LE terrer, une emission
• de la télévision française, intitulée «French révélait l'existence en plein centre de Paris de centaines d'ateliers clandestins de confection de «prêt-à-porter», quels des travailleurs immigrés, principalement turcs et yougoslaves subissent une exploitation d'un autre âge dans un pays capitaliste avancé : «Pour se loger, des chambres de bonne, souvent sans eau, sans électricité, m toilettes. Certains vivent dans les ateliers couchent près des machines. Une mauvaise s'ajoutant à ces conditions de vie rend fréquente, selon l'avis même des médecins, la tuberculose ... Les patrons imposent un rythme de travail créant artificiellement des saisons mortes: la production est concentréesur 6 mois, à raison de douze à quinze heures par es travailleurs d apiers de la conf sans p jour. A l'issue de la période de travail intensif, les ateliers sont confection» fermés, fermés, les travailleurs attendans les- mêmes, alimentation ment. Ils sont payés à la pièce :
de «prêt-à-porter».
aberrant,
De de la confection assez. Profitant de la large ection dents sans indemnité ni allocation de chômage qu'on fasse à nouveau appel à eux... La solitude les conduit à faire venir leur famille qui s'entasse, dort, vit et travaille dans les ateliers. Les enfants des «sans papiers» ne
Les salaires sont des salaires moins que le SMIC, mais pour 12 à 15 heures de travail et pour 6 mois de l'année seuleune robe payée 12 à 20 francs organisations au travailleur est vendue 300 à 400 francs dans une boutique cette surexploitation inouïe, les «sans papiers» tures
Sont eu confection.
e Turquie
audience de l'émission de la télévision, 17 d'entre eux ont entamé une grève de la faim dès le 11 février. Leurs revendications : la régularisation de leur situation, l'obtention de cartes de séjour et de cartes de travail. La lutte était soutenue d'une part par la CFDT qui contrairement à la CGT avait accepté de syndiquer les «sans papiers», tandis que se constituait d'autre
Run comité de soutien comprenant de nombreuses organisations autonomes d'immigrés, des associations de solidarité avec les travailleurs grés : ASTI, MRAP..., et des politiques : PS, PSU, OCT, LCR, ainsi que des organisations confessionnelles. (1) Extrait du communiqué du
Comité des sans papiers de la
LE CONTEXTE DE LA LUTTE
Il faut souligner que cette lutte survient dans une situation de recul relatif des luttes des immigrés. Dans le contexte de la crise, comme geoisies européennes, la bourgeoisie française applique une politique d'arrêt de l'immigration et de contrôle le plus strict possible de cette immigration. C'est ainsi qu'elle met en place à l'heure actuelle tout un ensemble de lois et de mesures visant à faire des travailleurs immigrés une main d'œuvre docile, vivant dans l'insécurité permanente, strictement contrôlée, déplacée d'un département à du patronat, et éventuellement expulsée en masse : la loi Bonnet sur les expulsions, le projet Stoléru sur les conditions de séjour et de travail, le projet d'Ornano sur le logement dans les foyers, la circulaire Bonnet contre les étudiants étrangers, le tout complété par un projet de fichage informatique des immigrès et de leurs familles. Or cet ensemble de lois d'exception n'a vu jusqu'à présent qu'une riposte parfaitement dérisoire des organisations majoritaires au sein du mouvement ouvrier. PC, PS, CGT, CFDT ont laissé s'enliser la grève des loyers des foyers Sonacotra, qui avait polarisé les luttes des immigrés dans la période récente.
Il est significatif que ce soit un secteur qui n'a pas subi les reculs des dernières années qui entre aujourd'hui en lutte, au moment où s'impose, aux yeux de nombreux militants et organisations, la nécessité d'une bataille nationale contre les mesures gouvernementales.
Deux autres facteurs expliquent la mobilisation des travailleurs originaires de Turquie : très minoritaires dans l'ensemble de l'immigration en France (environ 80000 sur près de 4 millions d'immigrés au total), ils sont très concentrés au niveau des branches d'activité, ils sont surtout dans la confection - au moins 25000 - et géographiquement dans le cen-
20 mars 1980 tre de Paris; d'autre part, leur politisation est plus importante que celle des travailleurs d'autres nationalités, du fait des traditions politiques en Turquie, et aussi de l'importance relative de l'immigration politique en leur sein, en relation avec la situation politique turque (2).
Best significatif qu'il s'agisse d'une lutte de «sans papiers», car la politique gouvernementale ne fait qu'accroître le nombre des travailleurs en situation irrégulière de la loi bourgeoise : ils seraient environ 400000 selon la CFDT, tout spécialement visés par la loi Bonnet, condamnés à se terrer «chez eux» pour éviter les contrôles policiers qui signifient pour eux l'expulsion immé. diate. LA «FRENCH CONFECTION»
L'immigration turque en France est récente. Dans la confection, c'est au début des années 70 que des patrons français envoyèrent des agents recruteurs en Turquie où nombreux sont les ouvriers qualifiés dans ce secteur, en faisant miroiter la promesse d'un contrat de travail. A l'arrivée, c'était l'atelier clandestin dans une cave, un garage insalubre, et naturellement pas de carte de travail ni de séjour. Depuis, la source de main d'œuvre ne s'est pas tarie du fait de la situation économique et politique en Turquie.
Trois à quatre mille grossistes sont au cœur du trafic dans le quartier parisien du Sentier. Ils revendent aux détaillants les vêtements fabriqués par une multitude de petits ateliers dont le réseau s'étend dans tout Paris et jusqu'à sa périphérie. D'une manière générale, la structure du secteur du «prêt-à-porter» est très archaïque : partagée entre le travail à domicile où les travailleurs sont «réguliers», en général, mais également surexploités, et les petits ateliers clandestins ou semi-clandestins. Le patron peut-être clandestin ou non, et les travailleurs sont parfois pour partie «réguliers» pour la façade et pour partie sans papiers. La CFDT estime à 40% la part des ateliers clandestins dans la production globale du «prêt-à-porter».
Outre le grossiste ou le détaillant, le principal bénéficiaire de l'opération est le facturier, entrepreneur légal, mais sans atelier, qui «blanchit» le travail des ateliers clandestins en fournissant une facture au grossiste, ainsi parfaitement couvert. Au passage, le facturier garde les 17,6% de la TVA dont il ne reversera jamais à l'Etat, plus de 5% ! Ces détournements de la TVA sont évalués à quelques 8 milliards de centimes. Ce qui n'a pas empêché la police et le gouvernement de fermer les yeux pendant des années sur ce trafic parfaitement connu de leurs services. C'est ainsi que bien souvent, après une intervention de la police, un atelier saient l'objet d'une mesure de refoulement, mais l'atelier ouvrait de nouveau ailleurs et les travailleurs retournaient dans la clandestinité.
Depuis 1975 cependant, avec la crise et la nouvelle politique de l'immigration, les contrôles se sont faits de plus en plus fréquents, les mesures d'expulsion aussi, la peur s'est ajoutée aux conditions de vie et de travail déjà insupportables. LE PROJET DE STOLERU ET
LES ETAPES DE LA LUTTE
Stoléru, le secrétaire d'Etat aux travailleurs manuels et immigrés, a crûment expliqué lui-même que l'émission de télévision sur la «french confection» avait été «orientée» par lui et le ministre de l'Intérieur Bonnet. Les auteurs des lois scélérates contre les immigrés poursuivaient un double but : se donner à bon compte une image de marque de «défen(2) La lutte des sans papiers animée de l'organisaRévolutionnaire), cf. «Inprecor» n.71, p.15.
seurs des droits de l'homme», en participant à la dénonciation du scandale, et surtout justifier leur politique de contrôle et d'expulsion en montrant l'étendue du travail clandestin, de la fraude fiscale...
Les déclarations de Stoléru sont édifiantes : «Paris ne sera pas Hong Il faut assainir le Sentier... La France n'a pas vocation à résoudre le problème du chômage dans le monde entier...»
Mais, ce que Stoléru et Bonnet n'avaient pas prévu, c'est le «ras l'bol» des «sans papiers» qui débouchait Grève de la faim pendant plus de 3 semaines, campagne de presse, meetings CFDT et gala regroupant chaque fois plusieurs milliers de travailleurs turcs très combatifs, grève et manifestation de 2500 «sans papiers» dans le Sentier, contraignaient Stoléru à pren-
Ni le PC ni la CGT n'ont été impliqués dans le mouvement de soutien : la CGT a refusé de syndiquer les «sans papiers», l'Union départementale de Paris a protesté auprès de Stoléru pour ne pas avoir été invitée aux négociations. Le PC s'est contenté d'une démarche de ses conseillers municipaux auprès du maire de Paris, Chirac, et d'un court article dans l'Humanité pour expliquer que la situation des travailleurs était scandaleuse, mais que le gouvernement utilisait l'existence des clandestins pour sa politique de répression à l'égard des immigrés en général.
Politique de division des rangs ouvriers, politique chauvine : ce sont là deux constantes dans la ligne suivie par le Parti communiste français depuis plusieurs années.
Le PS a d'emblée été impliqué dans le Comité de soutien et y a pris une part active. Les arrière-pensées publicitaires n'étaient sans doute pas dre en compte le problème.
Après avoir osé proposer la régularisation des seuls 17 grévistes de la faim et de quelques
«cas sociaux», il acceptait finalement d'entamer des négociations avec la CFDT et le Comité des sans papiers se joignaient des représentants du patronat de la confection et de l'ambassade de Turquie brusquement préoccupée par le sort de ses ressortissants (3).
A ce jour alors que les négociations touchent à leur fin, les propositions du gouvernement restent inacceptables : régularinent un contrat de travail; pour les autres, ils sont invités à deposer des dossiers qui seront examinés cas par cas. La seule garantie pour le «sans papiers» de la confection reste leur organisation et leur combativité. L'ATTITUDE DU MOUVEMENT OUVRIER FRANÇAIS absentes. Mitterrand, entre une polémique avec Rocard et un match de coupe d'Europe de football, est venu se faire photoserrant les mains des grévistes de la faim. Mais depuis l'échec de la gauche en mars 78, le PS a réorienté sa pratique dans le sens des actions unitaires : on l'a vu lors de la campagne au moment du débat parlementaire sur la loi relative à VIVG; on le voit aujourd'hui le cadre des collectifs unitaires contre les lois anti-immigrés. Quant à la CFDT, elle a joué et joue un rôle déterminant dans la lutte et ses perspectives. positif : en syndiquant les «sans papiers», en contribuant à la lisation de la lutte et à son caractère de masse. Mais aussi en négatif, refusant de participer au comité de soutien; en ne faisant rien de significatif pour tenter de mobiliser les travailleurs français; en refusant toute perspective manifestation
Conformément à son orientation actuelle, la CFDT s'efforce de maintenir la lutte dans un cadre strictement syndical et localisé contre toute logique d'élargissement et d'affrontement politique avec le pouvoir.
VERS UNE CAMPAGNE
CENTRALE CONTRE LES
LOIS D'EXCEPTION
Quel que soit le résultat des négociations avec Stoléru, plus rien ne sera comme avant dans le Sentier : l'acquis de la lutte pour les travailleurs, c'est leur organisation; leur syndicalisation de masse; que les «sans papiers» soient sortis de leurs caves et des ateliers sordides où ils se terraient, qu'ils aillent lutjour et massivement, qu'ils aient pris conscience de leur force. De plus leur lutte est un exemple pour tous les travailleurs originaires de Turquie et tous les immigrés : d'ores et déjà 11 travailleurs turcs du bâtiment ont commencé une grève de la faim à Clermont-Ferrand; d'autres se sont syndiqués dans plusieurs grandes villes. La garantie que les acquis ne soient pas perdus, c'est que les luttes s'élargissent à d'autres travailleurs immigrés pour la régularisation, pour l'abrogation des lois d'exception, luttes qui doivent être soutenues dans l'unité, par les travailleurs français et leurs organisations. C'est ce s'emploie notamment la LCR Internationale), titution de collectifs unitaires contre les lois, regroupant parorganisations d'immigrés et sociations de solidarité et pour coordination régionale et nationale de ces collectifs; pour une campagne unitaire contre les lois et des initiatives nationales lors du débat parlementaire au mois d'avril prochain. O le 12 mars 1980
L'ambassade participait jusque-là à la surexploitation des sans papiers puisqu'il en coûtait francs pour faire prolonger la validité de son passeport !