Winfried WOLF joncturelle que nous avions formulée en mai 1979 s'est entre temps confirmée. Nous écrivions à ce moment : «Il y a de très fortes raisons de croire qu'une nouvelle récession internationale s'annonce à l'horizon. Elle peut surgir dès la fin de 1979 dans certains pays impérialistes, en 1980 dans d'autres. Entre temps, la politique des différents pays impérialistes, avant tout des Etats-Unis, pourrait être décisive au moment où ils se trouvent de nouveau confrontés au choix bien connu entre la peste et le choléra : s'ils veulent stopper l'inflation (...) alors on se précipite tout droit dans la récession; s'ils laissent le char s'emballer ou même accentuer sa vitesse (...), l'inflation sera encore plus forte et les manœuvres de freinage d'autant plus risquées...» (Inprecor, n.53 du 24/05/79).
En fait, la récession économique a commencé aux EtatsUnis au milieu de 1979; en Grande-Bretagne et en Italie, ce début se situe au milieu et vers la fin du deuxième semestre 1979; en France, on l'attend avant la fin du premier semestre 1980, de même qu'en République Fédérale Allemande. Dès lors, il ne reste plus qu'un seul point d'interrogation concernant les grands pays impérialistes : les perspectives de l'éconoen 1980 mie japonaise. A son propos, on enregistre ou prédit une chute du taux de croissance (pour le deuxième semestre 1979 pour le premier semestre 1980). Mais les avis sont encore partagés sur la question de savoir si ce pays sera entraîné dans le tourbillon de la récession internationale dès 1980.
Le scénario prévu pour fin 1979-début donc de manière étonnante à celui du premier semestre 1974, c'est-à-dire du début de la crise économique la plus grave du monde impérialiste 1929-32. A ce moment-là, tous les pays impérialistes importants, à l'exception de la France et de l'Italie, étaient orientés dans le sens d'une récession simultanée. Au cours du second semestre 1974, la crise internationale éclata, avec des chutes de production dans tous les pays impérialistes, y compris la France et l'Italie. Les tendances à la crise s'étaient donc généralisées et mutuellement renfor-
Le scénario 1979-80 ressemble à celui du début 1974 encore sur un autre point particulier : l'augmentation du prix du pétrole (et la hausse générale des prix des matières premières), qui avait eu sans aucun doute un certain effet négatif sur l'économie des pays impérialistes, en 1973-74 comme en 1979-80, est présentée par les moyens de diffusion massive au service de la bourgeoisie comme «facteur de crise numéro un», commé «la crise du pétrole», voire «la crise de l'énergie». afin de détourner l'attention de manière démagogique classique des tendances à la crise et des contradictions internes au mode de production capitaliste. Il s'agit pour la classe dominante de réorienter ainsi la conscience critique des masses, éveillée par la crise capitaliste, contre un «en-
Cette manière démagogique d'induire en erreur les masses atteint son point culminant aux Etats-Unis, renforcée par la prise d'otages à l'Ambassade américaine de Téhéran. La nation américaine, divisée depuis la guerre du Vietnam, l'affaire Watergate et la crise de 1974-75, semble de nouveau unifiée par une vague nationaliste - du moins d'après les apparences superficielles . Au lieu d'une discussion sur le début de la nouvelle crise économique et sur ses suites sociales, «l'attention de la nation a été cristallisée sur la conflagration en Iran (...). Le président J.Carter, (...) comme chef-pompier de la nation, est la personne vers laquelle tous doivent se tourner. La présidence qui avait dû affronter de véritables tempêtes, est de nouveau une affaire rentable, et avec elle le président tant attaqué et injurié» (The Economist, 22 septembre 1979). Quelle que soit l'importance de
cette analyse, et des différents aspects de la situation économique mondiale mis en évidence
Ice numéro d'Inprecor, il faut les placer dès le premier abord dans un contexte plus large et plus décisif, qui constitue le cadre de toutes les analyses qui paraissent dans notre revue depuis 1974. Depuis la fin des années 60, le système capitaliste international est endans une nouvelle crise sociale globale. La base de cette crise, ce sont les crises industrielles cycliques qui tendent à se renforcer, et dont les consédéterminent toute la vie sociale. Et les crises économiques tendent à se transfor-
Men crises politiques ou à atteindre leur point culminant dans celles-ci.
Pour la classe des salariés et les masses des pays coloniaux et semi-coloniaux, elle implique en premier lieu une attaque massive contre le niveau de vie atteint et contre les avantages de la sécurité sociale, ainsi qu'une armée croissante de chômeurs. Même à la fin de la reprise 1976-78 (79), et avant même que n'éclate la récession 1980, cela est déjà un fait. Dans presque tous les pays impérialistes et semi-coloniaux, la reprise économique (contrairement celle qui avait précédé la crise de 1974-75) n'a amené aucune augmentation significative des salaires réels; souvent il y eut même des réductions de salaires réels au cours de la reprise. Et en ce qui concerne le nombre des chômeurs, il est déjà au niveau le plus élévé de la dernière crise économique, et cela avant même que la nouvelle crise n'ait éclaté. LES PRONOSTICS...
Dans cette période de tendances renforcées à de nouvelles crises cycliques, l'importance d'analyses économiques augmente autant que celle des pronostics quant à l'évolution économique à court terme. Les institutions bourgeoises des différents Etats nationaux et de regroupements supranationaux d'Etats comme la Communauté
Economique Européenne (CEE) ou l'Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE, groupe l'ensemble des pays impérialistes du monde), disposent à ce propos les instruments de prévision les plus sophistiqués du point de vue statistique et technique. Néanmoins, ces institutions - contrairement aux analystes marxistes (1) - ont été incapables de prévoir la récession 1974-75, d'en tirer un bilan global, et de conclure, sur la base de ce bilan, à la probabilité d'une nouvelle récession inter-
A la veille de la récession qui vient de commencer, l'OCDE a été obligée de soumettre ses analyses et pronostics, qui quelquefois ne datèrent que de quelques semaines, à des corrections et rectifications draconiennes dans le sens de la baisse, - en choisissant évidemment l'excuse de la nouvelle «crise du pétrole» : «L'Organisation (OCDE) a été obligée de reviser ses prédictions déjà fort sombres pour 1980, contenues dans ses «perspectives économiques» trielles, le jour même où le rapport fut publié... Par suite de l'augmentation des prix du pétrole, on ne peut pratiquement plus s'attendre à une quelconque croissance économique l'an prochain, pour l'aire géographique de l'OCDE prise dans son ensemble» (Financial Times, 20 septembre 1979).
Pays 1978 1979 Réel prévisions OCDE mai USA 4,0% 2,5% Japon 5,6% 6,0% RFA 3,4% 4,0% France 3,0% 3,5% Italie 2,0% 4,5% GB 3,0% 2,5% OCDE 3,9% 3,5% ensemb. Source : OCDE * autre prévision de source bourgeoise ouest-allemande : 1,5%. ** au cas où le taux de croissance plus bas en RFA se vérifie.
...ET LA REALITE
Le rapport entre la réalité et les pronostics, c'est-à-dire les perspectives révisées concernant la croissance économique effective, se présente de la manière suivante: (voir Tableau I)
Dans son analyse de mai
1979, l'OCDE avait encore prédit une croissance de 2% pour l'ensemble des pays de l'OCDE.
Dans son rapport de décembre
1979, elle avait déjà réduit ce chiffre à 1%. Une nouvelle révision dans le sens de la baisse ramène maintenant ce pronostic à 0,3% vers la mi-décembre.
Mais ces prévisions devront encore être corrigées.
Ainsi, le rapport de décembre 1979 prévoit une baisse du
PNB américain de 3% pour le premier semestre 1980, mais déja l'arrêt de la récession au
(croissance plus 0,25%). De même pour la Grande-Bretagne, le rapport prévoit une baisse de 2,8% au premier semestre avec ralentiscond semestre 1980 (-0,5%).
De même, le rapport cembre 1979 prévoit-il la RFA une croissance de 1,5% pour les deux semestres
1980. prévisions semblent au-dessus de ce qui va vraisemblablement se produire. Tableau I - PRODUIT NATIONAL BRUT EN TERMES REELS CHANGEMENTS PAR RAPPORT A L'ANNEE PRECEDENTE en pourcentage
1980 (prévisions) Réel OCDE mai OCDE décemb.
1979 1979 2,0% 1,5% -1,25% 5,5% 4,5% 4,50% 4,5% 2,5% 2,0%* 3,0% 3,0% 2,0% 4,0% 2,0% 2,0% 0,5% 2,0% -2,0% 3,0% 2,0% -0,2%**
La différence entre cette appréciation de l'OCDE et les corrections plus pessimistes mais plus réalistes intervenues depuis lors ne concerne pas la question de savoir s'il va y avoir ou non une récession internationale en 1980. Même le pronostic plus «optimiste» de l'OCDE voit le taux de croissance du
PNB de l'ensemble des pays impérialistes baisser de 3,9% en
1978 à 3,2% en 1979 et 0,3% en 1980, c'est-à-dire pratiquement à zéro. Mais si l'on prend la production industrielle des pays de l'OCDE, qui exprime la statistiques taux de chômage se trouvent crise 1974-75, c'est que les augmentés dans presque tous les Etats-Unis comptent pour le pays impérialistes c'est-à-dire alors que la nouvelle chômeurs de moins qu'à ce récession a à peine commencé, moment-là. Pour les pays de quand la crise précédente avait atteint son sommet (2) :
POPULATION ACTIVE, 1975 et fin 1979
Pays
USA
Japon
Grande-Bretagne
RFA
France
Pays-Bas
Belgique
Italie
Danemark
Suède
Autriche
Finlande
Australie
Canada
Sources : OCDE
:Perspectives swoche 17/12/79
Si fin 1979 le chiffre global des chômeurs et des chômeuses dans l'ensemble des pays impérialistes se trouve encore infétendance conjoncturelle bien plus clairement que le PNB, cela impliquerait déjà un recul absolu du volume de la production matérielle. Si les correc-
«pessimistes» des tions plus chiffres de l'OCDE devaient se vérifier, la récession internationale de 1980 prendrait la forme d'une crise économique grave.
D'un point de vue «purement économique», une telle crise économique serait comparable à celle de 1974-75. Dans le domaine sociale la crise serait bien plus grave que celle de
1974-75.
L'ARMEE DE RESERVE INDUSTRIELLE
S'AMPLIFIE AVANT LA RECESSION...
Cela se dégage avant tout des rieur à 17,5 millions - le total de l'emploi. Les le plus élevé atteint pendant la fin 1979, moment encore 2,5 millions de au-dessus de ceux de 1975, la CEE, le chiffre des chômeurs avec 6,1 millions dépasse largement celui de 1975: 4,5 mil-
Tableau II - TAUX DE CHOMAGE EN POURCENTAGE DE LA
1979
1975 mois correspondant moyenne annuelle entre parenthèse
5,8 % (novembre)
8,4%
1,9 %
2,2% (octobre)
5,6 % (décembre)
3,6 %
3,5 % (novembre)
4,1 %
5,8 % (novembre)
3,8 %
4,7 %
5,0 % (novembre)
7,3 % (octobre)
4,5 %
5.9 %
8,7% (octobre)
6,0%
8,8 % (1978)
1,8 % (novembre)
1,6 %
2,0 %
2,1% (octobre)
2,2 %
5,7 % (septembre)
5,0 %
5,4% (novembre)
7,3% (novembre)
7,2 % économiques - Intitut für Wirtschaftsforschung, Hambourg, 3/1979; Financial Times 24/12/79; Wirtschaft lions (Blick durch die chaft 15/09/1979, Hannoversche Allgemeine Zeitung 20/12/
1979).
Cela veut dire que la crise de 1974-75 a reconstitué une armée de réserve industrielle, qui a été maintenue en gros pendant toute la reprise 1976-78/ 79, c'est-à-dire qui a pu exercer sa fonction «classique» : «L'armée de réserve industrielle pèse pendant la période de stagnation et de prospérité moyenne sur l'armée ouvrière active et jugule ses aspirations pendant la phase de surproduction» ( K. Marx : Das Kapital, MEW tome 23, p.668 - Notre propre traduction). .ALORS QUE L'INFLATION S'EMBALLE A NOUVEAU
«L'acceptation» des chiftres élevés de chômage n'a point conduit à une «monnaie stable», comme de nombreux économistes bourgeois l'avaient prétendu. Au contraire, l'inflation s'est de nouveau accélérée à partir de 1978. Elle atteint en 1979 un niveau qui n'est que légèrement inférieur au niveau maximum de 1974 :
(voir Tableau III)
Cette évolution inflationniste doit être particulièrement soulignée sous trois aspect. Tout d'abord, le taux d'expansion économique s'est trouvé pendant la période de reprise 1976-78/79 bien en-dessous de celui du «boom» précédant la crise de 1974-75. Le niveau élevé des prix 1979 est donc moins déterminé par la haute conjoncture que par les tendances à long terme d'endettement accru privé et public.
En deuxième lieu, la plupart des pays impérialistes ont appliqué très tôt pendant la phase de reprise 1976-78/79 une politique dite «de stabilisation», à savoir de taux d'intérêt élevés et de restrictions du crédit, contrairement à ce qui s'était passé pendant la phase d'expansion précédente: A peu d'exceptions près - comme celle de l'Italie -, l'inflation actuelle n'est donc pas le résultat d'une politique budgétaire inflationniste.
En troisième lieu, la phase actuelle du processus inflationniste dément de manière encore plus nette qu'antérieurement e
Pays
1974
1978
USA
11,4 %
7,7 %
Canada
10,5 %
9,0 %
22,4 %
Japon
3,8 %
RFA
7,0 %
2,6 %
France
13,7 %
9,3 %
G.B.
15,1 %
8,3 %
Italie
19,1 %
11,9%
Pays-B.
10,0 %
4,2 %
Suède
9,9 %
10,3 %
Source : OCDE : Perspectives économiques, décembre 1975, décembre
1979 ; The Economist 22/12/79 ; Wirtschaftswoche 17/12/79 résulta une «baisse» du taux d'inflation de 0,5% . Même des économistes bourgeois s'étaient attendus au résultat inverse et ont caractérisé comme
«inquiétante» cette manipulation par l'Office fédéral des Statistiques l'année 1975 : 21,5 % caractère démagogique et mensonger de la théorie dite du
«cercle infernal des salaires et des prix». Dans la plupart des pays impérialistes, au cours des années précédentes, l'augmentation des salaires nominaux fut à peine équivalente à l'augmentation du coût de la vie. Dans certains pays, il y eut même des pertes des salaires réels. Des améliorations du salaire réel, c'est-à-dire une participation des travailleurs à l'accroissement considérable de la productivité, n'ont été acquises que dans de rares cas. Il est donc impossible d'affirmer que l'accentuation du processus inflationniste soit causée par l'accroissement «excessif» de la masse salariale.
LA RECESSION
INTERNATIONALE
A ETE DECLENCHE
AUX ETATS-UNIS
La récession s'est déclenchée aux Etats-Unis au cours du deuxième trimestre de 1979.
En gros, on peut dire que le moment précis où elle a été déclenchée a été déterminé par la politique conjoncturelle l'Administration (qui découle
Tableau III - TAUX D'ACCROISSEMENT DU COUT DE LA VIE (en pourcentage par rapport à l'année précédente)
1979 fin 1979 moyenne annuelle
11,5 % 12 % (octobre) 9,5% 9,5 % (novembre) 4,0 % 4,0 % (octobre) 4,5 % 5,5 %(novembre) 10,5 % 11,5% (octobre) 13,0 % 17,5 % (novem.) 14,5 % 17,5 % (octob.) 4,5 % 4,5 % (novem.) 7,0 % 8,5 % (octob.) * A partir de novembre 1979, le calcul de l'indice du coût de la vie en RFA se fonde sur une nouvelle corbeille de produits et de services. Il en ** En Grande-Bretagne, l'inflation avait atteint son point culminant en évidemment de l'expansion précédente). Depuis la
1978, cette politique conjoncturelle fut orientée vers la
«stabilisation». Le taux d'escompte de la Federal Reserve accru, passant successivement de 7,4% en 1978 à 12% en octobre 1979. Il s'agissait de freiner l'expansion de la demande privée. Le taux d'accroissement des budgets publics fut réduit, les déficits budgétaires diminuèrent de manière assez
Cette réduction de la demande se combine avec un recul des revenus individuels réels
- l'augmentation modeste des revenus nominaux étant plus que neutralisée par le taux d'inflation accru. La consommation privée a encore augmenté en 1978 et en 1979, avant tout par l'augmentation du nombre des salarié(e)s mais pas dans la même proportion que duit au tournant conjoncturel de mi-1979.
Mais il s'agit d'un tournant contradictoire et pas d'une marche en ligne droite vers la crise. Beaucoup de commentaires ont été consacrés au fait du «déclin hésitant», considéré comme «étonnant» et «imprévu». En fait, les plans de l'administration Carter risquent d'être déjoués par ces fluctuations variées du deuxième semestre 1979. Celle-ci avait cherché à «manipuler» la conioncture de maniére à sortir de la récession avant les mois décisifs de la campagne présidentielle de 1980. Ce but pourra bien ne pas être atteint.
Cependant, a la fin de 1979, les signes de la récession se sont précisés. Selon Business Week (31 décembre 1979), la production de l'industrie automobile avait baissé de 15% par rapport au niveau de fin 1978. La miseen-chantier de nouvelles maisons avait baissé de 30%, la production de meubles, d'ap pareils électro-ménagers, d'acier, de machines non-électriques était également en baisse.
A notre avis, le «déclin hésitant» n'est point étonnant. Si l'on part de la thèse, inhérente à la théorie marxiste des crises, que la force motrice décisive du cycle industriel n'est pas la demande globale, mais les fluctuations du profit et du taux de profit, le tableau contradictoire devient fort compréhensible.
En fait, les profits des entreprises américaines se sont accrus tant en 1978 qu'en 1979, en moyenne de 10 % l'an (il s'agit des profits nets, et en se basant sur les bilans des sociétés elles-mêmes). L'augmentation des profits bruts (avant impôts) fut même de 39 % pour ces deux années prises ensemble. Le rythme d'accroissement des profits s'est à peine ralenti en 1979. Cela s'est traduit jusque vers la fin de 1979 par un niveau assez élevé des investissements des entreprises. Comme le taux d'autofinancement de ces investissements s'est également accru, l'efficacité de la politique res- restrictive du crédit a été plus limitée que prévue.
De ce fait, contrairement aux projets de l'Administration Carter, le point culminant de la crise se situera vraisemblablement vers le milieu de l'année 1980. L'OCDE prévoit une baisse du PNB de 3,5 % pendant le premier se-
mestre, suivie d'une tion pendant le deuxième semestre. Le taux du chômage passera en 1980 de 5,9 % à 7,2 %. On peut cependant douter que ces prévisions se réalisent.
Car, en 1980, l'inverse de ce qu'on a connu en 1979 risque de se produire. tation des capacités de production excédentaires, les profits industriels risquent de baisser nettement, entraînant une baisse des investissements. La demande de biens de consommation, délibérément freinée, diminuera plus fortement encore par l'accroissement du nombre de chômeurs de 1,5 à 2 millions (le chômage total est censé atteindre 7,5 à 8 millions de personnes). La récession internationale conduira à un ralentissement prononcé, sinon à un recul absolu du volume du commerce mondial, ne laissant que peu de possibilités à une reprise déclenchée par l'accroissement des exportations améri-
La seule possibilité d'éviter une prolongation de la récession américaine pendant toute l'année 1980 serait un retour précipité au «defispending», ment des déficits budgétaires de l'endettement public, avec le risque d'une relance immédiate de l'inflation. Mais les conséquences politique (les USA connaissent déjà un taux d'inflation à deux chiffres !) pour la situation internationale du dollar seraient fort graves. Il n'est pas certain que la bourgeoisie américaine permette à l'Administration Carter de se lancer dans pareille aventure, à de seules fins électoralistes.
Indépendamment de la manière dont la récession américaine évoluera en 1980, un fait capital doit être souligné : au cours du dernier cycle, l'impérialisme américain mieux réussi qu'au cours du cycle précédent à freiner le déclin de sa capacité compétitive par rapport à celle de ses principaux concurrents. La productivité n'a augmenté en 1978 aux USA que de 0,1 %; en 1979, elle semble même avoir diminué de stagnamanière absolue :
Pays
USA
Japon
Vu l'augmen-
RFA
France
G:B:
Italie conséquences écart croissant de productivité dans le domaine de la capacité compétitive de l'industrie manufacturière se dégagent du tableau suivant: (voir Tableau V)
rence inter-impérialiste et l'amélioration de la position des capitalistes européens et japonais se poursuit donc. David Rockefel-
Japon à l'accroisse-
RFA
USA
France
Grande-Bretagne
Italie n'a pas termes réels de 5,5 %. En 1977 impulsa le «boom» (le déficit
Tableau IV - TAUX D'AUGMENTATION DE PRODUCTIVITE
POUR L'ENSEMBLE DE L'ECONOMIE
(en pourcentage par rapport à l'année précédente)
Moyenne
Moyenne
1963-1973
1973-1980
- 0,1
1,9
3,4
8,7
4,6
3,1
4,6
2,6
3,0
0
5,4
1,6
Source : OCDE : Perspectives économiques, décembre 1979
L'aggravation de la concurlement...» (3).
Tableau V - COUTS UNITAIRES
INDUSTRIES MANUFACTURIERES (en % d'augmentation par rapport à l'année précédente)
Moyenne 1967-77
8,1%
5,2%
4,4%
7,7%
11,5%
12,8%
Source : OCDE : Perspectives économiques, décembre 1979
LE JAPON, DERNIER PILIER DE LA
CONJONCTURE MONDIALE ?
Si l'on ne tient pas compte de cas exceptionnels comme celui de l'Autriche, qui ne concernent que de petits pays, le
Japon a été le seul pays impétations rialiste qui ait traversé au cours
• moindre, de la reprise 1976-1978/79 une conjoncture qu'on puisse effectivement caractériser comme un nouveau «boom». Pendant les trois années 1977, 1978 et
1980
1979, le PNB a augmenté en
PNB, et 1978, ce fut surtout la politique économique expansive qui la stagnation.
1978
1979
1980
(Prévision)
0,1
- 0,5
- 1,5
4,3
4,5
3,5
2,9
3,5
2,5
3,1
3.0
2,0
2,2
- 0,75
- 1,75
2,0
3,5
1,5 ler a résumé la situation de mamanière drastique : «Les ma. - chés mondiaux de biens industriels modernes sont dominés de manière croissante par nos concurrents (...). Nous vivons de plus en plus des résultats de la recherche fondamentale des années soixante et de leur applicasoixante-dix.
réservoir s'assèche graduel-
DE MAIN-D'OEUVRE DANS LES
1978
1979
- 1,9%
- 2,0%
2,8%
1,75%
6,4%
7,5%
7,3%
9,5%
13.1%
14,0%
12,0%
12,0% budgétaire atteint 40 % des dépenses de l'Etat !). En 1979, ce fut l'accroissement des revenus des ménages, la baisse du cours du yen, l'expansion des exporet, dans une mesure l'augmentation des profits des entreprises, qui furent les principaux moteurs de l'expansion. On escompte en croissance encore une réelle de l'ordre de 3 à 4 % du bien que la production industrielle puisse, elle, tendre à
Dans le cadre de la conjoncture internationale, l'économie japonaise constitue en quelque sorte le contre-pôle des EtatsUnis. Abandonnée à sa propre logique interne et confrontée à une situation «neutre» sur le marché mondial (c'est-à-dire ni expansion ni contraction du volume réel du commerce mondial), la récession japonaise pourrait être retardée jusqu'en 1981.
'explicat tante du «bo quable que naise onn rapp ort •Cd la principaux un bo om * que le «boor nomie jap ona side dans de ja7,8 COT-
: plus reste celui de la Cela paraît contradictoire avec la constatation des dépenses accrues des ménages en augmentation en 1979, mentionnée plus haut. Ces dépenses accrues s'expliquent essentiellement par l'accroissement des heures supplémentaires, le paiement de primes d'été et la baisse du taux de l'épargne. Toute l'évolution particulière du rapréels/coûts riaux/productivité du travail au Japon ne s'explique pas seulement par les succès de la recherche et de l'innovation technologiques dans ce pays, mais aussi par la structure particulière de l'industrie japonaise (secteur hyper-moderne plus secteur archaïque), avec véritable marché de la force de travail» et la pression que cette structure continue à sur le mouvement syndical et sur l'évolution des salaires, bien que ce dualisme décline graduelà influencer l'évolution de la conjoncture au Japon réside dans la capacité de l'Etat japo1977 et 1978, la part traditionnellement plus réduite des dépenses publiques dans le PNB, du ven, etc.) à intervenir de mad'une augmentation de la capacité concurrentielle de l'industrie japonaise. L'industrie japonaise de la construction navale avait pratiquement doublé sa part des constructions mondiales entre 1956 et 1968. Cette part avait atteint 50% en 1968. Elle s'effrita par la suite, tombant à 42 % en 1977, jusqu'à moins de 40 % en 1978. En août 1979, l'Etat japonais stimula la constitution d'un cartel de crise. Dans sept chantiers, 34 % de la capacité productive totale devrait être supprimée. Des investissements de rationalisation devront permettre de regagner la part perdue sur le marché mondial. Toute cette opération est accompagnée d'énormes subsides étatiques et son ampleur est inconcevable dans d'autres pays impérialistes, dépassant de loin les opérations Chrysler aux USA ou British Leyland en Grande-Bretagne.
Il n'en est pas moins vrai l'impérialisme japonais souffre de ses propres contradictions internes auxquelles s'ajou tent celles de l'économie capitaliste internationale. Le taux d'inflation est de nouveau en hausse, surtout comme résultat des énormes déficits budgétaires. La balance des paiements sera fortement déficitaire en 1979 et 1980 (7,5 milliards de dollars en 1979, 9 milliards prévus en 1980). Le gouvernement a dû commencer •une politique de restriction du crédit. Le taux d'escompte est passé de 4,25 % en mai 1979 à 6,25 % en décembre 1979, dépassant déjà celui de la RFA. Le projet budgétaire pour 1980 prévoit le taux de croissance le plus bas des dépenses budgétaires depuis 1958 (4 % en termes réels).
Il est vrai que la hausse du cours du yen de près de 50 % entre 1975 et fin 1978 laisse une marge pour de nouvelles baisses (la baisse a été de l'ordre de 25 % depuis le début de 1978 et de l'ordre de 10 % depuis le début de 1979), ce qui permet une nouvelle offensive d'exportation japonaise que ses concurrents craignent fortement et à laquelle ils risquent de réagir par des mesures protectionnistes (4). Mais si le commerce mondial devait stagner ou même reculer en 1980, tout cela ne permettrait que de défendre le volume actuel des exportations japonaises et non de l'augmenter, ce qui provoquerait, par le biais du paiements, une nouvelle accentuation de la pression inflation-
Il y a deux variantes de ce scénario. Ou bien cette récession ne se produira qu'après la récession internationale, c'est-à-dire en 1981, modérant celleci et améliorant une fois de plus la situation de l'impérialisme japonais par rapport à celle de ses concurrents. Ou bien le retard de la récession américaine et l'extension internationale de celle-ci accentueront les tendances immanentes à la crise au Japon (inflation accélérée, politique de crédit restrictive, première chute des profits, difficultés accrues sur certains marchés d'exportation),
ce qui précipitera quand même la récession japonaise avant la fin de 1980. Dans ce cas, celleci accentuera et la récession internationale et rendra bien plus difficile une reprise fin 1980/début 1981.
L'EUROPE OCCIDENTALE
DEVANT DE NOUVELLES
TENSIONS INTERNES
Le troisième grand bloc impérialiste, la CEE et les autres pays capitalistes d'Europe liés à elle, est confronté à des tensions internes nouvelles à la veille de la récession internationale. Le répit accordé aux pays impérialistes de la CEE au lendemain de la crise 197475 grâce à une reprise économique, n'a pas été utilisé consolider ou homogénéiser l'alliance. L'unification politique de la CEE est une perspective à très longue échéance. Le nouveau Système monétaire européen (SME), conçu pour stimuler l'unification des politiques économiques, s'avère artificiel et disfonctionnel. On n'a pas fait de progrès vers une politique économique commune. Tout semble aujourd'hui indiquer que les pays les plus importants d'Europe dentale connaîtront tous une récession en 1980. Mais l'évolution économique précise de chacun d'eux continue à être déterminée avant tout par des facteurs nationaux. Il n'y a pas de cycle industriel pour l'ensemble de l'Europe occidentale prise comme un tout.
L'impérialisme ouest-allemand continue à être le pays relativement le plus d'un point de vue économique, au sein de ce bloc. Au lendemain de la crise de 1974/ 75, la RFA a connu une reprise économique assez prononcée, même si elle n'était pas aussi rectiligne ve que le «boom» japonais. La reprise fut arrêtée en 1977 par des mesures budgétaires res-
June demande des ménages qui n'augmenta que légèrement. Les années 1978 et 1979 par contre ont de nouveau connu des taux de croissance plus élevés.
Le frein conjoncturel principal à partir de 1979 semble être, comme aux USA, le retard de la consommation des masses. L'accroissement du revenu des salariés a été plus lent que celui du revenu national tant en 1978 qu'en 1979. L'année risaue même d'être marquée par des pertes de salaires réels.
des sidérurgistes du début de 1979 s'est soldée par une défaite syndicale. Les augmentations de salaires accordées dans presque basses que l'année précédente, alors que le taux d'inflation s'est accru de 2 à 6 % entre le début et la fin de l'année. Les profits des entreprises et l'activité d'investissements se maintiennent à un niveau élevé et auraient pu étendre la croissance jusqu'en 1980, s'ils ne se heurtaient pas à la demande défaillante des consommateurs.
A partir de l'automne 1978, la Bundesbank (indépendante du gouvernement de Bonn) s'est engagée dans un cours de «stabilisation», qu'elle a encore accentué en 1979, vu la relance de l'inflation. Cela s'est déjà traduit par une décélération de la croissance de la production industrielle.
En 1980, il y aura un frein supplémentaire. La récession internationale aura des effets dépressifs sur les exportations ouest-allemandes, qui, en 1979, ont encore largement stimulé la croissance : elles augmentèrent de 7 % contre une croissance du PNB de 4,5 %. Ceci sera d'autant plus vrai que 60 % de ces exportations vont vers l'Europe occidentale et que pratiquement tous ces clients seront frappés par la récession.
Le seul appui à la conjoncture pendant l'année 1980 pourrait être une relance de la politique conjoncturelle de la part du gouvernement (deficit spending), qui se heurterait cependant à la résistance de la Bundesbank. Le fait que les élections parlementaires auront lieu en automne 1980 rend pareil renversement de politique conjoncturelle assez vraisemblable. Mais il pourrait tout au plus modérer la récession (avec accroissement du nombre chômeurs qui passeraient de 800000 fin 1979 à un million environ ou plus en 1980), non l'empêcher (5).
L'économie française n'a connu qu'une reprise modérée : plus 3 % d'augmentation du PNB en 1977, 1978 et 1979. Tenant compte de tous les indicateurs conjoncturels, elle devra s'enfoncer elle aussi dans la récession en 1980. Le «Plan Barre» a combiné l'encouragement aux profits capitalistes, aux investissements et aux exportations avec des mesures d'austérifrappant la classe ouvrière. Mais le résultat fut médiocre. Les profits ne se sont pas accrus de manière suffisante, aux yeux de la bourgeoisie. Le taux d'inflation n'a pas été réduit (il passe de nouveau à un taux à deux chiffres à partir du deuxième trimestre 1979, non sans limportante contribution du gou vernement lui-même que représente la «libération» des prix et des loyers, dont l'incidence a été plus importante que celle de la hausse du prix du pétrole). Seul succès marqué par la politique Barre pour l'impéria-
: l'essor des exportations qui atteignent le taux de croissance de 6 % en moyenne pour 1977-79. Simultanément il y eut un accroissement continuel du chômage -une croissance en vaut bien une autre ! - qui a atteint 1,4 million en novembre 1979.
Vu l'approche de la récession, le gouvernement a décidé une politique budgétaire plus expansive pour 1980. Le déficit budgétaire finalement prévu pour 1980 (30 milliards de francs, 7,5 milliards de dollars) est plus que le double de celui qui avait été originellement planifié. Cela pourrait aboutir à une situation sociale explosive en 1980 : une inflation s'élevant à 15 % ou même davantage, avec un chômage qui dépasserait 1,5 million, sinon attendrait les 2 millions de sans-emplois (6).
Le cabinet de marliers la sidérurgie.
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Au début de 1980, les tensions qui en résulteront seront si fortes qu'on peut s'attendre à révision importante des taux de change (avec dévaluation de la lire italienne). Mais cela risque de mettre en question le SME dans son ensemble puisqu'il ne réussit ni à garantir des cours de change fixes, ni à modérer le taux d'inflation des pays les plus frappés par l'infla-
Mais l'affaiblissement du SME remet en question le seul progrès que les pays du Marché commun avaient réalisé depuis la dernière crise dans le sens d'une intégration économique plus forte. Et si les pays de la CEE entrent tous en récession en 1980, une crise politique spécifique (celle des insti-
Il semble bien qu'il faille considérer maintenant comme normal la coincidence du sommet de la conjoncture (et du début de son retournement) et de deux séries de phénomènes concomitants. D'abord l'effort des pays exportateurs de matières premières - avant tout ceux de l'OPEP, mais pas seulement ceux-ci - et des firmes multinationales qui dominent les branches en question pour exploiter à fond la loi de l'offre et de la demande en leur faveur, c'est-à-dire d'importantes hausses des prix. Ensuite que dans les pays impérialistes, on déclencher une forte campagne d'intoxi-
Tableau VI - EVOLUTION
Matières prémières
1975 100
1976 106
1977 117
1978 119
1978
(4e trimestre) 122
Source : Die Weltkonjunktur n.3/1979 tutions de la CEE) s'en trouvera accentuée. Le cabinet britannique de Mme Thatcher de verser la contribritannique au budget de la CEE n'en est qu'un début. Il est possible que les pays les plus frappés par la récession (l'Italie, Grande-Bretagne, meme la France) seront ameprendre des cours de l'année 1980. Et si un nouveau crédit massif de la CEE en faveur de l'Italie est probable, il sera sans doute accompagné d'une pression en faveur d'une pode «stabilisation» (c'est-à-dire «d'austérité») accentuée (9). LES EFFETS DE LA HAUSSE DU PETROLE ET DES COURS DES MATIERES PREMIERES SUR LES PAYS IMPERIALISTES... cation qui tend à rendre le matières premières en général) responsable de la nationale Cette intoxication vise un but fort pratique dans la lutte de classe quotidienne : convaincre la classe ouvrière et les syndicats qu'ils n'auraient pas droit à une compensation (sous forme d'augmentation des salaires nominaux) de la partie du coût de la vie accru qui serait causée par les prix accrus du pétrole et d'autres matières premières. «Tout le monde» devrait payer la note des importations de pétrole. PRIX DANS LE COMMERCE MONDIAL (indices)
Produits industriels 100 100 109 125 132
En réalité, les capitalistes sont actuellement capables de transférer les coûts accrus de l'énergie aux frais des consommateurs, ce qui signifie que la «note du pétrole» nière analyse payée par la masse des salariés seulement.
ailleurs la tendance à moyen prix des matières premières, la hausse comme fort relative. En fait, les prix des produits indusdavantage pendant toute la période 1975-78 (Tableau VI).
Ce bilan positif pays impérialistes dans leurs termes d'échange avec les pays exportateurs de matières premières (essentiellement semi-coloniaux) renforcé en fonction des modides cours de change dans certains cas. La revalorisation du DM et du yen par rapport au dollar (la plupart des importations de matières premières sont payées en dollars) ont réduit davantage la note d'importation pour la RFA, la Suisse et le Japon (ainsi que, dans une moindre mesure, pour les Pays-Bas. Belgique, France, l'Autriche). Ainsi, en 1978, les prix à l'importation baissèrent en RFA en 1978 de 3,8 %, ce qui reflète une amélioration nette des termes d'échange (les prix à l'exportation même année).
Voilà l'arrière-fond de la hausse du prix du pétrole et des matières premières en général en 1979. En dollars, les cours des matières premières ont augmenté de décembre 1978 à décembre 1979 de 34 % (y compris la hausse du prix du pétrole qui se situe aux environs de 50 %). Si l'on tient compte des modifications des taux de change et la différence entre rythmes d'augmentation des prix industriels et des prix des matières premières depuis 1975, il ne reste qu'une augmentation des prix à l'importation de l'ordre de 15 à 25 % selon le pays impérialiste envisagé. Même en 1979, si la RFA, la France et la Grande-Bretagne ont dû
dans les effets de la révolution de leur balance des paiements, payer leurs importations plus cher de respectivement 9,5, 11 et 7,25 %, ils ont pu accroître leurs prix à l'exportation de respectivement 6, 8,5 et 12 %. Enfin il faut tenir compte du fait que la récession internationale ne permettra pas de nouvelles hausses des cours des matières premières en 1980 (les prix des matières premières autres que le pétrole ont d'ailleurs déjà cessé d'augmenter depuis le milieu de 1979; et l'échec de la conférence de l'OPEP de délaisse supposer que l'année 1980 ne sera pas marquée par de nouvelles augmentations du prix du pétrole). Mais en même temps, la perte de valeur d'achat des devises des pays impérialistes que ces pays touchent pour leurs exportations (surtout du dollar) atteindra vraisemblablement un niveau record en 1980.
Au niveau des coûts hausse des prix des matières premières et du pétrole n'a donc eu qu'un effet secondaire sur l'économie des pays impérialistes. Elle est de toute façon inappropriée pour expliquer les crises économiques des années soixante-dix (en RFA, l'ensemble des importations de matières premières ne représente que 2,5 % du PNB !). Mais la hausse des prix des matières premières provoquera bien de nouveaux déficits des balances commerciales et des balances de paiement des pays impérialistes, et de nouveaux déséquilibres commerce mondial.
Pour l'ensemble des pays impérialistes, l'OCDE évalue le déficit de la balance des paiements cumulé à 30 milliards de dollars en 1979 (ce qui cache cependant de fortes différences de pays à pays : excédent de l'Italie, équilibre pour la RFA et la France, gros déficits du Japon, du Canada, de la GrandeBretagne et des USA). Elle prévoit en 1980 un déficit équivalent (en 1978, les pays impérialistes eurent pour la première fois de nouveau un excédent cumulé de leurs balances des paiements de 9 milliards de dollars). L'expérience a cependant démontré que les pays l'OPEP déposent l'essentiel de l'excédent de leur balance des paiements (qui avait diminué à 7 milliards de dollars en 1978 pour atteindre 65 milliards de
...ET SUR LES PAYS Pour les pays semi-coloniaux autres qu'exportateurs de pétrole, la nouvelle hausse du pétrole équivaut par contre à une véritable catastrophe économique. Déjà en 1974 et 1975, ces pays avaient dû enregistrer un déficit de leurs balances de paiements cumulé de 60 milliards de dollars. En 1979, ce déficit aura atteint le niveau record de 47 milliards de dollars. L'OCDE prévoit pour 1980 un déficit de 60 milliards - en une seule année autant que pour les deux années 1974 et 1975. Pris ensemble, ces pays n'ont d'ailleurs jamais connu un renversement de la tendance au de leur balance des paiements. Le déficit cumulé de la période 1974-1979 s'él'énorme somme de 200 milliards de dollars.
A ce déficit structurel (et croissant) de la balance des paiements des pays semi-coloniaux non-exportateurs de pétrole correspond croissant au crédit (accordé davantage d'ailleurs par les impérialistes privées que par des institutions internationales publiques) pour financer leurs importations. Il en résulte un endettement ver-
Tableau VII - EXPORTATIONS DES PAYS DE L'OCDE VERS LES
PAYS DE L'OPEP (en % du total de leurs exportations) 1972-73 1974-75
USA 5,3% 8,8%
RFA 3,3% 6,4%
Japon 7,1% 13.1%
France 4,7% 7.8%
Grande-Bretagne 6,0% 9.3%
Italie 5,4% 9,5%
Source : OCDE : Perspectives économiques, décembre 1979 faut chercher les raisons série des pays de l'OPEP (Irak, dollars en 1979) dans les banques des pays impérialistes ou l'utilisent pour l'achat futur des biens industriels exportés par ces pays.
SEMI-COLONIAUX țigineux de ces pays, qui atteint des proportions telles qu'il est improbable qu'il puisse se poursuivre au rythme actuel. Il y a d'ailleurs un risque sérieux (qui inquiète fortement les banquiers des pays impérialistes) que quelques-uns de ces pays soient dans l'incapacité de payer le service de la dette, qui • absorbe une partie croissante de leurs rentrées courantes de devises (de leurs revenus d'expor-
Cette constatation conduit à deux conclusions importantes. Le «recyclage» des pétrosystème bancaire impérialiste privé arrive au bout de ses possibilités. La part des pays dits «du tiersmonde» dans le commerce mondial n'augmente plus, mais est en train de baisser. Les pays semi- coloniaux non exportateurs de pétrole qui ont encore participé au commerce mondial pour
14,1% en 1976, ont vu cette part baisser à 13,3% en 1978 et à moins de 12% en 1979 (Deutsche Bundesbank - Monatsberichte, n. 11/1979). Même les pays de l'OPEP ont cessé d'absorber une part croissante des exportations des pays impérialistes, ainsi qu'il apparaît des chiffres que voici :
1976-77 1978 1979 10.9% 11,6% 8.7% 8,7% 8,6% 6,0% 14,5% 14,6% 11,8% 8,6% 8,2% 7,1% 11,8% 12,1% 8,2% 12,3% 12,6% 10,7% Algérie, Nigeria, Venezuela, Lide ce renversement de tendance byé) ont déjà un déficit courant iranienne, dans le fait qu'une que les possibilités d'absorption de produits industriels manufac-
turés sont limités dans les pays excédentaires comme l'Arabie saoudite, le Koweit et les Emirats du Golfe pour des raisons structurelles évidentes. Mais il s'en suit que, contrairement à ce qui s'est produit pendant la récession 1974-75,
LES ELEMENTS FONDAMENTAUX DE L'ECONOMIE IMPERIALISTE EN 1980
Voici les facteurs qui seront déterminants pour l'évolution de l'économie capitaliste inter1 - Une récession internationale qui englobera presque tous les pays impérialistes et la plupart des pays semi-coloniaux semble inévitable pour l'année 1980. Une synchronisation comparable à celle de 1973-1974 - qui avait conduit à la récession de 1974-75 - apparaît nettement en 1978-79, avec un début de fléchissement 1979 1979 . Même le fait que l'industrie japonaise continue à croître en 1979 ne suffit pas pour éviter une récession internationale en 1980. Il n'est d'ailleurs pas exclu que le Japon soit lui-même entraîné dans la récession dès cette année (n'oublions pas que l'industrie française et italienne avaient pu échapper à la récession pendant le premier semestre de 1974, ce qui n'a pas empêché leur chute dans la récession dès le second semestre -voir graphique en fin d'article). 2 - Si la politique économique des principaux pays impérialistes laisse la récession suivre son cours«naturel», c'est-à-dire s'il n'y a pas revirement d'une politique dite «de stabilisation» a une politique dite de «relance» inflationniste, le point culminant de la nouvelle récession internationale se situera vers le milieu de 1980, sinon au second semestre de 1980. 3 - Cette durée longue du déclin de la production (qui, comme le démontre le graphique, est d'ailleurs comparable à celle de 1974-75) résulte avant tout d'une particularité de l'évolution conjoncturelle en 1979. Dans la plupart des pays impérialistes, la semi-coloniaux ne pourront pas jouer le rôle de marché de subque s'applique en gros aux Etats ouvrier bureaucratisés, il y a là un facteur important d'aggravation de la crise en 1980. crise n'est pas déclenchée directement par une réduction des profits. La masse des profits avait même atteint un niveau record depuis plusieurs en 1979 (le taux de croissance des investissements est généralement supérieur à celui du PNB). Le détonateur immédiat de la récession 1980 est dans presque tous les cas l'insuffisante demande de biens de consommation, provoquée soit par une baisse (ou stagnation) des salaires réels, soit par un déclin de l'emploi, soit par la combinaison entre les deux
La stagnation relative de la demande des consommateurs ne peut être entièrement compensée par la demande accrue de biens d'investissements de la part des entreprises. Ce processus est profondément influencé - avant tout en Europe capitaliste et au Japon - par l'introduction massive des technologies les plus modernes, qui sont de nature à «économiser du travail», accroissent la productivité, la capacité de producproduction courante, mais réduisent en même le volume de l'emploi et de la demande des consommateurs (sous l'influence combinée de la «politique d'austérité» du patronat et du gouvernement et de la politique des prix des monopoles).
L'insuffisance de la demande des consommateurs a encore été renforcée par une politique de «stabilisation» et de restriction du crédit qui a été généappliquée au cours du cycle industriel par la plupart des gouvernements que cela n'avait été le cas pendant le cycle précédent.
Dans cette situation, ce n'est qu'au cours de l'année que les profits commenceront à baisser sérieusement (10), sous l'effet des capacités excédentaires croissantes, des taux d'intérêts élevés, de l'augmentation des prix des matières premières, etc. Cela renforcera la récession ou la prolongera en stagnation pendant une phase plus étendue. 4 - La plupart des pays impérialistes ont pu réaliser en 1979 une croissance réelle de leur production en bonne partie grâce à l'essor de leurs exportations. Cette possibilité n'existera plus en 1980. Le volume du commerce mondial ne connaitra plus qu'une expansion réduite ou peut-être même un recul absolu. Ce rétrécissement du marché mondial sera surtout déterminé par la récession dans les pays impérialistes eux-mêmes, qui restent leurs principaux débouchés mutuels. Un accroissement des exportations vers les pays de l'OPEP et les Etats ouvriers bureaucratisés ne pourra plus compenser ce rétrécissement. marché chinois lui-même reste «géographiquement étendu mais limité en valeur» (11). 5 - Il est possible que la policonjoncturelle en 1980 vers une relance inflationniste dans quelques pays impérialistes importants, ou que la politique dite de «stabilisation» y soit du moins abandonnée. Le fait que l'année 1980 soit une année d'élections aux USA et en RFA pourrait jouer un rôle à ce propos, de même mouvement ouvrier contre la politique d'austérité, par exemple en France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne. même pas exclu que la classe ouvrière de quelques-uns des principaux pays impérialistes s'efforce en 1980 de rattraper ce qu'elle a perdu en matière de revenus réels et d'avansécurité sociale, malgré les conditions, à première vue conjoncturellement vorables, pour ces luttes.
Ces deux éventualités conduiraient dans l'immédiat à une modération de la récession, tout en reproduisant les phénomènes
de crise à d'autres niveaux et en les retardant dans le Ainsi, un niveau d'inflation pratiquement non diminué dans la récession réduirait fortement les possibilités d'une politique relance en 1981-82 et donc le rythme de la reprise économique après la récession. De même, un relèvement des salaires réels pèserait sur le taux de profit et rendrait peu problable une reprise plus accentuée après 1980. 6 - L'année 1980 sera de toute façon placée sous le signe d'une nouvelle agression massive contre la classe ouvrière internationale et les masses opprimées des pays semi-coloniaux. S'il n'y a pas résistance accrue dans les centres impérialistes, les salaires réels seront réduits. Le chômage passera à 20, sinon 25 millions de personnes (maximum depuis 1938). Au cours d'une decennie, le volume du chômage aura doublé dans les pays impérialistes (pendant la récession 1970-71, établi à 11 millions dans l'ensemble de ces pays). Plus encore que la récession de 197475, celle de 1980 sapera la possibilité de survie d'une série de monopoles les moins rentables, même si elle n'atteint pas l'ampleur de celle de 1974-75 (ce qui n'est pas certain).
Des banqueroutes sensationnelles et des subsides gouvernementaux de grande ampleur se produiront. Le cas de Chrysler, le troisième trust de l'industrie automobile américaine, est typique à ce propos. pour 1979 s'élevèrent déjà à 721 millions de dollars en septembre. Même le crédit gouvernemental promis de 1,5 milliard de dollars, auquel s'ajoute crédit bancaire ampleur, n'assurera pas sa survie dans tous les cas. Le deuxième trust ouest-allemand de l'industrie d'appareils ques, AEG-Telefunken, a sauvé provisoirement par une aide des banques et des mesures de «rationalisation» qui entraîneront 13000 licenciements en 1980. Nous avons déjà tionné British Leyland et British Steel, les chantiers navals japonais, etc.
Dans les pays semi-coloniaux, les phénomènes de paupérisation s'accentueront. sous temps. l'effet l'effet des restrictions de créde du pétrole. Une nouvelle cataster, surtout si l'on tient compte d'engrais ra à des diminutions de production, et de stocks de réserve de vivres qui résultera de la limitation des emblavures en Amérique du nord, comme suite de l'arrêt des de céréales vers l'URSS. suite accélérée il s'était velle montée de luttes ouvrières contre la politique d'austérité est possible. Ses pertes
Bretagne, Portugal, «transition contrôlée» en Espagne, etc.). le chômage croissant pour tenun ter d'affaiblir les positions de de la même la classe ouvrière et obtenir endirections réformistes. Une victoire de Strauss électri- élections fédérales renforcerait été réaction bourgeoise en Europe.
men- des «courants dit auxquelles ils seront soumis ments.
de la part du capital financier international et des institutions
Seul internationales contrôlées par celui-ci et de la hausse du prix trophe de la faim peut en résuldes restrictions d'importations rection et de pétrole qu'ils pond aux devront s'imposer, qui conduila réduction des
7 janvier 1980 exportations américaines
Toute cette évolution, com-
NOTES binée avec les menaces accrues
1) Cf.
qui pèsent sur l'environnement,
«Crise avec les risques qui pèsent sur
1978)
la survie de l'homme, notamment en fonction de la pourtionniste de et irresponsable de la production d'énergie nucléaire, souligne sans doute davantage encore le fait que le système capitaliste est dépassé
2)
et doit être remplacé. De nouveaux développements révoluentre tionnaires comparables à ceux jours très d'Iran et du Nicaragua en 1979 peuvent se produire. Une noude manière
3) D'après la
Néanmoins, la bourgeoisie a marqué sur le plan politique tobre 1979.
série de points durant les années (victoires du électorales en France, Grandepour le second.
Elle cherche à mettre à profit
6)
plus de concessions des schaftswoche» futures aux
Hamburg mars 1979 incontestablement le camp de la
Economist»
La crise de stratégie des directions réformistes, y compris tung» gauche» au sein des PS et des PC, a éclaté au grand jour sous les effets de la crise. La politique des directions réformistes a accentué la tobre désorient tion des masses laborieuses frappées par la politique d'austérité des gouverne- des gouvernele développement d'une solution de rechange marxiste-révolutionnaire Internationale et de partis révolutionnaires et par des initiatives en dides organisations de masses traditionnelles, corresexigences imposées par la nouvelle crise historique de la société capitaliste, qui a commencé en 1968 et qui se trouvera encore renforcée par la récession de 1980.
Ernest Mandel, dans la de 1974-79» (écrit en : «Il faut cependant placer l'évolution conjoncturelle des années soixante-dix - du boom infla-
1972-73 à travers la récession généralisée de 1974-75 et la reprise modérée de 1976-77, vers une nouvelle récession possible en 1979 - dans un contexte historique plus vaste» (Paris, Flammarion).
La différence des méthodes d'évaluation des taux de chômage divers pays ne rend pas tousignificatifs de tels tableaux. Mais les termes de référence dans chaque pays ont été choisis identique, ce qui veut dire que la comparaison entre 1975 et 1979 pour chaque pays est, elle, pleinement significative.
«Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 25 oc4) «Far Eastern Economic Review»
14 décembre 1979 premier chiffre, «Monatsberichte der Deutschen Bundesbank», n. 9, 1979, 5) Pour les données concernant la
RFA, voir notamment «Monatsberichte der Deutschen Bundesbank» novembre 1979.
Pour les données concernant l'économie française : «Wirt15 octobre 1979; «Institut für Wirtschaftsforschung,
: Weltkonjunkturdienst» 7) Pour les données concernant l'économie britannique : «The du 22 décembre 1979; «Financial Times» du 24 décembre 1979; «Frankfurter Allgemeine Zeidu 10 décembre 1979; «Le Monde» du 14 novembre 1979 8) Pour les données concernant l'économie italienne «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 3 co-
1979 et «Weltkonjunkturdienst» de mars 1979.
9) Nous ne pouvons pas dévelopdétail les per en pour les pavs impérialistes les plus petits de la CEE. L'économie néerlandaise avait connu une chute du PNB au milieu de 1979 et s'attend à une récession en 1980. Au
Danemark.
après des années de politique inflationniste et étranger colossal - 14 miltement liards de dollars fin 1979 - on a pré senté comme cadeau de Noël pour les travailleurs un programme d'austérité, mais relativement modéré
La
Belgique qui connaît,
Danemark, le taux de chômage le
1 - 1873
18 1972
II - 1977
USA I.
croissance 0 %
(1972-1975)
USA II.
(1977-1979)
Japon I.
Croisance 0 %
1972-751
Japon II.
(1977-79)
(1972-75)
RFA II.
(1977-79)
plus élevé de la CEE perspectives
1979 à franc grâce première cembre meine Zeitung» du
1979 et du 8 novembre 1979).
10) En d'endettetend à une de 30
% en
24 décembre mes»
Etats-Unis, on du 31 décembre 1979).
avec le
11) C'est la qui se dégage cherche fin symposium éviter une dévaluation
Ouest du à un fort crédit interseptembre national («Wirtschaftswoche» 24 décipale
1979; «Frankfurter Allgefreinée
27 décembre croissant
Grande-Bretagne des profits on s'atrait des chute
1980. («Financial Ti-
1979).
Aux s'attend à une chute l'Est des profits de 5 % («Business Week» quelque dettes conclusion principale
(«Frankfurter des travaux d'un
11= 107
GrandeBretagne 1.
(1972-75)
Grande-Bretagne II
France l.D)
Italie I.
(1972-75)
Italie) 1)
11977-79 sur le commerce
Estqui s'est tenu à Vienne en
1979.
La raison prinqui expliquerait l'expansion des exportations vers les pays de l'Est serait l'endettement de les ces pays envers pays impérialistes, qui leur imposecharges insupportables.
Si ces exportations devaient continuer à augmenter au rythme des dernières années, les petits pays d'Europe de auraient accumulé
1990 en
300 milliards de dollars de à l'égard de l'Occident
Allgemeine Zeitung»
3 octobre 1979).
18 19T