Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EDITORIAL

Pour une aide massive et sans condition au Cambodge

Inprecor n° 62-63, 1er novembre 1979 · p. 3-4 · 1 560 mots

Indochine Chine

Le 23 octobre 1979

NE aide massive - alimentaiet médicale, matérielle - doit être apportée de toute urgence au Cambodge. Sans une telle aide, la population cambodgienne risque d'être anéantie par la famine et les maladies. Mais les puissances impérialistes sont plus intéressées à faire un usage politique du drame cambodgien, organiser effectivement cette aide.

bref éditorial, le Washington Post (1), résume de façon saisissante les thèmes de cette opération politique proprement criminelle qu'elle met en cause ou ralentit l'organisation des qui peuvent et doivent être envoyés à la grande majorité de la population cambodgienne.

Le Vietnam, accusé d'une «tentative de génocide», dans sa volonté de «dominer l'ensemble de l'Indochine», aurait décidé de faire physiquement disparaître le peuple khmer : ce «génocide, loin d'être une conséquence accidentelle d'une décision politique, semble presque être en fait la décision» prise par Hanoï. «Le Vietnam ne semble pas vouloir que les Cambodgiens soient sauvés de la famine, même dans les zones qu'il contrôle». «Les agences internationales de secours ont imploré Hanoi(...) afin de recevoir la permission de faire ce qui restait possible dans ce pays dévasté (...) Mais Hanoï (...) a en fait interdit à ces agences de faire plus que des gestes symboliques».

Cet éditorial est écrit à la mi-octobre de cette année. Or,

Publié dans «International Herald Tribune» du 13-14 octobre 1979

Editorial voilà déjà cinq mois qu'une première mission (privée) de secours a pu se rendre à PhnomPenh. Elle affirme que l'aide apportée distribuée à la population. En août, une nouvelle mission organisée par treize associations sanitaires et médicales, humanitaires et religieuses, aboutissait à la même conclusion. Un représentant de l'UNICEF (organisme de l'ONU chargé secours aux enfants) pouvait se rendre lui aussi, cet été, dans la capitale cambodgienne pour faire le point de la situation. Le Washington Post évite soigneude se demander pourquoi des organismes privés ont pu ainsi faire plus vite et mieux que la Croix rouge internationale et l'ONU?

La réponse à une telle question est simple : elle relève de la politique suivie par les puissances occidentales à l'égard de l'Indochine, politique que le Guardian en Angleterre résumait en ces termes : «...organiser l'aide au Cambodge de façon à accorder le minimum de légitimité à Heng Samrin (le gouvernement de Phnom Penh) et le maximum de soutien à Pol Pot (...) et poursuiure l'objectif irréaliste d'utiliser une armée de fonctionnaires des organismes d'aide au Cambodge afin «d'internationaliser» ce pays et de l'ouvrir à Sihanouk» (1).

A cette fin, la Croix rouge internationale a demandé à bénéficier au Cambodge d'un statut diplomatique avec liberté d'action totale et des pouvoirs indépendants de l'administration de Phonm Penh. Face à l'opinion publique, les secours aux populations khmères réfugiées près de la frontière thaïlandaise étaient mis en balance

Pour une aide massive et sans conditions au Cambodge avec l'aide aux population résidentes dans les «zones sous l'administration Heng Samrin», à qui on demandait par ailleurs d'accepter officiellement le principe de l'envoi de secours dans les zones tenues par les forces de Pol Pot. Ces dernières recevaient néanmoins une aide alimentaire et sanitaire sans que personne ne leur ait posé les mêmes conditions préalables qu'à Phnom Penh !

Depuis peu, la Croix rouge internationale et l'UNICEF ont commencé à organiser concrètement les envois d'aide au Cambbodge. Mais les tergiversations des organismes de secours officiels sont d'autant plus graves qu'elles s'inserivent dans un cadre politique d'ensemble qui vise à maintenir l'Indochine en état de guerre. Le gouvernement thailandais se «neutre» dans le conflit cambodgien. Pourtant, chinois, Pengfei, vient de reconnaître dans une interview publiée dans le Bangkok Post que «la Chine fournit des armes aux forces de Pol Pot par voie de terre et par mer pour les aider à combattre les Vietnamiens (via la Thailande)». Le dirigeant chinois profite de l'occasion pour appeler publiquement le Parti communiste thaï - d'obédience maoïsteà joindre ses forces à celles du gouvernement Kriangsak (2).

Des journalistes ont pu témoigner de ce que l'aide transitant par la Thailande arrivait parfois directement dans les camps militaires des Khmers rouges ou des Khmers serei (d'extrême-droite). sont les soldats khmers rouges qui se replient en Thailande. Il y aurait, par exemple, au moins, soldats Khmers rouges

Page 4

ne frontalière et qui se trouvent dans un état d'affaiblissement extrême. Mais elles ne doivent en aucun cas servir de couverture à un appui matériel, militaire et politique, soit aux forces khmères rouges, soit aux khmers serika et sihanoukistes, qui agissent dans ces stationnés dans le seul camp de réfugiés situé près de la ville de

Trat (3). Enfin, notant la déprise par le gouvernement Kriangsak de regrouper les réfugiés khmers loin

- mais tout près d'une zone

«sanctuaire» des forces de Pol

Pot - Paringaux concluait dans

Le Monde que le «geste humanitaire de Bangkok ne paraît cependant pas signifier la fin du soutien diplomatique et matériel en faveur des groupes de anti-vietnamiens, qu'ils soient Khmer rouge ou Khmer serei» (4).

L'ONU vient, quant à elle, de maintenir la représentation des Khmers rouges, sinistre farce juridique qui en dit long sur les projets politiques des régimes occidentaux, à commencer par celui des USA.

La Chine, pour sa part, lie explicitement la question l'aide humanitaire au retrait préalable miennes du Cambodge. L'objectif actuel demeure de renforcer l'opposition régime Heng Samrin. «Quelles que soient les erreurs que le gouvernement du Kampuchea démocratique (à savoir le régime Pol Pot) ait pu commetre, il représente maintenant la résistance principale à l'agression vietnamienne au Kampuchea.» gouvernement façon claire à la population cambodgienne.

fait actuellement parvenir de très importantes quantités d'armements en Thailande pour que Bangkok soit à même de «faire face à toute incursion vietnamienne» : chars de combat M48, canons de 105 à longue portée, bombardiers 18 FSE...

La population cambodgienne a été terriblement éprouvée par la violence de la guerre américaine et des bombardements de 1970-1975, ainsi que par l'interruption soudaine du pont

Article éditorial du «Guardian» septembre, Pilger, dans le «New Statesman» du 3) «Bangkok Post» du 21 octobre, ité dans «Le Monde» du 23 octobre taux cités par le «Pacific Institute» aérien qui alimentait

Penh; par les déplacements forcés de population, la collectivisation intégrale et brutale, la destruction des liens familiaux, les purges systématiques et la sous-alimentation alors que le régime Khmer rouge était en place; par l'effondrement ultime des structures administratives et de l'organisation de la production agricole, à la suite de l'intervention vietnamienne de janvier 1979 et de la chute sans grands combats du gouvernement de Pol Pot. La détresse physiologique et psychologique est telle qu'une large proportion des femmes frappées de stérilité.

Il faut sauver un peuple en péril. Mais pour cela, il faut faire plus que l'envoi d'une aide alimentaire, médicale et sanitaire d'urgence : il faut aider à la relance des activités sociales. Or les rapports des représentants des organismes médicaux, humanitaires et religieux qui se sont rendus récemment au Cambodge - qu'ils soient privés ou officiels - concordent pour dire

L'administration Heng Samrin, grâce notamment à l'appui vietnamien, contrôlerait le gros du territoire «utile» (les forêts couvrent une partie importante du pays). Les forces de Pol Pot n'auraient, hors de leurs «sanctuaires» en Thailande et leurs bases dans certains massifs montagneux, qu'un réseau d'infor-

Get de sympathisants dans le pays et ne semblent bé* Une aide massive, sans conditions politique, doit être envoyée der à reconstruire le pays ! * Des secours vitaux doivent être apportés aux populations cimêmes régions (7) ! néficier d'aucun réel soutien populaire. Ils peuvent organiser des coups de main en de nombreux points du territoire entretiennent l'insécurité, mais les combats militaires proprement dits entre Khmers rouges et forces vietnamiennes sont très localisées (actuellement en quelques points de la frontière thailandaise).

Les membres du Comité français d'aide sanitaire et médical, qui ont pu se rendre à Phnom Penh en mai et à nouveau en août 1979, ont noté, à trois mois d'intervalle, une réelle amélioration de la situation : le nombre de gens migrants sur les routes pour reconstituer leur famille ou retrouver leur village était beaucoup moins important; la production agricole reprenait, bien que très lentement: Phnom Penh était peuplé de plusieurs dizaines de milliers de personnes, les dispensaires et hôpitaux s'étaient agrandis; le nombre des naissances et des conceptions était à nouveau en hausse; des écoles s'étaient ouvertes; on voyait de plus en plus de Cambodgiens en armes.

Il est possible, dans ces conditions, d'aider à la poursuite de cette relance des activités socio-économiques. Le régime Heng Samrin reste, certes, totalement dépendant de la présence vietnamienne. Il ne s'agit pas de légaliser par ce biais la présence dans le pays de l'armée vietnamienne. Il s'agit simplement de reconnaître que la population cambodgienne ne peut être effectivement aidée sans une collaboration réelle avec l'administration de Phnom Penh et, que sans une relance durable des activités sociales et politiques des masses au Cambodge, la population khmère sera de toute façon dans l'ind'imposer son droit à l'auto-détermination. à Phnom Penh, pour sauver la population cambodgienne et aiviles qui se réfugient en Thailande ou sont massées dans la zo5) «Le Monde» du 23 octobre 6) «Le Monde» du 11 octobre 7) Les Khmers serei proviennent des anciens mouvements d'extrême-droite cambodgiens. Les Khmers serika se sont formés plus récemment autour, notamment, d'un ancien Premier ministre de Sihanouk : Son Sann. Les plus directement de l'ancien Prince régnant. Les Khmers rouges sont liés à l'ancien régime Pol Pot.

Une erreur sur cette page ?