ans de sa vie à la lutte révolutionnaire en
Chine. Elle venait d'être libérée d'un camp de travail où elle avait été enfermée avec son mari,
Zheng Chaolin (voir l'article de Greg Benton dans Inprecor, numéro 59 du 19 septembre
1979).
Wu Jingru aurait pu abandonner le combat ré volutionnaire après la défaite sanglante de la deuxième révolution chinoise en 1927: nombreux furent les Jeunes militants qui avaient participé au développement du mouvement ouvrier et communiste et qui retournèrent alors dans leurs familles, cédant aux pressions des parents non-révolutionnaires ou contre-révolutionnaires. De même, après avoir été à nouveau arrêtée en 1952 par le PCC au pouvoir cette fois, elle aurait pu améliorer sa situation en acceptant, sous la pression des autorités, de divorcer avec son mari et de renoncer à ses gements militants.
• article écrit, en hommage à ce que fut sa vie, par Shuang Shan, l'un de ses compagnons de lutte.
SHUANG SHAN
La camarade Wu Jingru est morte le 15 octobre 1979 à
Shangai, exactement trois mois après sa libération d'un camp de redressement par le travail.
Elle fut arrêtée pour la première fois en décembre 1952 par les autorités du PCC, en même temps que son mari le camarade Zheng et quelques deux ou trois cents autres trotskystes chinois. Après cinq ans de prison, elle fut libérée. Elle était alors très affaiblie par la malnutrition et par une infection rhumatismale, et trouva se coupée de sa famille, de ses
En mémoire de Wu Jingru
Née en 1907 dans une très riche famille,
Nous publions ci-dessous des extraits d'un amis et de toutes ses relations.
(...) Malgré des conditions de vie misérables, on ne la laissa pas longtemps en paix. Au milieu des années soixante, quand fut lancée la «Révolution culturelle», elle fut de nouveau l'objet de persécutions.
Ayant été condamnée et emprisonnée comme «contremari révolutionnaire», son étant qualifié de «dirigeant d'un gang contre-révolutionnaire», elle fut soumise à des séances répétées de «luttes et critiques», malmenée en toute conscience par des cadres maoistes et par des gardes rouges manipulés. A cette époque, la camarade Wu était complétement aveugle (...)
En 1972, à la fin de la « Révolution culturelle», Jingru dut affronter une nouvelle épreuve. En effet, Zheng Chaolin et quelques autres trotskystes furent transférés de la prison ordinaire vers un camp de travail à Pudong dans le district de Shangaï. Elle y fut assignée à résidence et y vécut sept ans durant, jusqu'au 5 juin 1979 quand Zheng Chaolin et douze autres trotskystes furent autorisés à s'installer dans un faubourg de Shangaï et quand leurs «droits civiques» furent à nouveau reconnus. Pour la première fois depuis vingt-sept ans, Jingru pouvait espérer avoir une vie plus ou moins normale. Nous espérions que cette vieille révolutionnaire qui avait tant souffert pourrait bénéficier de ces nouvelles conditions de vie. Elle devait malheureusement mourir peu après (...)
La camarade Wu devint membre du Parti communiste chinois en 1927, alors qu'elle participait aux luttes des masses laborieuses à Wuhan pendant la deuxième révolution chinoise. C'est alors qu'elle rencontre Zheng Chaolin avec qui elle milita et se maria ultérieurement. Après la défaite de la deuxième révolution chinoise, elle s'établit à Shangaï dans la clandestinité : elle servait d'intermédiaire entre les militants emprisonnés et ceux, encore libres, qui poursuivaient leurs activités révolutionnaires (...).
En 1930, lors de la scission du PCC entre l'aile droite (stalienne) et l'aile gauche (trostkyste), elle s'engagea dans cette
dernière. En 1931, elle fut arrêtée par le Kuomintang, en temps que Chaolin, mais relâchée peu après. Militante communiste-trotskyste, elle se consacra à l'éducation révolutionnaire, et tout particulièrement à la formation révolutionnaire des femmes et des enfants d'origine ouvrière, jusqu'en 1952, quand elle fut arrêtée par la police secrète du
Bien qu'elle ait eu toutes les qualités pour faire une dirigeante, c'est dans les écoles, en tant qu'institutrice, qu'elle put épanouir tout son talent d'organisatrice. (C'est delà que lui vient le surnom amicale «d'institutrice» que lui donnèrent
Tout comme son compagnon, le camarade Zheng Chaolin, elle était totalement dépourvue d'ambition personnelle et opposée sans restriction au bureaucratisme et au carrié-
Si la camarade Wu n'a jamais joué les héroïnes, elle n'a jamais non plus abandonné la lutte. Elle était très douce, mais aussi d'une persévérance d'un courage implacables. Elle fut toujours fidèle à son engagement malgré les persécutions et les difficultés. Depuis 1931, je ne l'ai jamais vu hésiter ni regretter son engagement. Une vie si simple est en fait remarquable.
La vieille génération des trotskystes chinois n'a pratiquement rien à léguer dont ils puissent être fiers à leurs jeunes camarades, si ce n'est l'esprit révolutionnaire que représente au plus haut point la camarade Wu Jingru - l'esprit d'acharnement, d'abnégation et de modestie du combattant de base de la révolution. C'est un tel esprit et une telle tradition qui peuvent garantir la victore finale du marxisme révolutionnaire en Chine et partout dans le monde. Cet esprit et cette tradition que Wu Jingru laisse en héritage aux jeunes généra tions marxistes révolutionnaires dans le monde.
30 octobre 1979