hommes, attend aux frontieres. Elle peut être renflouée par des mercenaires réunis par la CIA et recevoir l'appui des forces militaires de la CONDECA (traité militaire de l'Amérique centrale). Seule une armée gulière forte et efficace peut diminuer le coût humain d'une riposte à une intervention directe ou indirecte de l'impérialisme et de ses alliés locaux.
Les milices populaires, les quartiers restent un élement important du système de défense de la révolution. La direction du FSLN en prend ouvertement la défense contre les attaques menées par «La Prensa», qui ne pas de dénoncer tous les «abus» commis par des miliciens. Elle veut généraliser l'entraînement militaire de la jeunesse et des travailleurs dans les casernes de l'Armée populaire sandiniste.
Armée populaire sandiniste et milices populaires - encadrées, entraînées discipli-
- sont complémentaires pour répondre aux sabotages, aux opérations militaires multiformes et à une offensive arcontre-révolution que la situation géographique du Nicaragua facilite.
Tout projet de la bourgeoisie bourgeois et de relance d'une économie capitaliste rationalisée est rendu plus difficile à concrétiser à cause de la dislocation de l'ancienne armée et de son remplacement par les troupes du FSLN.
Pour pallier cette faiblesse, la bourgeoisie nicaraguayenne, concert avec les bourgeoisies de divers pays latino-américains tentera premièrement, de faire pression au maximum minuer le rôle des milices populaires; deuxièmement, de maliser» l'Armée populaire sandiniste en proposant la formation d'une grande partie de son encadrement dans les académies militaires du Panama, du Vene-
Mexique. Le FSLN a rejeté publiquement une «offre» de Carter visant à tel processus dans les bases du Panama.
La direction du FSLN considère comme prioritaire pour accomplir l'ensemble des tâches stratégiques qu'elle se fixe la création d'un parti d'avant-garde enraciné dans les masses organisées au sein des CDS.
La consolidation des conquêtes des travailleurs dans la fondation d'un Etat ouvrier basé sur la centralisation des comités de masse d'ouvriers, de paysans
Best strictement progrès dans la construction d'un parti révolutionnaire, socialiste et prolétarien, au sein duquel l'avant-garde politique de la classe ouvrière nicaraguayenne pourrait débattre et des décisions sur les questions cruciales posées par le développement de la révolution.
La nature et l'histoire de la direction du FSLN comme son rôle dans la première phase de cette révolution font qu'il serait érroné de placer à priori une limite que ses membres, ou au moins des secteurs décisifs, ne pourraient franchir dans la concrétisation du processus volution permanente. 9 - sarticula la structure de L'insurrection populaire dél'Etat bourgeois somoziste et provoqua l'écroulement de son pilier central traditionnel, la
Cependant, un Etat bourgeois persiste dont les lois fondamentales protègent la proprivée des moyens de production (industrie priété foncière) donc l'accumulation capitaliste.
La bourgeoisie dispose d'organismes économiques (Chambre du commerce et de l'industrie, associations patronales) qui reçoivent un appui de leurs homologues d'Amérique et d'institutions financières impérialistes.
Elle possède le principal quotidien du pays, «La Prensa» et contrôle encore certaines sta-
Elle reçoit l'appui de la hiérarchie catholique. Elle reconstruit ses partis politiques, le Parti social-démocrate, le Parti social-chrétien et les Décocrates conservateurs. Elle est présente dans le gouvernement, les ministères, la banque centrale et a des prolongements dans le FSLN.
Ice camp bourgeois, se dresse le pouvoir croissant des CDS, les milices populaires, la CST et l'ATC. Le FSLN assied son prestige sur cette organisation renforcée des masses; il intensifie la campagne d'éducation et de propagande politique grâce au quotidien «Barricada», au réseau national de télévision et à diverses stations de radio.
Il affaiblit les positions économiques et sociales de la bourgeoisie par les nationalisations et la mise en œuvre de la réforme agraire. Enfin, et surtout, la direction du FSLN contrôle todirectement l'Armée populaire sandiniste.
Le FSLN, dont l'autorité et le prestige sont incontestés, détient actuellement le pouvoir réel de décision politique, qui reflète les rapports de forces sociaux, le renforcement de l'auto-organisation des masses qu'il dirige comme son emprise
La place et le rôle du GRNN doivent être saisies dans ce contexte de phase transitoire dans laquelle se trouve le Nicaragua.
Ce gouvernement ne peut imposer ses décisions, pour l'instant, sans l'acquiescement de la direction nationale conjointe du FSLN. Néanmoins, il serait faux de réduire les représentants bourgeois dans ce gouvernement à de simples élements décoratifs. Ils possèdent un quasoutien: les classe ploiteuses locales qui cherchent par tous les moyens à se réorganiser; les forces impérialistes qui y voient des éléments permettant peut-être de freiner le processus alors qu'elles préparent la contre-révolution sur le plan diplomatique, économique et miles bourgeoisies latino. américaines qui feront tout pour éviter un nouveau Cuba; la social-démocratie interationale qui se fait l'instrument politique de l'impérialisme, avant tout européen.
Toute avance vers l'établissement d'un Etat ouvrier se duira par un réalignement des forces sociales qui aura des ré percussions sur la composition du gouvernement - c'est-à-dire la rupture avec les représentants effectifs de la bourgeoisie - et, y compris, sur une recomposition dans le FSLN lui-même.
Révolution et contre-révocaragua. Dans un avenir très proche convergeront, se complèteront ou s'organiseront conjointement trois tentatives différentes de freiner, puis d'interrompre brutalement la révolution en marche.
La première n'est autre que la préparation d'une intervention militaire directe depuis les pays avoisinants par la multiplication des sabotages ou la création d'une «guérilla» contre-révolutionnaire !
La seconde réside dans l'utilisation par l'impérialisme et bourgeoisies latino-américaines du besoin pressant d'une aide alimentaire, financière, technique et économique en général. Les pressions de ce genre vont dans des multiples directions. Tout d'abord, elles cherchent à modifier les rapports de forces sur le plan institutionnel (rôle de la banque centrale, plarôle des ministres bourgeois). Ensuite, les programmes non seulement peuvent être conditionnels, mais ils peuvent s'adresser à des secteurs précis de l'économie privée dans le but de revigorer une fraction de la bourgeoisie (par exemple dans la construction qui occupe une place importante et est détenue par des capitaux privés). Enfin, l'aide est distillée de telle que l'impérialisme ne semble pas étrangler ouvertement la révolution ou pousser objectivement à des mesures radicales nécessaires à cause de la situation catastrophique. Mais, l'aide goutte à goutte fait partie d'une volonté délibérée d'attendre que les difficultés sociales et économiques gigantesques suscitent assez rapidement un mécontentement croissant dans la population et affaiblissent le populaire comme le prestige des sandinistes, ce qui est la pré-condition pour toute contre-attaque politique et militaire susceptible de marquer des points.
La troisième prend forme à l'intérieur même du Nicaragua ou toutes les fractions des clas. ses dominantes chercheront à empêcher la liquidation d'une économie fondée sur la propriété privée. Pour cela, elles s'apsur cette propriété pour utiliser toutes les armes du sabotage économique.
Parmi les paysans moyens, et même les petits paysans, industriels et latifundistes elles chercheront des alliés pour consolider leur base sociale d'appui.
Dans l'immédiat, la bourgeoisie mène une campagne politique pour endiguer le processus révolutionnaire son rôle, après sa perte de contrôle sur les événements depuis de juillet. Cette offensive se focalise
un point : appliquer effectivement le «Statut fondamental de la République» qui reflète les accords passés au mois de juin. Il s'agit de faire des institutions légales du pays les seuls et véritables centres de décision. La bourgeoisie réclame l'installation du Conseil d'Etat et demande que la Cour suprême affirme son pouvoir, afin de réduire, avant d'y mettre fin, celui des CDS, des milices, de la Direction nationale conjointe du FSLN.
Demain, s'il y a un climat politique plus tendu à cause de la ruine économique, ce n'est pas seulement une bataille pour «l'institutionalisation» que mènera la bourgeoisie mais aussi pour la mise en place d'institutions parlementaires et la tenue d'«élections libres».
La bourgeoisie saisit fort bien que la lutte anticapitaliste a pris la relève de la lutte antidictatoriale et se conjugue avec le combat anti-impérialiste. Sur le plan social et politique, cela signitie que la classe ouvriere, les travailleurs agricoles et les paysans paupérisés vont se mettre à la la tête des développements futurs de la révolution. Contre les sabotages patronaux, la grève capitaliste des investissements, les opérations de stockage et de spéculation sur les produits alimentaires, le refus de semer et planter, il faudra développer le contrôle ouvrier, le contrôle des habitants des quartiers populaires sur la distribution et approfondir la réforme agraire. Cette bataille peut être le mieux menée par les CDS, la CST et
L'institutionalisation et demain le combat pour des «élections libres» représentent les ripostes classiques de la contre-révolution bourgeoise face à cette dynamique sociale et à son exorganisationnelle: la consolidation de l'auto-organisation des masses.
Avancer le mot d'ordre d'Assemblée constituante «élections libres» revient aujourd'hui à entraver l'affirmation de la force anticapitaliste du prolétariat, à opposer au développement et à la centralisation sur le plan national des organes de pouvoir des masses populaires, la création d'institutions parlementaires bourgeoises. Ces dernières ne peuvent que faciliter la contre-offensive politique de la bourgeoisie, dévoyer la dynamique du mouvement de masse et briser la dialectique qui s'est établie entre de masses et la direction du FSLN.
Ce serait, de même, succomber à une tentation d'appliquer un schéma abstrait que de centrer aujourd'hui une intervention politique sur le mot d'ordre «tous les ministres bourgeois hors du gouvernement !» Une telle orientation compte ni de la discontinuité radicale qui s'est effectuée au niveau du pouvoir militaire, ni du centre de gravité réel de l'actuel pouvoir, ni de la nécessaire maturation conscience, et de l'organisation des masses, ni du caractère des mesures gouvernementales crétées jusqu'à maintenant. Un tel mot d'ordre revient à choisir délibérément un affrontement direct sur le plan national et international, aujourd'hui même, sur la seule constatation correcte qu'il existe au sein du GRNN des forces sociales antagonistes.
Au contraire, c'est en désignant et en appuyant toutes les décisions qui permettent de répondre aux besoins de la population laborieuse et de son organisation que se préparent le plus efficacement les heurts à venir, dans la lutte pour construire un gouvernement ouvrier et paysan, entre les forces qui ont pu apparaitre unies yeux d'une partie des masses dans la lutte contre la dictature. 11. La révolution guayenne est directement l'enjeu d'un affrontement des classes à l'échelle internationale. Les difficultés rencontrées, en fin 1978, par les Etats-Unis pour imposer leurs vues, et en 1979, pour intervenir (résolution de l'OEA) trahissent la crise profonde de l'impérialisme américain après la défaite subie au Vietnam en 1975.
Mais de ces embarras de Carter, on ne peut déduire la conclusion que l'impérialisme ne fera pas tout pour briser cette révolution qui a pris naissance au sein même de sa chasse gardée. Washington ne veut pas être pris en défaut pas un nouveau Cuba. L'avenir de cette ré volution est donc aussi lié étroitement aux rapports de forces à l'échelle internationale.
La direction cubaine a apporté un soutien décisif au combat contre la dictature somoziste. Cuba aide massivement la révomatérielle, technique, alimentaire. Des centaines d'enseignants, des médecins, d'infirmières apportent leur aide à la lutte des masses laborieuses au gua. L'internationalisme de la direction cubaine s'est clairement manifesté en faveur de cette révolution.
Toute nouvelle avance de la révolution au Nicaragua, avec l'onde de choc qu'elle propage directement dans toute l'Amérique centrale, ne fait pas seula possibilité d'une extension de la révolution mais place la direction cubaine contradictions objectives.
Tout d'abord, pour desserrer le garrot placé par l'impérialisme américain autour de Cuba, la direction cubaine cherche, à juste titre, à développer des rapports économiques avec des pays d'Amérique latine (Mexique, Venezuela, etc.). Cependant, si ces bourgeoisies peuvent accepter et même soutenir un mouvement antidictatorial -dans la perspective d'avoir un accès plus aisé au marché centro-américain - elles sont décidées à empêcher l'émergence d'une révolution socialiste en Amérique centrale. Elles vont donc négocier, comme contrepartie à cet objectif, le prolongement et le renforcement de leurs relations commerciales et diplomatiques avec Cuba.
Ensuite, toute l'orientation de la bureaucratie soviétique s'oppose à une fracture du statu quo international, sur le plan politique et militaire, spécialement dans une partie du monde
la présidence d'Arturo Arman- matiques les succédanés de libéaussi sensible pour les EtatsUnis.
C'est avec ce choix que doit aussi compter la direction cubaine, car seuls l'URSS et les Etats ouvriers pourraient fournir l'aide nécessaire au Nicaragua en cas de rupture avec le marché mondial capitaliste.
La contre-attaque lancée par les Etats-Unis contre Cuba, sous le prétexte de la «découverte» de «troupes de combat» soviétiques dans l'île, n'a pas pour seul but de donner un avertissement à Castro, mais aussi d'intervenir dans les négociations entre la Havane et Moscou, afin que ce dernier tente de mettre un terme à l'aide cubaine fournie à la révolution ni-
La défense de Cuba contre la pression de l'impérialisme et la levée du blocus économique sont liées à la défense de la révolution nicaraguayenne. 12- par l'exemple de la révolu- L'onde de choc produite tion nicaraguayenne frappe les pays d'Amérique centrale, d'autant plus que la durée de la lutte ouverte et massive contre Somoza avait déjà permis de tisser des liens entre les mouvements d'avant-garde de la région.
La victoire du FSLN a eu un impact puissant sur le Salvador où la maturité de la crise politique est la plus avancée en Amérique centrale.
La question agraire est au centre de la crise du Salvador, pays où se concentrent plus de 4200000 habitants sur une superficie six fois inférieure à celle du Nicaragua. Le sous-emploi et le chômage ont des effets dévastateurs. Plus de 30% de la population rurale «économiquement active» ne travaille que 2 à 3 mois par an et 20%, 6 mois au maximum par année.
Sous l'impulsion de l'impérialisme américain - qui tout en soutenant fermement le pouvoir militaire voudrait bien mettre en place des soupapes de sécurité - un projet limité de réforme agraire fut lancé en 1977 sous do Molina. Il fut rapidement mis dans un tiroir, non seulement à cause du refus de l'oligarchie terrienne, mais parce que la combativité des travailleurs agricoles et des paysans paupérisés risquait faire éclater les limites étroites de cette réforme.
La crise sociale et politique s'est exacerbée depuis 1978 dans un climat économique toujours plus sombre. Les entreprises impérialistes ont gelé leurs investissements, les capitaux s'enfuient du pays.
Les grèves se multiplient, les travailleurs occupent des entreprises qui ferment leurs portes ou licencient. Ils défient avec de plus en plus d'assurance forces de l'ordre.
L'audace des actions armées entreprises par les fronts de résistance urbains s'accroît. Les manifestations de masse dans la capitale - San Salvador - deviennent monnaie courante, malgré la brutalité de la répression militaire.
L'impérialisme américain redouble d'activité pour stimuler une «ouverture démocratique» qui prévienne l'explosion. Ses efforts cherchent à mettre à profit l'existence d'une direction bourgeoise de rechange.
Cependant, étroit qui existe entre tout projet d'ouverture démocratique et la question agraire rend probléralisation tramés par Washington.
Une explosion massive contre la dictature et qui devra faire face à une réaction violente de l'armée est donc loin d'être exclue.
La poussée des forces populaires au Salvador affaiblit pour l'instant les possibilités. de menées contre-révolutionnaires directes, depuis ce pays, contre le Nicaragua. Mais, en même temps, le renversement de la dictature de Romero ne ferait que rendre plus pressante pour l'impérialisme une intervention dans la région et y accroître les enjeux pour les forces anti-impérialistes.
Sur l'Amérique latine dans son ensemble, l'impact de la révolution nicaraguayenne et de ses répercussions directes en Amérique centrale est considérable.
Tout d'abord, c'est la plus vieille dictature d'Amérique latine, qui faisait peser son poids dans l'Amérique centrale, qui se
Ensuite, l'essor de cette révolution s'inscrit dans une courbe ascendante de l'activité des masses dans le continent depuis 1977 et ne peut que la renfor-
Enfin, ce sont les traits généraux du processus révolution-
naire nicaraguayen, au-delà de leurs aspects spécifiques, qui peuvent être actuellement assimilés par les secteurs les plus conscients du prolétariat comme des éléments dans la définition d'une stratégie révolutionnaire.
Ainsi, cette révolution a mis en relief : la brèche que peuvent ouvrir (dans l'actuel climat de crise économique) les contradictions intercapitalistes et la crise de direction bourgeoise à l'activité combinée des masses plébéiennes urbaines, de la classe ouvrière, des travailleurs agricoles, des paysans paupérisés et de secteurs de la petite-bourgeoisie; l'imbrication de la lutte anti-impérialiste et anti-dictatorale ainsi que leur dynamique anticapitaliste; la place centrale de l'organisation masses dans la lutte contre la dictature et dans la maturation des conditions permettant la jonction entre grève générale, lutte armée et insurrection populaire; la prédominance dans la dernière phase de la lutte des formes d'organisation prolétariennes - piquets syndicaux et d'autodéfense, milices populaires, CDC et détachements armés - et leurs effets de dislocation sur l'armée bourgeoise; la montée en première prolétariat industriel et rural et des paysans paupérisés dans l'approfondissement de la révolution permanente; la nécessité vitale d'une direction révolutionnaire pour conduire ce processus à son terme, c'est-à-dire pour exproprier les capitalistes et nationaliser l'ensemble des moyens de production, détruire l'Etat bourgeois, ses institutions et l'armée bourgeoise, construire un Etat se fondant sur les organes de pouvoir des travailleurs, établir un plan économique d'ensemble répondant aux intérêts de la population laborieuse, défendre les conquêtes de la révolution en armant le peuple. 13. ses sections doivent mobi- La IVe Internationale et liser toutes leurs forces pour défendre la révolution nicaraguayenne et soutenir le FSLN.
L'impérialisme américain fomente déjà ses plans d'intervention contre la naissance d'un nouveau Cuba en Amérique latine et pour cela il aura besoin de la complicité et de la participation plus ou moins ouverte des bourgeoisies latino-américaines.
Par un travail d'information et d'explication le plus large possible, par la multiplication d'initiatives unitaires, il s'agit de construire un vaste mouvement de solidarité qui permette d'arrêter le bras criminel du gouvernement américain et de ses suppôts et les manœuvres contre-révolutionnaires des bourgeoisies latino-américaines.
Les militants de la IVe Internationale dans tous les pays du monde - en premier lieu ceux des sections latino-américaines et leurs camarades qui luttent au cœur même de la citadelle impérialiste - sauront faire revivre l'exemple de l'internationalisme prolétarien du mouvement contre la guerre impérialiste au Vietnam qui contribua à infliger une défaite retentissante à Washington.
L'arme économique et alimentaire fait aussi partie de l'arsenal des représailles de la bourgeoisie internationale face à une révolution qui hérite des ruines que lui lègue une dictature sanglante !
Le mouvement unitaire de solidarité et d'aide devra déployer tous les moyens pour apporter un appui matériel au Nicaragua.
Il exigera des grandes organisations ouvrières de masse, des institutions humanitaires et des organismes religieux qu'ils mettent à contribution leurs ressources pour répondre aux besoins immédiats du peuple nicaraguayen.
Il mettra au pied du mur les gouvernements qui se paient de professions de foi humanitaires alors qu'ils distribuent au compte gouttes des sommes dérisoires en relation avec les nécessités d'une population privée privée d'alimentation et de soins médicaux. Il réclamera de ces gouvernements qu'ils fournissent sans tarder, sans conditions ni contre-partie, une aide massive aux autorités du Nicaragua libre.
Les organisations de la IVe Internationale, dans la construction du mouvement de solidarité et d'aide s'attacheront à se faire les artisans d'un front unique de tous les partis et syndicats ouvriers, afin de forger la chaîne de la solidarité de classe avec les travailleurs du Nicaragua. Dans ce cadre, ils renouvellent aux Etats ouvriers l'appel pressant que leur adressait Che Guevara pour la défense de la révolution vietnamienne. A l'instar de Cuba, ils doivent tous apporter une aide matérielle massive, sans conditions, à la révolution nicaraguayenne !
C'est en développant cette campagne de solidarité et d'aide, en refusant toute attitude routinière ou passive, que la IVe Internationale contribuera le mieux à la défense de la révolution en marche au Nicaragua.
C'est en exposant son programme et conceptions qu'elle se porte résolument aux côtés du combat du FSLN pour assurer la victoire de la révolution socialiste.
C'est en agissant comme des militants loyaux, dans le cadre de l'organisation qui a dirigé le renversement de la dictature de Somoza et qui dirige cette révolution que les militants organisés dans la IVe Internationale au Nicaragua défendront les idées fondamentales du marxisme-révolutionaire, car elles traduisent les intérêts du prolétariat et des paysans pauvres, car elles indiquent les tâches stratégiques qui culminent dans l'établissement d'un Etat ouvrier reposant sur la démocratie des conseils ouvriers et paysans.
1er octobre 1979