Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFGHANISTAN

Les PC européens secoués par l'intervention soviétique

· Inprecor n° 70, 21 février 1980 · p. 3-9 · 4 450 mots

URSS et Russie Afghanistan Italie France

Anna LIBERA L tiques dans les faubourgs 'ENTREE des chars sovié. de Kaboul a suscité, comme on pouvait s'y attendre, des réactions aussi vives que diversifiées de la part des partis communistes dans le monde. Réactions qui traduisent aussi bien les difficultés de la bureaucratie soviétique à faire l'unanimité même des partis communistes d'Europe de l'Est, que les contradictions des partis communistes qui se disent eurocommunistes. Si la plupart des PC au pouvoir dans les démocraties populaires ont approuvé l'intervention soviétique, ils n'ont cependant pas masqué les inquiétudes que leur inspire la nouvelle tension dans les relations internationales qui découle. Le parti communiste roumain a, pour sa part, condamné l'intervention, de même que la Ligue des communistes yougoslaves, qui l'a fait en termes beaucoup plus violents, exigeant le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan et avertissant qu'une intervention similaire en Yougoslavie se heurterait à la résistance armée du parti et de la population.

C'est la réaction des PC occidentaux qui a le plus retenu l'attention et suscité de réflexion sur la «mort prématurée» de l'eurocommunisme et autres conclusions hâtives. Il est vrai qu'entre le voyage triomphal de Georges Marchais à Moscou

21 féurier 1980 début janvier et la prestation d'Enrico Berlinguer au ment européen de Strasbourg, l'eurocommunisme semblait faire un grand écart périlleux pour son existence même.

Quelles ont été les prises de position de ces différents partis communistes ?

Le lendemain de l'intervention soviétique, l'Humanité, organe du PC français, garde un silence prudent, se contentant de donner la nouvelle tout en ajoutant que «l'opération n'était pas confirmée à Moscou». Le moment était mal choisi pour affirmer une position : c'était la trêve de fin d'année et Marchais se trouvait en visite à Cuba.

Dans l'Humanité du lendemain 29 décembre, reau justifie l'intervention en termes encore embarrassés, faisant tout un développement qui ajoute au principe de la «non ingérence» - dont le PCF se réclame et qui l'embarrasse bien en l'occurence - celui du «droit naturel de légitime défense individuelle et collective», mée dans la Charte de l'ONU «Pour les communistes français» poursuit-il, «ce sont deux règles essentielles des relations internationales. La première doit permettre notamment à tous les Etats d'exercer pleinement leur souveraineté et à tous les peuples de déterminer librement leur statut politique, leur régime économique et social. La seconde règle ne contredit pas, mais au contraire complète la afghanistan première, elle garantit en effet à tout Etat la possibilité de se prémunir contre les ingérences extérieures en faisant appel à ses alliés. Les Soviétiques, on le sait, disent avoir répondu à un tel appel en Afghanistan, conformément traité conclu en décembre 1978 entre les deux pays».

Il trace là les premiers éléments de la ligne qui sera adoptée par la direction du PCF et défendue avec un éclat tonitruant par Georges Marchais.

Rentré en hâte de Cuba, accrédite immédiatesur demande du gouvernement afghan (et pourtant la première action des Soviétiques sera de liquider ce gouvernement !). Il agrémente le tout d'une analyse internationale catastrophiste présente l'impérialisme «aux abois» et en conclut à la nécessité pour les communistes de «choisir leur camp». Pour bien nontrer où est le sien Marprécipite avec forte •publicité à Moscou où il aura des longs entretiens avec les dirigeants soviétiques, et Brejnev en personne. D'un studio de la télévision soviétique il expédie quelques insultes bien senties aux hommes politiques français qui critiquent sa position, ce qu'il renouvellera quelques renouvellera jours plus tard lors d'une émission de la télévision française, avec l'aplomb qui est désormais le sien.

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L'Humanité du 11 janvier publie sur une page entière le communiqué commun PCUS-PCF qui constate un accord total entre les deux partis sur la situation internationale, sans mentionner pour autant directement l'Afghanistan.

Pour la direction du PCF donc, les choses sont simples : les forces de la révolution sont a l'assaut partout dans le monde; l'impérialisme aux abois tente de fomenter des agressions réactionnaires; l'URSS en bon internationaliste se porte au secours des peuples menacés sur leur demande. Face à une telle accentuation des antagonismes, les communistes doivent choisir clairement le camp de la révolution, qui est celui de P'URSS.

En Europe occidentale, seuls les partis communistes ouest-allemand et portugais ont pris une position similaire (sans pour autant lui donner le même relief que le PCF). Pour Alvaro Cunhal, « la présence des troupes soviétiques répond à une demande formulée par le gouvernement afghan dans le cadre d'un accord signé entre les deux pays.» En conséquence : «En dépit des campagnes menées par les pays impérialistes, dont l'objectif, peut-être, est de cacher leur propres contradictions, la révolution afghane triomphera» (1).

Le reste des PC occidendamné vention tervention militaire soviétique en Afghanistan et demandons le xembourgeois et finlandais

By a mis Berlinguer. LULM LACLIN MAUVAIMI 414 VE Obrero que «l'entrée des troupes d'un pays dans un autre pays viole les principes de souveraineté et d'indépendance et contribue à tendre les relations internationales, créant de noudangers pour la paix mondiale». Il condamnait cette intervention mais centrait tout sur la dénonciation de l'impérialisme : «Les Etats-Unis et les autres puissances appartenant à l'OTAN n'ont pas d'autorité reprocher (1) Cité dans «Le Monde», 18/01/80. (2) «Morning Star», 14/01/1980. (3) Minera An, 101/1980 interview (4) Cité dans « Le Monde», 30/01/80. (5) *La Republican, 27/01/1980.

sommes en désaccord avec l'in- de non-ingérence. C'est également un comportement en opposition radicale avec les idées fondamentales du marxisme. L'Union soviétique a démontré une nouvelle fois que sa politique se base sur des considérations militaires de grande puissance, et qu'elle méprise les intéréts des peuples.» (3)

de la presse servee.» Il

Cependant le secrétaire du PCE qui rencontrait Berlinguer à Rome fin janvier pouvait déclarer : «Nous ne sommes pas à mi-chemin entre Marchais et Berlinguer. Nous sommes décidément et sans aucun doute du côté du PCI dont nous partageons entièrement la ligne» (5). Et le communiqué commun du PCE et du PCI condamne fermement l'intervention soviétique et conclut : «Dans ce contexte le PCI et le PCE notent que ces événements soulignent l'actualité d'une stratégie - celle de l'eurocommunisme - axée

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sur l'entente des forces du mouvement ouvrier et démocratique de l'Europe occidentale et la nécessité de la développer au-

Le PCI est celui qui est allé le plus loin, tant dans la condamnation de l'intervention soviétique que dans l'analyse des responsabilités de l'URSS dans l'aggravation des tensions interna-

Le 6 janvier, le jour mêm où Berlinguer éconduit fraîchement Marchais qui, en route pour Moscou, avait fait escale à Rome pour le consulter, la direction du PCI publie sa première déclaration qui condamne l'intervention au nom de l'indépendance nationale et de la souveraineté des peuples, rappelant que les révolutions ne s'exportent plus que les contre-révolutions et dénonçant vigoureusement dirigeants soviétiques dans la logique des bloes et mettent en danger la détente. Cette déclaration ne parle pas du retrait des troupes et ne dit pas un mot contre les projets de l'impérialisme.

Quelques jours plus tard, Giancarlo Pajetta, ministre des Affaires étrangères du PCI explique les raisons de cette condamnation : «On ne peut pas oublier que, sur les montagnes afghanes, on a perdu en plus des vies soviétiques et afghanes, des millions de consensus dans le monde entier, on a jeté la tourmente dans les consciences, on a démobilisé des forces qu'il faut au contraire rassembler et mobiliser si l'on veut, et c'est le cas, la coexistence pacifique et l'indépendance des peuples, la reprise du processus de détente et done la garantie du désarmement (...) En tant que communistes nous n'avons eu aucune crainte ni hésitation à traduire par notre condamnation de l'intervention soviétique et l'expression d'un désaccord sans équivoque avec les communistes d'URSS et d'autres pays du monde notre internationalisme et notre long engagement pour sauver la paix dans l'intérêt de notre pays et du monde entier.» (7)

Cette action pour «sauver la paix», la direction du PCI

21 février 1980 la confie aux gouvernements bourgeois et à l'OTAN. C'est tout le sens de la motion en quatre points qu'il a présenté au Parlement de Strasbourg à majorité réactionnaire; - le parlement condamne l'intervention de l'URSS en Afghanistan; - il exige le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan; - il demande aux pays européens membres de l'OTAN d'œuvrer dans cette instance pour faire prévaloir la ligne de la négociation;

invite le Conseil des ministres de la CEE à assumer commune en faveur de la détente.

Berlinguer en personne viendra défendre cette position qui fait la part si belle aux gouvernements impérialistes. Le se ralliera à Strasbourg à une motion en tous points similaire à la sienne présentée par le groupe socialiste européen qui, pour des raisons de susceptibilité politique ne voulait pas voter un texte présenté par un

Troisième temps dans la réaction du PCI, Berlinguer défend sa position devant une assemblée de secrétaires des féprovinciales de son parti où de nombreuses crisont élevées contre la position de la direction par trop.. alignée sur les gouveroccidentaux. Il affirme que le PCI n'a pas une position neutre entre les USA

La cacophonie des prises de position des deux principaux partis eurocommunistes a amené plus d'un observateur et mêaucune réaction impressionniste ne permet d'expliquer sérieusement les phénomènes auxquels nous assistons actuellement. En effet, l'eurocommunisme n'est pas le choix subjectif d'un «bon» secrétaire général et l'URSS mais fait porter à l'URSS la responsabilité de la situation actuelle.

Berlinguer quelques de l'administration Carter: sa poser la question des droits de l'homme comme une «condition» à la poursuite de la détente (!); l'accord séparé entre l'Egypte et Israël sur le Moyen-Orient qui a contribué à accentuer la méfiance de l'URSS. Malgré ces erreurs il faut souligner, poursuit-il, que

«ces positions américaines furent accompagnées d'une politique de non-intervention, encore moins militaire, dans les re.

gions du monde où, pourtant se développaient et vainquaient des mouvement révolutionnaires (...) Dans le même temps l'URSS qui, certes, continuait à suivre une politique de développement de la détente en

Europe (...) utilisait aussi certains facteurs objectifs de la situation (ce que l'on appelle le «complexe du Vietnam» des

USA, la crise de prestige des mondiale)

pour opérer quelques interventions directes et indirectes dans certaines régions de l'Asie et de l'Afrique (Angola, Etiriopie, Cambodge)» (8). C'est là qu'il faut rechercher les causes de l'aggravation de la situation internationale.

«erreurs» de Carter et les interventions militaires de l'URSS, la balance penche nettement en défaveur de cette dernière aux yeux du sécrétaire général du PCI. UNE «MORT PREMATUREE» DE L'EUROCOMMUNISME ? l'opposé d'un «méchant» stalinien; c'est un fait objectif, la fois produit et réponse à la crise du stalinisme, auquel les PC. de masse ne peuvent échapper sous peine d'un lourd prix à payer. (7) «Kinascita», 11/01/1980. (8) "L'Unità», 27/01/1980.

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Nous l'avons expliqué à partir des éléments suivants : 1) Le contrôle monolithique du Kremlin sur le Komintern portait en lui-même les germes de sa désintégration. L'orientation dans un seul pays, utilisée pour justifier la soummission des PC à l'URSS, allait également nourrir la croissance des tendances nationalistes au sein des différents PC. Ce phénomène allait se manifester spécialement dans les PC les plus importants ayant leur propres liens avec leurs bourgeoisies. L'insertion plůs profonde de ces PC dans leur ment de leur poids électoral et de leur présence dans titutions, le contrôle de nombreuses organisations de masse amènent les directions de ces PC a progressivement déterminer leurs positions politiques en fonction de leurs intérêts de bureaucratie nationale et non plus en fonction de la défense des intérêts du Kremlin. De même, elles réagissent de plus en plus aux événements internationaux à partir de leur situation politique intérieure. 2) Les partis eurocommunistes placent leur politique dans un cadre international qui est celui de la coexistence pacifique et du statu quo dans lequel ils attribuent un rôle important à l'Union soviétique. Mais, vu les mutations profondes survenues depuis la fin de la guerre, en particulier dans le tiers-monde, la coexistence ne peut plus se jouer à deux et le «camp pro gressiste» ne se limite plus aux pays «socialistes», mais inclut les mouvement de libération et directions nationalistes petites-bourgeoises accédé au pouvoir, de même que les forces chrétiennes progressistes et socialistes du monde capitaliste. 3) La crise du système de domination stalinien dans les pays de l'Est (débuts de révolution politique en Pologne, Hongrie, puis Tchécoslovaquie) et réponses brutales qu'y a apportées la bureaucratie du Kremlin ont profondément terni aux yeux des classes ouvrières occidentales le «modèle soviétique», au moment même où, dans leurs luttes, elles affirmaient des aspirations démocratiques et un potentiel anti-bureaucratique précédent. Ceci a amené les PC «eurocommunistes» à opérer une critique publique des aspects les plus répressifs de la dictature bureaucratique dans les pays de l'Est et à affirmer leur attacheau pluralisme et aux libertés. 4) L'eurocommunisme, point de vue de sa stratégie, ne présente qu'une resucée des pires analyses révisionnistes prônant le gradualisme et la collaboration de classe défendues depuis des décennies par tous les PC et, aujourd'hui aussi par les PC qui défendent la bureaucratie du Kremlin. Ce qui est nouveau, c'est la théorisation de ces révisions (l'abandon du léninisme, de la dictature du prolétariat, la défense de l'Etat bourgeois comme cadre du passage graduel au socialisme, le rejet du «modèle» soviétique, la voie» entre la voie soviétique et la voie social-démocrate).

A partir de ce cadre commun les principaux partis eurocommunistes, le PCI et le PCF, ont plus ou moins développé leurs élaborations politiques et théoriques et leurs initiatives en fonction de leur propre histoire et de leurs situations respectives. Ceci est particulièrement clair dans le domaine de la politique internationale.

Le PCI, engagé dans ce processus depuis 1956 et les élaborations de Togliatti sur le polycentrisme, a opéré un aggiornamento sans douleur et a commencé à mettre en pratique une politique internationale correspondant à son projet gouvernemental du compromis historique, autour de quatre axes : a) la lutte pour le développement de la détente qui passe par le dépassement des blocs militaires et du partage du monde issus de la guerre; dans cette lutte un rôle essentiel revient à l'Europe qui doit se présenter comme un pôle autonome sur l'arène internationale;

b) les relations avec le mouvement communiste international qui ne doivent plus passer par des conférences des PC patronnées par Moscou, mais par les rapports bilatéraux toutes les composantes : URSS, Chine, le Vietnam et la Yougoslavie (avec laquelle la Chine a retissé des liens par l'intermédiaire de Tito. Le PC chinois a envoyé une délégation au dernier congrès du PCI et une délégation de la FGCI a été invitée ces dernières semaines officiellement en Chine). c) les relations avec les pays du tiers-monde et les mouvements de libération avec lesquels les dirigeants du PCI entretiennent des rapports très

(Algérie, Erythrée, OLP, etc.). d) les relations avec la gauche

Get les mouvements progreseuropéens. aiment à le rappeler les responsables du PCI «l'eurocommunisme n'est pas une alliance entre les partis communistes. Ce concept a toujours concerné l'ensemble de la gauche et des progressistes européennes.» Et ces dernières années le PCI a développé les rapports et les débats avec les grands partis socialistes européens (PS français, espagnol et portugais, Parti travailliste britannique, le parti social-démocrate suédois et surtout le SPD allemand pour lequel Berlinguer ne cache pas son admiration).

Ces conceptions ont amené le PCI à plusieurs reprises à prendre des positions en opposition à la politique soviétique, car celle-ci lui semblait aller à l'encontre de la détente : demande du retrait des troupes soviétiques d'Ethiopie, condamnation de l'invasion du Cambodge par le Vietnam, demande de la supression de la fabrication et de l'installation des missiles soviétiques et, aujourd'hui, l'Afghanistan.

Face à cette politique internationale tous azimuts des communistes italiens, le PCF n'a émis que quelques balbutiements. Une première raison,

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triviale peut-être, bien réelle, en est le chauvinisme profond de la direction communiste française qui lui fait considérer comme a priori suspect tout ce qui se passe hors des frontières de l'hexagone. Mais aussi, engagée avec un retard sur la voie de l'eurocommunisme, la direction du PCF, devant mettre les bouchées doubles, a compensé par quelques coups d'éclat son absence d'élaboration d'une politique internationale autonome. Le seul document qui fait référence en la matière est le rapport Kanapa sur le mouvement com-

MARCHAIS DIVISE

La question qu'il faut poser est donc plutôt : pourquoi la direction du PCF a-t-elle voulu donner tant d'éclat à son alignement sur le Kremlin, envoyant à Moscou Marchais, qui, depuis cinq ans, refusait de mettre les pieds en URSS ?

La réponse à cette question, c'est dans la situation politique française qu'il faut la chercher. Depuis l'automne 1977, le PCF a fait le choix explicite du refus de toute participation gouvernementale dans le contexte de la crise actuelle. Il s'est engagé dans une violente politique de polémique et de division à l'égard du Parti socialiste qui vise deux buts : essayer de casser le PS et de récupérer son hégémonie comme seul parti de la classe ouvrière. Il a donc abandonné pour l'instant l'Union de la gauche, sans avoir rien à proposer pour la remplacer si ce n'est ses discours sur l'union nationale et ses appels à l'union à par le PCF de son alignement sur le Kremlin à propos de l'Afghanistan doit donc mettre clairement en relief aux yeux des travailleurs l'alignement du Parti socialiste sur les positions de l'impérialisme; elle doit alimenter la polémique et justifier l'impossibilité de faire l'unité avec un tel parti. Mais elle remplit une autre fonction en direction de la base et des

21 février 1980 muniste international qui est centré sur la question du socialisme et des libertés rapports indépendants entre les différents partis communistes (9). Quelques voyages de Georges Marchais au Mexique ou à Cuba n'y changent pour l'instant l'instant pas grande chose. Jusqu'ici - mis à part la Tchécoslovaquie - jamais la direction du PCF n'a pris de position différente de celle de l'URSS sur les problèmes internationaux. De ce point de vue sa prise de position sur l'Afghanistan n'est pas surprenante. : DE PARIS A KABOUL, TOUT CE QUI EST BON sympathisants du parti, encore mal remis de la rupture de l'Union de la gauche en septembre 1977. Bercés des années durant par les hymnes à l'unité, les militants communistes retrouvent plongés dans un sectarisme outrancier et privés de toute perspective, ce qui n'est pas l'idéal regonfler le parti et lui donner un drapeau pour les présidentielles naliste», l'«alignement sur le camp de la révolution» affirmés aujourd'hui par Marchais doivent donc donner une perspective de rechange aux militants communistes. Comme le dit l'oppositionnel Jean Rony :

Il ouvre de perspectives en France, plus le PCF se raccroche à sa tradition, à son identité, plutôt aux aspects les plus contestables de cette identité.» (10)

La position de la direction du PCF n'est pas sans contradictions, loin s'en faut. Ainsi, selon les dires de Marchais l'heure est à la révolution partout sur la planète... sauf en France, devrait-il ajouter, alors qu'il soutient ostensiblement le gouvernement Barre (avortement, affaire des diamants, affaire Boulin...). De même l'image de marrévolutionnaire qu'il veut se donner n'a pas grand chose gagner de sa référence l'URSS qui a perdu pas mal de son pouvoir d'attraction pour les travailleurs. Mais surtout sa politique a le souffle court dans une situation où beaucoup de travailleurs voient dans l'unité avec le PS une alternative possible au gouvernement. Enfin, la direction du PCF ne peut échapper aux raisons qui l'ont amenée à s'engager sur la voie de l'eurocommunisme. On voit d'ailleurs que malgré son langage caricatural «classe contre classe», le PCF n'est revenu sur aucune des théorisations de la phase précédente. De même, malgré le satisfecit donné à la bureaucratie soviétique dans le communiqué commun PCUS-PCF du 10 janvier dernier, la direction du PCF a sévèrement condamné la déportation de Sakharov deux jours plus tard.

L'attitude présente du PCF est donc à la fois un choix obligé et une impasse, qui ne peut, comme on le voit déjà, qu'accentuer le malaise dans sa base.

BERLINGUER :

UNE CROISADE PACIFISTE

DANS LES COULOIRS DE

L'OTAN

Les préoccupations du Parti communiste italien sont tout autres; elles sont d'ordre général et immédiat. Le parti Berlinguer a une stratégie, le compromis historique, collaboration de classe institutionalisée en Italie, qui a besoin, aux yeux de ses défenseurs, du cadre de la coexistence pacifique, de la collaboration de classe au niveau international. Si, à l'initiative de quelque bloc que ce soit, cette coexistence pacifique est mise en danger et que se dessine un retour à la guerre froide, toute perspective de réalisation du compromis historique s'évanouira, car il ne fait que la DC, elle aussi, choisira son camp.

Dans l'immédiat, le PCI qui est retourné depuis un an a l'«opposition» n'a pas renoncé (9) Jean Kanapa, «Le mouvement communiste international hier et aujourd'hui», éditions du Parti communiste français, 1977. (10) «Le Matin», 9/01/1980.

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à sa participation à un gouvernement d'union nationale. Or, face à l'impasse où elle se trouve la DC vient de proposer l'ouverture de négociations programmatiques en précisant toutefois que la composition du gouvernement n'était pas en question et qu'elle ne pouvait accepter de ministres communistes à cause des liens internationaux du PCI. C'est pour démonter cet argument que le PCI a choisi, lui aussi, de donner tant d'éclat à sa prise de position sur l'Afghanistan, envoyant Berlinguer en personne la défendre à Strasbourg. Il espère lever aussi le veto des USA à son entrée au gouvernement. C'est pourquoi la direction du PCI ne s'est pas laissée ébranler par les critiques de ses militants et a affirmé que la responsabilité principale de la situation incombait à TURSS; c'est pourquoi elle met plus qu'en sourdine ses critiques à l'impérialisme; c'est pourquoi elle réaffirme qu'elle est pour que l'Italie demeure dans POTAN.

La position défendue par le PCI donne tout crédit aux gouvernements impérialistes et remet entre leurs mains, celle de leurs institutions politiques et militaires, la tâche de sauvegarder la paix. On savait que Berlinguer se proposait de construire le socialisme sous la protection du parapluie militaire de l'impérialisme, le voilà maintenant qui lance une croisade pacifiste dans les couloirs de l'OTAN!

A partir des remous suscités par l'intervention soviétique en Afghanistan, le PCI s'est attelé à préciser ses analyses sur la situation internationale et sur ce qui se passe en URSS. Il a également proposé l'organisation d'une grande conférence de la gauche en Europe.

La direction du PCI estime qu'on assiste à un changement de position de l'URSS «tourne le dos à la détente» et a tendance à revenir à «une politique de force et de division en zones d'influence».

«Je veux souligner» expliquait Berlinguer lors du 59è anniversaire du PCI, «que la crise de la détente ne commence pas avec l'Afghanistan et ne concerne pas seulement cette partie du monde. Elle concerne en premier lieu le sud-est asiatique avec les événements belliqueux qui ont eu comme protagonistes, au début de 1979, le Vietnam, le Cambodge et la Chine. Elle concerne les heurts entre la Chine et L'URSS.» (11). On voit d'où vient l'initiative. Pour les Etats-Unis leurs responsabilités résident dans le traité séparé Egypte-Israël et la non-ratification de l'accord SALT-II.

La raison de fond de cette situation vient, pour les dirigeants du PCI de la crise de la «bipolarité» issue de la guerre. «Diviser simplement le monde en deux «camps», à l'intérieur desquels chacun doit se ranger de façon disciplinée n'est pas une réponse, encore moins une réponse révolutionnaire, s'agit d'un schéma qui ne correspond absolument pas à la réalité du monde d'aujourd'hui», écrit G. Boffa. «En tant que schéma celui-ci était déjà inadéquat lorsqu'il est né dans la lointaine année 1947, même si la guerre froide pouvait très bien en expliquer l'origine (12)». C'est le développement impétueux des luttes anti-impérialistes qui a mis ce schéma en crise. C'est pourquoi «si nous avions justifié ce qui s'est passé en Afghanistan, non seulement nous n'aurions pas appuyé une lutte émancipatrice, mais nous aurions divergé profondément sur les contenus essentiels du processus révolutionnaire de notre époque» (13). Ce que ne dit pas Boffa - et c'est ce qui donne son caractère totalement contradictoire à la position du PCI - c'est que ce ne sont pas les «deux blocs» qui sont mis en cause par les luttes révolution-

Get d'émancipation du tiers-monde, mais le statu quo, la coexistence pacifique elle-même, fondée sur la négation des luttes révolutionnaires et de l'affrontement de classe qui se mène au niveau international. (11) «L'Unita», 21/01/1980. (12) «L'Unità), 27/01/1980. (13) Idem. (14) «Rinascita», 1/02/1980.

Les dirigeants du PCI estiment d'autre part que l'invasion de l'Afghanistan, tout comme la déportation de Sakharov, relèvent de la même incapacité des dirigeants de l'URSS à faire face aux problèmes nouveaux de notre époque. «Au fond, durant tout l'après-guerre s'est affirmée une impréparation politique et culturelle des groupes dirigeants soviétiques à faire front aux nouveaux processus révolutionnaires dans le monde», explique G. Boffa, soviétologue du PCI. Pour lui, il y a un lien évident entre l'Afghanistan et l'affaire Sakharov : «Cela renvoie aux difficultés que l'URSS, en tant que puissance hégémonique de son bloc, a rencontrées dans la tentative de s'adapter aux faits nouveaux que le processus de détente produisait en son sein (...) La nouvelle phase politique demandait en effet une plus grande articulation de la vie interne de chaque pays : une dialectique politique plus large une plus grande circulation des idées, une reconnaissance effective des droits politiques des citoyens. Ceci n'a pas eu lieu (...) Cette faiblesse de L'URSS est une des raisons de fond qui font que prévaut aujourd'hui une tendance à considérer les rapports internationaux en termes de guerre (15)». Officiellement, on en reste là, mais beaucoup de dirigeants et de cadres du PCI commencent à aller plus loin sur l'analyse de l'URSS (fin janvier, par exemple, l'Institut Gramsci organisait un colloque avec Rudolf Bahro dont un certain nombre de cadres du PCI disent partager les analyses sur les sociétés des pays de l'Est).

De nombreuses critiques sont apparues dans la base tant du PCF que du PCI et du PCE. Dans le PCE, une forte opposition s'est manifestée de la part de militants estimant que, face à l'impérialisme, il fallait défendre l'URSS. Devant ces critiques, la direction a quelque peu réajusté le tir, développant sa campagne contre l'impérialisme. Dans le PCI, de nombreux militants ont critiqué la position par trop pro-impérialiste de leur direction, expliquant que, même si c'était difficile, il fallait

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être dans le camp des pays socialistes. La direction du PCI, elle, a combattu de front cette position. On a bien là un autre produit de la crise du stalinisme et de son rejeton eurocommuniste dans cette pseudo-alternative entre la position du PCF et celle du PCI, entre l'alignement sur la bureaucratie soviétique et l'alignement sur les positions de l'impérialisme.

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