Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

Libérez les manifestants de l'aéroport de Narita

Inprecor n° 71, 6 mars 1980 · p. 34-35 · 1 164 mots

Japon et Corée

Japon JUNICHI HIRAI Tokyo fevrier mi cours de manifestations contre l'ouverture de l'aéroport de Narita, plus de deux cents travailleurs et étudiants venus apporter leur soutien à la lutte de la Ligue d'opposition de Sanrika ont été arrêtés (1).

Plus de 90 % des personnes arrêtées furent inculpées et maintenues en détention préventive pendant un an ou plus. Vingt militants, dont certains ont été arrêtés après les événements, sont encore aujourd'hui, après plus d'un an et demi, en détention préventive; on leur refuse la libération sous caution malgré la collecte de pétitions exigeant leur libération qui ont été signées par plus de 100000 personnes.

Aux postes de police, les personnes arrêtées furent soumises à des interrogatoires, des jours durant, du matin au soir, allant parfois jusqu'à plus de dix heures d'affilée. Les militants qui avaient occupé la tour de contrôle de l'aéroport (2) furent transférés dans différents postes de police et séparés des autres manifestants arrêtés afin d'être mieux isolés.

Même les visites des avocats furent entravées. Malgré toutes ces mesures d'intimidations, presqu'aucun militant ne parla lors des confrontations organisées par la police ou par le Procureur de la République.

Nombreux étaient ceux qui, parmi les travailleurs arrêtés, étaient employés dans les services publics. Dès qu'ils furent l'aéroport de Narita inculpés, on les licencia. Ces licenciements furent effectués par les administrations selon des directives venant directement du gouvernement.

Au ministère des Postes et Télécommunications, neuf personnes arrêtées, membres des sections syndicales, furent licenciées, avant même inculpées, dès que leurs noms furent connus.

Dans certaines entreprises, les compagnons de travail de militants arrêtés ont organisé, malgré les pressions exercées par les bureaucrates syndicaux, des comités de défense au sein des syndicats. Un autre élément important de l'élargissement de la campagne de solidarité a été la mobilisation des familles des manifestants victimes de la ré-

Les familles ont constitué un Conseil national des familles pour la lutte de Sanrizuka qui a joué un rôle de premier plan dans la défense des inculpés. partir des acquis de ces activités de défense, le 19 novembre (1) Depuis une douzaine d'années, les paysans du village de Sanrizuka poursuivent la lutte enfin contre le maintien en activité du nouvel aéroport international de Tokyo. Ce combat contre un aéroport qui s'avère aujourd'hui particulièrement dangereux, amorcé pour sauver ronnement et à des questions politiques centrales. Le engagé là dans Narita pourrait jouer un rôle militaire important en cas d'opération américano-japonaise en Asie orientale. La lutte des paysans de Sanrizuka a reçu l'appui du mouvement étudiant -notamment à la fin des années soixante -, de nombreuses organisations

1978, un comité national de déde la lutte de Sanrizuka fut constitué lors d'un meeting qui regroupa plus de 600 militants.

Grâce à cette campagne de certains travailleurs d'entreprises privées qui avaient été arrêtés, retrouvèrent leur travail ou furent réembauchés après leur libération sous caution.

Mais entre temps, le gouvernement avait lancé une nouvelle série d'attaques en modifiant les procédures judiciaires en vigueur : en divisant les inculpés en petits groupes, refusant d'accéder à leur demande d'être jugés tous ensemble et en augmentant ainsi considérablement les frais de justice pour la défense, en refusant un an durant toute libération sous caution, en fixant finalement cette dernière au taux énorme d'un million de yens (environ 20000 FF) par personne.

Le gouvernement essaya de faire passer à la Diet (3), sous prétexte de remédier «à la len(regroupées aujourd'hui dans la Ligue d'opposition) et a suscitée une vaste sympathie dans les milieux populai(2) A l'occasion des manifestations du 26 mars 1978, qui donnèrent lieu à de violentes confrontations avec la police, quatorze militants réussirent à s'introduire dans la tour de contrôle de l'aéroport, pourtant gardée quasi militairement. Ils occupèrent un étage deux heures durant et détruisirent un certain nombre d'appareils électroniques après avoir laissé partir le personnel. L'ouverture de l'aéroport - déjà en retard de cinq ans par rapport aux prévisions initiales - dut être retardée de deux mois à cause de cette manifestation. (3) Parlement japonais.

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teur des jugements pour des affaires terroristes», une loi qui permettrait des jugements sans délibéré (4). Faisant face à de nombreuses critiques, ce projet de loi fut abandonné du moins pour le moment. Mais, tout en reculant sur ce point, les autorités ont tenté d'intimider les avocats de la défense en les menaçant de radiation. L'Ordre des avocats a cédé à ces pressions (5).

Donc, le projet du gouvernement est d'accélérer les procédures judiciaires et d'isoler de leur soutien extérieur les mili-

Les quatorze militants qui ont occupé la tour de contrôle sont accusés d'avoir «mis en danger le fonctionnement de l'aéroport» (qui n'était pas encore ouvert !). Ce chef d'accusation, inexistant dans la jurisprudence, des peines de prison de dix ans

Bien qu'ils aient déjà passé plus d'un an et demi en détention préventive, ces militants n'ont toujours pas pu bénéficier de la libération sous caution. Quatre autres, accusés de tentative de meurtre, ont aussi été maintenus en prison. La santé des emprisonnés se détériore. Iran

En juin 1978, le Comité pour la victoire dans les procès de Sanrizuka fut constitué à l'appel de nombreux intellectuels, de personnalités du monde littéraire, d'universitaires qui se sont joints à la Commission de travail sur la défense des emprisonnés de la Ligue d'opposition. La mobilisation s'est élargie dans la classe ouvrière autour de la demande de libération immédiate sous caution. Fin novembre, les familles des emprisonnés firent une grève de la faim à Tokyo devant le palais de justice.

La Ligue communiste révolutionnaire du Japon, section nale, lance un appel aux travailleurs du monde entier. Ma(4) Bien que les procédures judiciaires au Japon soient en général très lentes, quand il s'agit de juger des militants, elles le sont encore plus. Il existe de nombreux cas où les avocats de la défense se sont démis, sont sortis de la salle d'audience ou ont boycotté le procès pour protester contre les procédures judiciaires, ou bien ont été dans l'impossibilité d'assister aux débats parce que les accusés qui n'avaient pas les moyens de payer une équipe nombreuse d'avocats, étaient jugés par petits groupes simultanément dans des salles différentes.

nifestez votre opposition au gouvernement japonais qui tente d'accélérer la fin des travaux de l'aéroport. Envoyez des télégrammes pour exiger la libération immédiate des quatorze militants emprisonnés qui ont occupé la tour de contrôle. Envoyez vos télégrammes de protestation à : Judge Naoshi Hanajiri 8th Criminal Division Tokyo District Court 1-1 Kasumigaseki, Chiyoda-ku Tokyo (Japon) avec copie à : Shinjidaisha 5-13-17 Shiba, Minato-ku Tokyo (Japon) ,Dans ces cas, les accusés ont refusé les avocats commis d'office et leur procès a duré des années Le projet de loi sur les «jugements sans délibéré» présenté à la Diet aurait permis la poursuite des procès en l'absence des avocats de la défense. (5) Le 30 mars 1979, la Fédération des avocats japonais passa un accord avec le ministère de la Justice, selon lequel des sanctions professionnelles seraient prises contre les avocats qui «empêcheraient le déroulement normal» des audiences.

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