et
nouvelles déroutes
Andre GUNDER FRANK «Le Sage parle. Quand la situation économique m'inquiète, je vais au sommet de la montagne pour rencontrer le Grand Economiste... «O, Maître» lui dis-je, moi ce qui se passe dans l'économie de ce pays, en ce ment...Sage votre réponse ?» «La seule solution, dents...Mais en serrant les dents, nous ne devrons pas jeter le bébé avec l'eau sale. Nous deurons fermement tenir en mains le gouvernement, jusqu'à ce que la tempête soit passée, même si cela signifie qu'il faut tous se serrer la ceinture». «Je savais bien que vous auriez la réponse, O Maître», je lui réponds, les larmes aux yeux...» pondais-je, yeux...» «Il me tourna le dos pour rentrer dans sa cave et pour mettre son steak sur le poêle. Les dernières paroles qu'il m'adressa furent celles-ci : Il est vrai que Buchwald, dans l'International Herald Tribune du 8 juin 1979).
LE TOBOGGAN DES
PREVISIONS AUX USA LE sage, suprême parmi tous,
Paul Samuelson, exprima sa confiance dans la «science économique», dans les éditions successives de son manuel Econod'exemplaires. Il avait exprimé de même sa foi dans l'avenir du système économique dans une déclaration faite en 1970, selon laquelle le dinosaure d'avant-guerre des cycles industriels aurait été transformé en un lézard des cycles de croissance d'après-guerre.
Il suffisait pourtant d'une simple conférence de presse surprise du président Carter, tenue le ler novembre 1978, pour convaincre Samuelson qu'il fallait s'attendre non à un simple recul du taux de croissance, comme l'avaient fait la plupart des économistes, mais à une «véritable récession» (Financial Times, 30 décembre 1978). En avril 1979, M. Samuelson ajouta : «La science économique est si inexacte et l'avenir à tel point imprévisible, que c'est un geste de folie arrogante que d'essayer d'être plus précis...» (American Economics Institute, n.6, 1979).
Samuel Brittan résume bien l'état où se trouve la prévision économique (et la formulation économique fondée sur ces prévisions) en répétant la formule bien-connue : «Des mensonges, des gros mensonges et des prévisions..ça ne vaut guère mieux que de parier en jetant une pièce de monnaie en l'air» (Financial Times,
1979). Et Business Week (16 janvier 1979) n'hésite pas à parler d'une science qui doit faire face à «une banqueroute intellectuelle», «étant vague comme...un oracle grec». Exemple : le Secrétaire américain au Trésor (ministre des Finances) Blumenthal affirma en mars 1977 que «la reprise ne durera pas» et en avril 1977 «qu'il y a au moins trois années de prospérité devant nous» (International Herald Tribune du 3 mars 1977 et United States News and World Report du 4 avril 1977).
Au cours de l'année 1979, la confusion des prévisions économiques s'est empirée: «Les gens engagés dans la prévision ont perdu la boussole en essayant d'élaborer la politique monétaire…Ils ignorent simplement à quel point le taux de croissance de la quantité de monnaie «engagée dans de véritables transactions» s'est ralenti..ce n'est pas de 8,3% à 2,5%, mais plus vraisemblablement de 8,3% à moins 1%...Formuler des prévisions, c'est donc devenu un jeu du hasard pour les monétaristes. Cela débouche sur la confusion totale» (Business Week, 7 mai 1979).
La façon dont la prévision économique et la formulation d'une politique économique est fondée sur des déclarations et des réflexions totalement opposées les unes aux autres -dont M. Blumenthal était devenu un véritable expert - a été «clarifiée» par le même M. Blumenthal qu'il a formulée depuis qu'il a quitté le cabinet Carter : « «Les gens qui sont en train de diriger les principales économies monde ne savent pas ce qu'ils font...De toutes les projections sur la croissance et le chômage qu'on a obtenues, pas une seule ne s'est avérée exacte» (Financial Times, 19 octobre 1979).
Cela étant le cas, et vu l'éventail fort large de sources officielles, académiques, d'hommes d'affaires et de journalistes que nous avons consultées, un certain manque de clarté dans la prédiction du tournant 197980, de la reprise vers une nouvelle récession, est explicable et peut-être Time Magazine avait prédit fin 1978 une récession pour 1979, mais de courte durée, fort limitée et tendant à réduire les prix (numéro du 25/12/78). Business Week arriva par contre à la conclusion qu'il s'agirait simplement de croissance et d'inflation accélérée, avec tout au plus dans le pire des cas un début de récession (25 décembre 1978). Mais en avril 1979, l'International Herald Tribune affirma audacieusement : «Il n'y a simplement pas d'odeur de récession dans l'air dans le monde des affaires aux USA» (26 avril 1979).
L'indice américain des «indicateurs économiques principaux», qui est généralement utilisé pour «prédire» les tendances de l'économie, était orienté vers la baisse depuis la fin de
En avril 1979, il était tombé pendant cinq mois sur six, avec la chute la plus forte ce même mois: - 3,3%. Mais entre-temps, on avait «recalculé» les chutes précédentes. Pendant le reste de l'année 1979, l'indice lui-même, ses révisions ultérieures constantes, est monté et redescendu comme un yo-yo, ce qui faisait qu'il devint inutile pour l'analyse, pour ne pas dire la prévision. Ce fait, et d'autres éléments en rapport avec lui, ont contribué à rendre confuses les affirmations sur les perspectives de l'économie faites par des dirigeants politiques et d'aupoint qu'elles devenaient totalement incompréhen-
Au lendemain de la chute la plus forte de l'indice des «indiéconomiques paux» d'avril 1979, le président Carter affirma : «Je pense que notre économie est fort stable. Je ne pense pas qu'il y aura une récession. Aucun de ques ne pense qu'il y aura une récession.» (International républicains) a mis en garde de manière officieuse le Congrès, affirmant qu'il fallait s'atten-
June véritable récession, plus tard, au cours de l'année, et pendant la plus grande partie de 1980 (International Herald Tribune, 11 juin 1979). A la fin du mois de juin, le président Carter affirma que l'augmentation des prix du pétrole par l'OPEP «rendait une récession bien plus probable qu'avant» (International Herald Tribune, 2 juillet 1979).
DIFFERENCES ENTRE LES PREVISIONS ECONOMIQUES DU
GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS pendant la première moitié de 1979
Sources des prévisions économique
Gouvernement en janvier
Gouvernement 12 juillet
Commission du Budget du Congrès, juillet
Commission du Budget du Sénat, juillet
Rapport confidentiel du gouvernement, 27 juillet
Sources : National Journal, 25/8/1979; New York Times 12/7/79
En juillet, le Bureau du budget du Congrès annonça «une récession modérée», pessimiste que trois firmes de prévision privées, mais plus pessimiste que le gouvernement» (New York Times, 12 juillet 1979). Mais au grand dam du président Carter, il y eut une fuite malheureuse au sein de sa propre administration : «Dans révision confidentielle de économique de l'Administration du 12 juillet les principaux économistes du gouvernement prévoient une récession plus profonde cette année et une «reprise anémique» en 1980, ce qui provoquera une hausse du taux de chômage de 8,2% au moment des élections présidentielles de novembre (1980)»
Times, 2 août
Entre-temps, il y a abondance de spéculations quant aux effets possibles d'une récession aux Etats-Unis sur le reste du monde capitaliste et quant aux perspectives économiques au
L'administration Carter même et les Comités budgétaires du Congrès ont joué à sautemouton dans leurs projets et prévisions depuis le début de
Sont continué ce jeu pendant tout source avait tendance à réviser ses propres évaluations et celles des autres dans le sens d'un pessimisme croissant alors que l'Administration d'habitude, positions relativement plus optimistes - qui s'avérèrent comme les moins réalistes. Cela est bien illustré par le tableau suivant: Japon et en Europe occidentale proprement dits : «L'OCDE prévoit que le taux de croissance du PNB (des pays-membres pris dans leur ensemble) tombera de 3,25% (rythme annuel atteint) pendant le premier semestre, aux environs de 2,75% pendant le premier semestre de 1980, essentiellement en fonction de ce qui arrivera probablement aux Etats-Unis (OCDE : Perspectives Economiques, juillet 1979).
Mais dans deux pages non-numérotées, ajoutées à la dernière minute en tête de la publication que nous venons de mentionner, ces prévisions sont revisées dans le sens de la baisse : «A la lumière des décisions prises par l'OPEP à Genève et des résultats de la réunion au sommet de Tokyo.la croissance du PNB sera probablement réduite à 2%, plutôt que les 2,75% envisagés préalablement. pertes en matière de termes de l'échange, le revenu réel augmentera plus lentement encoau re, aux environs de 1,5%».
Le Rapport Annuel du Fonds Monétaire International, publié en septembre 1979, prévoyait «une récession internationale longue et dure qui commencera au début de l'année prochaine comme résultat de la faiblesse
Pour la Grande-Bretagne, les prévisions sont particulièrement sombres : «Une récession courte mais sévère est prévue pour l'année prochaine.par Cambridge Econometrics» mes, 29 octobre 1979). L'ex-chancelier de l'Echiquier, «Healy prévoit une récession qui ira en s'aggravant» (Financial Times, 21 novembre 1979). «On prévoit 2 millions de chômeurs pour 1982» (Financial Times, 16 novembre 1979). «Il y aura une chute de la production d'environ 5,5% d'ici la fin de 1980, si les buts de sir Geoffrey
(l'actuel Chancelier l'Echiquier) D'après les résultats du modèle, le chômage atteindra 9,5% la main-d'œuvre d'ici la fin de
Get les investissements dans l'industrie manufacturière baisseront à 85% du niveau déja inadéquat de 1978. Une telle récession aurait un sens si elle aboutissait (a) à réduire fortement le taux d'inflation horrible en Grande-Bretagne...(b) à expulser des ressources (producd'emplois inéfficaces, afin de les libérer pour des emplois rentables. Mais tout le monde sait que la récession n'est pas en voie d'obtenir quoi que ce soit dans ce sens» (ECO, 20 octobre 1979).
Ailleurs, la situation n'incite point à plus d'optimisme. Le Financial Times publia dans son n. du 17 décembre 1979 une Vue sur l'Europe : «S'il y a un sujet qui domine l'industrie de la construction mécanique, c'est celui de l'aggravation de la concurrence internationale.Aussi bien l'Allemagne que la GrandeBretagne ont perdu des parts du marché des exportations mondiales...Les chantiers sont confrontes avec une perte réguliere de commandes...L'industrie textile a besoin d'une aide de survie...La sidérurgie se de l'économie aux Etats-Unis». Lors de la réunion annuelle du FMI en septembre 1979, cette prévision a été encore davantage corrigée dans le sens de la baisse pour 1980. PREVISIONS NON MOINS SOMBRES POUR UNE SERIE DES PAYS D'EUROPE trouve en face d'une année difficile. elle s'attend à ce que la consommation d'acier tombe peut-être de 2% dans la CEE en 1980...alors que ses exportations vers les pays-tiers tomberont (de 32 millions de tonnes) à 28 millions de tonnes... Cela risque de conduire à une chute d'environ 6 millions de tonnes de la production sidérurgique d'ensemble en Europe occidentale, du niveau prévu en 1979 de quelque 140 millions de tonnes d'acier... Le secteur de la chimie est inquiet..alors qu'il vient juste de faire surface après une longue periode de capacite excedentaides prix faibles et de rentabilité insuffisante, il doit affronter la menace d'une concurrence croissante des USA sous forme d'importations à bon marché..Vu la menace d'une concurrence croissante en produits chimiques de base - non seulement de la part des EtatsUnis, mais encore des producteurs du Moyen-orient et des pays du bloc de l'Europe orientale..les prévisions de l'industrie chimique européenne pour les 10 années à venir sont celles d'une rationalisation fondamentale...»
Ce n'est que l'industrie électronique et les «dépenses élevées dans le domaine des comunications» qui semblent échapper à la tendance générale de récession industrielle.
Certes, le même numéro du Financial Times introduit des variations dans les perspectives économiques en Europe, pays par pays. Parmi les grands pays, situation est relativement dentale, où «une forte récession bien qu'une «une chute de la demande dans des pays partenaires-clé comme la France, la Grande-Bretagne et - peutêtre - les USA serait difficile à compenser» ...«La perspective de l'économie française (pour 1980) alors qu'elle n'est pas brillante, est loin d'être désastreuse...». L'Autriche «manifeste la meilleure et la plus impressionnante performance économique du monde occidental, -mais les perspectives pour 1980 laissent prévoir un ralentissement de l'expansion». «La Suède...a connu un mini-boom qui a commencé avec la dévaluation d'août 1977, appuyé par un accord modéré sur les salaires en 1978». Mais suivant un autre rapport (Financial Times, 11 décembre 1979) «il y a maintenant des tendances quiétantes qui se dessinent dans l'économie (suédoise)...(puisque) le taux d'inflation et d'autres indicateurs économiques pointent tous dans la fausse direction. Beaucoup d'entreprises freinent leurs projets d'investissement».
Ailleurs en Europe, les perspectives sont beaucoup plus sombres. «En Belgique le baromètre a récemment commencé à tomber au même rythme que celui auquel il était remonté pendant le premier semestre de 1979. L'année prochaine sera une année maigre pour l'économie belge, avec une croissance réelle...réduite à 2%».
Aux Pays-Bas... «la croissance du PNB sera réduite à 2 ou 2,5% en 1980, comparée à 2,75% en 1979». En «une expansion économique lente» est prévue en 1980 après une croissance en 1979 de probablement moins 1%. «La récession s'approfondit en Espagne, qui devra faire face à une année de croissance ralentie... même par rapport au actuel (de 2%)... avec une stagnation de la demande interne et une absence continue de confiance dans le domaine des investissements.»
L'Italie «s'attend à une récession de la croissance l'an prochain, dans un climat de pressions inflationnistes intenses». On prévoit une croissance du PNB de 1,5% en 1980. «L'économie turque a été en forte récession qui, d'après toutes les
surtout à la suite d'une chute de la Grande-Bretagne et de pièces détachées ou produits enindications, se poursuivra des premières années
La situation la moins défavorable est encore celle du Japon. «La demande interne au Japon s'avère ferme, bien qu'il y ait beaucoup de facteurs d'incertitude» (Financial Times, 26 novembre 1979 - Annonce). Mais avec le développement récession ailleurs, Etats-Unis, les perspectives des exportations japonaises ne sont pas non plus des meilleures. C'est surtout «l'industrie automobile japonaise (qui) doit réexaminer son rôle mondial» (Financial Times, 29 octobre
LES MENACES SUR L'INDUSTRIE AUTOMOBILE
En fait, c'est toute l'industrie automobile capitaliste qui est de nouveau confrontée avec une crise structurelle grave, au fur et à mesure que les pays industrialisés s'enfoncent dans une nouvelle récession. Le troisième constructeur mondial, Chrysler, fut déjà menacé de banqueroute pendant la récession 75. A ce moment-là, les pertes de Chrysler s'élevèrent à 250 millions de dollars l'an. Cette année, ces pertes risquent d'atteindre entre 700 millions et un milliard de dollars. obtenir du cash, le trust a successivement vendu ses succur-
Men France à PeugeotCitroën, ses succursales au Brésil à Volkswagen, puis ses actions Peugeot à la maison-mère de ce dernier monopole.
seulement Chrysler, mais tous les producteurs d'automobiles Etats-Unis ont eu à affronter un «embouteillage de stocks» au cours de l'été 1979 (New York
31 juillet et 29 août 1979). Les ventes des nouveaux modèles de 1980 ont débuté en octobre 1979 à un niveau inférieur de 17 % à celui d'octobre 1978. Les plans de production ont été fixés à 20 % plus bas que l'année précédente.
Au Japon, la production de 1979 est censée tomber de 1 % en-dessous du niveau de 1978, des exportations. La production pour 1980 tombera de 5,5 % les exportations de 8 % (Financial Times, 29 octobre 1979). British Leyland est de nouveau menacée de faillite et parle d'arrêter complètement la production. Même l'industrie automobile la plus stable du monde capitaliste, celle de la RFA, anticipe un recul de 10 % des imdomestiques en 1980 (Financial Times, 26 novembre 1979).
En fait, la production automobile mondiale, qui s'est accrue de 43 % entre 1970 et 1978, ne s'attend plus qu'à une croissance de 8 % entre 1978 et 1985 (Economist Intelligence Unit citée dans le Financial Times du 2 juillet 1979). La capacité productive en Europe capitaliste seulement est de l'ordre de 12 millions de voitures en 1979. Elle devrait atteindre 13 mil83, alors que les ventes sur le marché intérieur ne furent que de 10,5 millions en 1979, dont 8,9 millions au sein de la CEE.
Cette nouvelle récession de l'industrie automobile - qui de dépasser celle de l'industrie en général - survient à un moment où la reprise après la récession de 197475 fut fort inégale. La production a dépassé celle de 1973 surtout en Allemagne fédérale, en France et tout dernièrement au Japon. Mais aux Etats-Unis, et surtout en Grande-Bretagne et en Italie, la production n'a plus égalé le sommet atteint avant la dernière récession. Dans aucun pays capıtaliste industrialisé à tion de la Suède - et à la limite peut-être la France - l'emploi dans l'industrie automobile ne se releva des réductions subies au cours de la récession avant 1977, y compris au Japon.
Aux Etats-Unis, était inférieur de 20 % au niveau de 1973, et n'atteignit que 90 % du niantérieur. La productivité dans l'industrie automobile s'est accrue en moyenne partout de 20 % et au Japon même de 30 %, à l'exception
PItalie Financial Times 4 décembre 1979). Les deux pays les moins productifs doivent maintenant faire face à des déclins et à une réorganisation draconiens.
Les industries automobiles
Get européenne passent à présent à la production de voitures «européennes» et «mondiales» à travers une production et un échange de pièces détachées intégrées entre usines établies dans divers pays, ce qui, pour FIAT-Italie, inclut l'Italie, l'Espagne, le Brésil et la Pologne, et, pour Volkswagen, la RFA. les Etats-Unis, le Brésil, le Me xique et peut-etre la République populaire de Chine (Financial Times, 17/12/1979). De tels projets de réorganisation et de re-localisation sont aussi impératifs pour les grands trusts de l'industrie automobile japonaise. Celle-ci dépend particulièrement de ses marchés d'exportation (qui se sont accrus 30 fois entre 1965 et 1977) aux USA et en Europe. Mais ceux-ci sont eux-mêmes en déclin et accentuent les mesures protectionnistes visant surtout les importations en provenance du Japon. En outre, les exportations d'aujaponaises souffert du taux de change croissant du yen, du moins jusrenversement récent de cette appréciation de la monnaie japonaise.
Vu l'importance de l'industrie automobile, non seulement du caoutchouc et d'autres branches lui fournissant des matières premiéres ou des pièces, mais aussi pour la «société fondée sur l'automobile» en général, une récession dans l'industrie automobile a des effets économiques et sociaux bien au-delà de son poids structurel propre dans l'économie. En ce qui concerne les principaux pays d'Europe, ces effets peuvent être jugés d'après les chiffres que voici : (voir Tableau I)
Outre le nombre de salariés dépassant 1,5 million qui produisent directement des voitures automobiles, quelque 2 millions de salariés produisent des
Tableau 1 : POIDS STRUCTUREL DE L'INDUSTRIE AUTOMOBILE
Nombre de % ensemble tra- % valeur Grande-Bretagne Source : Le Monde du 3.7.79 trant dans le montage de ces voitures (estimations de l'auteur sur la base des données pour 1975 contenues dans l'article d'Inprecor cité plus haut). Même une récession modérée dans cette branche industrielle, peut donc avoir des conséquences
AUTRES FACTEURS AGGRAVANT Il y a d'autres raisons fort substantielles qui laissent prérécession qui pourrait fort bien être, à plus d'un égard, plus grave que celle de 1973-75. Une de ces raisons, c'est qu'elle est encore mieux accueillie par le Capital et bien plus «nécessaire» pour lui que la précédente, qui n'avait pas réduit suffisamment d'entreprises à la faillite, en vue de «nettoyer» la maison du Capital, et qui n'avait pas réussi rompre l'échine de l'organisation et de la combativité ouvrières. De ce fait, les Etats capitalistes feront encore moins pour cette récession par la relance de la demande interne qu'ils ne le firent la dernière fois.
L'économie fondée sur l'endettement, comme l'a appelé si adéquatement Business Week, s'est accrue de manière si spectaculaire dans l'effort d'empêcher le loup de pénétrer dans la maison, qu'une nouvelle accélération de l'expansion des dettes accroît le risque d'un effondrement possible de toute cette maison de cartes déjà excessivement instable. Cela rend les banquiers inquiets, encore plus prudents et renforce le conservatisme économique.
En même temps, les ressouces financières et institutionnelles antérieurement disponibles pour freiner une extension in-
% exporiations vailleurs de l'in- production fort étendues, - sans parler de ce qui se passerait en cas de crise grave et de réapparition d'une crise structurelle (ces conséquences sont examinées dans l'article cité plus haut d'Inprecor ainsi que celui paru dans Monthly Review, septembre 79). ternationale de la récession, tel le développement des marchés d'euro-devises et d'asia-devises, et en contre-partie (pour en limiter les effets spéculatifs désagrégateurs) l'introduction des taux de change flexibles et les efforts de coordination économique internationale à travers conférences économiques au sommet, se sont largement épuisées ou ont totalement l'échelle internationale, la soupape de sécurité que les pays «socialistes» et les pays de ¡OPEP avaient offert au Capital grâce à leur demande accrue pour des importations en provenance de l'Occident, s'épuise de manière significative, et Jouera un rôle bien plus réduit qu'au cours de la dernière récession. Après la dernière récession, capacité limitée de payer et/ou d'absorber des importations de la part de ces économies a déjà conduit à une restriction de celles-là. Ces économies ne viendront pas facilement à la rescousse du Capital occidental comme elles l'ont fait après 1973 : «Quant aux marchés de l'OPEP, la disparition de fait de l'Iran en tant que client de machines et d'autres produits européens a été un coup fort dur. D'autres pays du Moyen orient ont commencé à adopter une attitude plus prudente à l'égard de l'industrialisation, et le Nigéria à, lui aussi, réduit fortement ses achats... Il y a une concurrence intense pour les chés encore disponibles, seulement de la part des Etatsmais aussi de la part du Japon et de pays en voie de développement comme la Corée du sud et l'Inde. L'espoir que la Chine puisse remplacer Moyen orient comme marché en expansion pour les exportateurs européens a été déçu au cours de l'année qui vient de s'écouler... Plus de commandes seront sans doute obtenues en 1980, mais pas du tout à l'échelle espérée il y a deux ans.» (Financial Times 17/12/1979). Il semble donc bien qu'il y aura des limites à la fois à la demande des consommateurs, à celle de l'investissement et à celle de l'exportation, au cours de la
Quoi qu'il en soit, la nouvelle récession commence avec un niveau de chômage qui, surtout en Europe et au Japon, tement supérieur à celui de la veille de la récession 1973-75. Le niveau des investissements vient tout juste d'atteindre de nouveau le niveau de 1973.
les calculs «scientifiques» sérieux de la part des auteurs de prévisions officiels et institutionnels sont incapables de tenir compte de ces facteurs dans la préparation de leurs projections généralement trop optimistes - ou ne veulent pas en tenir compte -, nous de-, vons laisser à l'imagination le niveau auquel augmentera le chômage réel des pays capitalisà partir du chiffre de 17 millions qu'il a atteint actuellement, ainsi que le niveau auquel tomberont les investissements d'un peu plus de celui de 1973, au cours de la nouvelle récession. Il faudra réexaminer ces niveaux atteints demain, comme il faudra réexaminer les nouvelles contraintes imposées au commerce mondial En un mot, nous sommes de nouveau confrontés avec une récession qui pourrait même être plus sévère que celle de
1973-75 et qui survient à un moment où les manifestations et conséquences économiques, sociales et politiques de la dernière récession n'ont point encore été entièrement surmon-