Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Cerné par les chars, Hugo Blanco fait la grève de la faim

Inprecor n° 70, 21 février 1980 · p. 47-48 · 882 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme Mexique

Lima, le 5 février 1980 L anormation de 'ARI (ALliance de la gauche révolutionnaire), la coalition électorale appuyant la candidature de Hugo Blanco à la présidence de la République lors des élections générales du 18 mai prochain a surpris la dictature militaire péruvienne.

Le regroupement de la quasi totalité des organisations révolutionnaires et des forces du mouvement ouvrier qui luttent pour «un gouvernement des travailleurs sans généraux ni patrons», derrière notre camarade Hugo Blanco, n'entrait pas dans ses plans : elle misait sur les divisions traditionnelles et l'atomisation des forces révolutionnaires et ouvrières du Pérou.

Cette candidature unitaire, imposée par la pression des masses, dès qu'elle s'est concrétisée, a eu un impact con-

Dans les «pueblos jovenes», par exemple, ces quartiers misérables de Lima où s'entassent plus de la moitié de la population de la ville, c'est par dizaines que spontanément se sont formés des comités de qu'affluent dans les locaux des différents partis des volontaires proposant leur aide pour la campagne. Dans ces mêmes «pueblos jovenes», un nouveau sondage attribue plus du quart des intentions de vote à Hugo Blanco.

La réaction de la dictature ne s'est pas fait attendre. Dans la presse, toujours sous son la

21 février 1980 chars, Hugo Bla e la faim strict contrôle, une campagne pour une «démocratisation harmonieuse» du Pérou pour la réalisation effective des élections générales.

Les secteurs ultra-réactionnaires de l'armée, favorables au maintien de la dictature et opposés au retour dans les casernes, arguent du prestige personnel de Hugo Blanco et du caractère unitaire de sa candidature pour renforcer leurs positions jusqu'à présent très minoritaires au sein des forces armées.

Avec l'objectif avoué de diviser l'ARI, la radio et la télévision se sont lancées dans une campagne de calomnies contre le PRT (Parti révolutionnaire des travailleurs section péruvienne de la IVe Internatinale), le parti de Hugo Blanco.

Le PRT est présenté comme une formation illégale, instrument au Pérou d'une «opération internationale du candidature de Hugo Blanco, l'Amérique latine , le reste de s'implanter dans

Outre la volonté de diviser l'ARI, cette campagne vise à justifier la non-légalisation du PRT. D'après la loi électorale péruvienne promulguée par la dictature, seuls les partis légalisés ont le droit de présenter des candidats.

L'ARI, alliance électorale, incluant notamment en son sein l'UDP (Union démocratique populaire), légalisée lors nco des élections à la Constituante, peut pour cette raison présenter légalement des candidats; de ce fait, la candidature de Hugo Blanco ne peut être remise en cause sur la base de la réglementation électorale.

Mais, parallèlement à la législation du front électoral, de nombreux partis ont mené campagne pour leur propre legalisation.

C'est en particulier le cas des trois organisations se réclamant au Pérou du trotskysme : le PRT, le POMR (Parti ouvrier marxiste-révolutionnaire) affilié au CORQI, et le PST, l'organisation au Pérou de la Fraction bolchevique.

Aucune des organisations qui composent l'ARI et qui en même temps postulaient la légalisation n'a été jusqu'à présent légalisée.

La seule organisation révolutionnaire pour l'instant légalisée est, comme par hasard, la seule à n'être pas partie prenante de l'ARI (et à refuser de soutenir Hugo Blanco : le PST - Parti socialiste des travailleurs).

Cette légalisation a d'ailleurs été officialisée presque immédiatement après que le PST ait fait connaître son refus définitif de participer à l'ARI et de soutenir la candidature de Blanco.

Le POMR et le PRT qui ont collecté l'un et l'autre un nombre de signatures équi-

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SOLIDARITE AVEC HUGO BLANCO valent à celui du PST (environ 60000, alors que 40000 seulement sont requises pour la légalisation) attendent toujours une réponse alors que le délai pour que le Tribunal national électoral se prononce vient à expiration.

D'après ce dernier, un grand nombre de signatures obtenues par le POMR et le PRT ne seraient pas valides : un trop grand nombre d'analphabètes seraient parmi les signataires et le Tribunal se déclare incompétent pour «légaliser» leurs signatures (sic !).

Rappelons que la Constituante a accordé le droit de vote aux analphabètes qui sont plus de quarante pour cent de la population péruvienne en âge de voter...

Un autre argument est que certains des signataires avaient déjà en 1978 signé pour la légalisation de l'APRA. Deux ans plus tard, ils sont toujours considérés comme partisans de l'APRA et ne peuvent signer pour la légalisation d'un autre parti!

Dans ces conditions, Hugo Blanco, appuyé par toutes les qui composent l'ARI s'est installé dans les locaux du Tribunal national électoral et y a entamé le lundi 4 février une grève de la faim pour que cessent les campagnes et les manœuvres cyniques de la dietature, pour que soient respectés les droits démocratiques élémentaires - en particulier ceux des analphabètes -votés par la Constituante, pour que soient légalisées les organisations qui, comme le POMR et le PRT, ont rempli toutes les conditions imposées par la dictature.

Cette action à l'intérieur même du Tribunal électoral national immédiatement encerclé par l'armée dans un grand déploiement de chars et autre matériel lourd, du plus populaire des candidats à la présidence de la République s'est en quelques heures transformée en un véritable scandale national.

Les manœuvres de la dictature, sa négation en pratique des droits civiques des analphabètes, les violations de ses propres réglements électoraux sont ainsi exposées devant l'ensemble du peuple péruvien.

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