Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER TCHECOSLOVAQUIE

Délégation à Prague : une action à élargir

Inprecor n° 64, 20 novembre 1979 · p. 4-5 · 806 mots

France Europe de l'Est

Délégation Prague. Mardi 25 octobre.

Deuxième jour d'un procès

Men durer quatre. Ce sera en fait le dernier. 13h30. Cinq Français se retrouvent à l'entrée du Tribunal. Il y a là Jean Dieudonné, Sciences, délégué par le Comité des Mathématiciens; Patrice Chéreau, délégué par l'AIDA (Association de défense des artistes); Jean-Pierre Faye, délégué par le CICR (Comité internationale contre la répression); Catherine Samary, déléguée par le «Comité du 5 janvier pour une Tchécoslovaquie libre et socialiste» et Daniel Ouaki, militant du PCF, délépar quelques-uns de ses camarades (avant la prise de position officielle du BP de leur parti), pour demander la libération Alain Chalier, professeur sculpture, mandaté par son syndicat reste pour l'instant à l'extérieur, ainsi que Jean-Yves Potel, journaliste à Rouge, afin d'informer la presse de à Prague : Une acti ce qui se passe. Ces sept Français, l'avocat canadien Gordon Wright, un juriste belge, Maitre Viviane Bromckaers, mandaté par le «Comité du Premier Mai belge», et un délégué d'Amnesty International, seront les seuls à avoir pu apporter un peu de cette solidarité qui s'est manifesté partout dans le monde. Ce qu'ils ont fait ? «Pas grande chose»

Les délégués français ont demandé à assister au procès, à voir les inculpés (en particulier V. Benda, pour Jean Dieudonné et V. Havel pour Patrice Chéreau) et à témoigner (pour le Comité du 5 janvier, qui a puments du VONS). Ils ont aussi déposé une protestation collective contre l'expulsion de la salle du procès d'Anna Sabatova, femme de Petr Uhl. Ils ont rencontré les membres du VONS et le porte-parole de la Charte 77. Renvoyés de bureaucrate on à élargir (de la police) en bureaucrate (des ministères), chacun se dé-

«incompétent», c'est évidemment sans illusion qu'ils se sont pliés à toutes - mais vraiment toutes !- les démarches pour obtenir d'assister à un procès soit-disant public. Le but : gêner les autorités en procédant comme le font les membres du VONS, publiquement, et selon la légalité reconnue; directement ceux que le pouvoir cherche à isoler sur un mouvement de protestation suscité par de tels procès; pouvoir rendre compte en retour de ce

«socialisme ment existant». Et, si faible soit-elle, cette présence a effectivegêné les autorités sans qu'elle soit en mesure d'y opposer une réponse cohérente.

Ainsi les sept Français ont-ils tous pu rencontrer publiquement, dans un des plus grands cafés de Prague, le Slavia, les porte-parole de la Charte (sans cesse suivis par des poli-

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ciers, en particulier Mme Tominova) et des membres du VONS. S'ils ont tous été «courtoisement» fichés à ces occasions, ils ont pu néanmoins poursuivre leurs démarches, et le soir du procès, venir par solidarité avec les inculpés en attendre le verdict à la porte du tribunal. Intimés de «circuler», ils ont pu le faire, de long en large sous le nez des policiers nerveux pendant plus d'une demi-heure, tous seuls, alors qu'une trentaine de Tchécoslovaques avaient été arrêtés devant même le tribunal l'après-midi. Si enfin, cinq d'entre eux (cing, par hasard, les deux autres s'étant trouvés séparés à la faveur... d'une panne de secteur après la fin du procès !) ont été cavalièrement expulsés, une telle mesure survenait trop tard pour qu'elle ait empêché des liens de solidarité bien physiques de Cette

Ans Sabatova. membre du VONS, devant le tribunal de Prague.

se nouer avec les défenseurs des droits démocratiques en Tchécoslovaquie, trop tard pour qu'elle ait nui à la transmission des informations. Une telle mesure n'a pas non plus empêché les deux «rescapés» de poursuivre ce qu'ils avaient décidé de faire tous ensemble : informer les agences de presse présentes à Prague sur leurs démarches collectives et se rendre chez Julius Tomin... pour prendre le café en dépit des interdits policiers (deux messieurs en uniforme sont devant lappartement en permanence, soit disant pour «protéger» Zdena Tominova depuis qu'elle a été agressée par des hooligans. Il s'agit en fait d'isoler et tenter ainsi de démoraliser deux parmi les signataires de la Charte 77, en empêchant leurs amis et ceux de leurs enfants de venir le voir).

gêne du pouvoir bureaucratique - en Tchécoslovaquie comme dans les autres pays de l'Est - quand il se trouve confronté à tous ceux qui viennent, mandatés par des comités de défense des libertés, des syndicats ou des partis ouvriers, défendre ceux qui se battent pour l'application de droits reconnus dans la Constitution de ces pays, cette gêne face à tous ceux qui se réclament haut et clair du socialisme, marque la différence entre une telle dictature exercée au nom de la classe ouvrière, sur son dos, et les dictatures bourgeoises. Voilà pourquoi il est particulièrement important que se généralise l'exemple donné par les délégués des divers comités à Prague. Parce qu'aussi cette présence «étrangère» qui gêne les autorités, c'est pour les opposants, un peu d'espace introduit dans le carcan bureaucratique, et un peu de chaleur humaine.

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