Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Les traits fondamentaux de la nouvelle situation économique

· Inprecor n° 67-68, 17 janvier 1980 · p. 31-37 · 5 099 mots

État espagnol Économie mondiale Europe

Jesus ALBARACIN Pedro MONTES LE pelle ance l'austérité s'appelle «Plan Barre». Dans l'Etat espagnol, l'austérité prend une forme différente tous les 6 ou 7 mois. En effet, en un peu moins de deux ans, nous avons connu le Plan Fuentes Quintana, qui s'est matérialisé plus tard en Pacte de la Moncloa, «l'austérité la moins austère» qui caractérise la politique gouvernementale après les élections générales et municipales, et, maintenant, nous connaissons le Plan économique du gouvernement (PEG).

Ces changements fréquents de la politique gouvernementale ont pour origine le fait que l'austérité est une ligne stratégique à long terme de la bourgeoisie. Or, le chemin qu'il faudra parcourir pour sortir de la crise est si long que, à chaque instant, il se concrétise par une version conjoncturelle différente suivant les problèmes de l'heure, la situation objective et le rapport de force avec le prolétariat. C'est pour ces raisons que le Plan économique du gouvernement, tout en contenant les lignes directrices de la politique de la bourgeoisie pour le futur proche, n'est pas un plan économique achevé et ne contient pas tous les plans de la bourgeoisie. Il laisse de côté des questions importantes telles que la plupart des restructurations. Ainsi on ne peut écarter l'éventualité d'une nouvelle formulation de l'austérité, et ceci avant qu'il ne soit longtemps. Sa for-

Espagne

Les traits fondamentaux

me dépendra du succès ou de l'échec de l'offensive actuelle de la bourgeoisie.

Le PEG est l'un des élé-

1, le Plan dernie du tran

nal et la négociation d'une convention-cadre entre la CEOE (organisation patronale), les Commissions ouvrières et l'UGT, constituent l'offensive actuelle de la bourgeoisie contre les travailleurs. Cette offensive se traduit par le choix de l'énergie nucléaire, l'affaiblissement du mouvement ouvrier et une exploitation plus grande des travailleurs. Elle vise aussi à rétablir «l'autorité du chef d'entreprise» et à imposer la liberté de licencier, car, pour la bourgeoisie, les restructurations sectorielles essentielles sont encore à réaliser et doivent frapper les noyaux décisifs de la classe ouvrière. Elle pense donc que le moment est venu de procéder à une attaque en règle dans tous les domaines concernés par l'austérité. Elle peut le faire grâce aux forces qu'elle a accumulées depuis le Pacte de la Moncloa : la mise en place du système constitutionnel ne lui a pas posé beaucoup de problèmes, elle dispose de la majorité au Parlement, et les partis ouvriers majoritaires dans le pays ne sont pas prêts à se servir de mobilisations de masse pour modifier le rapport de forces. Elle doit maintenant consolider ses positions et cela passe par une défaite du prolétariat dans ses principaux bastions. En outre, 1980 se présente comme un nouvelle année de crise. Il lui est donc nécessaire d'accentuer sa politique anti-ouvrière pour trouver une solution à ses problèmes structuraux. Jusqu'à présent, la politique des réformistes lui a facilité la tâche. Le tournant à droite du PSOE et les contradictions au sein du PCE font que l'avenir ne lui réserve pas de plus grandes difficultés. En particulier, la bourgeoisie considère comme un élément fondamental le tournant pris par le PSOE depuis son congrès au printemps der-

Mais cette nouvelle offensive se produit dans un contexte objectif déterminé dont l'évolution sera d'une importance décisive pour son succès ou son échec. Jusqu'à présent, la bourgeoisie a marqué des points importants : des entrées de devises supérieures à huit milliards de dollars, une inflation réduite de 10 %, plus de 500000 travailleurs licenciés, une baisse pouvoir d'achat d'environ 4 % pour les salariés, etc.

Si cela est vrai, il n'en est pas moins certain que le panorama est loin d'être réjouissant. La bourgeoisie devra être consciente qu'au fur et à mesure qu'elle progresse vers la solution de la crise, elle ne fait que repousser les limites qu'elle doit atteindre. Parce qu'il y a des facteurs qui ont été relativisés en 1979 et qui vont réapparaître avec toute leur force en 1980 : l'accélération de l'inflation, l'augmentation aiguë du chômage, le déficit de la balance des paiements, la récession,

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l'expérience acquise par le mouvement ouvrier au cours des dernières années, etc. Ces facteurs, qui feront obstacle aux plans de la bourgeoisie, peuvent contribuer à la radicalisation de la base des partis ouvriers majoritaires, qui résistera à l'attaque du capital. Organiser la résistance face à ces nouvelles attaques de la bourgeoisie est la tâche principale des révolutionnaires. LA POSITION DU CAPITALISME ESPAGNOL AU NIVEAU INTERNATIONAL

Avec la dévaluation de la peseta en juin 1977, la balance des paiements espagnole, jusqu'à présent négative, a eu tendance à se redresser. Le solde la balance des comptes courants en 1978 a fait apparaître un excédent de 1 milliard 600 millions de dollars, ce qui se renouvellera probablement cette année. Les importations se sont stabilisées et les exportations stimulées grâce à la dévaluation, se sont mises à croirythme élevé, réduicommercial. En conséquence, les réserves monétaires n'ont cessé d'augmenter (en septembre, elles s'élevaient à 12 mildollars) et, alors que l'endettement international augmentait aussi (les dettes à long terme passant de 13 milliards de dollars en 1977 à 16 milliards en 1979), il est certain que la balance ments n'est plus le souci majeur du capitalisme espagnol, pour le moment, car les problèmes vont réapparaître en 1980.

A la racine même de cette évolution, se trouvent les facteurs négatifs qui vont provo-

Run nouveau déficit des comptes courants en 1980, mais qui, étant donné le montant actuel des réserves dé devises, parfaitement assimilabie par le capitalisme espagnol. Depuis juin 1977, la compétitivité de la peseta a diminué de manière appréciable car, si la dévaluation effective fut de 14,7%, la réévaluation a depuis atteint 11,9% (18,9% par rapport au dollar). Ceci ajouté à la différence entre le taux d'inflation de l'économie espagnole et celui de ses concurrents a ramené la compétitivité des exportations espagnoles à ce qu'elle était espagnoles à avant juin 1977.

Néanmoins, en 1979, il ne semble pas que les effets s'en • soient fait sentir, car, au cours des neuf premiers mois de l'anles exportations ont augmenté, en dollars, de 41%, ce qui, en tenant compte de la réévaluation dont le taux annuel moyen était de 17% et de l'augmentation des prix à l'exportation d'environ 10%, donne une croissance réelle d'environ 9%. Divers facteurs permettent d'expliquer ce phénomène et pourquoi il ne se répétera pas en 1980. En premier lieu, avec un intérieur contracté, pour maintenir le niveau de production, il est nécessaire de vendre à l'extérieur, même à perte. De nombreux capitalistes, tout en ayant des difficultés pour réduire leurs effectifs, ont dû recourir à ces mesures. En second lieu, si les exportations ont augmenté aussi rapidement en 1979, c'est parce qu'un grand nombre de ventes ont été faites à crédit (les crédits des banques pour les exportations ont augmenté, au cours des huit premiers mois, d'a peu près 1,4 milliards de dollars et les rentrées de devises, au cours de la meme periode, furent inférieures de 1.4 milliards de dollars aux exportations). Enfin, les exportations d'automobiles et, en particulier, celles de la ford resta, ont joué un rôle trés important. Cela ne pourra durer en 1980, car les mécanismes qui ont joué précédemment ont des limites évidentes. En premier lieu, le commerce mondial va se ralentir et les exportateurs vont rencontrer, raison, des difficultés importantes. Il est évident qu'on ne pourra continuer longtemps à vendre à perte ! Enfin, les ventes à crédit ont aussi leurs limites : la solvabilité de l'acheteur et la propre situation du vendeur, qui ne peut s'endetter continuellement afin de financer ses clients. En résumé, si en 1979 les exportations ont joué un rôle moteur, en 1980, elles représenteront l'élement par lequel se transmettra le ralentissement que l'on peut prévoir dans le commerce mondial. De fait, on a déjà pu constater cetdécélération depuis quelques mois.

Dans le domaine des importations, le même phénomène se produit. Les augmentations, au cours des neuf premiers mois de l'année, ont été de 31%, ce qui, étant donné les effets de la réévaluation et l'augmentation précédente des prix, représente un accroissement réel de signaler tout d'abord le rôle anti-inflationiste qu'ont joué, en 1979, aussi bier la réévaluation que cet accrois sement réel. En 1980, c'est exactement le contraire qui va se produire.

Alors que le PEG prévoit qu'il n'y aura aucun changement dans la parité de la peseta, on peut envisager qu'il y aura une légère dévaluation d'environ 5%, le taux de change se situant à 70 pesetas par dollar. A cela va s'ajouter la répercussion de l'augmentation du prix du pétrole, qui, pour le capitalisme espagnol, représente une charge importante étant donné sa politique d'approvisionnement. En septembre 1978, le coût du baril était, pour l'économie espagnole, de 14,5 dollars, la moyenne pour les six premiers mois de 1979 était de 15,3 dollars, et, sans tenir compte d'une nouvelle révision de la part de l'OPEP, on peut prévoir qu'en 1980, le coût moyen sera de 29 ou 30 dollars, étant donné que 15 millions de tonnes sur les 51 importées doivent être achetées sur le marché libre, dont, comme on le plus élevés. Cela signifie que, en termes de balance de paieles coûts passent de 7 milliards de dollars en 1979 à 11 milliards en 1980, ce qui aura une répercussion sur le coût de la vie qui augmentera d'environ 3% et fera que la balance des comptes courants connaîtra un déficit de l'ordre de 2 milliards de dollars. Si, en 1979, les importations ont eu un effet anti-inflationiste, contribueront l'augmentation des prix.

conclusion, la halance des paiements en 1980 sera un

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mécanisme de première imporbien l'éventuelle récession de l'économie mondiale que les principales tensions inflationnistes. S'il est vrai qu'une partie de l'instabilité du capitalisme espagnol est due à des causes externes, cela sera d'autant plus

Men évidence en 1980. LE NIVEAU D'ACTIVITE ET D'ACCUMULATION

Toute la période écoulée depuis le Pacte de Moncloa est caractérisée par quasi stagnation de l'activité et une baisse de l'accumulation. En 1978, le PIB a augmenté de 2,5% et on estime que l'augmentation sera de 1,8% en 1979 (pour ces deux années, la croissance du secteur industriel et de la construction sont respectivement de 0,9 et 0,3%). Le montant brut des investissements a diminué de 4,5% en 1978 et la croissance sera pratiquement nulle en

Au cours de ces deux années, les exportations ont constitué le moteur principale de cette faible croissance, les augmentations réelles étant estimées à respectivement 11 et 9%. La consommation intérieure, affectée par la baisse du d'achat et la diminution de l'emploi, n'a progressé que de 2,5% en 1978 et que de 1% seulement en 1979, conséquence de la double baisse de l'emploi des salariés (-2,5%) et des salaires réels (-2%).

Parmi les traits marquants de 1979, qui sont importants pour les prévisions de 1980, il faut signaler pessimisme latent des chefs d'entreprise (mis en évidence par les sondages d'opinion auprès des chefs d'entreprise effectués par le ministère de l'Industrie) et le ralentissement des exportations depuis le printemps, comme un fait d'une étant donné le rôle joué par celles-ci dans le maintien de l'activité et l'amélioration de la balance des paiements. De façon à chaque fois plus évidente au cours de l'année, les prévisions -non exemptes de préoccupations politiques - tracées par le gouvernement pour 1979, sont apparues manifestement de plus en plus irréalistes. ment du PNB n'a pas atteint 5%, les investissements n'ont pas augmenté de 8%, l'augmentation des prix n'a pas pu être maintenue à 10% au cours de l'année, alors que cet argument avait été utilisé à fond pour justifier les augmentations des salaires maximum de 11 à 14%.

Pour 1980, les prévisions officielles oscillent entre 0 et 2% d'augmentation du PNB, toutefois, le gouvernement, confortablement dans le pessimisme, ne cache pas qu'il sera difficile de parvenir à de tels résultats. Les exportations seront moins importantes qu'au cours des années passées; la consommation des travailleurs continuera à stagner (il est prévisible que, en 1980, la perte de pouvoir d'achat s'accen-

L'EMPLOI, LE CHOMAGE ET LES RESTRUCTURATIONS

En Espagne, la composition organique du capital est plus organique du faible que celle de la plupart de ses concurrents et, par conséquent, le capitalisme espagnol est beaucoup moins productif.

productivité inférieure, qui est la cause fondamentale de sa faiblesse face à la concurinter-impérialiste, plus profonde et plus intense. Néanmoins, depuis le Pacte de Moncloa, cette différence dans les taux de productivité a diminué de manière considérable, en raison des terribles réductions d'emploi qui sont intervenues. Cela s'est cependant insuffisant car les tructurations n'ont pas encore affecté les grands bastions du mouvement ouvrier que la bourgeoisie se doit d'attaquer maintenant si elle veut poursuivre son avance. Et elle doit le faire dans un contexte général de crise et de récession, ce qui sans aucun doute, rendra difficile la mise en œuvre de ses projets.

C'est avec retard que l'économie espagnole s'est intégrée au boom général de l'économie impérialiste. Conséquence de la politique passée d'autarcie et tuera ainsi que la diminution de l'emploi). Le budget prévu n'est que très faiblement expansionniste. Il y a peu de signes d'une de restauration de l'accumulation. Les restructurations sont laissées de côté. Le climat est assombri par les problèmes liés au pétrole. La politique monétaire est très rigide et, qui plus est, l'appareil de production est ment au même niveau (79%) qu'aux pires temps de la crise de 1975. A partir de cela, on ne peut qu'être d'accord avec les estimations du gouvernement concernant la croissance PNB et y compris partager son pessimisme.

En résumé, c'est avec toile de fond un climat général de crise et de récession que se développe l'offensive de la bourgeoisie. des efforts excessifs dépensés pour la protection de l'«industrie nationale», l'intégration à l'activité générale capitaliste ne s'est pas effectuée avant le plan de stabilisation de 1959 et la libéralisation économique qui a suivi. Le développement intense qui a caractérisé les années 60 a provoqué une forte augmentation de la productivité qui ne s'est pas montrée cependant assez importante pour réduire de manière significative le décalage de la productivité, étant donné dans le monde entier, continuait intensément. En 1963, la productivité en Espagne (moyenne du PNB/personne de 60% inférieure à celle des pays de la CEE et 67% à la moyenne des pays de l'OCDE. décalage s'est réduit seulement de 5% par rapport à la CEE et de 6% par rapport à l'OCDE.

Depuis le début de la crise économique, la caractéristique fondamentale fut la diminution incessante du niveau de l'emploi et l'accroissement de la productivité. Mais ce processus s'est particulièrement intensifié après

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la signature du Pacte de la Moncloa. A partir de là et jusqu'au troisième trimestre de l'année 1979, 500000 travailleurs ont perdu leur emploi (et, parmi eux, 350000 salariés) ce qui, ajouté à la grande masse des jeunes qui arrivent en âge de travailler et qui ne trouvent pas d'emploi, porte le chiffre total des chômeurs officiels à 1219000 personnes (soit 9,4% de la population active). Le taux d'activité est passé de 48,9% en 1977, à 47,6% (ce qui équivaut à 200000 travailleurs supplémentaires rejetés du marché du travail). Pendant les neuf premiers mois seulement de l'année 1979, ce sont 184000 travailleurs qui ont perdu leur emploi et environ 100000 autres qui ont supporté la baisse du taux d'activité enregistrée. Par conséquent, la productivité espagnole a augmenté de 4,7% en 1978 et il se

Tableau I : ELEMENTS DE LA CRISE (Travailleurs touchés par les mesures de régulation de l'emploi) Année Nombre de licenciements 1974 25591 1975 26311 1976 40864 1977 51786 1978 66226 1979 58132 (janv./sept.)

Si la bourgeoisie veut atteindre, en 1980, une croissance de la productuvité industrielle et services de 4%, ce sont travailleurs qui vront perdre leur poste de travail si le produit brut n'aug-

350000 s'il aug1% et 250000 s'il croît de 2%. Une croissance de la productivité inférieure à ces chiffres ne réduira pas la différence existant avec les concurrents impérialistes et une augmentation de la production supérieure à 2% sera tout à fait improbable. Pour y arriver, la seule voie est de procéder à des restructurations dans un grand secteurs-clés.

Les données suivantes nous servent à poser le problème. En 1979, dix entreprises peut qu'elle se maintienne aux alentours de 4,5% en 1979 (car, souvenons-nous en, en dépit de la baisse de l'emploi, la production augmente). Pour la moyenne des pays de la CEE, les chiffres correspondants ne sont pas supérieurs au cours de deux années à 2,5%, ce qui diminue de 5% la différence en deux ans, alors que précédemment il avait fallu une décennie pour arriver à ce résultat.

La conclusion de ces données est claire : un certain type de flexibilité de l'emploi et un certain niveau de restructuration sont entrées en œuvre pour que des chiffres de licenciements aussi élevés puissent apparaître. Le tableau I montre comment la crise a stimulé les licenciements et comment elle touche. au travers du chômage partiel et nombre à chaque fois plus im-

Chômage partiel et Total réductions d'horaires

(en heures) 50341 75932 134394 160705 79688 120552 104394 156180 210000 276226 167298 225 430 trouvées en cessation de paiement, avec une dette supérieure à mille millions de pesetas, et parmi elles certaines aussi imde- portantes qu'Olarra (sidérurgie), Naviera Aznar, Isodel et Lavis (électronique). En 1977. ce sont huit entreprises espagnoles qui se sont trouvées parmi les cinquante entreprises euplus difficile. En 1978, elles se sont élevées à 18, leur déficit total au cours de l'année étant de 84810 millions de pesetas (chiffre équivalent à 4% du budget de l'Etat); elles procuraient un emploi à 180000 travailleurs. Bien qu'on ne dispose pas encore des données de 1979, on peut penser que la situation a dû empirer.

Si jusqu'à maintenant les secteurs et les entreprises en crise ont été fondamentalement ceux liés au secteur nationalisé (la construction navale, la sidérurgie, les mines, Seat, etc.), avec quelques exceptions importantes (Babcok, Altos Hornos, etc.). Dans un futur proche ce sont les secteurs et les entreprises liés au capitalisme privé qui seront touchés. Dans certains cas, ces restructurations se feront pour augmenter les bénéfices ou empêcher leur réduction (comme les entreprises liées à ITT) et, dans d'autres, à cause des pertes accumulées situation insoutenable. Il faudra ajouter à la construction navale, à Seat ou à la sidérurgie, des entreprises Echeverria ou Olarra, des entreprises de la métallurgie telles que SKF, Harry Walker, secteurs entiers comme ceux de la construction électrique (Standard, Femsa, Siemens, Westinghouse, Isolux, Isodel), du papier (Papelera Espanola, EN de celulosas, Sarrio, etc.), du textile et, y compris, quelques entreprises chimiques. C'est une offensive en règle que la bourgeoisie devra mettre en œuvre avec prudence. Dans cette perspective, elle devra utiliser le Statut des droits du travailleur, la collaboration des partis réformistes et imposer une défaite importante à un secteur fondamental

La principale conséquence du chômage, c'est qu'il suscite la crainte de la perte de l'emploi. Néanmoins, pour l'instant, elle n'a pas encore touché le cœur de la classe ouvrière. En effet, sur les 1200000 chômeurs, seuls 290000 sont des travailleurs adultes, chefs de famille. La plupart d'entre eux çoivent des indemnités de chômage. Mais, en 1980, nombreux seront ceux qui, ayant dépassés les délais légaux, ne pourront plus obtenir ces indemnités. Or, au même moment, la bourgeoisie tentera d'imposer sa politique de restructurations massives, visant les grands bastions ouvriers. Si le chômage futur apparaît comme un problème celui qui existe stimule déja une résistance des travailleurs. Il deviendra obligatoirement un élément central des affrontements sociaux à venir et du processus de radicali-

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sation des masses laborieuses. Mais ces batailles ne peuvent pas être perdues, l'enjeu en est trop important pour le prolétariat ! Pour cette raison même, la riposte à l'austérité représente une de nos tâches centrales.

interprétations mécaniques. L'offensive geoise ne va pas se développer de façon deux raisons. Premièrement, la bourgeoisie doit tenir compte, lorsqu'elle lance ses attaques, des rapports de forces sociaux et des réponses ouvrières que provoquer ces offensives. Deuxièmement, une restructuration de l'appareil productif stimule souvent des conflits au sein même de la classe dominante, aussi bien à des problèmes créés par la disparition d'un secteur qu'à cause de l'absence d'un plan d'ensemble achevé capable d'unifier la bourgeoisie sur des questions telles que les rythmes et les modalités de son application. Dans une économie où coexistent des retardataires et des entreprises puissantes liées à des multinationales, sont inévitables. Ils trouveront une expression sur le plan poli-

Le problème de l'intégration dans la CEE est une autre source de tension au sein de la bourgeoisie. Le choix de l'intégration est irréversible. négociations, initiées en février, révèlent une série de difficultés. Les tensions internes à la CEE et la défense des intérêts de secteurs particuliers face à de nouveaux concurrents ont conduit à un durcissement des exigenenvers le capitalisme espagnol. Elles concernent particulièrement l'agriculture et des secteurs traditionnels en crise. Ainsi, aujourd'hui, pour le capitalisme espagnol, vantages de l'entrée dans la CEE apparaissent beaucoup plus que d'autant plus si l'on tient compte des effets de la crise. Dans une certaine le traité préférentiel entre l'Etat espagnol

La déjà produit les effets positifs que le capitalisme espagnol pouvait attendre du processus d'intégration, tant plus que ce traité compte du faible taux de compétitivité lié à la structure de l'appareil de production.

Il est donc certain que les labourgeoisie iront s'exacerbant. Ceci et les différends dans la CEE laissent supposer une longue et difficile période de négociations. Néanmoins, l'entrée dans le Marché commun reste un facteur accélérant la mise en place des mesures de restructuration. INFLATION, SALAIRES ET TAUX DE PROFIT

Depuis le Pacte de la Moncloa, l'inflation a passé de 26% à 16%, taux prévu pour l'année

La tendance à une augmentation des salaires dépassant celles des prix à la consommation est stoppée. La bourgeoisie a réussi à fait accepter les limitations de salaire et, elle espère que, dans le futur, ces limitations seront décidées d'un commun accord entre l'organisation patronale (CEOE) et les syndicats (CO et UGT). Les syndicats utilisèrent comme argument central : la nécessité de maintenir le pouvoir d'achat en partant du taux d'inflation prévu par le gouvernement. L'UGT utilise toujours cet argument. Mais, en 1979, les prévisions

30_ 252015 10 1973 •....• Variations du coût de la vie.

ont été dépassées et cela risque fort de reproduire en 1980!

Dès lors, les choses sont plus déjà que seuls des salaires ne rythmes de l'inflation permettre d'assurer l'emploi. Les Commissions ouvrières réclament des augmentations salariales fondant sur l'inflation passée.

L'UGT continue à utiliser un argument qui ne convainc

La baisse des produits alimentaires et des prix à l'importation expliquent fondamentalement la diminution du taux d'inflation. En 1980, les produits alimentaires peuvent être à nouveau un moteur de l'inflation, en faisant peut-être passer l'indice au-dela des 16 à 17% de

1979. effet, la politique d'importations massives et à bas prix de produits alimentaires suivie par le gouvernement eut pour résultat une compression importante des revenus des agriculteurs. Cette politique sera difficile à continuer, la résistance des agriculteurs çant. Il est peu probable que

June baisse prix de produits industriels aussi bien à cause de la situation précaire de nombreuses entreprises qu'à cause des effets de l'augmentation du prix du péEVOLUTION DES SALAIRES PAR RAPPORT A CELLE DU COUT DE LA VIE

- 30 -25 - 20 -15 •_10

73 102 1019 0 107/ 1070 10

1979 Salaires fixés par les Conventions collectives.

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trole et de produits dérivés. Tout indique, au contraire, une nouvelle poussée inflationniste. Dès lors, la sensation peut se manifester parmi les salariés que, peu de mois après la révision des salaires, il y a déjà une perte du pouvoir d'achat - ce qui n'était plus le cas depuis 1977 -, d'autant plus si les prix des produits alimentaires croissent rapidement.

Dans ce contexte, la croissance des salaires a connu un fléchissement depuis le Pacte de la Moncloa. Pour une grande partie des travailleurs qui ont négocié leurs conventions collectives durant le premier trimestre de l'année 1979, leurs salaires se situent nettement en-dessous du plafond. Ils sont inférieurs à la croissance du coût de la vie de l'année antérieure. En 1979, d'augmentation moyenne enregistrée conventions collectives implidu pouvoir d'achat, d'autant plus qu'il n'y a pas eu de révision semestrielle lorsque l'indice des prix à la

La dépassé fixé antérieurement. Ce problème ne peut que resurgir dans le cadre des prochaines négociations et être l'enjeu de batailles imporantes pouvant se conclure par des reculs, mais aussi par des mouvement de grèd'une grande ampleur.

Tableau III : REPARTITION DES REVENUS

(en pourcentage)

En 1977 et 1978, la part des salaires dans le revenu national a diminué respectivement de 0,9% et 1,3%. En 1979, la combinaison de la diminution des effectifs, de la perte de pouvoir d'achat et de la croissance réduite de la production aboutira certainement à une nouvelle perte de 2% à 3%. En effet, en tenant compte d'une contracde l'emploi de 2,5%,

En effet, la poussée inflationperte du d'achat et la nécessité de résister à l'offensive patronale et gouvernementale créent des difficultés pour la conclusion d'un accord cadre et seront un élément important des futures négociations pour les concollectives. 1979, le nombre de conventions signées est inférieur à celui de l'année précédente : 791 de janvier à août contre 1694 pour la même période de 1978. Cela est en partie dû à la prolongation d'une série d'anciennes conventions. Néanmoins, méthode ne peut être utilisée pour l'année 1980. Il en découle que l'année à venir sera marquée par une intense activité sur le plan des négociations contractuelles.

Néanmoins, cette bataille sera très défensive. Toutes les dé. clarations des dirigeants syndicaux vont dans un sens: maintenir le pouvoir d'achat et aucune mesure, aller au-delà de l'augmentation de l'indice des prix. Si l'on tient compte, plus, que 1200000 employés dans le secteur étatique ne verront leur salaire être augmenté que de 12,5% (selon les prévisions budgétaires), il est prévisible salaires dans le revenu national diminuera. 1978 pour un taux d'infla- pour un taux d'inflation de 17 % d'une croissance moyenne des salaires de 14% et d'une augmentation de la cotisation patronale à la sécurité sociale de 23%, le volume des salaires, selon les données de la comptanationale, ne croîtra que de 13%. Si la croissance réelle est de 2% et le taux d'inflation de 15 à 17%, la part des salaires dans le revenu national se verra réduite de 2 ou 3 points.

aux licencietation des salaires, se produit une croissance de la part des bénéfices dans le revenu national qui peut être évaluée à 4 points, depuis la signature du de la Moncloa. La bourgeoisie doit faire encore des encore des pas en avant dans cette direction. Pour cela, elle doit imposer la «mobilité de l'emploi», fixer des limites strictes à la croissance des salaires, d'abord au niveau de l'accord cadre ensuite, concrètement, dans les principaux bastions

Cette tâche ne sera pas facile. L'AUSTERITE AU NIVEAU

Etant donnée l'étendue lisecteur public, y imposer l'austérité n'est une tâche aisée. Les besoins sociaux qui ne sont pas couverts sont nombreux. Y répondre implique une expansion des dépenses. Cependant, tout relâchement de la politique d'ausdans ce domaine implique l'apparition d'importants déficits qui posent de nombreux problèmes économiques et perturbent les projets de la bourgeoisie. Ainsi, le PEG propose une sévère politique d'austérité dans le domaine des dépenses publiques. Son application rencontre de nombreuses oppositions non seulement parmi les couches populaires, plus touchées par la crise, mais aussi parmi des secteurs de capitalistes qui dépendent de l'aide étatique pour assurer leurs activités et leurs bénéfices.

Le PEG renforce ce qui a été mis en marche, avec un certain succès, en 1979, et qui devait mettre fin à la politique suivie en 1978. Cette année là, à cause de la signature du Pacte de la Moncloa, le gouvernement n'a pas appliquée une politique de restriction drastique des dépenses publiques. En effet, la contre-partie du Pacte de : la Moncloa prévoyait une croissance des rentes et des allocations chômages, ce qui impliquait une augmentation du budget. Néan-

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moins, il ne faut pas oublier que cette croissance des dépenses a été essentiellement financée par les salariés (les impôts sur les revenus des salariés ont crû de 60%, alors que ceux appliqués aux bénéfices déclarés des entreprises ne subissaient qu'une hausse de 11%). Ceci implique une redistribution des revenus et aussi une diminution des investissements publics (-7% en croissance des dépenses sociales s'est vue freinée, sans que croissent les investissements publics, alors que les impôts frappant les salaires et la consommation populaire (impôts indirects) ont allègrement. le gouvernement veut accentuer cette politique, comme le prouvent à la fois le PEG et le budget approuvé par le Parlement, quand bien même il disposerait des marges nœuvre suffisantes pour impulser les investissements.

Ceci a déjà provoqué des conflits sectoriels importants, comme dans l'éducation, la santé et le logement. On peut en prévoir d'autres dans le futur. Dans ces secteurs, les luttes qui sont apparues ont été stimulées par la politique d'austérité, mais elles sont aussi le produit de mobilisations sur des revendidémocratiques. dans l'enseignement, sous-jacentes à la mobilisation contre la Loi surl'autonomie universitaire, il y a les restrictions budgétaires, la réduction du personnel, l'élévation des taxes d'inscription etc. Ces luttes traduisent une certaine capacité de riposte de ces mouvements face à la politique d'austérité. Dans certains cas, comme le logement ou éducation, mouvements révèlent une capacité de mobilisation grâce à l'existence d'organisme unitaire se créant en marge des partis ouvriers majoLA NOUVELLE SITUATION ECONOMIQUE résumé, nous dans une nouvelle situation économique qui est différente de celle que nous avons connue depuis 1975, marquant le moment extrême de la crise. Aujourd'hui la crise s'aggrave et viennent à la surface des facteurs négatifs qui étaient «camouflés» jusqu'à maintenant: détérioration de la balance des paiements, inflation aiguë, croissance nouvelle du chômage, etc. S'il est vrai que la bourgeoisie a marqué des points sur le plan politique et économique (il y a une relance du taux de profit), toutetois 1l lul reste des problèmes graves à résoudre : un secteur public faible, des restructurations, l'integration dans le Marché commun. Ils peuvent accentuer les contradictions dans le camp bourgeois. Pour les surmonter, il est nécessaire pour le capital d'accentuer sa politique d'austérité, même si ce n'est pas de façon linéaire.

Dans ce contexte, la résistance du mouvement ouvrier et populaire peu s'aiguiser, d'autant plus que sont nombreux les facteurs favorisant la radicalisation des masses. Dans une telle situation, outre la nécessaire réponse aux problèmes immédiats qu'affrontent les travailleurs, il s'agit d'indiquer que la lutte contre l'austérité rend urgente pour le mouvement ouvrier l'adoption d'une alternative d'ensemble pour trouver une issue à la crise.

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