Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

L'interdiction de «El Pueblo» et la condamnation de ses dirigeants

Inprecor n° 72-73, 20 mars 1980 · p. 38-39 · 1 164 mots

Nicaragua

L'interdiction et la condamn Charles-André UDRY

E 23 janvier 1980, les forces de sécurité du FSLN occupent les locaux du quotidien El Pueblo et arrêtent sept dirigeants de Frente Obrero. Le 4 février, le responsable du journal, Melvin Wallace, se rend aux

Frente Obrero représente le «front de masse» et l'aile syndicale du MAP (Mouvement d'action populaire). Le MAP provient d'une ancienne sion du FSLN. Il adopta initialement une orientation maoïste pro-Pékin, puis manifesta une inclination pour des positions pro-albanaises, avec les conséquences qui en découlent dans la logique des jugements politiques sur l'URSS.

Durant la guerre civile, des militants de FO participèl'organisation MILPAS (Milices populaires anti-somozistes), qui s'engagèrent dans le combat pour renversement de la dictature.

Barricada du 11 février 1980 indique que le juge de l'arrondissement de Managua a condamné à deux ans de travaux forcés Melvin Wallace Simpson, Juan Alberto Enri-

Carlos Cuadra Cuadra et Isidro Tellez, pour : «Délit consistant à 'diffuser par écrit proclamations, les et des articles qui ont pour but de porter atteinte aux intérêts populaires les conquêtes obtenues par le peupleh. Ceci correspond à l'application de l'article 4, paragraphe c de la Loi sur le maintien de l'ordre et de la sécurité publique. El Pueblo a été fer-

Le juge Victor Manuel Ordonez expliqua que les accusés de«El Pueblo» lation de ses dir avaient violé la loi parce que les «individus sus-mentionnés, au moyen du quotidien El Pueblo, ont porté des attaques contre le processus revolutionnaire, les autorités de la Junte de GRN et les dirigeants du FSLN, sans tenir compte des profondes transformations sociales qui se sont réalisées en faveur de la grande majorité, et ont ouvertement utilisé ce moyen d'information pour porter atteinte à l'ordre public.

En outre, non seulement ils ont attaqué ce processus re volutionnaire dans les pages d'El Pueblo, mais il y a des preuves suffisantes de leur soutien à l'organisation Frente Obrero et au MAP, groupuscules qui ont ouvertement proclamé leur volonté de désobéir aux directives de la JGRN et du FSLN dans le but de défendre des intérêts bien particuliers» (Barricada - 11/2/1980).

Enfin, le juge, discours, «a fait allusion à des d'El Pueblo, celui du 7 décembre 1979, où, sous le titre 'un marxiste commente la fête de l'Immaculée conception' est développée une série d'arguments contre cette tradition et contre sa place dans l'actuel processus révolutionnai-

Un autre numéro a fait la preuve de l'intérêt du Pueblo pour nuire à l'ordre public. Dans le numéro du 21 janvier 1980, il est écrit que'le FSLN se rapprochait chaque fois plus de la bourgeoisie» (idem).

Barricada a fait allusion à des armes détenues par FO (Barricada - 2/2/1980). Le gouvernement, avait demandé, en octobre 1979, de remettre toutes les armes à l'EPS, afin de facilier son armement. Néanmoins, igeants il faut souligner que, dans l'acte d'accusation, tel que Barricada le rapporte, il n'est pas fait allusion à cette question et que seul l'article 4, paragraphe c, est invoqué, c'est-à-dire un article traitant du délit d'opinion.

A la fin septembre et au début octobre 1979, bres d'El Pueblo et de FO avaient déjà été arrêtés. Après leur libé ration, une certaine discussion s'était engagée entre eux et le FSLN, une fraction de FO rejoignit alors le FSLN.

Fin décembre et début janvier 1980, des accusations politiques virulentes sont portées par El Pueblo contre le FSLN. Lors des grèves dans le secteur nationalisé, par exemple dans la construction à Managua, les militants de FO font chorus contre la CST (Centrale sandiniste des travailleurs) avec des syndicats dirigés par une fraction stalinienne et des éléments corporatistes. Ils mettent en avant principale tion l'augmentation des salaires.

Barricada va les accuser de faire le jeu de la bourgeoisie et de diviser les rangs ouvriers.

Au début du mois de janvier, El Pueblo, par deux fois, publie une longue déclaration du Parti social chrétien en encart publicitaire, pour des raisons financières. Le FSLN lance une dure attaque contre cette publication. El Pueblo reconnaîtra que cela n'était pas une initiative avisée. A plusieurs reprises, El Pueblo diffusera des qui s'avèrent plus tard fausses, comme celle d'une prétendue attaque de l'EPS (Armée populaire sandiniste) contre un poste

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frontière du Honduras. Cette nouvelle avait été lancée par une radio réactionnaire du Hon-

LES FORCES CONTRE-

REVOLUTIONNAIRES

SONT CELLES DE LA

BOURGEOISIE ET DE

L'IMPERIALISME Fondamentalement, gne politique d'El Pueblo est une ligne sectaire et ultra-gauche. Sur la base de contradictions réelles et de faiblesses du processus révolutionnaire, Pueblo et FO proposent une «marche forcée au socialisme» et dénoncent comme une compromission définitive avec la bourgeoisie tous les choix tactiques du FSLN. De plus, cette dénonciation ne se double d'auprésentation, en positif, d'ensemble qui permettrait de faire avancer la révolution, de mobiliser et d'organiser les masses.

Il est évident qu'une ligne ultra-gauche peut, dans le cours d'une révolution, faire le jeu de la bourgeoisie. Mais cela n'implique en aucune façon qu'un courant, comme celui d'Ei Pueblo et de FO/MAP, doivent caractérisé volutionnaire et, parfois, être mis sur le même pied bourgeoisie «vende-patria»

Les forces contre-révolutionnaires sont celles représentées par la bourgeoisie et l'impérialisme, y compris les secteurs bourgeois qui actuellement peuvent sembler accepter mettre dans le processus», mais qui ne le font que pour mieux s'y opposer ensuite. Lorsque le MDN de Robelo dénonce, conjointement avec le FSLN, les «ultra-gauchistes» qui sent avec la droite», il ne le fait certainement pas avancer la révolution (Communiqué du 6 mars).

Combattre politiquement un courant du mouvement ouvrier jugé ultra-gauche ne se fait 'pas en le confondant avec la réaction et la contre-révolution. Une telle bataille se mène au travers de débats et de la discussion publique (d'autant plus vu le prestige du FSLN auprès des masses) et en prenant des mesures qui permettent de contrer le sabotage de la bourgeoisie, de répondre aux besoins des masses et de permettre leur mobili-

Des mesures de répression prises à cause de la diffusion d'idées et d'écrits - alors que le principal quotidien de la bourgeoisie, La Prensa, ne manque pas de mettre les bâtons dans les roues de la révolution - peut aboutir à limiter la libre discussion dans les organisations de masse (CST, ATC et CDS) et, partant, à limiter leurs cités d'action et l'unification des masses laborieuses.

même un dans le FSLN. Cela ne peut que conduire à nuire à l'audience du FSLN et, y compris, aux intérêts de la révolution.

Le PCF ne s'y est pas L'Humanité, au 14 mars 1980, d'une part faussement comme un groupe trotskyste, d'autre part, utilise des déclarations de Barricada pour affirmer qu'il y a «coïncidence» entre les manœuvres de la CIA et l'«activité de certains groupes gauchistes». Or, l'Humanité fait cette campagne au nom d'une politique bourgeoisie, c'est-à-dire avec les forces sociales qui s'opposeront à toute avance de la révolu-

Nous ne pouvons donc que marquer notre désaccord avec les mesures prises et avec certaines explications données, ceci indépendamment du jugement négatif que nous pouvons avoir sur la ligne et les motivade dirigeants de FO/

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