Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ECONOMIE

L'envolée de l'or

· Inprecor n° 67-68, 17 janvier 1980 · p. 21-30 · 8 616 mots

Économie mondiale Afrique australe

L«prix de l'or» est couram- A hausse vertigineuse du ment attribuée à deux facteurs : la perte de pouvoir d'achat du dollar; la spéculation nourrie par les «incertitudes politiques», c'est-à-dire l'anticipation sur de futures dépréciations encores plus prononcées du dollar et d'autres monnaies de papier utilisées internationalement comme moyen d'échange et moyens de paiement.

Personne ne contestera que cette interprétation contient des éléments vrais. Mais réduite à sa plus simple expression, elle est manifestement insuffisante pour expliquer l'envolée apparemment sans limites du «prix de l'or» exprimé en dollar-papier.

Ce qui frappe avant tout, c'est la disproportion des deux mouvements. En 1979, le taux d'inflation aux Etats-Unis est de 13 %; la hausse de l'or est de 100 %. Depuis 1971, le pouvoir d'achat du dollar a diminué de 70 %; le «prix de l'or» a plus que décuplé, c'est-à-dire augmenté de 1000 %.

L'or est une marchandise, produit du travail humain, comme toute autre marchandise. Une fraction de la capacité de travail globalement disponible (des ressources productives globalement disponibles) est consacrée à sa production. Croire que son «prix» (en papier-monnaie) puisse s'écarter durablement et totalement de sa valeur (puisse évoluer par rapport au prix des autres marchandises sans aucun lien avec

L'envolée de l'or

l'évolution de la productivité du travail dans les mines aurifères, relative à celles de l'industrie et de l'agriculture), c'est croire que «les spéculateurs» peuvent empêcher la loi de la valeur de fonctionner. C'est évidemment contraire aux thèses fondamentales de la théorie économique

D'aucuns ajoutent à l'explication de l'envolée de l'or par l'inflation et la spéculation une véritable théorie de la conspiration : l'impérialisme américain la provoquerait de délibérée, nuant à inonder le marché mondial de ses dollars de plus en plus dépréciés, afin de pouvoir régler ainsi (pratiquement au prix de l'impression des billets de dollars) l'important déficit de sa balance des paiements. Cette explication présuppose de la part des dirigeants de l'impérialisme ignorance frisant l'inconscience. Car il est manifeste que la hausse du cours de l'or est devenu un facteur additionnel - et non des moindres - pour modifier les rapports de forces inter-impérialistes aux dépens des Etats-Unis.

faut donc dévoiler les causes fondamentales, et plus complexes, de la hausse de plus en plus rapide du cours de l'or. Elle est à rattacher aux transformations qui se sont produites au cours des dernières décennies dans la structure du «troisième âge du capitalisme», ainsi qu'aux formes qu'a prises la longue dépression dans laquelle l'économie capitaliste internationale s'est enfoncée cours des dernières années.

LE DOUBLE

«MARCHE DE L'OR» L'or est avant tout une marchandise, comme toute autre, produit du travail humain. Mais l'or est marchandise particulière, férente de toutes les autres, dans la mesure où elle est la marchandise adoptée comme équivalent général, c'est-à- dire comme contre-valeur de toutes marchandises, c'est-à-dire monnaie universelle sur le marché mondiale. normale, elle est soumise à toutes les lois du marché. Si les prix des montres en or ou des bijoux d'or s'élèvent vement, leur vente baissera, ce qui entraînera une baisse de la production, un reflux de taux de la bijouterie vers d'autres secteurs. Mais en tant que marchandise-équivalent général, il ne peut y avoir de « baisse des ventes d'or». Toute quantité supplémentaire d'or effectiveproduite trouvera jours acquéreur, non en tant que matière première d'industrie de luxe, monnaie universelle, soit pour être mise en circulation, soit accroître l'encaisse des banques centrales, soit pour être thésaurisée par des particuliers (1). (1) «Sur les lieux de production, précieux..s'échangent directement marchandises. Il y a donc vente (de la part des propriétaires des marchandises) sans achat préalable (de la part des propriétaires d'or et d'argent). Et ultérieures, non d'achats, ne sont que les mécanismes de médiation à travers lesquels les métaux précieux se répartissent entre tous les propriétaires de marchandises. Ainsi, à tous les points de la cir-

Use constituent des trésors d'or et d'argent dans les proportions les plus diverses. Avec la possibilité de conserver la marchandise sous forme valeur d'échange, d'échange sous forme de marchandise, la soif d'or d'éveille...

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tion des deux valeurs d'usage de l'or - être matière première de l'industrie de luxe et servir de monnaie universelle, c'est-à-dire de base à tout le système de monnaie de papier et de crédit - est normalement résolue aussi longtemps que le système monétaire international est formellement fondé soit sur l'étalon-or, soit sur l'étalon-or-devises de réserves, convertibles en or. En effet, dans ce cas, les banques centrales fixent un prix d'achat stable de l'or. Comme elles disposent des ressources suffisantes pour le faire respecunique de l'or règne tant sur le marché particulier que sur le marché institutionalisé (relations entre banques centrales), avec une étroite marge de fluctuation entre les

Cela ne veut pas dire du tout que les banques centrales mettent hors jeu la loi de la valeur dans l'industrie aurifère. Cela veut dire simplement que tous les capitaux qui n'obtiennent pas le taux de profit moyen au prix de l'or fixé par les banques centrales se retireront de cette industrie, que les mines les moins rentables seront fermées, que la rente différencielle obtenue par les sociétés exploitant les mines les plus riches continuera à fluctuer selon les fluctuations des coûts de production relatifs, mais toujours par rapport au plafond du prix d'achat monopsonique imposé par les banques centrales.

En d'autres termes ce cas, l'industrie aurifère reste ...La passion de la thésaurisation est, de par sa nature, sans bornes. Qualipoint de vue la monnaie (métallique) connait pas de limites, elle est le représentant général de la matérielle, puisqu'elle peut être échangée contre n'importe quelle marchandise. Mais en même temps, toute somme d'argent réelle est quantitativement limitée, ment moyen d'achat à effet restreint. Cette contradiction entre la limite quantitative et l'absence des bornes de la monnaie, incite le thésaurisateur au véritable travail de Sisyphe de l'accumulation. Il est comme un conquérant du monde qui, dans la conquête de tout nouveąu pays, ne conquiert qu'une nouvelle frontière». (Karl Marx : Le Capital tome I, chap.3 - MEW tome 23, pp. 145,146. Notre propre traduction)

aux lois économiques objectives. Mais celles-ci ne s'appliquent pas à travers des fluctuations de prix, mais à travers des fluctuations de la production et de la rente différencielle.

C'est ainsi que le système a fonctionné gros jusqu'en 1971. Il est vrai que, dès 1968, le «pool de l'or», par lequel les banques centrales capitalistes cherchèrent à contrôler le prix de l'or sur le marché des particuliers, a cesse de fonctionner et qu'un écart croissant s'est établi entre le prix de l'or sur ce «marché libre», et le cours institutionnalisé de l'or au sein du Fonds monétaire international et dans les rapports entre banques centrales. Mais cet écart fut minime par rapport à l'envolée du «prix de l'or» qui s'est produite par la suite.

Le début de cette envolée peut être exactement fixé dans le temps : la décision prise en 1971 par l'Administration Nixon de supprimer la convertibilité du dollar en or. Cette décision a bouleversé la nature du marché de l'or. Les banques centrales cessant d'acheter la production courante de l'or à un prix fixé d'avance, l'or-équivalent général redevient une marchandise quelle quantité trouve automatiquement acquéreur sur le marché on passe de la situation monopsonique à la situation de monopole. Les lois de la rente miniere s'appliquent : la valeur de l'or est dorénavant déterminée par les mines d'or exploitant les gisements les moins rentables. Cela entraîne une hausse de plus en plus rapide de la valeur de l'or, car au fur et à mesure que les prix (suivant la valeur) grimpent, des mines de moins en moins rentables, auparavant fermées, rouvrent, minant automatiquement

London Gold Price END YEAR FIGURES 1928 CENTRAL BANKS FREE TO BUV/SELE BOLO 19HE US TREASURY ACTIONS START) (ESSI START OF GOLD POOL 1N7 50 Financial Times 24/12/1979 hausse de la valeur de l'or, ainsi qu'une hausse de la rente différencielle des mines exploitant les gisements les plus riches.

«Depuis 1889, lorsque la première mine a été creusée dans les pierres riches en or au Wit watersrand, il n'y a eu aucune année où l'on a planifié, mis en chantier ou commencé à exploiter tant de mines nouvelles en Afrique du sud qu'en 1979» (Neue Zürcher Zeitung du 10 octobre 1979).

«Une deuxième ruée l'or est en train de se produire dans l'Ouest» (New York Times du 28 juillet 1979).

En d'autres termes : l'inconvertibilité du dollar et les tentatives de «démonétiser l'or» ont éliminé les plafonds qui limitent la production d'or par un prix fixé par les banques centrales. La production tend a augmenter, ce qui entraine une hausse de plus en plus rapide de la valeur déterminée par les coûts de production des mines les plus pauvres. d'être un défi à la théorie de la valeur-travail, l'envolée de l'or s'explique par l'application de cette théorie dans des conditions de demande illimitée (pénurie structurelle), telle qu'elle a été élaborée par Karl Marx dans le tome 3 du Capital, et notamment dans toute la partie concernant la rente fon-

Quand nous disons : la production tend à augmenter, il faut d'ailleurs entendre cette formule dans un sens •relatif et non nécessairement absolu. Elle peut aussi signifier : tend à diminuer moins qu'elle n'aurait diminué à prix d'achat fixé par les banques centrales.

cette explication est confirmée par deux séries de données : d'abord, celle du prix de l'or, qui montre clairement que le véritable point de retournement de l'évolution du «prix de l'or» a été le 400 moment de la dé-300 claration d'inconvertibilité du dol-200 lar : 100 (voir graphique).

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La seconde concerne l'évolution des profits des sociétés sud-africaines de l'industrie aurifère exploitant les gisements relativement les plus riches. En 1978, ces bénéfices ont fait un bond de 65 % par rapport à 1977 (Banque des règlements internationaux, 49è Rapport annuel, 11 juin 1979, Bâle). Une augmentation de la même proportion est prévue our 1979 (Neue Zürcher Zeitung, 18 septembre 1979). La rente différencielle des mines exploitant les gisements les plus riches augmente de manière vertigineuse. On signale le cas de la mine St. Hélène, dont les coûts de production s'élèvent à 100 dollars l'once. Le surprofit que cela donne avec un prix de vente de 400 dollars (pour l'année 1979) est facile à calculer, sans parler de celui qui découle d'un prix de vente de 500 ou 600 dollars !

On pourrait y ajouter une troisième donnée : celle de l'augmentation de la production mondiale de l'or, qui a longtemps reculé. Il est vrai que cette donnée est à première vue moins concluante, parce que plus modeste : la production n'a fait que passer de 955 tonnes en 1975 à 1070 tonnes en 1979. Mais il ne faut pas oublier que la remise en marche de mines fermées prend du temps et que la quantité supplémentaire produite dans la mine la moins rentable n'est en rien déterminante pour l'évolution de la valeur de l'or. Il suffit que l'once produite dans les conditions les moins rentables trouve un acheteur pour qu'elle assure le taux moyen de profit, c'est-à-dire pour que ses coûts de production déterminent la valeur de

VALEUR DE L'OR ET PRIX DE L'OR L'accroissement de la valeur «intrinsèque» de l'or et sa détermination par les coûts de production des mines les moins rentables, en fonction de la transformation du marché de l'or, est donc un premier élément objectif qui explique la flambée du «prix» de l'or exprimé en dollar-papier. Mais ce n'est pas le seul.

Dans un système de monnaie métallique, c'est-à-dire lorsque toute monnaie est de l'or, le «prix de l'or» n'a pas de sens. Le prix, c'est l'expression monétaire de la valeur. Le «prix de l'or» serait la valeur de l'or exprimée en... or : une once d'or égale une once d'or.

n'en va plus de même dans un système de monnaie de papier. Ici l'expression «le prix de l'or» en monnaie de papier est en réalité la réciproque de la quantité d'or que chaque unité monétaire représente effectivement. La formule «une once d'or vaut 35 dollars» signifie alors en réalité : un dollar représente 1/35è d'une once d'or.

Dans un système de monnaie de papier à cours forcé et entraîné dans un processus d'inflation permanente, l'augmentation du «prix de l'or» reflétera forcément cette dépréciation. Lorsque, par émission excessive de monnaie fiduciaire, et par gonflement excessif de monnaie scripturale (de crédits bancaires), chaque once d'or n'est plus représentée par 35 mais par 100 dollars, le «prix de l'or» en dollar-papier devra tripler, toute chose restant égale par ailleurs.

Mais à long terme, les choSi le taux d'inque à la hausse moyenne des prix de toutes les marchandises. Or, s'il y a des indices moyens d'accroissement de la productivité du travail dans l'industrie et l'agriculture, il serait surprenant que cet accroissement soit similaire ou identique à celui de l'industrie aurifère.

Pour des raisons évidentes, liées aux conditions naturelles dans lesquelles l'or est extrait de la terre, la productivité du travail aura tendance à augmenter moins vite dans les mines d'or que dans l'industrie et l'agriculture contemporaines. Cette règle n'est bouleversée que lorsque de très larges champs ou trésors aurifères, nouveaux et riches, sont brusquement découverts, ce qui n'a été le cas que trois fois dans l'histoire du capitalisme : au 16è siècle, avec l'or du Mexique; après 1848, avec l'or de Californie; et après 1890, avec l'or du Rand, en Afrique du Sud.

Lorsque la productivité du travail augmente moins vite dans les mines d'or que dans l'industrie et l'agriculture (et a fortiori, lorsqu'elle baisse), une même quantité d'or s'échangera contre une quantité croissante d'acier, de tissus, de blé, etc. (ou, ce qui revient au même, une même quantité de produits industriels et agricoles s'échangera contre une quantité décroissante d'or). Il y a donc hausse de la valeur relative de l'or par rapport à celle des autres marchandises.

L'inflation de la monnaie de papier peut évidemment voiler la baisse de la valeur des marchandises. Lorsque nous disons que l'indice moyen des prix à augmenté de 300 % mais qu'en même temps la valeur relative de l'or par rapport aux autres marchandises a doublé (la productivité du travail a augmenté deux fois moins rapidement dans les mines d'or que dans l'industrie), le «prix de l'or» exprimé en dollar-papier devra normalement grimper à 600 %, sans même tenir compte de ce qui se passe à l'intérieur de la production aurifère (c'est-à-dire sans tenir compte de l'élargissement de la production vers des mines de plus en plus marginales).

Pour schématiser le raisonnement du point de vue de la théorie de la valeur-travail, on pourrait le représenter par les formules suivantes : situation de départ : 1 once d'or égale 1 tonne d'acier égale 1 journée de travail. prix de l'once d'or et de la tonne d'acier égal 20 dollars. 30 ans plus tard : 1 once d'or produite en 1/2 journée de travail 1 tonne d'acier produite en 1/4 de journée de travail d'or égale 2 tonnes d'acier. Prix de la tonne d'acier égal 1/2 once d'or, soit 60 dollars au taux d'inflation apparent. de 300 % (3). 1 once d'or représente maintenant 120 dollars (c'est son «prix» en papier-dollars dépréciés).

L'augmentation du «prix de l'or» de 600 % est donc le produit du taux d'inflation moyen

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et du taux de réappréciation de la valeur de l'or par rapport à la valeur moyenne des autres marchandises.

En fait, on peut évaluer très grossièrement qu'entre 1910 et 1980, il y a eu augmentation de la productivité moyenne du travail de 800 % dans l'industrie et l'agriculture, alors qu'il n'y a eu augmentation que de 250 % de la productivité moyenne du travail dans les mines d'or d'Afrique du Sud. La réappréciation de l'or par rapport à la moyenne des autres marchandises est donc grosso modo de 300 %. Le d'inflation Etats-Unis entre 1910 et 1980 est d'environ 750 %. Le «prix de production de l'or» exprimé en dollars dépréciés devrait

22,5 fois 20 dollars, soit 450 dollars, compte tenu de l'entrée en production des mines marginales (le «prix de l'or» en 1910 était effectivement de 20 dollars l'once, il est resté stable pendant un siècle jusqu'à la dévaluation du dollar de 1934 qui l'éleva à 35 dollars).

Finalement, il ne taut pas oublier qu'en régime capitaliste jamais identiques à la valeur (ou plus exactement au prix de production dans les mines les moins rentables), mais oscillent autour de cette valeur, sous l'influence des fluctuations de

Cest un fait que depuis 20 ans la demande d'or augmente plus vite dans le secteur privé que l'offre. Cela est dû avant tout à l'accroissement des besoins industriels (dans lesquels intervient cependant aussi un élément de thésaurisation, pas notamment les 38 à 42 du troisième tome du mais aussi, 188, 193-4, Marx-Engels-Werke (MEW), tome 25 (3) Nous disons taux d'inflation apparent de 300%, parce qu'il exprime simplement la hausse des prix en monnaie de papier dépréciée. Le taux d'inflation réel tiendrait compte du fait que les prix accrus se rapportent à des valeurs en baisse, c'est-àdire s'établirait à 600 à 1200%, mesure de la dépréciation réelle de la monnaie de papier. (4) A la production courante il faut joindre, outre les ventes de stocks par le FMI et la Federal Reserve amémal de bijoux en or étant achetés à cette fin). Il y a en outre la thésaurisation privée courante, qui s'élève à plusieurs centaines de tonnes d'or par an.

A ces deux facteurs habituels s'ajoute, depuis le début des années soixante-dix, un troisième facteur, celui de l'accumulation d'énormes avoirs en dollar-papier, en voie de dépréaccélérée, mains de capitalistes privés et d'institutions publiques à l'extérieur des Etats-Unis. Or, une partie de ces avoirs représente une demande potentielle virtuelle croissante d'or, face à une offre plus ou moins stable

Le total des avoirs en dollars accumulés entre les mains de propriétaires non-américains n'a cessé de croître à partir des années soixante. Mais la véritable explosion ne s'est produite qu'après 1973. L'évolution est approximativement la suivante, en ce qui concerne les avoirs nets déposés en euro-dollars, auxquels il faut encore ajouter en 1977, 1978 et 1979 quelque 100 milliards de dollars déposés off-shore. (Personne ne connaît les chiffres exacts). ( Voir tableau I)

Les principaux détenteurs de ces avoirs sont les banques centrales de certains pays de l'OPEP, ainsi que les banques centrales des principales puissances impérialistes, en dehors des Etats-Unis.

Quand nous disons qu'une partie de ces avoirs représente une demande potentielle ou virtuelle d'or - et seulement une partie ! - c'est pour une raison très simple : il faut que la chute

(les autres banques centrales ne semblent pas avoir vendu de l'or) les ventes annuelles par URss, en achats massifs de céréales. C'est la sommes de ces trois éléments qui réprésente l'offre annuelle. Elle a augmenté régulièrement depuis 1975, malgré la stabilité assez prononcée de la production. Cette augmentation nes en 1975 à 325 tonnes en 1978 et 430 tonnes en 1979) et aux ventes de l'URSS (passant de 150 tonnes en 1975 à 450 tonnes en 1978) (Banque des Règlements Internatio-

49e Rapport Annuel, 11 juin 1979, Bâle)

du cours de change du dollar reste largement inférieure au taux d'augmentation du «prix de l'or», pour que les propriétaires de grosses réserves de dollars aient intérêt à spéculer contre le dollar. Si le Koweit vend de dollars contre de l'or, ce qui entraîne une chute du cours du dollar de 10 % et une hausse de l'or de 100 %, et si la banque de ce pays détenait 10 milliards de dollars au départ, le gain net serait de 100 millions (9 milliards sont dépréciés de 900 millions, 1 milliard transformé en or vaut maintenant 2 milliards). Mais si la vente de 5 milliards de dollars contre de l'or provoquait un effondrement du cours du dollar de 90 , même une augmentation du prix de l'or de 150 % cause-

June perte globale sensible : au bout de l'année les 5 milliards de dollars ne valent plus que 500 millions, alors que les 5 milliards vendus contre de l'or valent 7,5 milliards, donc perte nette de 2 milliards.

Les détenteurs des grosses réserves de dollars ont donc intérêt à acheter de l'or seulement dans la limite où cela ne déclenche pas un effondrement du cours des changes du dollar. Le comportement des banques centrales des pays excédentaires

(Arabie saoudite, Emirats du Golfe, Koweit) decorrespond exactement à de tels calculs. C'est leur demande (transmise par l'intermédiaire de banques ouest-allemandes, suisses, etc.)

spéculateurs particuliers, qui a raflé le gros de l'or vendu par le Fonds monétaire international, la Federal américaine, l'Afrique du Sud et l'URSS (5). Mais elles se sont bien gardées de jeter l'ensemble des dollars qu'elles détiennent sur le marché. (5) Alors que le gros des achats a été effectué pendant des années par des particuliers, à des fins de thésaurisation, cela ne semble plus être le cas depuis l'envolée accentuée du prix de l'or en 1978. Cf. le Financial Times du 24/12/79 : «Une grande partie de la demande d'or des derniéres semaines parvient du Moyen-Orient. Une partie est sans doute représentée par un effort de détenteurs officiels de dollars (c'est-à-dire des banques centrales des pays l'OPEP) de diversifier leurs réserves».

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Puisque cette énorme de- liards de dollars-papier. mande supplémentaire (rien que 10 % de ces avoirs accumulés représenterait plusieurs dizaines de milliards de dollars) fait face à une offre relativement inélastique qui, dans le meilleur des cas, n'augmente que lentement, il y a rupture brutale de l'équilibre entre l'offre et la demande, tendance à la hausse du «prix de l'or», dépassant nettement la valeur (le prix de production). C'est le quatrième et dernier élément qui explique la flambée du «prix de l'or», à côté de la transformation du marché, de la réappréciation relative de l'or par rapport à la moyenne des marchandises de l'inflation permanente.

Mais même ce facteur ne mérite pas le nom de «spécus'agit d'un mécanisme économique somme toute classique. La proprement c'est-à-dire l'élément d'anticipation, joue qu'un rôle fort marginal dans la hausse de l'or et n'intervient en définitive qu'en cinquième lieu parmi les facteurs qui expliquent la haus-

Comme le taux de hausse de l'or dépasse - et de très loin - le taux d'inflation des principales devises, la valeur de la vente annuelle de l'or (production courante plus fraction du stock mondial offerte à la vente) dépassera tôt ou tard la demande (demande courante plus partie des dollars accumulés convertis annuellement en or).

A 600 dollars l'once, 1500 tonnes offertes annuellement sur le marché (c'est-à-dire en gros 45 millions d'onces) épongeraient déjà quelques 27 mil(6) Pour rester objectif, il faut signaler que les mesures prises l'administration Carter contre l'Iran, l'ambassade des Etats-Unis à

Sont pu provoquer une inquiétude légitime de la part des gros détenCes avoirs en dans des banques américaines aux dans leurs filiales Europe ou ailleurs. Carter a fait saisir ces avoirs pour des motifs purement politiques. Le même sort ne pas frapper demain les avoirs en dollars d'autres pays, pour d'autres motifs politiques ? D'où le désir de certaines banques centrales de l'OPEP d'échanger leurs dollars contre de l'or.

En 1978, l'excédent cumulé des pays de l'OPEP ne fut que de 7 milliards de dollars. Il est vrai qu'ils sont passés à 65 milliards en 1979, mais rien ne dit que la hausse du «prix de l'or» s'arrêtera à 600 dollars lonce...

Les rapports de l'offre et de la demande n'évolueront donc pas indéfiniment dans le sens du prix de l'or devant largement déraper par rapport à sa valeur intrinsèque (à son prix de production). Le «prix de l'or» pourra à nouveau baisser, sans jamais revenir évidemment à des taux de 35, 42 ou même 100 dollars l'once. Rappelons qu'il y a déjà eu un précédent : entre fin 1974 et l'automne 1977, le «prix de avait baissé de 200 à 125 dollars. «L'AUGMENTATION DE LA

«VALEUR RELATIVE» DE

L'OR A DEUX RACINES

En définissant la réappréciation de l'or par rapport à la moyenne des autres marchandises, nous avions mis l'accent sur les causes naturelles du retard de l'accroissement de la productivité du travail dans les mines aurifères par rapport à celui de l'industrie et de l'agriculture en moyenne : épuisement progressif des gisements plus riches; nécessité de creuser de plus en plus profondément pour poursuivre la production; durée de plus en plus longue et coûts croissants de l'exploration, avant que la recherche de gisements nourentables n'aboutisse; frais croissants des transformations technologiques, etc. Mais à ces causes naturelles, il faut maintenant ajouter des causes

L'industrie aurifère d'Afrique du sud a réussi ce «miracle économique» de maintenir pratiquement inchangés les salaires des travailleurs noirs pendant trois-quarts de siècle, sinon de les faire varier exclusivement dans le sens de la baisse (7). (7) Selon Leo Katzen, Gold and

African Economy (Cape Town, Amsterdam, 1964), les coûts

Tout le secret de l'apartheid et toute la responsabilité fondamentale de l'impérialisme pour ce système inhumain, tiennent dans ces chiffres (voir tableau II)

Selon le même auteur, la contre-valeur du salaire (en espèces et en nature) était de 199 rand par an en 1969. En 1961, elle était de 146 rand, contre 338 rand comme salaire annuel moyen des travailleurs noirs dans la construction et 370 rand comme salaire annuel moyen des travailleurs noirs dans l'industrie manufacturière. Et le même auteur ajoute l'analyse suivante qui relie admirablement l'explication salaires de famine au système de l'apartheid :

«Des salaires plus bas peuvent être payés, dans la mesure où la base rurale fournit des revenus supplémentaires main-d'œuvre oscillante (temporaire)... En 1961, majeur estima qu'il aurait coûté 180 rand de plus par an pour assurer la subsistance de la famille d'un mineur noir dans une zone urbaine, et ceci en ce qui concerne la nourriture, le logement et le chauffage. En plus, les coûts des services municipaux, y compris des services médicaux pour les familles, seraient élevés à 20 rand ménage. Le coût moyen pour recruter un mineur était environ 30 rand par ouvrier et par an. En employant une main-d'œuvre migrante plutôt que sédentaire, le groupe qu'on peut considérer comme représentatif de l'industrie dans son ensemble, économisa un total de 170 rand par mineur et par an (c'est-à-dire réduisit le salaire de famine à moins de la moitié EM).

Un autre avantage très important pour l'industrie du système de la main-d'œuvre oscillante, vu le cadre socio-politique dans lequel il opère, c'est le contrôle beaucoup plus strict de cette main-d'œuvre et possibilité de réduire au minimum les conflits du travail...» (ibidem. pp. 135-136). salariaux par tonne extraite étaient de 25/9 sh. en 1902 et de 25/7 sh.

part des salaires des mineurs noirs dans les coûts de coast) baissa de 40% en 1910 à 20% en 1969 (Francis Wilson, op.cit. pp.

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Il s'agissait de conditions de travail nettement semi-esclavagistes (8) dans les mines d'or du

Rand. Il est évident que l'évolution susmentionnée des salaires ne reflète en aucune manière un de la force de travail vensur un marché libre. Mais à la longue, ces conditions de travail sont heurtées économiques transformées L'Afrique du sud, en voie d'industrialisation rapide, et aux réalités socio-politiques nouvelles de l'Afrique noire. Il devenait de plus en plus difficile de la main-d'œuvre d'Afrique du sud pour les mines du Rand. Il fallait leur substituer progressivement la main-d'œuvre venue des pays limitrophes : Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique.

Mais au fur et à mesure que la pression anti-impérialiste s'accrut dans toute l'Afrique, y compris dans les pays trophes, ces sources de main-d'œuvre commencèrent à tarir à leur tour. Il fallait dès lors s'engager dans la voie de l'augmentation des salaires des mineurs noirs, pour pouvoir recruter la main-d'œuvre en Afrique du sud même. Il s'en suivit une hausse des coûts salariaux (en partie co-déterminée par l'inflation internationale importée en Afrique du sud, c'est-à-dire par la dépréciation du dollar par rapport à l'or, provoquant une hausse des produits importés en Afrique du sud et des coûts de production de l'or).

Le salaire pour un mineur noir, travaillant en équipe, passé de 0,8 rand en 1970 à 1,6 rand fin 1974 (Neue Zürcher Zeitung, 30/11-1.10.1974).

d'œuvre est parquée dans des camps gardés avec séparation des sexes, rappelle clairement qu'il ne s'agit pas des salariés libres au sens réel du terme (9) Ces chiffres démontrent bien

June chose : si les Américains ont fait beaucoup de bruit autour de la «démonétisation de l'or», la décision de Nixon de rendre le dollar inconvertible en or en 1971 a eu pour effet pratique (et sans aucun doute pour but réel) d'arrêter l'hémorragie d'or de la Federal Reserve. Mais cela veut dire qu'on attachait bien plus d'importance au maintien d'un stock d'or important que tout le bruit sur la «démonétisation» ne laissant supposer

Paradoxalement, en dépit du régime d'apartheid et du contrôle impérialiste sur la production minière d'Afrique du sud, on peut dire que l'appréciation de l'or par rapport aux autres marchandises reflète aussi, fût-ce de manière indirecte, les effets de la révolution coloniale, des rapports de forces modifiés entre l'impérialisme et, dans ce cas, les couches sociales anti-impérialistes de par le monde. Cette modification des rapports de force est en partie

«monnayée» par la bourgeoisie (et les autres classes possédanpays semi-coloniaux. Comme dans le cas des pays de l'OPEP, la bourgeoisie sud-africaine et l'Etat sud-africain profitent de cette réappréciation de l'or, qui constitue donc une forme de redistribution de la plus-value mondiale entre la bourgeoisie impérialiste et la bourgeoisie de pays semi-coloniaux (et, à l'intérieur des pays impérialistes, entre les monopoles détenant l'essentiel de leurs investissements dans le secteur manufacturier et les monopoles ayant l'essentiel de leurs investissements dans des seccomme le pétrole, l'or, le diamant, l'argent, l'uranium, etc.).

les travailleurs sud-africains en profitent aussi un

UNE TRANSFORMATION

DU SYSTEME MONETAIRE

INTERNATIONAL?

La hausse explosive

«prix de l'or» a eu un

(facilement prévisible, sauf pour les partisans fanatiques de la «démonétisation» de l'or, qui prenaient leurs désirs pour des réalités) sur le système monétaire international. Malgré l'explosion, plus forte que jamais, des pétro-dollars en circulation, l'année 1979 a été la première année depuis plus de vingt ans où la part de l'or dans les encaisses des banques centrales a augmenté plus fortement que la part du dollar et l'ensemble des monnaies réserve (ceci évidemment pour autant qu'on évalue les encais-

For au prix moyen du marché et non au prix factice de 45 dollars l'once) (voir ta-

Si l'augmentation du «prix de l'or» devait se poursuivre en 1980 ou en 1980-81 au rythme de 1979 (50 % d'augmentation par an à la place de 100 %), - ce qui n'est pas très probable, mais pas tout-à-fait impossible non plus - on en arriverait à une situation proche de celle de 1928, c'est-àdire proche de celle où la couverture d'or des principales monnaies impérialistes égale ou supérieure à ce qui comme nécessaire pour assurer la convertibilité des monnaies de papier en or, même si l'inflation devait se poursuivre au rythme

Tout se passe donc comme si «l'envolée de l'or» constituait un mécanisme objectif, automatique, à travers lequel la loi de la valeur, c'est-à-dire les lois objectives qui régissent l'économie (capitaliste) prennent leur revanche sur les manipulations et «politiques économiques» des gouvernements, des banques centrales, des Etats et des monopoles.

Ceci est d'autant plus vrai que la répartition du stock d'or entre les principales puissances impérialistes se rapproche petit à petit de la part de chacune d'elles dans les exportations mondiales (la part des USA, y est actuellement de 16%), si les ventes d'or de la Federal Reserve se maintiennent au rythme actuel à présent, elles concernent quelque 9 millions d'onces par an). En 5 ans, toute chose restant égale par ailleurs, la part des USA dans le stock d'oi baisserait ainsi à 15 % (voir tableau IV).

Une des conséquences de «l'envolée de l'or», c'est que les Etats-Unis sont à présent de nouveau en état de régler en or le déficit courant de leur balance de paiements, sans épuiser rapidement les réserves qu'ils détiennent. Ce déficit ne fut, en 1979, que de 2,5 milliards de dollars. Au cours de

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400 dollars l'once, il n'aurait nécessité que la vente de 6 millions d'onces d'or, soit un peu plus de 2% du stock détenu par les USA. Et même si le déficit devait de nouveau atteindre des sommes de l'ordre de 10 milliards de dollars (ce qui est peu probable comme tendance générale, et ne se produira qu'en quelques années exceptionnelles), la hausse des cours de l'or aidant (celui passant par exemple à 600 ou 700 dollars l'once), une vente de 4% du stock détenu par les USA permettrait de règler presque tout ce défi-

Répétons-le : tout se passe comme si la hausse du prix de l'or ramène un peu plus «d'ordre» et de «vérité objective» dans le fonctionnement système monétaire international. Les déséquilibres encore existants entre la répartition du stock d'or des pays impérialistes - part encore trop élevée des USA, part trop réduite de la Bank of Japan - seraient «automatiquement» éliminés, si les pays impérialistes à balance de payement déficitaire règlaient leurs déficits en tout ou grande partie en or : «On pourrait bien découvrir que le rôle le utile de l'or détenu officielle. ment ... consisterait à rendre plus faciles certains problèmes de règlements officiels (entre banques centrales)...En règlant proportion des balances créditrices (des principaux producteurs de pétrole) en or - essentiellement en manifestant une volonté d'approvisionner le marché de l'or de façon ordonnée -, on réduirait en proportion dante les sommes qui devraient autrement passer par le système bancaire international, dont les capacités de recyclage sans limites sont maintenant largement mises en question» (éditorial du Financial Times, 4 janvier 1980).

Avons-nous mal compris, ou s'agit-il effectivement d'un appel du pied d'un porte-parole du capital financier britannique au gouvernement américain (et à tous les gouvernements impérialistes), d'en arriver à pareille solution, - c'est-à-dire utiliser les ventes d'or pour règler une bonne partie de leurs déficits courant des balances de palements (ce serait le sens de la formule «orderly way» : «de façon ordonnée») ? Renversement sensationnel d'attitude de la part de ce capital financier, qui fut, pendant la décennie passée, le principal appui, aux côtés des USA, de l'effort échoué de «démonétiser l'or».

Et belle astuce en même temps en ce qui concerne les rapports entre l'OPEP et les pays impérialistes. L'OPEP se plaint d'être payé en dollars en voie de dépréciation constante. «A la bonne heure !», repondent impérialistes: «Nous règlerons notre déficit avec vous en or, qui s'apprécie exactement au même rythme du là long terme s'entend) que le pétrole» : 1 once d'or: 18 s'explique facilement, similitude des conditions d'extraction (de production) de ces deux minerais. En outre, cette l'avantage supplémentaire de freiner le rythme de l'inflation aux USA (et par ricochet le rythme de l'inflation mondiale), l'accroissement papier mis en circulation pour règler le déficit de la balance des paiements des USA est une des sources (pas la source principale, mais une des sources).

Du point de vue des peuples des pays de l'OPEP - des perspectives de leur développement économique, social, culturel -, détenir des stocks d'or majeurs est tout aussi stérile et inutile que de détenir des avoirs croissants en dollars dans les banimpérialistes. point de vue de leurs classes possédantes capitalistes la différence est de taille : les avoirs en dollars se déprécient; les avoirs en or conserveront leur valeur ou continueront à s'apprécier, constituant une réserve, un trésor, plus réel que les avoirs en dollars.

Est-ce à dire que la hausse du cours de l'or nous ramène petit à petit à un système monétaire international fondé sur l'étalon-or ? Il y a un obstacle formidable sur cette voie de retour : c'est que si la répartition des stocks entre les principales puissances impérialistes peut graduellement, et plus ou moins automatiquement, retourner à une situation qui reflète en gros leurs parts respectives dans le commerce mondial, il n'en est pas de même pour les pays capitalistes pris dans leur ensemble.

Les pays semi-coloniaux, qui participent pour quelque 22 % aux exportations mondiales, ne détiennent que quelque 10 % du stock d'or mondial. Les pays de l'OPEP, dont la participation aux exportations mondiales est de l'ordre de 11 % ne détiennent que quelque 2,5-3 % du stock d'or mondial. Et même si les pays impérialistes réglaient la ma- mapartie de leur déficit avec les pays de l'OPEP en de l'or de 600 ou 700 dollars l'once, il faudrait longtemps pour que cette part atteigne 10%.

Best implicite dans l'évolution actuelle, c'est une sorte de quadrille où la hausse des prix des produits manufacexportés par les pays impérialistes le «tiersentraîne une hausse du pétrole (plus modérée à long terme, car même en cas d'indexation effective, il y aurait toujours la loi de l'offre et de la demande qui jouerait et les pays impérialistes réduiraient progressivement leur demande de pétrole), ce qui entraînerait une hausse parallèle du prix de l'or et donc sa redistribution progressive au profit des pays excédentaires, ce qui permettrait de maintenir à un niveau élevé le volume des exportations des pays impérialistes vers les pays de l'OPEP et le taux de profit des monopoles exportateurs, tout en freinant le taux d'inflation en Occident.

Mais si ce quadrille semble élégant et raisonnable (du point de vue impérialiste), en ce qui concerne les pays de l'OPEP, les danseurs s'y cassent tout de suite le cou sur un parquet trop glissant en ce qui concerne les pays semi-coloniaux non exportateurs de pétrole. Car comme ces pays ont une balance des paiements structurellement déficitaire et que la hausse du pétrole augmente de plus en

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plus ce déficit, ils n'ont aucun moyen d'acquérir un stock d'or supplémentaire et seraient condamnés à la banqueroute quasi immédiate en cas de retour à l'étalon-or, ce qui conduirait à l'effondrement du commerce

Le problème des pays semi-coloniaux à balance des paiequels se trouve d'ailleurs un nombre croissant de pays membres de l'OPEP) ne peut être résolu que par une expansion continuelle du crédit international, s'il s'agit d'éviter une chute radicale de leurs achats de marchandises impérialistes. Mais ce crédit international réclame un moyen de paiement universellement acceptable par les vendeurs de marchandises et les détenteurs de créances, c'est-àdire une «monnaie universelle» différente de l'or et détachée de celui, c'est-à-dire quelque chose d'introuvable en économie marchande (sauf sous forme de monnaie de papier en voie de dépréciation continuelle).

Est-ce à dire qu'on en resterait en définitive à un système monétaire international largement dégagé de dire qu'on continuera à vivre pratique sous un régime «d'étalon-dollar» ? Il n'en est rien. Toute une série de transformations graduelles sont en cours qui soulignent le rôle déclinant du dollar dans le système monétaire international et le rôle croissant de l'or : * Une banque centrale après l'autre évalue déjà son stock d'or dans ses bilans ordinaires d'après le prix courant du marché et non d'après le prix fictif du FMI, issu des accords de 1971 de 45 dollars l'once. banques centrales qui s'en tiennent encore à la lettre de cet matière de calcul des réserves de change représentent déjà une minorité parmi les principales puissances listes et non plus la majorité. Ce n'est plus qu'une question de temps que la Federal Reserve en fasse autant.

Au sein du Système monétaire européen, les opérations en or entre banques centrales sont réintroduites et commencent à être pratiquées, fûtà une échelle encore très modeste. En outre, l'ECU une monnaie officiellement à couverture d'or.

Les pays de l'OPEP demandent avec insistance que le calcul du prix du pétrole ne se fasse plus en dollars mais à l'aide d'une corbeille de monnaies des principaux pays impérialistes. Cela débouchera sur la demande que le paiement effectif du pétrole se fasse dans la mê-

Les Etats-Unis eux-mêmes, modifiant radicalement leur position à ce propos, commencent à exercer une pression sur la RFA, le Japon (et dans une moindre mesure sur d'autres puissances impérialistes) pour qu'ils acceptent que leur monnaie joue le rôle de réserve de change d'autres devises, côtés du dollar. Ces pays résistent à cette pression, ne désirant pas être soumis aux rafales de spéculation sur les devises prévoient au cas où leur monnaie jouerait effectivement ce rôle. N'empêche que la part du DM, du yen, du franc suisse, du florin, dans les réserves de ainsi que dans le marché des euro-devises, augmente lentement, mais sûrement.

Sur un chiffre déclaré par les banques de dépôts sur l'euro-marché de 373 milliards de dollars vers le milieu de 1979, un quart était déja représenté par des dépôts en DM et en francs suisses. En outres, des banques centrales, surtout dans l'Asie du Sud-est et au Moyen-Orient, détiennent pour quelques 10 milliards de dollars de réserves de change sous forme d'avoirs en yen. * Conjointement, la part du la part du commerce mondial qui est soldée en dollars se réduit graduellement, fût-ce à un rythme lent. La part des exportations mondiales libellées et soldées en d'autres monnaies, augmente parallelement. menace de l'ayatollah plus accepter le dollar en paiement du pétrole iranien n'était pas nécessaire pour déclencher ce mouvement, ni pour l'accélérer progressivement. Il en découle inévitablement de la différence des taux de dépréciation (d'inflation) du dollar d'une part, du DM, yen, franc suisse, etc, de l'autre.

Actuellement, quelque 25 à 30 % des exportations japonaises sont libellées en quelque 75 % des exportations ouest-allemandes (mais seulement 40 % des importations de la RFA) sont libellées en DM (Euromoney, juillet 1979). * Paradoxalement, et pour la même raison, les pays les plus intéressés au maintien de «l'étalon-dollar» (avec un en «chute libre») sont les pays semi-coloniaux les plus endettés. Car cet «étalon-dollar» réduit quelque peu la charge de leur puisqu'il leur permet d'emprunter en «bonne mon«monnaie de singe» (avec un taux d'inflation moyen cumulatif de 7 % l'an, le dollar perd 50 % de sa valeur en 6 ans de temps, c'est-à-dire qu'un prêt de 100 millions de dollars n'est remboursé qu'à l'équivalent en pouvoir d'achat de 50 millions).

comportement n'est d'ailleurs pas propre aux seuls gouvernements : «Les eurobanques tendent à s'endetter en monnaies faibles créancières en monnaies fortes» (Journal de Genève, 10 septembre 1979).

Réciproquement, et pour la même raison apparemment paradoxale, les principaux preteurs, c'est-à-dire les grandes banques privées, y compris celles des Etats-Unis, commencent à vouloir se débarrasser de «l'étalon-dollar» qui les défavorise, comme toute inflation accélérée défavorise le créditeur et favorise le débiteur.

Dans le même ordre d'idées, banques privées commencent à accepter d'inclure des «valeurs réelles» (avant tout l'or, mais aussi les diamants et le métal argent) dans la couverdes crédits accordées à leurs clients, dans la couverture de fonds de pensions et même leur propre (Business Week, 31/12/1979). L'OR ET LA CRISE

La longue dépression dans laquelle est engagée l'économie capitaliste internationale double aspect, comme toute crise capitaliste : elle est à la fois

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résultat d'une baisse du taux moyen de profit et expression d'une surproduction. Les questions monétaires et la hausse sont reliées à cette nature de la crise par le double anneau de l'explosion des taux d'intérêts et de l'emballement du système de crédit international qui frôle périodiquement l'effrondement.

Sur le plan interne, la reprise, modeste, inégale hésitante, des années 1976-78 n'a été possible que grâce à une nouvelle explosion de l'inflation du crédit. Aux USA, la dette des entreprises s'est accrue fin 1979 à 1000 milliards de dollars (40% de plus qu'en 1975). La dette privée et publique au total atteignent presque 4000 milliards de dollars (50% de plus qu'en 1975). Voilà la cause fondamentale de l'inflation perma-

Mais si ce processus est encore partiellement contrôlable au niveau national, par le truchement de la politique conjoncturelle des gouvernements et des banques centrales - vu la nature même de la monnaie de papier à cours forcé -, rien de comparable n'existe au niveau du marché mondial. Là, il n'y a pas de «prêteur du dernier ressort», il n'y a pas de politique conjoncturelle unifiée qui peut être imposée par qui que ce soit. L'explosion de l'endettement international (rien que 350 milliards de dollars pour les seuls pays dits «du tiers-monde») confronte le capitalisme international avec une contradiction insoluble : ou bien risquer d'étrangler le commerce mondial, bien risquer la faillite de quelques gros débiteurs, et avec les pertes énormes qui en découleraient, ce qui pose le problème de comment répartir ces pertes entre les différentes fractions (privées et «publiques») du capital financier international et le problème d'éviter un krach bancaire généralisé risque de se trouver au bout de cette course folle (10). (10)...aux Etats-Unis, le Système de de la Monnaie et la Federal Deposit Réserve fédérale, , le Contrôleur Insurance Corporation (organisme Insurance Corporation d'assurance des dépôts bancaires) ont créé, l'an dernier, pour la première fois, un comité mixte de surveillance profit freine sinon productif, c'est l'évidence le confirmer. dollars par les banques privées et au profit des banques privées et des grands monopoles exportateurs des pays impérialistes), tous les palliatifs grâce auxquels le système capitaliste international a évité jusqu'ici un krach du type 1929 se heurtent maintenant aux effets de l'envolée de l'or. Nous avons déjà signalé que devant cette envolée, et la «chute libre» du dollar, les prêts en dollar deviennent progressivement une mauvaise affaire pour les banques (même la thésaurisation de l'or ne rapportant rien aurait été beauchargé de contrôler les activités internationales de financement des grandes banques américaines...Au cours de la dernière décennie, les grandes banques du monde ont commencé à jouer sur le plan économique international un rôle aussi primordial que celui qu'elles jouent depuis longtemps au niveau national...Il convient donc d'éviter que ces perturbations, liées à l'effondrement du système des parités fixes..les problèmes soulevés par les excédents de l'OPEP et l'ampleur de l'inflation, ne débouchent pas un jour ou l'autre sur une panique financière internationale à la suite de quelque faillite bancaire... Une incertitude (!) demeure quant au rôle des différentes banques centrales en tant que prêteurs en dernier ressort pour les banques en difficulté...Autre faiblesse de cette coopération en matière réglementaire, seuls les douze pays membres de la Commission de Bâle sont concernés, bien que les banques internationales soient presentes dans des dizaines des pays où la loi du secret, appliquée dans certains cas, rend difficile la surveillance de la situation des banques» (Financial Times, 31/07/79)

coup plus rentable au cours des trois dernières années que des prêts à 7, 8 ou 10% d'intérêts à des gouvernements qui risquent en plus d'être insolvables). L'affaissement progressif de «l'étal on ollar» signale les limites de l'inflation en tant qu'amortisseur temporaire de la crise, c'est-à-dire les limites de l'inflation du crédit, c'est-àdire les limites du crédit, c'est-à-dire les limites des «marchés de substitution».

La gravité même de la crise est ainsi une des tendances fondamentales qui expliquent l'envolée de l'or. Ce n'est pas en premier lieu la peur de la dépréciation continue du dollar (et d'autres monnaies de papier), c'est l'ébranlement du système du crédit en fonction de la crise - c'est-à-dire en fonction du taux moyen de profit insuffisant et de la surproduction potentielle ou virtuelle - qui se trouve en dernière analyse à la base de l'engouement pour l'or. Marx l'avait compris et analysé, il y a plus d'un siècle : «Aussi longtemps qu'elle traite «du capital» ex professo, l'économie (politique) éclairée contemple l'or et l'argent avec le plus grand mépris, comme la forme du capital qui est en effet la plus indifférente et la plus inutile. Mais dès qu'elle traite du système bancaire, tout se tourne en son contraire, et l'or et l'argent deviennent le capital par excellence, à l'affirmation desquels toute autre forme de capital et de travail doit être sacrifiée. Mais par quels traits l'or et l'argent se distinguent-ils des autres représentations de la richesse ? Pas par la quantité de leur valeur, car celle-ci est déterminée par la quantité de travail objective qu'ils contiennent. Ils se distinguent par le fait d'être des incarnations indépendantes, des expressions du caractère social de la richesse...Cette exisapparaît donc comme quelque chose d'extérieur à elle, comme un objet, chandise à côté et à l'extérieur des éléments réels de la richesse sociale (de la masse des marchandises dont la valeur d'usage satisfait des besoins des hommes EM). Aussi longtemps que la production s'écoule normale-

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ment, on oublie cela. Le crédit, également forme sociale richesse, refoule l'argent (l'or et l'argent EM) et usurpe sa position. C'est la confiance dans le caractère social de tion, qui fait apparaître la forme monétaire des produits comme quelque chose qui tend à disparaitre et quelque chose d'idéal, comme représentation pure et simple. Mais dès que le crédit est ébranlé - et il s'agit d'une phase toujours inévitable du cycle de l'industrie moderne - toute la richesse réelle doit réellement et brusquement être transformée en monnaie, en or et en argent, exigence mais qui est le produit nécesdu système (Capital tome 3, Marx-Engels-Werke tomme 25, pp. 588589. notre propre traduction).

On ne saurait mieux résumer l'évolution des dernières trente années, tant du point de vue des réalités économiques que de celui des conceptions économiques prédominantes dans la société bourgeoise. Keynes disait que l'or est un «métal barbare». Il est bien plus profond de constater, avec Marx, que le régime capitaliste est un régime irrationnel et barbare, inévitablement à des après des phases de prospérité. La réhabilitation périodique de l'or, en pratique et en théorie, n'est qu'un reflet synthétique de cette irrationalité et de cette barbarie, qui condamnent à la misère, 'à la faim sinon mort, des millions d'êtres humains, non pas parce que le monde produit trop peu mais parce qu'il ne peut consommer les biens qu'il produit sans que ceux-ci transitent par la monnaie, c'est-à-dire à nouveau de plus en plus, par l'or. 5 janvier 1980 Tableau I

(en milliards de dollars) début 1973 100 3e trim. 1974 150 fin 1975 180 fin 1976 200 fin 1977 270 fin 1978 340 fin 1979 380

Tableau II de la la produc-

1911

1921

1931

1936

1941

1946

1951

1956

1961

1966

1969 lui-même»

Tableau III

1928

1938

1951

1955

1960

1966

1970 qui conduit

1975 fin 1976 crises fin 1977 fin 1978 fin 1979 à la

Tableau IV

1913

1918

1934

1940

1951

1955

1960

1966

1971

1978

1979

INDICE DES GAINS REELS DES TRAVAILLEURS NOIRS DANS

LES MINES D'OR D'AFRIQUE DU SUD (100 : 1936)

Source : Francis Wilson : Labour in the South Africain Mines

1911-1969, Cambridge University Press, 1972

Valeur totales des réserves de change des banques centrales

A

13,01

27,8

56,6

62,6

74,2

72,6

92,5

288,9

309,7

415,7

471,2

710

(l'once d'or est évaluée à 20 dollars en 1928, 35 dollars en 1938-

125 en 1975 et 1976, 150 en 1977, 175 en 1978 et 400 en

1979. Il s'agit très évidemment d'approximations très grossières qui ont simplement pour but de donner un ordre de grandeur, à partir de 1975. Une moyenne annuelle exacte est impossible à calculer vu les problèmes de la pondération pour laquelle les données font défaut. Afin de rendre les chiffres comparables, nous n'avons pas tenu compte des avoirs du FMI à partir de 1951, des DTS - droits de tirages speciaux - à partir de 1978. Mais l'incidence de ces deux catéd'avoirs est insignifiante. Fin 1978, elle représenterait moins de 4% de l'ensemble de réserves de change).

PART DES ETATS-UNIS DANS LES ENCAISSES-OR

DES BANQUES CENTRALES DES PAYS CAPITALISTES

Salaires en espèce plus rations de nourriture gratuits et autres avantages en nature

111

77

91

100

93

100

93

96

96

107

108

B en % de A

Valeur des encaisseor au prix courant du marché

(en milliards de dollars courants)

B

75,5%

9,8

25,9

93.1%

63,0%

35,6

37,6

60,0%

40,5

54,6%

56,3%

40,9

44,6%

41,3

127,8

44,2%

123,3

39,8%

172,9

41,6%

185,6

44,2%

420

59,1%

28,3%

38,0%

43,4%

71,7%

(maximum historique)

64,2%

57,8%

44,0%

30,7%

26,8% (9)

25,7%

24,2%

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