Catherine VERLA après
L les condamnations infligées à Petr Uhl, Vaclav Havel et leurs camarades, alors qu'on attend leur procès en appel et celui des cinq autres membres du VONS (Comité de défense des personnes injustement poursuivies), vies), neuf signataires de la neuf Charte 77 viennent d'être interpeles à Prague. Tel semble être aussi le cas de l'avocat, Maître Danish, déjà radié du barreau pour sa défense des signataires de la Charte 77. Au moment où nous écrivons, il
La aucune certitude sur leur situation, sinon que les interpellations seraient liées à un «complot terroriste».
Rien n'aura donc été épargné pour tenter de démoraliser, isoler et museler finalement une opposition qui se bat pour imposer le respect des droits reconnus dans la légalité «socialiste» de la Constitution tchécoslovaque : une vaste campagne des medias visant à discréditer les inculpés sur le plan de leur vie privée aux yeux de la population; des pressions morales, physiques et matérielles contre leurs amis et leurs familles -privation d'emploi, brimades et brutalités policières...; une caricature de procès; de lourdes condamnations et d'intolérables conditions de détention... Nous rendons compte de tout cela dans ce dossier. Mais cela ne
Dossier Tchécoslovaquie
Libérez Petr Ulh,
Vaclav Havel et leur
suffisait pas. Les dernières arrestations sont une tentative de «criminaliser» davantage encore l'affaire. A plusieurs reprises déjà, des accusations de «terrorisme» ont été lancées, à l'époque contre Petr Uhl (cf. la reproduction dans Inprecor n. 39 du 30.11.78, de l'article de la revue Signal). En vain. Le dossier de Petr Uhl au dernier proces n'en portait plus de trace. Il faudra à nouveau mettre en échec la tentative d'impliquer d'autres défenseurs des libertés en Tchécoslovaquie, dans une sombre affaire de lettre anonyme menaçant de «tuer le président Husak». Cette nouvelle rafle s'efforce manifestement de briser entre autres la résistance de certaines familles en s'en prenant aux enfants après avoir condamné les mères (cf. l'interpellation de Jiri Bednar et de Mille Nemeova, respectivement fils et fille de Mme Bednarova et de Mme Nemcova, condamnées au dernier procès).
L'acharnement des autorités tchécoslovaques dans le déploiement de leur arsenal répressif de la plus pure veine stalinienne, est à la mesure de l'enjeu : incontestablement, les coups dirigés contre le VONS visent ceux qui sont les plus actifs parmi les signataires de la Charte 77, ceux qui montrent à la population la voie pour une réaction collective et quotidienne contre toutes les violations des droits démocratiques et ciaux reconnus, depuis la perte s camarades !
d'emploi jusqu'aux emprisonnements. Dans un contexte intérieur de très lourd mécontentement social face aux augmentations des prix de ces derniers mois (cf. aussi notre dossier), et dans un régime où les responsables politiques de cet état de fait se désignent d'eux mêmes par leur pouvoir hypercentralisé, la lutte pour les libertés démocratiques élémentaires peut être explosive. La répression de toute contestation, de toute opposition un tant soit peu collective est donc essentielle aux yeux de l'aile «dure» de la bureaucratie tchécoslovaque. Elle l'est aussi du point de vue de ses «responsabilités» internationales : les liens de plus en plus fréquents de solidarité noués entre les divers opposants des pays de l'Est, la tendance aussi à généraliser certaines expériences d'oppositions (luttes pour l'application des droits, impulsion des syndicats indépendants), tout cela est intolérable aux bureaucrates en place et doit être brisé avant les prochaines grandes échéances mondiales que sont les Jeux Olympiques et la suite des réunions concernant les accords d'Helsinki. Le Rude Pravo, organe officiel des autorités tchécoslovaques, témoignait de que des peines maximales étaient exigées pour le dernier procès. Elles étaient les seules peines cohérentes avec l'amso- pleur des «crimes» reprochés aux inculpés.
Seule l'importance exceptionnelle des réactions internationales explique des sentences moindres que celles requises. Mais nous n'accepterons pas de telles sentences pas plus que les dernières arrestations qui prouvent, s'il le fallait, la férocité avec laquelle le pouvoir veut briser ses oppositions.
De la capacité de riposte internationale du mouvement ouvrier dépend l'avenir des mouvements pour les libertés démocratiques et les droits des travailleurs dans les pays de l'Est. Alors qu'on reproche aux membres du VONS que leurs documents soient transmis et publiés à l'ouest, il faut se battre pour que la presse du mouvement ouvrier occidental publie elle-même de tels documents; alors qu'on leur reproche d'être subventionnés par la CIA, il faut se battre pour qu'une solidarité financière soit prise en charge par les syndicats et partis ouvriers et apportée aux familles; alors qu'on reproche aux inculpés de faire le jeu des forces hostiles au socialisme, faut que tous ceux qui se disent socialistes n'aient de cesse qu'ils soient libérés; alors qu'on les condamne pour avoir donné une image fausse de la Tchécoslovaquie, il faut, à l'exemple de la commission exécutive du parti travailliste britanique, appeler à la constitution d'une COMMISSION D'ENQUETE OUVRIERE INTERNATIONALE (voire encadré), où s'impliqueraient toutes les organisations occidentales et en premier lieu évidemment celles qui ont condamné les récents procès et qui irait en Tchécoslovaquie lors des prochains procès.
Notre responsabilité est considérable pour que de telles actions voient le jour, pour que les directions ouvrières passent des paroles aux actes, et pour que dans les universités, les lycées, les entreprises, des collectes, des délégations soient organisées qui prennent contact avec les familles des emprisonnés, qu'elles aillent directement témoigner de la solidarité qu'elles expriment et rendent compte au retour, devant ceux qui les ont déléguées, de la réalité de la répression et des conditions de détention en Tchécoslovaquie. Voilà ce que les défenseurs des libertés en Tchécoslovaquie attendent du mouvement ouvrier. Voilà ce qu'ils attendent de nous.
le 6 novembre 1979