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1974. La crise économique, c'est la «faute au pétrole». Et le Premier ministre, R. Barre, d'affirmer très sentencieusement que «si tous les pays producteurs et consommateurs de pétrole ne manifestent pas dans les circonstances actuelles un exceptionnel esprit de responsabilité, le monde, et je pèse mes mots, peut s'acheminer vers un désastre.» (Le Monde, 13 novembre 1979)
Le désastre ne s'est en tout cas pas produit en 1979. Et derrière les discours destinés à susciter une psychose pétrolière, le nt de récessi patronat a même du mal à dissimuler sa satisfaction.
1979 qui vient de s'achever a été marqué par une évolution économique à peu près conforme aux tendances lourdes qui caractérisent l'économie française depuis cinq ans. Tendances lourdes qui peuvent se résumer en trois chiffres : 3, 10 et 150. 3% de croissance économique, 10% d'inflation et 150000 chômeurs de plus par an.
Les chiffres définitifs ne sont pas encore connus, mais l'accroissement du Produit intérieur brut (P.I.B.) en 1979 devrait tourner autour de 3,2 %, la hausse des prix à la consommaon tion devrait avoisiner 11,5 %, enfin l'augmentation du nombre des demandeurs d'emploi aura été, au cours de l'année, de 150000. Au total, et d'après les estimations mêmes des services officiels, l'impact des hausses pétrolières a été faible. Une année comme une autre, alors ? Non pas tout à fait. Et tout d'aparce que 1979 a permis entreprises d'engranger les résultats très favorables du Plan Barre pour les profits. 1979 : UNE BONNE ANNEE
POUR LES PROFITS
Le quotidien patronal Le Nouveau Journal (23/11/1979) a récemment publié les résultats
d'exploitation de 600 entreprises françaises au 30 juin 1979. Par rapport aux six premiers mois de l'année 1978, il ressort des chiffres produits que l'augmentation des profits est en moyenne, pour le premier semestre 1979, de 60 % ! De son côté, l'Institut national de la statistique (INSEE) estime dans sa dernière note de conjoncture que pour l'ensemble des entreprises françaises (et non pas seulement les plus importantes) les bénéfices ont de 1978 à 1979 progressé de 15 % environ, soit 4 % en termes réels.
Ainsi, dit l'INSEE « la situation financière des entreprises a continué à s'améliorer jusqu'a l'automne 1979. Au terme de presque deux ans de redressement, elle peut être considérée comme assez bonne». Les raisons de ce relèvement spectaculaire des profits ? Tout d'abord la politique de compression des salaires. Le salaire brut réel (le pouvoir d'achat) qui progressait au rythme de 5 % l'an jusqu'en 1976, n'augmentait plus que de 2,8 % en 1977, 2,3 % en 1978 et vraisemblablement 2 % en 1979. Et si l'on tient compte des hausses de cotisations sociales, intervenues à deux reprises en 1979, qui représentent au total 2,7 % des salaires, le pouvoir d'achat des salariés à officiellement régressé d'environ 1 % au cours de l'année qui vient de s'achever. La politique de division des organisations ouvrières n'a pas permis de faire pièce à la politique d'austérité salariale, malgré un regain des ouvrières ces derniers mois, aux Arsenaux avant l'été, à l'usine Alsthom de Belfort à l'automne et ailleurs. L'hebdomadaire Le Nouvel Economiste, proche des milieux d'affaires, ne s'y trompait pas lorsqu'il notait récemment qu'avec «nombreuses grèves localisées mais qui surprennent par leur dureté, le réveil social durant l'année 1979 n'est pas contestable.» (numéro 215 du 31 décembre 1979).
Deuxième explication au boom des profits : la vive croissance des prix à la production depuis la fin de l'année 1978, favorisée par la «libération» des prix industriels. Les prix indusriels à la production progressent depuis cette année au rythme de 13 % l'an, soit deux fois plus vite que les années précédentes. Et l'alibi pétrolier ne trompe personne. L'accélération de l'inflation s'est manifestée à partir du début de l'année 1979, alors que comme le note l'INSEE «les hausses pétrolières ne sont importantes que depuis auril et surtout juillet 1979». Et sur les 13 % de hausse des prix à la production industrielle, l'Institut de la statistique en attribue 1,5 % seulement au relèvement des prix pétroliers.
Troisième raison, enfin : le coût du crédit. L'accélération des prix a en effet précédé le relèvement des taux d'intérêt. Le coût réel du crédit est resté ainsi négatif, pour les grandes entreprises industrielles tout du moins, durant les trois premiers trimestres de 1979. (Tableau I)
LA FUITE EN AVANT Après un creux au cours de l'hiver dernier et une reprise modéré au second trimeste, Tactivité industrielle est tres forte depuis l'été et les échanges extérieurs connaissent une croissance exceptionnelle. Les dernières enquêtes de conjoncture de l'INSEE ou de la Banque de France indiquent le maintien de cette forte activité jusqu'en décembre, ce qui tout à la fois ravit et inquiète le patronat. Les éléments moteurs en sont, à la différence des années précédentes, les investissements et la formation de stocks. La consommation des ménages croît en effet de son côté à un rythme modéré du fait de la faible progression des salaires, du relèvement des cotisations sociales, de l'accélération de la hausse prix et de l'augmentation de la pression fiscale.
De manière paradoxale, récession économique semble être amorcée cours des derniers mois à la manière de 1974, sous la forme d'une fuite en avant. «Fuite devant la monnaie» a titré à plusieurs reprises la presse spéciali-
EVOLUTION DE QUELQUES GRANDEURS ECONOMIQUES Ten Valeur replle) 1977 Produit insérieur bru nvestisement productif privé -3,3% Source : Comptes prévisionnels de la Nation pour 1979
L'enchaînement récessif type 1974 est à peu près le suivant : les anticipations inflationnistes génèrent des achats de précaution de la part des ménages et une importante formation de stocks des entreprises qui créent un emballement momentané de l'activité économique. Le mouvement est ensuite par un relèvement du taux d'épargne des ménages et un déstockage ample et rapide. Il s'en suit une baisse de l'activité brutale et une chute corrélative de l'investissement et de l'emploi.
première partie schéma paraît s'être réalisée. Les ménages, compte tenu de l'évolution du pouvoir d'achat, ont dû prélever très sérieusement sur leur épargne maintenir une croissance, demeurant très mesurée, de leur consommation. Le développement très rapide des échanges extérieurs et le niveau élevé de la production, notamment dans l'industrie des biens intermédiaires, correspond selon les spécialistes de l'INSEE à un stockage important.
LE RETOURNEMENT
La récession de 1974-1975 a mis en valeur l'importance du mouvement des stocks dans les enchaînements conjoncturels. Les stocks sont actuellement importants dans le commerce (biens de consommation) et pour les demi-produits (biens intermédiaires) à incorporer dans les fabrications. Il s'agit là pour les entreprises de stocks volontaires de précaution contre les hausses de prix. Le mouvement ne se poursuivra pas indéfiniment. Au moment du retournement, la compensation du stockage antérieur aura un effet négatif important et brutal sur la production, en particulier pour ce qui est de l'industrie des biens de consommation et de celle des biens intermédiaires. Cet effet dépressif devrait être par ailleurs renforcé par un arrêt de l'investissement. 1978 1979
3.39 0.2%
L'investissement productif privé qui avait régressé en 1977 et 1978 (respectivement de -3,3% et -0,2%) a connu une légère et vraisemblablement passagère reprise en 1979 ( 1,6%). A cette reprise, deux raisons. L'amélioration de la situation financière des entreprises tout d'abord. Et d'autre part, le retour à un taux d'utilisation plus normal des capacités de production due à la fois au non-renouvellement dans les années récentes, des équipements en plaaux restructurations industrielles en cours-a entraîné une recrudescence des investissements dits de «capacité». Mais le mouvement ne saurait être durable faute de débouchés tout aussi bien extérieurs qu'intérieurs. Il ne suffit pas, et c'est une des contradictions majeures du plan Barre, de relever les profits substantiellement pour relancer durablement les investissements. Encore faut-il, en effet, que l'activité économique d'ensemble y incite les capitalistes. UNE RECESSION D'UNE AMPLEUR MOINDRE QU'EN 1974
Compte-tenu de ces férents éléments, la récession, qui s'est d'ores et déjà amorcée en France, ne devrait pas se traduire par un retournement important de l'activité économique avant la fin de 1980, pronostiquent les prévisionnistes de l'INSEE.
Elle devrait en tout cas être moins importante qu'en 1974. Plusieurs facteurs jouent en ce sens. L'augmentation des prix des produits de base est moins importante et plus échelonnée dans le temps. Le prix de la tonne de pétrole brut imla France, selon T'INSEE, aura en mars 1980 augmenté de 86% par rapport à son niveau de décembre 1978. Le prix du baril avait en 1974 brutalement quadruplé.
La croissance tendantielle de la production est moitié moindre qu'en 1974 (3% contre 6%), le pouvoir d'achats des progresse deux fois moins vite, et la gestion des stocks est actuellement plus serrée. Les «ajustements» suscités par la récession seront donc moins brutaux.
La situation financière des entreprises est nettement meilleure qu'il y a cinq ans (moins d'endettement, taux d'auto-financement plus élevé), ce qui devrait limiter la chute des investissements. Au total, pour l'année 1980 les différents instituts de conjoncture (OCDE, pour la France une croissance économique 1 et 2% (contre 3,2% en 1979), une inflation à deux chiffres de l'ordre de 12% et une augmentation du nombre des chômeurs d'au moins 200000.
LA FAUTE AU PETROLE ?
De Washington à Bonn en passant par Tokyo et bien entendu Paris les gouvernements capitalistes appellent les travailleurs à se serrer la ceinture de quelques crans supplémentaires à cause du pétrole. Il n'est pas du propos de cet article d'analyser les mécanismes de la crise évoqués par ailleurs. Nous nous bornerons donc à quelques remarques concernant l'alibi pétrolier à propos de la France.
Après la réunion des pays de l'OPEP à Caracas, à la mi-décembre 1979, le prix du baril de pétrole aura augmenté de 95% environ en dollar (mais de 86% seulement en franc compte-tenu de l'appréciation de la monnaie française vis-à-vis du dollar), par rapport à décembre 1978. Ces augmentations échelonnées sur toute l'année 1979 n'atteindront pas leur
Tableau II EVOLUTION DU POUVOIR D'ACHAT DES PAYS PRODUCTEURS DE PETROLE vis-à-vis de la France 1975 1976 -6,1% 7,4% Economie et Statistique - INSEE Tableau III PART DE LA FACTURE PETROLIERE DANS LE PRODUIT INTERIEUR BRUT (en %) 1974 1975 1976 4,4 3,5 4,0 Economie et Statistique - INSEE plein effet pour ce qui concerne la France avant le mois de mars 1980, en raison des déd'acheminement provisionnements D'autre part, ces hausses constituent l'essentiel rattrapage du pouvoir d'achat perdu en baril depuis 1974. Le pouvoir d'achat du baril dépend en effet non seude son prix nominal mais aussi de l'inflation diale et de la dépréciation du vis-à-vis des autres deEn tenant compte éléments, l'INSEE dans revue «Economie et statistique» (n.115, octobre 1979) a évalué pour Dante de pour etanat des perte de pouvoir d'achat pays producteurs de pétrole vis-à-vis de la France à 7,2%, ce que le gouvernement s'est bien entendu gardé de crier sur les toits (Voir tableau II).
Après les hausses récentes, l'ensemble de la facture pétrolière exprimée en proportion du Produit intérieur brut ne retrouve pas tout à fait, avec un chiffre avoisinant 4% en 1980, son niveau de 1974.
(Voir tableau III).
La facture pétrolière enfin est présentée comme un pur prélèvement sur les ressources internes au profit de l'extérieur. Or, ceci ne correspond pas du tout à la réalité puisque la facture pétrolière revient, avec un certain délai il est vrai, dans le circuit économique sous forme de capitaux recyclés (pétrodol(suite et fin voir page 53).
1977 1978
1,6% -7,2% 1977 1978 1979 1980 3,8 3,2 3,8 4,0
Il ne faudrait pas oublier non plus les surprofits réalisés par les compagnies pétrolières qui ont organisé, à leur grand bénéfice, la spéculation pétrolière sur les marchés dits «libres» : 110% en moyenne depuis un an en France indique la presse spécialisée.
Avant les toutes dernières hausses - celles-ci ne changent pas substantiellement le diagnostic - les services officiels estimaient (cf. Le Monde diplomatique de janvier 1980) que les hausses du prix du pétrole intervenues en 1979 contribuaient
Soumis à des attaques redoublées contre leur pouvoir d'achat et leur emploi, les travailleurs ne se résignent pas -l'actualité sociale en témoigne. Mais face au front uni de la bourgeoisie, par-delà férentes fractions et sensibilités, derrière le plan Barre, la seule voie de succès est celle l'action des partis et syndicats ouvriers. Unité d'action que les grandes organisations du sent à mettre en œuvre. Unité les travailleurs devront leur imposer.
Une erreur de montage rend illisible l'article sur le Zimbabwe, «L'accord de Londre : une solution néo-coloniale grosse de conflits», publié dans le précédent numéro d'«Inprecor». La page numérotée 20 vient après la page 23.