Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Développements et avatars de la nouvelle politique économique en Chine

· Inprecor n° 69, 7 février 1980 · p. 46-48 · 1 984 mots

Chine Japon et Corée Europe de l'Est

ES dirigeants chinois, tout en poursuivant la politique tions», ont été obligés de revoir dans le sens de la baisse toute une série d'objectifs qu'ils s'é-

Confrontés des goulots d'étranglement dans le domaine des transports et de l'énergie, avec des tensions croissantes à la campagne, ils se sont vus obligés de modérer les l'industrie, ainsi que les plans d'importation de technologies en provenance des pays impérialistes qui y étaient associés.

Globalement, me de réajustement adopté par l'Assemblée populaire nationale en juin 1979 aurait réduit l'ampleur des «Quatre modermilliards de dollars, c'est-àdire à un peu plus de la moitié, d'ici 1985 (Far Eastern Economic Review, 5 octobre 1979). Le taux de croissance de cerl'industrie été brutalement réduit. L'objectif de 60 millions tonnes d'acier produites annuellement a été abandonné.

1979, la production sidérurgique et charbonnière a pratiquement atteint en 1978. La production de biens de consommation industriels a augmenté davantage, notamment celle des bicyclettes et des montres-bracelets de plus de 10 % et celle des machines à coudre de 9 % (la RP de Chine produit à présent quelque 16 millions de montres-bracelets, 10 millions de bicyclettes et 5 millions de machines à coudre par an).

En 1978, les importations chinoises s'étaient 10,3 milliards de dollars (augmentation de plus de 50 % par rapport à 1977), ce qui impliquait un déficit modeste de la commerciale de 300 de dollars. On avait prévu une nouvelle augmentation massive des importations teindre 15,5 milliards de dollars, le déficit commercial passant à 3,5 milliards de dollars. Prudemment, ce été réduit à 13 milliards de dollars, pratiquement sans déficit commercial (d'après les les sources occidentales parlent d'un déficit de 1 à 1,5 milliard de dollars).

ces chiffres sont fort éloignés des projets grandioses qu'on avait fait miroiter dans

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des milieux impérialistes, lorsque la politique «des modernisations» avait été mise sur les rails. Finalement, ce n'est que le Japon qui a réussi à conquérir un marché supplémentaire appréciable en RP de Chine, comparable à chät ouest-allemand. Il obtient d'ailleurs ce résultat grâce à des crédits importants mière tranche de ceux-ci porte sur environ 1,5 milliard dollars couvrant cinq projets d'infrastructure et de dévelop-

PART DES ETATS OUVRIERS DES PAYS URSS et 1977

USA 2,1 %

Japon 3,4 %

RFA 5,6 %

France 4,4 %

G.B. 2,5%

Italie 5,1 %

Suède 5,0 %

Autriche 14,5 %

Espagne

Il est probable que tous ces ajustements sont plutôt le résultat des changements que l'équipe Deng Xiaoping/Hua Guofeng a été obligée d'introduire, le début de 1979, dans l'équilibre (ou plutôt : les déséquilibres croissants) de l'économie chinoise dans son ensemble. L'écart énorme entre le niveau de vie d'une grande partie de la paysannerie chinoise et les habitants des villes, encore accentué modeste augmentation laires intervenue en 1977, était devenu un frein à l'augmentation de la production agricole et mécontentement croissant à la campagne. Or, l'augmentation de la production agricole était la base de «quatre modernisations» (le but des 400 millions de tonnes de céréales pour 1985 a déjà dû être abandonné).

gouvernement a donc décidé en mars 1979 d'augmenter d'environ 20 % les prix d'achat des produits agricoles, ce qui aurait augmenté les revenus des paysans d'environ 4,2 milliards de dollars (ces chiffres

7 février 1980 quatre d'autres projets de crédit.

l'Ostges-

(une pretrès modestes, de recul du marché supplémentaire orientale.

DES EXPORTATIONS TOTALES

IMPERIALISTES (en pourcentage)

Europe de l'Est

1978

1979

1977

2.6 %

2,7 %

0,1 %

3.3 %

3,4 %

2,8 %

5,4 %

5,0 %

0,5 %

4,3 %

0,2 %

3,8 %

2,6 %

2,5 %

0,2 %

4,3 %

3,5 %

0,2 %

4,5 %

4,2 %

0,4 %

13,7 %

12,3 %

0,3 %

3,1 %

0,2 %

(source : Perspectives économiques de l'OCDE, numéro 26,

1 yuan égal 0,64 dollar,

2,6 FF, soit

2,6 FF, soit environ 1 DM).

ciées. Ces neau) ainsi que des prix accrus dans les restaurants, dans les pement de la production char- magasins bonnière, en bonne partie remboursable par des fournitures de charbon). L'intérêt sur ce prêt n'est que de 3 %. Des négociations sont en cours concernant

En ce qui concerne les autres pays impérialistes, leurs exportations vers la Chine restent peine la stagnation ou le léger conquis en URSS et en Europe

Chine (plus, pour certains pays, Corée du Nord et Vietnam 1978 1979 0,6 % 0,8 % presse 3,5 % 4,2 % 0,8 % 0.9 % 0,4 % 0,5 % 0.3 % 0.5 % 0.5 % 0.6 % 0,7% 0,7 % fre 0,5% 0,6 % 0,5 % ne disent pas grand chose, car les différences de revenus monétaires par producteur entre les Communes populaires sont variant de 0,1 à 3 yuan par jour - au cours officiel,

Pour compenser ces dépensupprimé, ses supplémentaires de l'Etat, le ler novembre 1979, les prix d'une série de biens de consommation ont été considérablement augmentés pour la première fois depuis la création de la RP de Chine. Ces augmentations sont de 33 % pour la viande et le poisson et de*32 % pour les œuts, alors que les aug mentations pour la volaille et le lait sont régionalement différenvraient rapporter à l'Etat 5 milliards de yuan, soit 3,2 milliards de dollars. Le milliard nécessaire pour compenser complète-

1979). ment les déboursements supplémentaires aux paysans proviendrait d'un accroissement des tout celui prix à l'exportation (le prix du exporté passe de 21,8 24 dollars par tonrestaurants, dans pour étrangers (plus 100 %), des biens de consommation durables, etc.

Afin de neutraliser partiellement les effets de cette augmentation des prix sur les revenus réels des travailleurs une sorte de «prime de vie chère» de 5 yuan par salarié a été nouvelle augmentation des salaires a été promise (mais pas encore déci-

En fait, l'inégalité sociale a été accentuée. Un correspondant de la Neue Zürcher Zeitung novembre 1979) a calculé qu'une famille de quatre personnes, qui a un revenu de 100 yuans par mois, est capable d'économiser de 20 à 30 yuans; la chinoise mentionne de fortes augmentations des comptes d'épargne dans les banques. Les experts étrangers, eux, touchent 500 yuans par mois. L'ofde biens de consommation durables augmente nettement, dirigée vers ceux qui reçoivent des salaires élevés.

Mais de très nombreux ouemployés moins de 80 yuans par mois (le yuans). Pour ceux-là, il n'est pas question d'avoir des dépôts d'épargne. Leur niveau de vie risque de baisser, surtout s'ils ont beaucoup d'enfants. Le rationnement de la viande a été d'œufs ont été réduites (à Pékin de 2,5kg par mois et par ménage à 1,5kg).

Autre indice d'inégalité sociale croissante : le développement du marché noir - surtout à sous l'influence de Hong-Kong, mais aussi à Shangai - et l'ouverture de magasins où l'on peut acheter des produits étrangers (surtout enregisbandes magnétiques provenant de Hong-Kong) contre devises étrangères mais pas yuan. (Far Eastern Economic Review - 14 décembre

Le fléau du chômage surdes jeunes, tué par le phénomène lier des jeunes déportés à la campagne à la fin de la «révolution culturelle» - leur nombre est évalué à 12 millions dont

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plus de la moitié sont rentrés en ville - est la seconde source de tension, à côté du bas niveau de vie à la campagne. On a évalué de source officieuse le nombre des chômeurs urbains à 10 millions. Le gouvernement se fait fort d'avoir procuré, en 1979, 450 000 emplois supplémentaires à Shanghai, 320000 à Pékin et 240000 à Tientsin. Mais ces chiffres incluent un nombre important de recrues supplémentaires de l'armée. Comme l'industrie technologiquement avancée emploie relativement peu de main d'œuvre, il y avait là un motif supplémentaire pour réorienter les dépenses budgétaires et les inves-

Get ritaire sur l'industrie lourde et moderne.

La constitution de coopératives artisanales et commerciales de quartier est encouragée. Trois mille coopératives de ce type auraient été créées à Pékin en 1979, employant quelque 120000 jeunes en plus d'artisans, de tailleurs, de ve deurs privés ambulants, d'ateliers de répartion de toute sorte, auxquels on avait enlevé leur licence pendant la «révolution culturelle» et qui l'ont obtenue à nouveau.

Deux autres débouchés «non-orthodoxes» ont été envisagés pour résorber le surplus de main-d'œuvre. Le gouvernement compte louer des bras chinois à des entreprises capitalistes engagées dans des travaux publics au Moyen-orient; il serait quessud-coréennes. D'autre part, les «zones franches» ont été créées pour la constitution d'entreprises mixtes (mi-chinoise, m1 -étrangère), notamment à Chum-Town (près de longKong. Quatre cents à cinq cents projets financés par le capital de Hong-Kong sont déjà mis en œuvre, ainsi que quelques projets financés par le capital japonais et par des chinois d'outre-mer. Il s'agit cependant en général d'entreprises de dimensions modestes.

Il faut cependant tenir compte du fait que les biens et services (notamment les loyers!) de première nécessité sont bien meilleur marché en RP de Chine qu'à Hong Kong.

Pour avoir une idée des bas salaires chinois, il suffit de constater que dans ces entreprises mixtes, par suite de l'application du travail aux pièces, le salaire est trois fois plus élevé que le salaire moyen en RP de Chine I motte ce. mais il n'atteint tout de même que la moitié de ce que touche un ouvrier qualifié à HongKong (The Economist - 29 décembre 1979).

L'impression d'une véritable NEP en train d'être conçue est renforcée par la critique de plus en plus acerbe qu'on rencontre dans in presse chinoise à l'égard des Communes populaires. Selon le numéro de l'Economist que nous venons de citer, province de Setchouan (dans le sud-ouest de la Chine, dont

Le capiele de Taung Kini

lex-capitale de Chiang chek pendant la guerre sino- ongt dont japonaise, et dont Deng Xiaoping est originaire), où habitent 10 % de la population de la RP de Chine, serait en train de transformer les Communes en unités purement administratives, faisant des équipes de production de 30 à 50 familles l'unité de base de l'organisation de la production du travail, même en passant outre les frontière, des Communes. Ces équipes seraient fort proches des coopératives de production opérant en Europe capitaliste.

L'impression générale qui prévaut d'ailleurs est qu'au sein du système des Communes populaires, ce sont les équipes de travail sur lesquelles se concentre de plus en plus l'effort productif (les Communes populaires sont fondées sur un système d'organisation à trois étages : l'équipe, regroupant quelques familles; la brigade qui équivaut, en gros, au village; et la Commune, proprement dite, qui regroupe plusieurs villages).

En outre, un effort intense d'investissements dans l'agriculture est entrepris, surtout en matière d'engrais chimiques. A présent, la RP de Chine employerait autant d'engrais que l'URSS : 90 kg à l'hectare (contre seulement 29 kg en 1975). Cet effort s'explique parce que les dirigeants sont paniqués devant la stagnation relative de la production de céréales, qui, selon des sources américaines, ne serait passée que de 284 millions de tonnes en 1975 à 310 millions en 1979 alors que la population a augmenté à un rythme plus rapide. Et une source officieuse aurait même affirmé : «En 1977, la consommation moyenne de céréales par habitant est revenue au niveau de 1949» (Le Courrier des pays de l'Est, juillet-août 1979).

Le secteur privé - qui n'occupe que 7% de la surface agricole utile, mais qui rapporte aux paysans quelque 30 % de leurs revenus en argent - serait légèrement accru, mais l'accent principal de la «nouvelle politique economique» dans le domaine de l'agriculture serait mis sur ces coopératives, au sein desquelles les «stimulants matériels» opèreraient à la fois au niveau de l'équipe, au niveau de la famille, et au niveau du producteur et de la productrice individuels.

Empreinte d'un pragmatisme similaire est l'utilisation de techniques dites «d'auto-gestion» a la hongroise ou à la Libertan, et non de l'auto-gestioo à la yougoslave (quelles que soient les limitations de cette dernière). Ce ne sont pas les collectifs de producteurs, les assemblées des travailleurs ou des conseils ouvriers élus, qui reçoivent plus de droits, mais les directeurs d'entreprises.

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