PRES la Deuxième Guerre mondiale, l'affaiblissement de l'impérialisme et la formidable montée de la révolution coloniale, symbolisée par la victoire de la révolution chinoise en 1949, obligèrent la bourgeoisie des métropoles à opérer un repli tactique. Les vieux empires coloniaux furent progressivement démantelés. La presque totalité des anciennes colonies acquérirent l'indépendance politique. D'OU VIENT LE «MOUVEMENT DES NON-ALIGNES» ?
Ce repli ne s'accompagna cependant point d'un abandon de l'emprise économique du capital impérialiste sur les anciennes colonies, devenues des pays semi-coloniaux. Il fut de même combiné dans de nombreux cas avec le maintien de bases militaires et l'inclusion des pays ayant accédé à l'indépendance politique formelle dans des pactes militaires assurant à l'impérialisme le contrôle des zones stratégiques-clés du monde.
Le sens du repli tactique de l'impérialisme consistait à transformer les classes possédantes des anciennes colonies - et avant tout leur bourgeoisie industrielle, qui avait connu un certain essor pendant la guerre et l'immédiat après-guerre - en asso-
Non-alignés
Le mouvement des r
et la conférence de
ciés mineurs («junior partners») du système impérialiste international. En échange de quelques miettes du festin, ces associés devaient assurer la permanence de l'ordre bourgeois dans leur propre pays et contenir la poussée revendicative des masses, - fût-ce à l'aide d'une démagogle nationaliste anti-impérialiste.
Le capital impérialiste cherche à réaliser ce projet avec le moins de frais possible. En fait, après le «boom» de la guerre de Corée, la part des classes possédantes des semi-colonies dans la répartition de la plus-value extraite à l'échelle mondiale n'augmenta guère. On pourrait même estimer qu'elle diminua pendant deux décennies. La bourgeoisie semi-coloniale en fut fort mécontente.
Elle était en outre exposée à un mécontentement croissant des masses paysannes, ouvrières et plébéiennes urbaines paupérisées de ses propres pays. Pour celles-ci, l'accession à l'indépenliée à la solution de leurs problèmes matériels pressants : - faim, misère, maladies, analphabétisme, logements indignes, absence d'infrastructures sociales et culturelles, etc.
Or, avec le maintien du règne des classes dominantes autochtones, qui ne pouvaient couper ion-alignés
La Havane
les ponts avec le système impérialiste international et la surexploitation qu'il implique, ces problèmes restèrent insolubles. Pour une partie considérable de ces masses, la misère s'accrut même dans un sens absolu, malgré quelques progrès de l'industrialisation et quelques réformes agraires limitees, souvent d'alleurs aux frais des couches les plus pauvres de la population.
Les masses des pays semi-coloniaux étaient prêtes à accorder pendant une période du crédit aux leaders bourgeois qui avaient dirigé la lutte pour l'indépendance politique. Mais ce crédit était limité dans le temps. Par ailleurs, ces leaders étaient bien trop effrayés par le caractère de plus en plus explosif des contradictions sociales dans leurs propres pays pour envisager des confrontations violentes avec l'impérialisme, - impossibles sans une mobilisation sur une grande échelle des masses déshéritées.
Ils optèrent donc pour une stratégie de pression pacifique sur l'impérialisme, utilisant le mécontentement des masses coloniales et les risques d'explosions révolutionnaires comme moyen de chantage, afin d'obtenir plus que des «miettes»: une part plus substantielle de la plus-value mondiale.
Pour être crédible aux yeux des masses, cette politique du populisme nationaliste bour-
geois devait geois devait impliquer un certain désengagement port aux alliances militaires avec l'impérialisme. Pour être crédible aux yeux de l'impérialisme, elle devait s'accompagner d'un refus d'alliance avec les principaux Etats ouvriers, l'URSS et la Chine. D'où la doctrine du «dégagement par rapport aux deux blocs» : le but matériel à atteindre se traduisit par l'idéologie du «développement économique». La faiblesse et la contradiction fondamentale de la bourgeoisie semi-coloniale se traduisit par l'affirmation d'une réalisation de ces objectifs par la voie pacifique, par le «respect mutuel», «l'inviolabilité de la souveraineté nationale», la «coexistence pacifique», etc.
Tous ces traits fondamentaux de la stratégie des bourgeoisies semi-coloniales se sont réunis dans la doctrine du «mouvement des non-alignés», dont les véritables fondateurs, Nehru, Nasser, Sukarno et dans une moindre mesure Peron, l'incarnent d'ailleurs parfaitement. DE LA CONFERENCE DE BANDOENG A LA CONFERENCE DE COLOMBO
Formellement le «mouvement des non-alignés» fut créé à la conférence de Bandoeng, et le chef d'un Etat ouvrier y participa fort activement : Tito. La motivation de la yougoslave fut évidemment différente de celle de la bourgeoisie semi-coloniale. Pour Tito, il s'agissait avant tout de trouver des alliés contre les menaces permanentes d'intervention militaire soviétique et impérialiste qui pesèrent conjointement sur l'avait excommunié. Le «rejet de la politique des blocs», le refus de tout «hégémonisme» et la politique de «neutralité active» (et armée) était donc le dénominateur commun qui pouvait unir la bureaucratie yougoslave avec de la bourgeoisie semi-coloniale nationaliste-populiste.
La pointe «acérée» des «non-alignés» visa d'abord les puissances impérialistes européennes qui s'accrochèrent aux restes de leurs positions coloniales. Leurs rapports avec l'impérialisme américain, qui se présenta comme champion de la «décolonisation», tant à des fins de stratégie politique mondiale que pour des raisons de concurrence inter-impérialiste, furent initialement meilleurs. A cette fin, en octobre 1956, Washington a été jusqu'à intervenir pour arrêter l'agression anglo-franco-israélienne contre l'Egypte nassérienne.
Mais justement au fur et à que les vieux empires coloniaux s'écroulérent, l'impéralisme americain dut jouer de plus en plus activement lui-même, le rôle de gendarme impérialiste à l'échelle mondiale, après l'avoir déjà joué en Amérique latine. L'intervention des marines au Liban, la deuxième guerre indochinoise dans laquelle l'armée américaine se substitua entièrement à l'armée française, symbolisent cette transformation intervenue entre les années 50 et les années 60.
La bureaucratie soviétique en profita pour se présenter comme le champion de la cause de la «libération nationale» choisit la ligne d'alliance à long terme avec la bourgeoisie semi-coloniale l'avait d'ailleurs précédé sur cette voie. C'est à lui qu'on doit la formulation des « cinq principes de la coexistence pacifique», approuvés à la conférence de Bandoeng).
Cette ligne fut codifiée dans le programme adopté au XXIIe Congrès du PCUS, sous le mince couvert d'un prétendu «développement non-capitaliste» (et non socialiste !) qui caractérisait les «non-alignés». Brejnev, encore plus pragmatique et cynique, abandonna même cette prétendion. Il n'est plus question que de tavoriser «l'indépendance nationale» «développement économique» du «tiers-monde», toutes classes confondues.
Pendant la première phase du contlit sino-soviétique, reaucratie chinoise s'efforça de tirer profit de la «détente» entre l'impérialisme américain et le Kremlin, afin de se présenter comme la puissance la plus résolument anti-impérialiste et meilleure championnes des «peuples du tiers-monde». Son conflit militaire avec la bourgeoisie indienne l'éloigna temporairement des «non-alignes». Mais elle n'abandonna jamais son orientation vers la «coexistence pacifique». Dans la mesure où elle évolua vers un rejet de «l'hégémonisme des deux per grands», où sa politique étrangère se convertit de plus en plus à la recherche d'alliances avec des forces naires de par le monde, elle revient à un rapprochement avec bourgeoisie semi-coloniale, entrant en concurrence avec le Kremlin sur ce plan comme sur celui d'obtenir une collaboration plus étroite avec l'impéria-
On assista donc à un double et triple jeu de pression et de chantage. La bourgeoisie «non-alignée» cherche à monnayer colère et les explosions menaçantes dans les pays semi-coloniaux afin d'obtenir des concessions politiques et économiques de la bourgeoisie impérialiste, synthétisée par la formule «nouvel ordre économique mondial». La bureaucratie soviétique (et dans une moindre mesure la bureaucratie chinoise) offre une aide économique et militaire aux «non-alignés», afin d'obtenir de meilleures conditions de «coexistence pacifique» avec l'impérialisme. Les «non-ali- «non-alignés» menacent d'aller chercher à Moscou ou à Pékin ce que leur refuseraient Washington, Londres, Bonn, Tokyo
Mais tous sont d'accord pour que la structure fondamentale du système capitaliste international ne soit pas mise en question par des «forces incontrôlables» (c'est-à-dire des révolutions). Tous cherchent à modifier les rapports de forces et la répartition des profits au sein du système, et non pas à le renverser. Malgré tous les cris démagogiques en sens contraire, tous ont agi pour conserver et non pour bouleverser «l'ordre économique mondial». (1).
LES TROIS MYSTIFICATIONS DES «NON-ALIGNES»
Le «mouvement des sances non-alignées» ne peut se présenter comme tel, et influencer en tant que tel les masses en révolte latente ou ouverte des pays coloniaux et semi-coloniaux, qu'en utilisant de manière grossière ou subtile trois mystifications. Il n'y a pas «mouvement». Il n'y a pas des «non-alignés». Et il n'y a pas de «pays» ou de «puissances» du «tiers-monde» qui tent», mais des nations divisées en classes sociales, aux intérêts antagonistes, des Etats gouvernements), à classe précise qui s'engagent dans des manœuvres politiques pour défendre ces intérêts di-
Il n'y a pas de «mouvement», parce que les classes possédantes des pays coloniaux et semi-coloniaux ont une peur mortelle précisement de pareille éventualité, c'est-à-dire, de concertée de centaines des millions d'exploités de par le monde, contre l'impérialisme. Ce qui est présenté comme «mouc'est la rhétorique. Des résolutions doivent remplacer (et empêcher) des révolutions. S'il y a «action», elle se passe dans les coulisses, sous la forme de chantages timides, et aux résultats généralement insignifiants. L'impérialisme survivrait des siècles, s'il n'y avait que ce «mouvement»-là.
Il n'y a pas de «non-angnés», parce qu'aucune force sociale réelle n'est neutre dans ce bas monde. De nombreux gouvernements «non-alignés» sont de véritables fantoches de l'impérialisme. D'autres sont ses alliés fidèles, même s'ils ruent quelquefois dans les brancards, et ont une marge d'indépendance plus large. Quelques-uns sont des gouvernements d'Etats ouvriers, plus ou moins bureaucratisés (Corée du Nord, Yougoslavie, Cuba). d'Etats bourgeois gérés par la petite-bourgeoisie nationaliste (Angola, ( Mozambique, Ethiopie), ou de mouvements de liEtats» (OLP de Palestine, Front Patriotique du Zimbabwe,
Front Polisario saharoui, s'efforcent de combiner l'aide militaire et (ou) politique reçue des Etats ouvriers avec le main-
You l'extension économiques avec l'impérialisme. Ils finissent pour cette raipar basculer tôt ou tard impérialiste, y compris politiquement et litairement, si une révolution victorieuse ne change pas la nature sociale de l'Etat l'économie dans aucune de ces catéd'Etats (ou Etats) n'est «neutre» ou «non-alignée», rapport à l'impérialisme et au socialisme, socialisme, mais même dans leurs rapports réciproques. Tous défendent âprement des intérêts matériels particuliers, et n'hésitent point à se faire mutuellement des crocs-en-jambe, malgré tous les serments sur la «solidarité des non-alignés». Les
Centre les l'OPEP et les «non-alignés» devant importer du pétrole en est une belle illustration.
Chacun de ces pays représentés dans les conférences «non-alignés» a en outre structure sociale bien définie. La plupart de ces pays sont des pays capitalistes. L'opposition de classe entre Capital et Travail, l'antagonisme entre riches pauvres, y est aussi prononcée que dans les pays impérialistes. En outre, l'exacerbation et l'explosivité des contradictions sociales a amené les classes possédantes de nombreux de ces pays à y introduire des dictatures tyranniques parmi les plus sanglantes de l'histoire.
Le gouvernement argentin vient d'être accusé par Amnesty International d'avoir «raffiné» l'horreur de la torture en tant que pratique de répression couau point de faire torturer des enfants en bas âge devant leurs parents. Mais le gouverned'amener à la conférence de la Havane le général Videla, chef de cette dictature infâme. Si le d'Iran n'avait hasard été renversé par les masson pays, il aurait sans doute aussi, fait bonne figure dans cet auguste aéropage de
«représentants non-alignés du tiers-monde».
La tentative de la bourgeoisie semi-coloniale de substituer aux yeux des masses, à la division du monde en classes sociales celle entre «pays riches» et «pays pauvres» doit être décomme pure superchedémagogique. paysans paupérisés et les ouvriers des pays semi-coloniaux, - la grande majorité de leur population - sont beaucoup plus pauvres que les salariés des pays impérialistes et que ceux des Etats ouvriers d'Europe.
famille royale d'Arabie saoudite - digne participant de la conférence des non-alignés - est la famille la plus riche du monde. Les bourgeois latino-américains, triels, banquiers, usuriers et gros commercants d'Asie et d'Afri-
Et même les d'Inde et du Pakistan, les classes moyennes aisées du Brésil, du Mexique, d'Argentine, de Singade Corée du Nigéria, sont en train d'accumuler du capital, ce que ne peut guère faire l'imd'Europe occidentale, du Japon et des Etats-Unis.
Cette idéologie mystificatrice a une fonction pratique précise : empêcher, retarder, freiner conquête de l'indépendance politique de classe des travailleurs et des paysans pauvres des pays semi-coloniaux; empêcher, refreiner la défense des intérêts de classe propres de ces travailleurs et paysans, par leurs propres organisations de classe.
Il n'y a aucune sous-estimation des méfaits et crimes impérialistes dans cette approche de classe des problèmes économiques, sociaux et politiques des
Castro a dit à La Havane que l'URSS n'exploite aide Cuba, faisant sans doute allusion à l'achat de son sucre au-dessus du prix du marché mondial. C'est
- mais il y aurait dû ajouter : c'est l'exception et non la règle. Car généralement les prix du marché mondial dans son avec les pays semi-coloniaux, et contribue ainsi à maintenir «l'ordre économique mondial» impérialiste, l'échange inégal et la surexploitation des peuples dits du «tiersmonde» qu'ils impliquent.
pays semi-coloniaux. Au contraire : dans tous ces pays, le règne et l'exploitation directs de la part des classes possédantes autochtones sont inextricablement liés au maintien du règne indirect et de l'exploitation directe ou indirecte de l'impérialisme. Les uns ne peuvent pas être éliminés sans les autres.
En laissant de côté les théories dites tiers-mondialistes, défendues par d'anciens marxistes désabusés, le lien principal entre l'idéologie de la bourgeoisie semi-coloniale et des courants du mouvement ouvrier international est fourni par la théorie menchévique-stalinienne de la «révolution par étapes» : d'abord marcher avec la bourgeoisie «nationale» contre l'impérialisme, puis, après avoir éliminé l'exploitation impérialiste, commencer la lutte pour les intérêts propres du prolétariat.
L'histoire a pourtant démontré à d'innombrables reprises que les classes possédantes des pays coloniaux semi-coloniaux ne peuvent ni ne veulent rompre réellement avec l'impérialisme. En surbordonnant la lutte et l'organisation autonomes des ouvriers et des paysans à un «front» avec la «bourgeoiSIe nationale», on n'accélère guère la déroute de l'impérialisme. On assure au contraire la permanence de sa domination.
Cela ne signifie pas que la bourgeoisie coloniale ou semi-coloniale ne puisse jamais déclencher une action contre l'impérialisme, surtout lors- surtout lorsqu'elle est attaquée dans ses intérêts vitaux par celui-ci. Cela signifie encore moins que des nationalistes petites-bourgeoises ne puissent engager anti-impérialistes d'envergure. Chaque fois que de telles luttes se déclenchent, elles méritent l'appui du prolétariat et exigent avant tout un appui inconditionnel des pays impérialistes (sinon ceux-ci adopteraient une position objectivement pro-impérialiste). Nous n'étions neutres ni dans la guerre sino-japonnaise, ni dans la guerre d'Algérie, ni guerre des Six jours, ni dans la guerre menée par le Front sandiniste contre Somoza, laquais de l'impérialisme, ou dans la guerre du Front patriotique contre le gouvernement de Salisbury. Nous étions chaque fois pour la victoire camp s'opposant à l'impérialisme, pour la défaite du camp impérialiste.
Mais cela signifie bien : a) que nous distinguons nettement entre de véritables combats anti-impérialistes (qui ne prennent pas nécessairement la forme militaire, mais peuvent prendre aussi celle de nationalisations de propriétés impérialistes, etc.), et la démagogie antiimpérialiste purement verbale, qui ne porte aucun coup réel à l'impérialisme (les résolutions votées aux différentes conférences des non-alignés, y compris celle de La Havane, sont de cette deuxième catégorie et non de la première); b) que les ouvriers et les paysans pauvres participent à ce combat commun avec leurs formes d'action et d'organisation propres. Qu'ils en profitent, notamment pour accélérer leur indépendance organisationnelle de classe, loin de se dissoudre dans un «front» inter-classe, au nom de l'anti-impérialisme; c) qu'ils soient éduqués dans un esprit de vigilance et de méfiance permanentes à l'égard de la «bourgeoisie nationale», qui est historiquement obligée trahir la lutte anti-impérialiste, même lorsqu'elle l'a elle-même déclenchée; d) qu'ils soient amenés à comprendre que seule la prise du pouvoir par le prolétariat allié à la paysannerie, seule la création d'un Etat ouvrier, peuvent à la fois libérer leur pays de la domination impérialiste et lui permettre de faire les premiers pas sur la voie de l'élimination des pires séquelles sociales du sous-développement.
Si ces conditions ne sont pas remplies, la lutte anti-impérialiste débouche sur une impasse, les mobilisations de masse anti-impérialistes écrasées dans le sang et les prolétaires des pays coloniaux auront en définitive échoué à se défaire des chaînes qui les attachent, à en finir avec leur misère inhumaine et insupportable. LA CONFERENCE DE
HAVANE REFLETE-TELLE UNE «RADICALISATION» DES ETATS NON-ALIGNES ?
A comparer les résolutions votées à la conférence des «non-alignés» à La Havane celles votées deux ans plus tôt à Colombo, on pourrait avoir l'impression d'une forte radicalisation politique de la part gouvernements représentés. Non seulement, les accords de Camp David sont condamnés à la quasi-unanimité. Sadate est complètement isolé. L'OLP et le Front patriotique sont re-
connu. comme des «pré-Etats». La Conférence réclame même le retrait des troupes de la dictature de Suharto (autre participant attitré du «mouvement des non-alignés» !) de Timor oriental, la suppression de la base américaine de Guantanamo et l'indépendance de Puerto-Rico. La chute de Somoza est saluée, y compris par des gouvernements qui l'avaient soutenu juqu'au dernier quart d'heure.
Mais la nature même de la majorité des gouvernements représentés à La Havane - sans parler de la nature sociale des Etats et des classes possèdantes qu'ils représentent - doit rendre tout observateur objectif plus que sceptique quant à cette prétendue radicalisation. Le gouvernement de l'UNP à Sri lanka, loin d'adopter une position anti-impérialiste plus radicale, s'efforce de briser le mouvement syndical de son pays afin de pouvoir ouvrir largement les portes à la surexploitation par des capitaux impérialistes dans des «zônes franches» (la manière dont Fidel Castro se réfère à Julius Jayawardane, chef de l'UNP comme agissant avec une «sage prudence» ne sera guère du goût des travailleurs du Sri Lanka). Le colonel Torrijos, loin de se radicaliser, a capitulé devant l'impérialisme sur le maintien du Canal de Panama sous contrôle militaire yankee. Les présidents Kaunda de Zambie et Nyéréré de Tanzanie, tout en poussant de grands cris anti-impérialistes, exercent une pression énorme du Front patriotique pour qu'ils arrêtent la guerre de guérillas et passent un compromis avec Salisbury sous l'égide de l'impérialisme britannique, c'est-à-dire pour qu'ils collaborent à la consolidation d'un régime néo-colonialiste au Zimbabwe. On pourrait allonger cette liste sans difficulté.
Ce que les motions votées à La Havane reflètent, ce n'est donc nullement une bourgeois «non-alignés», voire un engagement de leur part d'entreprendre une action antiimpérialiste plus résolue. Ce qu'elles reflètent, c'est :
a) le rapport de forces ment détérioré pour l'impérialisme par la défaite en Indochine et la chute du shah, détérioration dont la bourgeoisie semi-coloniale cherche à tirer profit, non pour abattre l'impérialisme, mais pour obtenir une part plus grande du gâteau; b) une relance sérieuse du mouvement de masse dans toute une série de pays semi-coloniaux, relance symbolisée par les révolutions éthiopienne, iranienne et nicaraguayenne, et la montée des luttes ouvrières au Brésil, mais qui se manifeste également par les amples luttes au Pérou, en Egypte, en Tunisie, dans divers pays d'Afrique noire, etc. La bourgeoisie semi-coloniale est obligée de tenir un langage anti-impérialiste plus radical pour conserver une chance de contenir cette poussée.
Le ton employé à La Havane est donc révélateur de ce qui s'était passé auparavant et non le produit du succès d'une quelconque «aile gauche» ou «radicale» parmi les gouvernements réunis là-bas, en opposition à une prétendue «aile conserva-
Beaucoup d'observateurs ont voulu présenter le résultat de la Conférence comme un succès d'une telle «aile progressiste», regroupée autour de Cuba, «l'aile conservatrice», regroupée autour de Tito. Il est certain que sur pas mal de questions controversées, tro adopta des positions plus radicales (souvent identiques à celles de la diplomatie soviéti-
Il est aussi certain que, dans la situation internationale actuelle, la bureaucratie soviétique peut tirer profit de l'affaiblissement de l'impérialisme, pour renforcer ses liens diplomatiques avec des régimes petits-bourgeois comme ceux de l'Angola, du Mozambique, d'Ethiopie, d'Afghanistan, tout en con-
Usa politique traditionnelle d'alliance avec la bourgeoisie semi-coloniale même sous des régimes dictatoriaux comme celui de Videla.
Sans aucun doute, Tito adopta les positions plus « traditionalistes» du «mouvement des non- engagés». Fidel Castro proclama que «le camp socialiste» est «l'allié naturel» des «non-engagés». Tito s'en tint à sa position «d'équidistance par rapport aux deux blocs» et de «rejet de tout hégémonisme».
Mais Tito n'est pas un porte-parole de l'impérialisme. Il est le porte-parole de la bureaucratie d'un petit Etat ouvrier, qui est obsédée par le risque d'une intervention militaire soviétique en cas de crise politique dans son pays (le précédent de la Tchécoslovaquie prouve cette obsession n'est pas sans fondements). Elle réagit de manière ultra-opportuniste devant ce danger, c'est entendu. Mais ce faisant, elle ne fait que suivre la logique du «socialisme dans un seul pays», - qui domine la politique des bureaucraties de tous les Etats ouvriers. Cela ne rend pas l'Etat ouvrier yougoslave, ni sa bureaucratie,
«réactionnaires» que des Etats bourgeois (et des gouvernements despotiques qui fusillent des communistes comme ceux de l'Irak) qui ont appuyé Cuba sur toutes les questions a la conférence de la Havane. Pour pouvoir justifier pareil jugement, il faudrait commencer à remettre en question la ouvrier de la Chine, de la Corée du Nord, de la Yougoslavie, comme les dirigeants cubains et vietnamiens sont d'ailleurs en train faire. Traiter le régime de Pékin de «fasciste» ne pourra conduire qu'aux mêmes conséquences désastreuses auxquelles la théorie du «social-impérialisme soviétique» avait conduit les dirigeants maoïstes. LES CONTRADICTIONS DE LA POLITIQUE ETRANGERE DE CUBA
Fut-ce donc une erreur de la direction castriste de s'engager dans le «mouvement des non-engagés», d'accepter de tenir la conférence à la Havane ? Nous ne le croyons pas.
Mais nous ne croyons pas non plus que cette conférence fut une grosse déroute pour l'impérialisme. Les véritables déroutes, ce sont les masses
rence. Voici des extraits d'un bilan sobre de la situation de cet Etat et de son gouvernement ô combien «non-engagés» et «anti-impérialistes», paru dans le très conservateur hebdomadaire
«La Banque de Développement Asiatique a récemment rapporté que les Philippines sont la nation la plus mal nourrie d'Asie, avec une consommation quotidienne de calories par tête d'habitant inférieure à celle d'Indonésie, du Bangla Desh et de l'Inde ...
Le Ministère de l'Agriculture des Philippines évalue de la manière suivante la chute rapide de la consommation de produits alimentaires de base entre 1970 et 1974 : viande et produits laitiers, moins 50%; poulets, œufs, poissons, fruits frais et la plupart des légumes, moins un
Le Ministère de la Santé rapporte que 85% des écoliers souffrent maintenant de déficien-
Les salaires réeis ont diminué d'environ un tiers depuis que la loi martiale fut imposée
(qui interdit les grèves et la plupart des syndicats), alors que le coût de la vie a presque triplé pendant la même période ... Un quart de la population ne peut pas trouver assez de travail pour
... Un politologue américain, Robert Stauffer, a caractérisé le développement des Philippines par le terme «reféodalisation» : une nouvelle oligarchie a gagné le contrôle sur le pays, tournant l'horloge en arrière en matière de nationalisme et d'industrialisation. Les classes moyennes «sont engagés en peu d'activités dans le sens de construire la nation qu'on attend d'elles»; elles acceptent «des rôles dépendants» au sein d'institutions et de sociétés multina-
... Même le programme de réforme agraire tant vanté semble avoir complètement dévié de son but initial. La réforme n'est applicable qu'à 8% des paysans sans terres et exclut les deux- tiers de la surface cultivable ... Jusqu'en avril 1979, seulement 1500 (sic) fermiers ... avaient reçu une propriété foncière ... 0,3% de la superficie prévue pour être distribuée...» vietnamiennes, éthiopiennes, iraniennes, nicaraguayennes qui les lui ont infligées, -et de ces déroutes-là, la conférence de La Havane ne fut qu'un faible et tardif écho, en partie d'ailleurs déformé.
Pour expliquer cette double conclusion, il faut partir d'une constatation que seuls des ultragauches infantiles mettent en question : un Etat ouvrier, et son gouvernement, ont parfaitement le droit de manœuvrer dans le camp de l'ennemi de classe, de chercher à le diviser, y compris sur le plan diplomati-
Lénine et Trotsky l'ont fait à Brest-Litovsk, à Rapallo, dans les conflits opposant Kemal Ataturk ou la République bourgeoise de Chine à l'impérialisme. Aussi longtemps que la révolution socialiste n'a pas triomphé dans les pays du monde, de telles manœuvres sont une des conditions de survie de l'Etat ouvrier ou des Etats ouvriers, quel que soit leur degré de bureaucratisation.
britannique «The Economist », du 13 octobre 1979 :
tiers ...
ces en protéines et en calories.
gagner sa vie ...
tionales.
C'est donc de bonne guerre si Fidel Castro monnaye à son tour la nouvelle montée de la révolution coloniale pour accentuer - même si c'est seulement sur le papier - les contradictions entre la bourgeoisie semi-coloniale et la bourgeoisie impérialiste.
Mais chercher à tirer profit des contradictions inter-capitalistes n'est qu'une des conditions de survie de l'Etat ouvrier cubain ni la condition suffisante pour permettre à une révolution en marche comme celle du Nicaragua d'échapper aux contraintes du marché mondial et des institutions financières du capitalisme international. Et c'est là que le bât blesse. C'est là que les contradictions de la politique étrangère cubaine apparaissent au grand jour.
Fidel Castro est le chef d'un Etat ouvrier né d'une authentique révolution ouvrière et paysanne. Il n'est pas de formation stalinienne. Il a une doctrine propre qui se situe entre le staCastro a salué la présence du gouvernement des Philippines linisme et le marxisme-révolutionnaire, qui se traduit par des pratiques contradictoires. Il n'est pas un agent de la bureaucratie soviétique.
L'isolement de la révolution cubaine dans l'hémisphère occidental, par suite des défaites successives des révolutions latino-américaines de celles du Brésil de 1964 à celle de l'Argentine de 1976), a placé l'Etat ouvrier cubain dans une situation de dépendance matérielle de plus en plus prononcée par rapport au Kremlin. Il est incontestable qu'une interaction s'est produite entre cette dépendance matérielle, ses retombées politiques et idéologiques, et le processus de bureaucratisation à Cuba (ce n'est pas l'objet de cet article de traiter du point atteint par ce processus). Il est tout aussi incontestable que cette dépendance pèse lourdement sur les épaules d'une partie des dirigeants cubains, - et que ceux-ci voudraient bien en réduire le poids et regagner une marge comme observateur à la confé-
de manœuvre plus ample par rapport au Kremlin.
Mais il y a deux voies pour ce faire, - et ces voies bifurquent trop pour qu'on puisse les suivre longuement toutes les deux à la fois.
La première, c'est de miser sur une nouvelle extension de la révolution. C'est ce que Castro a fait jusqu'ici en Angola, en Ethiopie, au Nicaragua, et c'est évidemment tout à son crédit. L'avenir démontrera s'il poursuivra cette voie jusqu'au bout au Nicaragua, c'est-à-dire s'il encouragera ou s'il freinera le processus conduisant à l'apparition d'un deuxième Etat ouvrier dans l'hémisphère occidental. Ce sera un test important du degré atteint par la bureaucratisation à Cuba.
La deuxième vole, c'est de miser sur l'alliance avec la bourgeoisie semi-coloniale (avant tout la bourgeoisie dite «libérale» de la région, c'est-à-dire celle du Mexique, du Venezuala, de Costa Rica, de Panama, voire de Colombie et d'Equateur, bien que les gouvernements de ces deux derniers pays ne montrent pas beaucoup de traits «libéraux», c'est le moins qu'on puisse dire). Voila le sens profond que prend la conférence de la Havane, parfaitement illuminé par le discours prononcé par Fidel Castro devant l'Assemblée Générale de l'ONU. Il y a parlé comme le chef de l'Etat ouvrier cubain, devenu porte-parole d'un bloc avec la bourgeoisie semi-coloniale. A côté d'une excellente agitation socialiste, n'y manquaient rien, ni l'évocation de la coéxistance pacifique, ni l'appel au rejet de tout «hégémonisme» sans distinction de camp de classe (hier encore violemment reproché à Tito et à Teng Hsiaoping). ni l'appui à la politique d'austérité des gouvernements impérialistes sous le couvert de la «lutte contre l'inflation», ni la présentation frauduleuse des accords SALT Il comme une contribution au désarmement alors que la course aux armements s'accélère.
Cette deuxième voie, la direction castriste l'a d'ailleurs déjà mise en pratique au Pérou, au
Panama, au Mexique, ou elle s'est complètement alignée sur la politique des PC locaux, et l'appui au PC argentin par le silence. Elle traduit une adaptation claire à la théorie «révolution par étapes», opposition à la pratique de la révolution cubaine victorieuse qui suivit la logique de la révolution permanente, du moins partiellement récupérée par le «Che» et par Fidel sur le plan également lorsque la révolution atteignit son point culminant (par exemple la fa«La révolution sera socialiste ou elle ne sera pas»).
On pourrait objecter : à la Havane et à New York, Fidel a parlé comme chef de gouvernement. Sous Lénine et Trotsky, bolchéviks, eux aussi, faisaient la distinction entre le langage du gouvernement, et celui du Parti et de l'Internationale Communiste fait pas cette distinction. Il n'y a pas d'Internationale castriste, ou de PC cubain, parlant un autre langage que celui de Castro, chef de gouvernement.
Ensuite, le discours de Castro, pas plus celui de New-York que celui de La Havane, ne furent réservés aux seuls diplomates. Ils furent diffusés à des centaines de milliers, voire de millions d'exemplaires, de par le monde. Ils touchent les masses des pays semi-coloniaux bien plus que leurs gouvernements. C'est donc pure fiction que de prétendre que ces discours ne font que prolonger la «manœuvre diplomatique». Ils contribuent à influencer la conscience et l'idéologie de millions de prolétaires et de paysans pauvres.
Enfin, justement à ce propos, Lénine et Trotsky n'ont jamais pratiqué le double jeu. Ils ne disaient pas tout devant des diplomates bourgeois, - qu'on ne doit d'ailleurs guère chercher à convaincre des vertus de la révolution mondiale. Mais ils ne leur disaient pas le contraire de ce qu'ils disaient aux masses, dans la mesure où leurs paroles risquaient toujours d'être entendues par ces mêmes masses laborieuses, ou répétées devant elles, et qu'il ne fallait pas les
Men erreur. Ils s'en tenaient à la règle que s'il ne faut
«par principe» aucune manœuvre ni aucun compromis mais à condition que ceux-ci élèvent la conscience de classe des exploités, leur contiance en eux-mêmes, leur résolution de s'organiser et de se libérer eux-mêmes.
Or, caractériser les tyrans, les sangsues, les valets de l'impérialisme, voire les «nouveaux riches» du tiers-monde présents à La Havane, comme de valeu-
reux combattants anti-impérialistes (2); présenter l'alliance avec eux comme une alliance nécessaire, proclamer qu'il fallait conserver l'«unité» des gouvernements non-engagés; en conclure même que l'humanité pourrait faire l'économie de la «révolution» et de «l'apocalypse», si seulement l'impérialisme se montre sage et instaure un «nouvel ordre économique», - proposition identique à celle faite devant la même Assemblée de l'ONU en 1974 par le Président bourgeois mexicain Luis Echeverria -c'est semer une confusion énorme dans la tête des ouvriers et des paysans des pays semi-coloniaux. C'est abaisser et non élever leur conscience de classe politique. C'est donc en définitive réduire et non augmenter les chances de porter des coups décisifs à l'impérialisme.
Et comment ne pas placer dans cette même catégorie de confusion inadmissible semée chez les travailleurs les paroles chaleureuses avec lesquelles Fidel Castro salua la présence, comme observateur à la conférence de la Havane du représentant de l'Etat bourgeois espaavec son appareil monarcho-fasciste intact, et n'hésitant pas à pro-
Ice contexte: «Nous avons besoin d'amis en Europe occidentale industrialisée qui ne soient pas liés au train impérialiste». Comme pagne n'était pas elle-même une impérialiste, étroitement - y compris par des bases militaires ! - à l'impérialisme américain. Comme Etat, son roi, son armée, sa classe possédante et son gouvernement, n'étaient pas des ennemis farouches des travailleurs et des nationalités basque et catalane opprimées.
Cette énorme confusion politique semée parmi les masses laborieuses du monde sur qui sont leurs véritables amis et alliés, et qui sont leurs ennemis implacables, fait partie du bilan objectif de la conférence de la Havane.
C'est pour cette raison que, malgré les apparences, elle ne constitue nullement une défaite grave pour l'impérialisme.
Les représentants des classes possédantes semi-coloniales sont venus à la Havane, non pas parce que Castro utilise un langage conciliateur à leur égard, en échange de leur langage
Fidel Castro n'hésite pas a affirmer : «Nous sommes fermement anti-impérialistes, anti-néocolonislistes, cistes, anti-sionistes, anti-fascistes, parce que ces principes font partie de notre pensée; ils constituent l'essence et l'origine du mouvement des pays non-alignés, et ont formé sa vie et son histoire depuis sa fondation.» En confondant délibérément la pensée des révolutionnaires cubains, celle des masses laborieuses du «tiers-monde» et celle des gouvernements du (car ce mouvement est un «mouvement» de gouvernements), il accorde, d'«anti-fascisme» aux dictateurs Videla, Sukarno, Marcos et un brevet d'«anti-rascisme»
«dur» à l'égard de l'impérialisme. Ils sont venus à La Havane afin d'utiliser le prestige accru -accru par l'Angolo, l'Ethiopie, le Nicaragua - de la révolution cubaine, en vue d'étouffer la révolution dans leurs propres pays. Ils disent à leurs peuples: «Voyez, même Castro reconnait nos mérites (3). Ne marchez pas sur nos plates-bandes, laissez-nous faire. En échange, nous vous offrons des résolutions anti-impérialistes du tonnere». Le moins qu'on puisse dire, c'est que cela augmente la confusion. On ne trouvera guède telles sources de confusion dans les discours de Lénine et de Trotsky, y compris au niveau gouvernamental, y compris diens du Jan Sangh et au premier ministre de Sri Lanka, Jayawardene, au même moment où celui lance une campagne raciste contre la minorité tamoul, - sans parler du chauvinisme anti-kurde des khomeinistes iraniens. (3) Les travailleurs algériens auront eu quelque doute sur la justesse de la référence de Fidel à Houari Boumediene comme «héros de la libération et de la révolution de son pays». S'il a effectivement joué un rôle positif dans la lutte de libération nationale algérienne, il n'en a pas moins été le chef de la contre-révolution qui avait éliminé un autre «ami bien-aimé» de Fidel, Ahmed Ben Bella.
au cours de «manœuvres diplomatiques».
On objectera encore : il faut tenir compte du contexte conjoncturel et géographique précis. Au cours des demiers mois, Cuba a été la cible de manœuvres, de pressions, d'agressions impérialistes accrues. Il y eut la décision de Washington de maintenir le blocus. Il y eut tout le bruit fait autour de la prétendue «brigade sovietique», pretexte pour renforcer la présence militaire yankee à Guantanamo. Il y eut la menace à peine voilée d'une intervention militaire en cas de présence de troupes cubaines en Amérique centrale. Il y eut la création d'une , base avec force d'intervention spéciale en Floride, Tout cela n'est évidemment pas sans rapport avec les progrès de la révolution nicaraguayenne, la chute de Somoza et ses consél'ensemble de l'Amérique centrale.
Vue la réticence manifeste du Kremlin d'étendre sa garantie d'appui actif à Cuba dans l'hémisphère occidental, sans même parler de son refus d'appuyer une quelconque «aventure révolutionnaire» en Amérique centrale, Fidel Castro s'est tourné vers les bourgeoisies «libérales» de la région (le Mexique, le Panama et le «bloc andin») pour essayer de neutraliser les manœuvres impérialistes. Ces bourgeoisies, effrayées par les risques d'une conflagration généralisée dans la région en riposte à une agression yankee, soumises en outre à la pression croissante d'une radicalisation politique de masse dans quelques-uns de leurs pays, ont bril'isolement diplomatique dans lequel se trouvait la révolution cubaine.
L'expression la plus spectaculaire de ce revirement, ce fut le refus de la majorité des gouvernements membres de l'OEA à autoriser ou couvrir l'envoi d'une quelconque force d'intervention militaire au Nicaragua. Ce refus a contribué à la victoire du Front Sandiniste et a desserré l'étau autour de Cuba.
Ce fut incontestablement un succès diplomatique de taille pour Cuba et un échec important pour washington, - succes et échec qui sont, en derniere analyse, les sous-produits de la montée révolutionnaire dans la région. La conférence de la Havane a été conçue par la direction cubaine comme la prolongation de ce succès. Par cet aspect, et dans ce sens, elle fut, elle aussi, un succès diplomatique pour Castro.
Mais à plus long terme, la décubain netonie, de dh peur fense efficace de l'Etat ouvrier des manœuvres de chantage de la bourgeoisie latino-américaine dite «libérale», face à l'impérialisme. Elle dépend de l'extension et des nouveaux triomphes de la révolution latino-américaine. Toute politique d'alliance• avec la bourgeoisie «nationale», d'alignement sur l'orientation stratégique des PC latino-américains de «révolution par étapes», condamne cette révolu cion à de nouvelles et sanglan tes défaites. Loin de servir la cause de la défense de l'Etat cubain, elle sape à la longue cette défense, quels que puissent être ses succès temporaires.
C'est pourquoi dire la vérité sans fard sur les gouvernements bourgeois réunis à La Havane, et leur rôle réel dans le monde, n'est pas seulement une exigence élémentaire du point de vue de la défense des intérêts des masses laborieuses du «tiersmonde». C'est aussi une exigence élérentaire du point de vue de la défense de l'Etat ouvrier cubain lui-même.
20 octobre 1979