Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

La déclaration du FOCEP de janvier 80

Inprecor n° 72-73, 20 mars 1980 · p. 53-56 · 2 275 mots

Économie mondiale Syndicalisme Pérou et Bolivie

La déclaration du FOCEP de janvier 80 1. Le pays court à la catastrophe. - Le chômage et la misere augmentent sans cesse dans notre pays. Le gouvernement militaire, à la botte des impérialistes et des capitalistes péruviens, s'acharne à défendre les intérêts de ces derniers, au prix de la détérioration des conditions de vie des masses laborieuses.

La situation est grave. hausse des prix se poursuit, entraînant à la fin de 1979, selon le gouvernement, une inflation de l'ordre de 67%; l'augmentation, pour l'année en cours «ne pourra être inférieure» à 42%. Des augmentations de salaires dérisoires ont été accordées récemment; elles ne sont qu'un rideau de fumée destiné à masquer une nouvelle élévation massive du coût de la vie.

Les campagnes s'appauvrissent chaque jour davantage. Les entreprises agro-industrielles tournent à un rythme inférieur à leur capacité de production et, ce qui est plus grave, produisent uniquement pour l'exportation. La production agricole des produits de consommation interne est pratiquement détruite, car elle ne reçoit ni crédits ni subventions. Les terres accordées par le gouvernement à quelques secteurs paysans sont récupérées soit par les anciens soit par de nouveaux propriétaires, rembourse la dictat aus impôts

Eu niveau de l'industrie le ermetures d'usines et le ch augmentent massivement. Chaque jour. trons, trouvant que l'activité industrielle est de moins en moins rentable, en retirent des importantes, qu'ils préférent employer à des fins

Beaucoup d'enreprises connaisent alors de aillites frauduleuse trons mettant tranquillement la clef sous la porte, au moment même où le gouvernement accorde des conditions particulièrement avantageuses pour l'importation de produits industriels, ce qui modifie complètement le marché des produits manufacturés au Pérou. Conséquence de cette situation, près de 70% de l'industrie existante est menacée de disparition, de coupes sombres au niveau de la production et de l'emploi. Les conséquences de ces réductions vont affecter bien sûr les travailleurs, étant donné que les patrons, aidés par la dictature, détiennent tous les moyens de défendre et de protéger leurs

Les services publies, la santé, l'éducation, la sécurité sociale, etc., ont atteint le niveau le plus bas; le chômage taux l'industrie et l'agriculture, en appauvrissant les masses laborieuses et en livrant les ressources naturelles du pays à l'impérialisme. C'est ainsi que nous avons, selon les chiffres officiels, un taux de chômage de l'ordre de 54% de la population active. Sur dix personnes âgées de plus de 18 ans, six sont sans travail.

Tel est le tableau angoissant et désespérant de la réalité nationale. A l'aide d'une phraséologie démagogique visant à tions» et «l'austérité», la classe capitaliste, dans son entier t sans aucune excentior herche a affamer et opprime le peuple travailleur, les larges masses du pays.

Le gouvernement militaire, l'impérialisme et les capitalistes imposent au pays la crise la plus intense jamais connue. Ils n'ont pas intérêt à résoudre les graves problèmes qui se popeuple travailleur. Leur unique objectif est de défendre à tout prix leurs privilèges économiques et politiues. fondes sur l'exploit ion et l'oppression des travai

La crise est grave et elle s'approfondit. S'il n'y a pas un changement radical, le pays est menacé d'une catastrophe. 2. Il faut en finir avec cette situation. - La dictature militaire a lancé son offensive et s'est attaquée violemment au prolétariat et à tout le peuple exploité et opprimé. Mais la conséquence de cette inten-

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se lutte de classe a conduit à l'usure de la dictature qui a dû avoir recours à la convocation d'élections, tout d'abord pour l'Assemblée constituante ensuite pour les élections générales, voyant le seul moyen de poursuivre la mise en œuvre de ses projets économiques.

Depuis la grève du 19 juillet 1977, jusqu'à celle du 19 juillet 1979, en passant par les innombrables grèves, arrêts de travail et prises de terres qui ont eu lieu, les masses laborieuses ont fait la preuve que l'aspiration de la grande majorité était d'en finir avec la dictature. En juin 1978, cette aspiration s'est exprimée majoritairement à travers le vote massif en faveur, en particulier, du FOCEP, de l'UDP et du PC-U.

Le résultat de ces élections a porté un coup très dur aux projets politiques du gouvernement, qui voulait imposer une Constituante à ses ordres et anti-démocratique, afin de préparer un «transfert du pouvoir» fabriqué sur mesure et réactionnaire. Grâce à leurs représentants élus et à leurs propres luttes, les larges masses du pays ont exigé que cette Constituante prenne en charge les problèmes décisifs de la crise nationale. Mais les partis bourgeois, majoritaires à l'Assemblée se sont prononcés une fois de plus pour la subordination à l'impérialisme. C'est le feu de ces luttes intenses et de la répression menée par la dictature, que les travailleurs qu'eux seuls peuvent mettre fin à la situation actuelle.

Seules la division du peuple travailleur et la tendance qu'ont certains partis ouvriers a essayer de passer des accords avec des secteurs de la bourgeoisie ont permis que le gouvernement puisse obtenir des victoires partielles et fasse avancer ses projets économiques et politiques. Cependant, la volonté de lutter redouble et s'approfondit au sein des masses, permettant d'isoler la dictature et accélérant la crise des partis bourgeois.

Le gouvernement militaire, sous la pression du dévéloppement des luttes des masses, a choisi de défendre avec une redoublée ses projets économiques politiques. Seule la lutte déterminée du peuple travailleur peut mettre fin à cette situation en faisant tomber la dictature.

Avec l'aide des partis bourgeois, la dictature s'efforce de contenir le mécontentement populaire grâce à la convocation d'élections. et cherche à isoler et à attaquer là où ils sont les plus faibles les secteurs qui sont en ce moment à la pointe des luttes.

les plus faibles les secteurs qui sont en ce moment à la

La convocation des élections a permis aux masses d'approfondir pour faire aboutir leurs revendications économiques, démo-

Get sociales immédiates; et sur cette base, elles se sont organisées politiquement et elles ont débattu des alternatives qui doivent être avancées contre la dictature et contre les capitalistes.

Dans le camp ennemi, l'incapacité des exploiteurs à parvenir à un accord unitaire en leur sein, qui aurait un impact et des racines dans les masses, n'a fait que révéler la crise profonde qui mine les bases du pouvoir de la bourgeoisie. Cela ne signifie pas pour autant que les différentes boutiques patronales ne parviendront pas à un accord sur une liste unitaire ou au moins à un accord avec les forces armées, afin de frapper les masses et empêcher ainsi le développement de tout processus révolutionnaire qui mettrait en danger l'Etat bourgeois et la domination de la classe bour-

Ces faits nous démontrent que, si le «plan de transfert» du pouvoir a donné un nouveau répit à la bourgeoisie, permettant aux militaires rentrer dans les casernes grâce

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à des élections générales contrôlées et anti-démocratiques, la grave crise économique, sans solution dans le cadre du capitalisme, et l'approfondissement de la crise de domination de la classe bourgeoise, liées aux revendications économiques et démocratiques les plus immédiates des masses, qui ne seront pas satisfaites par la bourgeoisie, tout cela constituera le détonateur de nouvelles explosions et de luttes de masses qui mettront en les nouveaux projets de résolution de la crise dans le cadre d'un parlementarisme bourgeois. La tâche principale est donc aujourd'hui de surmonter les divisions et de mobiliser tout le peuple travailleur pour renverser la dictature et faire face à tous les projets de gouvernement de la bourgeoisie. 3. Comment sortir de la cri-

Use ? - A l'occasion de ces élections et pour «couvrir» la dictature, les partis bourgeois prétendent se présenter comme les sauveurs du pays, promettant tous de résoudre la crise. Ce ne sont là que mensonges. L'expérience nous a largement démontré qu'ul n'y a pas d'autre solution que la fin de la domination bourgeoise, garante de l'oppression impérialiste sur notre pays.

Il faut parler franchement. Pour sortir le pays de la crise, il faut présenter le programme anti-capitaliste et anti-impérialiste que réclame la plus grande partie du peuple : Dans l'intérêt de la majorité nationale : 1. Pour une augmentation générale des salaires indexés sur l'augmentation du coût de la vie. Gel des prix des produits de première nécessité. 2. Mise en œuvre de travaux publics et construction de logements populaires pour donner du travail à tous les chômeurs. Imposition élevée et progressive des bénéfices patronaux pour financer ces projets. 20 mars 1980

Amnistie politique et syndicale totale. Suppression de toute la législation répressive anti-ouvrière et anti-populaire : les décrets-lois numéro 22126 sur les licenciements, sur l'état dans les mines, 010 et 011 sur licenciements massifs de juillet 1977, 22195 qui limite entre autres, le droit de présenter des cahiers de revenles droits ques supprimés. Liberté totale d'organisation, de mobilisation et de grève. Dissolution de tous les corps répressifs policiers et militai4. Diminution des loyers en fonction des possibilités de et dans les cliniques.

LA TERRE AUX PAYSANS 7. La terre doit être remise gratuitement aux paysans qui la travaillent, sous la forme de propriété que les paysans décideront eux-mêmes démocratiquement. Défense de l'intégrité des communautés paysannes. Non à l'intervention de l'Etat dans les coopératives agro-industrielles. Défense de l'intégrité communautés paysannes contre l'intervention de l'Etat, des CAPS et des

Commercialisation de la production agricole grâce à un organisme démocratique contrôlé par les paysans eux-mêmes et la «Confépaysans peruviens». Projet d'irrigation et de développement des terres nouvelles à la charge de l'Etat. LES CAPITALISTES ET LES IMPERIALISTES DOIVENT PAYER LA CRISE 8. Dénonciation de tous les accords militaires économiques et politiques avec l'impérialisme (OEA, Rio de Janeiro, TIAR, etc.). Expulsion de toutes les agences militaires, d'espionnage, missions culturelles, et autres. 9. Refus de payer la dette extérieure.

paiement des travailleurs. 5. Réouverture immédiate de toutes les universités fermées : la Cantuta, Cerro de Pasco, etc. Représentation dans les universités des enseignants, du personnel non enseignant et des étudiants de manière proportionnelle. Défense du statut d'autonomie de l'Université. Des crédits importants pour l'éducation. 6. Promulgation immédiate d'une loi autorisant le divorce à la demande de l'un des époux. Droit à l'avortement, gratuit, dans les hôpitaux du ministère de la Santé 10. Expropriation sans indemnisation des entreprises impérialistes (mines, pétrole, banques) sous contrôle ouvrier. Récupération sans aucune indemnité, de toutes les ressources naturelles aux mains des impérialistes. 11. Nationalisation des principales industries et entreprises capitalistes sous contrôle ouvrier et sans aucune indemnité. 12. Nationalisation du commerce extérieur et de la plus grande partie du commerce intérieur. Planification éconosous contrôle des ouvriers et des paysans. Contrôle ouvrier de la production dans toutes les entreprises. 13. Organisation des forces armées fondée sur l'élimination de la hiérarchie et la suppression des privilèges des officiers, libre élection des gradés et pleines libertés syndicales et démocratiques pour les soldats. Pour la constitution des milices populaires d'auto-défense responsables devant leurs pron, es organisations. 14. Nouvel Etat fondé sur les organismes de pouvoir du peuple travailleur, ses assem-

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blées populaires, ses fronts de défense, etc. sans représentants de la bourgeoisie, avec des fonctionnaires librement élus et révocables à tout moment et qui ne perçoivent pas un salaire supérieur à celui d'un ouvrier qualifié.

Telles sont les mesures que veulent des millions et des millions de personnes dans le pays - ce sont les mesures qu'elles prendront parce qu'elles veulent en finir avec cette situation intolérable que nous périalisme.

Qui peut concrétiser cette volonté de la majorité ? Le peuple travailleur a déjà répondu : ce ne peut-être la dictature militaire subordonnée au FMI et responsable de la situation désespérée dans laquelle se trouve le peuple péruvien; cette dictature qui ne répond à nos justes revendications que par la répression, le mensonge et la calomnie.

Ce ne peut-être non plus un gouvernement dirigé par l'APRA. le PPC ou l'AP, partis à la solde du FMI et du capital financier international.

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Ces partis, dans le passé, n'ont fait qu'aggraver la situation de misère et de souffrance du peuple péruvien.

Serait-ce par hasard le PSR *des vélasquistes qui ont été au pouvoir pendant pas moins de sept années. Eux qui tout en crise ont, au contraire, réprimé les ouvriers, les étudiants et les jeunes, ce parti qui a, à sa tête, le général Leonidas Rodriguez, corresponsable des massacres de Huanta et d'Ayacucho en 1970, de Cobriza en 1971 et du massacre du 5 février 1975 à Lima ?

Non, aucun de ces partis ne peut prendre les mesures qu'exige la situation pour sortir le pays de la crise. Ils sont soumis au FMI, aux impérialistes et aux banquiers et aux patrons. Dans le passé, ils ont déjà été à la tête du gouverneinent et ils n'ont fait que plonger le pays de plus en plus dans la misère et le désespoir.

Seul un gouvernement des représentants des organisations ouvrières, paysannes et populaires à l'exclusion de tout représentant de la bourgeoisie, civil ou militaire, un gouvernement des travailleurs sans généraux ni patrons peut mettre en œuure un programme anticapitaliste et anti-impérialiste que la situation exige pour sortir le pays de la crise. Un gouvernement qui s'appuyerait sur la mobilisation des masses révolutionnaires exploitées opprimées, à travers ses organes de pouvoir.

Le peuple travailleur, des milliers d'ouvriers, de paysans, de jeunes, ceux qui vivent dans les «pueblos jovenes» (bidonvilles) veulent un gouvernement, sans représentants de la bourgeoisie pour faire aboutir l'ensemble de leurs revendications.

Un premier pas dans le sens de la conquête de notre gouvernement, sans patrons ni généraux, qui sortirait le pays de la crise est la constitution d'une Liste unitaire des Partis ouvriers avec les Centrales Syndicales ouvrières, paysannes, et les Fédérations indépendantes, sans bourgeois civils ou militaires (...).

Lima, le 10 janvier 1980.

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