Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Solidarité avec la révolution nicaraguayenne

· Inprecor n° 62-63, 1er novembre 1979 · p. 14-17 · 2 487 mots

Nicaragua Femmes

solidarité avec nicaraguayenne

Nicaragua

Discours de

Juan Diego garcía, représentant du FSLN pour l'Europe au meeting Nicaragua organisé par la LCR (SFQI), le 18 octobre à Paris devant plus de

2 500 personnes

Camarades, en premier lieu, je voudrais transmettre le salut du Front sandiniste de

Libération nationale aux camarades qui sont venus ce soir manifester leur solidarité avec nous (applaudissements).

Nous voudrions remercier les camarades de la Ligue communiste révolutionnaire qui ont organisé ce premier meeting de solidarité avec la révolution nicaraguayenne. Nous voudrions également saluer tout particulièrement nos la révolution frères du Salvador et leur dire qu'hier, aujourd'hui et demain le FSLN est à leurs côtés. Si les circonstances historiques rendent aujourd'hui les conditions un peu plus difficiles, nous sommes convaincus qu'au terme d'une guerre prolongée, la victoire sera leur également (applaudissements).

Je veux également profiter de cette circonstance pour remercier le peuple parisien de la solidarité qu'il a manifesté à notre égard.

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J'avais préparé un discours assez long mais comme le camarade de la Ligue a fait référence à des nombreux événements qui se produisent actuellement au Nicaragua, il a donné des informations que je voulais vous donner. Bien que, nous nous reférions à la pensée de Sandino et de Carlos Fonseca Amador, sur beaucoup de choses nous pouvons dire que nous sommes d'accord (applaudissements). Il y a d'autres choses sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord, mais cela aussi est normal entre camarades. UNE BOURGEOISIE FAIBLE

Je voulais d'abord signaler une série d'éléments permettant de comprendre pourquoi et comment la révolution a triomphé au Nicaragua. Signaler d'abord que la crise du somozisme qui se précipite à partir de 1972 est absolument liée à la crise mondiale du capitalisme, même si elle revêt des formes particulières dans le cas du Nicaragua. Le somozisme fut une forme sauvage du capitalisme. Le somozisme exprimait à un degré extrême le pillage et l'exploitation des travailleurs caractéristiques du capitalisme. Sur le plan politique il signifiait la négation de tous les droits et de toutes les libertés démocratiques pour la population. L'impérialisme qui avait créé Somoza un élement de stabilisation de toute la zone centraméricaine, d'une stabilisation au profit de la réaction, l'impérialisme fut victime de sa propre invention. Et cettecrise a laissé l'impérialisme sans aucune de rechange. Ni les solutions politiques proposés par le Pentagone ni l'auto-coup d'Etat. tenté par Somoza n'ont pu aboutir. C'est ainsi que l'a signalé le camarade de la LCR, un élément important pour comprendre ce qui se passe, de voir comment le capitalisme identifié au somozisme, n'a permis qu'un développement marginal des autres forces capitalistes. Dans ces conditions ce que nous appelons la bourgeoisie d'opposition, la bourgeoisie démocratique est plus une caricature de bourgeoisie qu'une bourgeoisie réelle. Cela est vrai au moins jusqu'à aujourd'hui, et la preuve, c'est que l'impérialisme n'a pu se servir de cette bourgeoisie pour imposer une solution de rechange politique.

Le troisième élément important, c'est la crise économique et politique de l'impérialisme américain. Les impérialistes ont cherché une solution contrôlée par eux mais n'y sont pas parvenus. Ces impérialistes qui dans le passé nous avaient écrasé, qui étaient intervenus chez nous n'ont pu cette fois renouveller leurs exploits. C'est précisément là où l'impérialisme avait commis plus d'agressions que dans n'importe quel autre pays d'Amérique latine, que sa défaite a été la plus grande.

Après avoir perdu l'espoir de sauver Somoza, l'impérialisme a tenté de sauver le somozisme en sauvant la Garde Nationale. Mais là aussi il a été pris à son propre piège. La Garde Nationale et Urcuyo n'ont pas respecté les engagements pris. Cela a conduit à la dissolution totale de la Garde nationale, ce qui nous facilite le travail. L'INITIATIVE DES MASSES

En quatrième lieu, le FSLN au terme d'un processus un peu difficile de débats, avec des opinions divergentes et destendances, atrouvé dans la pratique révolutionnaire dont il avait besoin. La tactique insurrectionnelle fut un apprentissage que nous avons fait unitairement avec le peuple. Et le programme minimum du Front sandiniste est un programme qui s'est forgé au cours d'années de lutte par le dialogue avec le peuple du Nicaragua. Mais de tous ces éléments qui aboutirent à la victoire, le plus héroïque et le plus décisif ce fut l'action décidée du peuple nicaraguayen (applaudissements).

Quand en février 1978, les Indiens de Monimbo se lancèrent dans l'insurrection, ils ont montré au Front sandiniste le chemin à suivre. Comme Carlos Fonseca Amador avait déjà montré il y a plusieurs années, dans les montagnes la voie de l'insurrection, aujourd'hui c'est le peuple qui nous a montré quel était le chemin à suivre (applaudissements).

C'est ce même peuple, qui quelques mois après l'insurrection de Monimbo, se lança dans l'insurrection de septembre 78, cette fois à travers tout le pays. L'espace laissé libre par la bourgeoisie faible et incapable d'incarner les intérêts de la nation, cet espace a été rempli par les travailleurs, les paysans, les étudiants, les femmes, les habitants des bidonvilles. Et si la fondation du Mouvement du peuple uni a été une initiative du FSLN, c'estile peuple qui en a fait une alternative politique réelle.

Ce sont ces éléments qui ont permis la vietoire, ce sont ces éléments-là aussi qui orientent les tâches que nous entreprenons aujourd'hui.

Et dans ce rapport, qui est fait par un révolutionnaire pour d'autres militants révolutionnaires, je voudrais seulement signaler quelques uns des résultats obtenus en trois mois par la Révolution. LES ACQUIS DE LA REVOLUTION

La transformation la plus importante qui ait été réalisée jusqu'à présent, c'est la réforme agraire. Nous avions promis de nationaliser les terres de Somoza et nous l'avons fait. Jusqu'à la semaine dernière 51% des terres du pays étaient ainsi nationalisées. Si nous n'avons pas nationalisé davantage, c'est que nous n'avons pas les capacités administratives pour le faire.

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Deuxièmement : Nous avons nationalisé la banque, le crédit, les transports, le commerce extérieur, les ressources naturelles, les entreprises somozistes qui représentent plus de 50% du PIB et je viens de lire dans «Le Monde» que les compagnies d'assurance venaient d'être nationalisées. Nous ne voulons donner de leçons à personne mais c'est cela notre réponse à ceux qui pensent que nous ne faisons pas assez de révolution (applaudissements).

Nous avons promis d'en finir avec le système politique du somozisme et nous en avons fini avec le système politique somoziste. Il y a au Nicaragua la liberté de mouvement, d'association, de presse, les libertés religieuses, en un mot toutes les libertés que l'on pourrait qualifier de démocratiques bourgeoises.

Ce ne sont pas des choses que nous avons imposées, mais c'est ce que veut le peuple du Nicaragua. Pour les camarades qui vivent en Europe, nombre de ces revendications peuvent sembler des revendications mineures, mais pour un peuple qui a vécu un demi-siècle dans l'oppression, il s'agit là de revendications fondamentales (applaudissements).

Le fait qu'il y ait au Nicaragua la plus totale liberté de la presse montre ce que nous entendons par démocratie. Le quotidien conservateur «La Prensa», organe de la bourgeoisie d'opposition paraît régulièrement et porte un appui critique au gouvernement. Le journal «Pueblo», lié à un groupe gauchiste, paraît lui aussi régulièrement. Et les problèmes qui ont surgi avec ces camarades ou avec d'autres organisations se résolvent de façon démocratique. Il y a des moments bien sûr où il faut prendre des mesures, mais dans toutes les révolutions il faut prendre des mesures. Quand on est en Europe, on regarde les choses d'une autre façon, différente de celle que l'on a lorsqu'on est sur le champ de bataille (applaudissements).

Nous n'allons faire taire personne, nous n'allons interdire aucune opinion, nous n'allons pas permettre non plus que le processus révolutionnaire soit saboté (applaudissements).

Nous avons élaboré une constitution provisoire et des lois qui garantissent ces droits. Ce ne sont peut-être pas les meilleures ni les plus révolutionnaires, mais ce sont les meilleures pour le Nicaragua d'aujourd'hui. Telles ont été les tâches de l'Etat, les tâches du gouvernement, auquel le FSLN participe.

Mais pour nous il est clair que le problème du pouvoir n'est pas un problème formel et parlementaire. Pour nous il est clair que le Nicaragua d'aujourd'hui n'est pas encore un Nicaragua socialiste. Au Nicaragua ce qui s'est ouvert, c'est seulement un processus démocratique où le prolétariat et les couches pauvres de la population conquièrent des avantages. TROIS TACHES FONDAMENTALES

C'est pour cela qu'aujourd'hui, pour le Front sandiniste il y a trois tâches fondamentales, qui ne sont pas les tâches de l'Etat, mais les tâches du Front et qui constituent comme je l'ai déjà dit dans des conversations privées avec les camarades les garanties fondamentales que nous pouvons vous donner :

Premièrement nous organisons, nous réorganisons et nous mobilisons les masses. Les mécanismes que nous utilisons pour cela sont les suivants : en tout premier lieu, les Comités de défense sandinistes. Les Comités de défense sandinistes ne sont pas seulement des comités de défense militaires. Ce sont les germes du pouvoir populaire (applaudissements).

Les hommes et les femmes, les ouvriers et les paysans qui ont été capables à travers ces comités de quartier de faire la Révolution, sont également capables de gouverner à travers ces comités. Les comités de défense sandinistes sont une école pour gouverner, pour que le peuple prenne en main la Révolution. En deuxième lieu, et ceci est particulièrement important pour nous, l'association des femmes AMPRONAC se structure en organisation nationale qui participe non seulement aux tâches de reconstruction du pays, mais mobilise aussi les femmes pour qu'elles luttent pour leurs propres revendications (applaudissements). Si la libération du prolétariat est l'œuvre du prolétariat lui-même, de la même maniêre la libération des femmes sera l'œuvre des femmes elles-mêmes (applaudissements).

En troisième lieu, et l'initiative est venue des militants de base, s'est organisée la Centrale sandiniste des travailleurs. La Centrale a été une revendication des travailleurs eux-même, elle n'a pas été imposée par le FSLN. C'est la centrale syndicale d'un prolétariat relativement jeune, mais qui jette les bases pour qu'il devienne le soutien le plus ferme de la Révolution. De la même façon les travailleurs des champs, ouvriers agricoles et paysans pauvres, se sont organisés dans l'Association des travailleurs des champs. Et la consolidation de l'alliance ouvriers-paysans est une des garanties les plus importantes pour le processus révolutionnaire (applaudissements), dans un pays où la moitié de la population est agraire, dans un pays ou pendant des décennies, c'est la paysannerie qui a le plus supporté le poids de la répression et de la guerre. Si, dans la dernière phase de la lutte, le théâtre de la guerre a été la ville, et si nous savons tous quel a été l'héroïsme de la population

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urbaine, nous ne pouvons pas oublier que dans les années noires où la lutte du Nicaragua n'était pas connue, ce sont les paysans humbles du Nicaragua qui furent les premiers à appuyer les groupes du Front sandiniste et qui commencèrent à former l'Armée sandiniste. Et la dernière tâche, c'est l'alphabétisation et la sandinisation du peuple. Vous connaissez le programme d'alphabétisation puisque les camarades de la JCR ont décidé d'appuyer ce projet par une campagne spécifique. Mais il me suffit d'ajouter que ce programme ne sera pas seulement un programme pour apprendre à lire et à écrire, ce sera aussi un programme de travail politique où les meilleurs enfants du peuple nicaraguayen iront auprès des masses paysannes et ouvrières leur expliquer les problèmes de la révolution. Nous allons leur apprendre à lire et à écrire les mots d'ordre de la / Révolution. Nous allons leur apprendre à compter les terres qui restent encore à nationaliser (appaudissements). Cela c'est la première garantie que nous vous donnons. La deuxième, c'est l'armée révolutionnaire (applaudissements). L'ARMEE ET LE PEUPLE EN ARMES

Nous avons créé une armée révolutionnaire d'ouvriers et de paysans et nous en sommes particulièrement fiers; c'est la prolongation historique de l'Armée de Sandino, et c'est la meilleur garantie du processus révolutionnaire. Tous ceux qui voudraient saboter la révolution par l'invasion trouveront la mort en se heurtant à l'Armée sandiniste. Mais pas seulement l'armée. Le peuple qui a lutté les armes à la main doit conserver ses armes à la main (applaudissements). Non, on n'a pas desarmé les milices au Nicaragua et on ne va pas les désarmer (applaudissements). Si j'ai bien entendu ce qu'a annoncé le camarade de la Ligue tout à l'heure, nous n'allons pas seulement avoir quelques milices comme maintenant, mais nous allons avoir 300000 hommes et femmes en armes.

Et la troisième garantie, c'est le Front sandiniste lui-même. Le processus d'unification politique du FSLN est aujourd'hui plus fort que jamais. Le Front sandiniste est une organisation où l'on discute démocratiquement des différentes positions des camarades. Le Front sandiniste ne fusille personne. Le Front sandiniste discute avec toutes les organisations amies, aussi petites soient-elles, car il y a quelques mois nous etions également petits. Mais le Front sandiniste est clair : nous ne pouvons pas tolérer le sabotage de la Révolution au nom de la Révolution. Nous ne sommes peut-être pas des grands théoriciens marxistes, nous d'apprenare de Sandino et de Carlos Fonseca Amador et bien sûr aussi des grands théoriciens du marxisme, mais avant tout nous sommes des Nicaraguayens. Et la garantie morale que nous pouvons donner, c'est qu'aujourd'hui comme hier notre décision de libérer la patrie ou mourir est inébranlable (applaudissements).

Pour terminer camarades, je voulais vous redoubler de solidarité envers le Nicaragua. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de décrire à nouveau la situation de dévasta tion. Je voulais seulement signaler que la solidarité matérielle recueillie par les comités ou par les organisations amies pour nous a une profonde signification politique. s'agit pas seulement d'une aide humanitaire. Elle a la même signification politique que le refus d'aide de la part des pays riches. L'aide que nous recevons des pays riches est insignifiante, formelle. L'impression que nous avons c'est qu'ils veulent nous acculer pour nous imposer ensuite leurs conditions. Mais nous le disons clairement, nous ne vendrons pas les acquis de la Révolution pour un plat de lentilles. NOTRE VICTOIRE SERA VOTRE VICTOIRE

L'aide que nous vous demandons est politique parce que la lutte qui se poursuit aujourd'hui au Nicaragua est une lutte profondément anti-capitaliste. • C'est la même lutte que celle que vous menez ! • Ce sont les mêmes ennemis et les mêmes amis! • Notre victoire sera votre ic ire comme notre défaite ser it également votre défaite (applaudis ments) • Dans les dangers et replis potentiels auxquels la révolution nicaraguayenne est confrontée, nous avons besoin de la solidarité internationale.

Camarades, si hier vous nous avez apporté une aide généreuse pour nous aider à nous emparer des casernes de l'ennemi, aidez-nous aujourd'hui à nous maintenir dans cette tranchée avancée de la lutte qui nous est commune. Car en fin de compte nous luttons pour la même chose :

Nous voulons tous des lendemains beaux pour le monde.

- L'AVENIR NOUS APPARTIENT ET

L'AVENIR EST SOCIALISTE ! (applaudissements, l'assistance debout entonne l'Internationale) (Le titre et les sous-titres sont de la rédaction)

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