Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

La résurgence de la crise du PCF

· Inprecor n° 72-73, 20 mars 1980 · p. 3-9 · 4 574 mots

France URSS et Russie

• ANS un article précéden

(1), nous avions donne u tableau de la situation politique en France, six mois après la défaite de l'Union de la gauche et à la veille des congrès du PC et du PS. Une année s'est écoulée, qui a confirmé largement les prévisions que nous avions formulées concernant ces congrès. Qu'en est-il advenu de la politique du PCF, de ses développements et de «l'eurocommunisme» dont il avait commencé à se réclamer ?

En 1972, le PCF avait constitué un bloc avec le Parti socialiste, intitulé «Union de la gauche», disposant d'un «programme commun» gouvernemental. Mais après les éclatantes victoires de l'Union de la gauche aux élections municipales de mars 1977, environ six mois avant les élections législatives de mars 1978, la direction du PCF, prenant prétexte d'un «tournant à droite» du Parti socialiste, avait en fait rompu l'Union de la gauche, ce qui avait désorienté la grande masse des travailleurs déjà démobilisés par le freinage des luttes ainsi qu'une grande partie des membres du Parti. Ce qui entraîna, notamment, une défaite à ces élections législatives.

En février-mars 1979, le XXIle Congrès du PCF fut précédé dans ses rangs de manifestations de désaccords avec la politique suivie après la rupture de l'Union de la gauche. Contrairement à la direction de leur parti, les opposants prétendaient que le Parti socialiste n'était pas seul à porter la responsabilité de la rupture, qu'il

20 mars 1980 n'existait pas d'autre politique que celle de l'Union de la gauche, et que le jugement de la direction sur le «bilan globalement positif» des «Etats dits socialistes» était pour le moins discutable (2).

La direction ayant pu faire fonctionner l'appareil sans aléas apparents (3), empêcha ainsi les opposants d'accéder au con-

En outre, la résolution adoptée au congres avait laissé ouverte, pour un avenir indéterminé, la perspective d'accords avec le PS, répété la prise de distance avec le «stalinisme» - ce qui avait satisfait sinon tous les opposants, du moins fait cesser publiques, ailleurs que dans la presse du Parti (4).

FEU SUR LES OURS

SAVANTS DE LA SOCIAL-

DEMOCRATIE Depuis le XXIIIe Congrès, une série d'événements de politique internationale et de politique nationale permet de situer ce que la direction du PCF considère être la ligne du XXIlle Congrès. On peut (1) Voir «Critica Comunista» n. 2 -dopo la sconfitta dell'Union Gauche : l'opposizioni operaia». (2) De cette façon, la direction du

PCF réduisait condamnation du stalinisme en le présentant comme quelques dans une société fondamentalment saine.

Il y a bien eu quelque cho-

Fédération Paris, sur lequel nous reviendrons plus loin. (4) Pour des raison non-exposées,

Roland Leroy, directeur de Roland Leroy, directeur «l'Humanité», considéré comme le

France dire sans erreur possible que, dans tous les domaines, la politique suivie par la direction du PCF a persévéré et même s'est accentuée dans le sens d'une lutte essentiellement dirigée contre le PS, avec pour objectif principal, d'enrayer la progression électorale de celui-ci et de mener le combat pour s'efforcer de faire arriver le candidat du Parti, lors de la prochaine élection présidentielle en 1981, sauf accident Marchais lui-même, avant le candidat du PS qui n'est pas encore désigné (5), ou en tout cas avec un nombre de suffrages suffisamment grand pour pouvoir soit marchander le désistement, soit le tenir en échec.

Les arguments avancés pour démontrer le «tournant à droite» du PS sont très inégaux et souvent peu convaincants pour les larges masses : les clins d'œil des bourgeois aux moins probants que Mitterrand condamner la politique de Guy Mollet qui avait conduit le PS au bord du désastre. Il y a dans • la politique du PC une teinte de poujadisme, dans le fait qu'il demande le maintien de la situapartisan de la ligne la plus dure envers le PS, n'avait plus été redésigné au sécrétariat du Parti. Elleinstein, qui s'était le pus avancé sur la voie de l'euro-communisme, avait publiquemement formulé son accord avec la «ligne du XXIIIè Congrès». (5) Nous ne traitons pas dans cet article du PS. Son candidat sera vraisemblablement Mitterrand, bien que Rocard soit encouragé par les mass média bourgeoises et les sondages faits par ceux-ci. Quant au PCF, il attaque Mitterrand à boulets rouges et ne mentionne guère Rocard dont il paraît moins craindre la candidature face à Marchais.

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vrière, soit électoralement, une telle

La direction du PCF s'exprime de façon délibérée, non pour clarifier les divergences quand elles existent, mais pour les exacerber, pour présenter le Parti socialiste comme l'ennemi principal. Nous ne sommes pas dans la politique de la «troisième période» de jadis quand le PC était encore un parti révolutionnaire luttant pour instaurer la dictature du prolétariat; nous nous trouvons en face d'une politique réformiste qui présente toutefois des

Dans la logique de cette conception ou, ment, dans la logique lutte qui cherche à «rééquilibrer» les rapports numériques électoraux entre PCF et PS, la direction du PCF n'hésite pas à favoriser la bourgeoisie, en l'occurence tantôt le président de la République, Giscard, tantôt Chirac, plutôt que d'intervenir d'une façon qui pourrait être profitable éventuellement au PS. D'ores et déjà, les partis et les hommes politiet non on est vent les pires ennemis.

FAVORISER LES BOURGEOIS

CONTRE LES SOCIALISTES ques sont orientés, avons-nous dit sur l'élection présidentielle d'une de 1981. Or, tout récemment, card et de membres de son gouvernement.

ce dernier celle de

- lorsqu'Ara ces vers qu ortel sur

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Mais le combat politique a ses conséquences impitoyables : dans la logique de la

«masse réactionnaire unique», amené à favoriser sou-

(6)

des scandales ont été révélés che que qui portent atteinte très fortement à l'honorabilité de Gis-

En quelques semaines, il y a eu le suicide du ministre du Travail, Boulin, pour une affaire dans laquelle s'est senti piégé, comme il l'a dit dans une lettre comme on adressée à la presse avant de se suicider, par de prétendus amis

Mitterrand, Chevènement et la majorité du PS ont compris que faire vraiment un pas à droite serait «justifier» la politique du PC, aussi prennent-ils, là où ce n'est pas trop gênant, des couleurs aussi gaupossible. En un mot, les deux partis se font une concurrence de boutiquiers, chacun cherchant à prendre quelques centaines de milliers de votes à l'autre. (7) La «déontologie» de «l'Humanité» est relativement récente. Elle était ignorée - et le restera sans aucun doute - quand il s'agira pour elle de s'en prendre aux «gauchistes» et également dans son comportement, le verra plus loin, en face des membres du PCF opposés à la politique de la direction.

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anti-allemand, les Pershing provoquer une tionnelle.

grand nombre compris un texte

«l'indépend'un

L'OPPOSITION REPARAIT tre eux, crise constitus'est d'intellectuels ce parti, lui cette tion est de Giscard satisfait mais connues la politique des

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thisme de ce parti et discerner discerner sous une forme encore vague des germes, sinon de courants politiques distincts, du moins de compréhension différentes de la politique du PC et de ses conséquences.

Les membres du parti qui ne liraient que l'Humanité (leur nombre diminue comme celui des lecteurs de ce journal) ne pourraient connaître l'existence de ces textes et les noms de leurs signataires. Mais, comme la radio et la télévision permettent à Elleinstein de s'y exprimer, l'Humanité, sous la plume d'un député chargé de suivre le travail parmi les écrit : «Un homme isolé développe une tentative désespérée d'empêcher l'application de la contene politique des XXIIe et XXIe Congrès». Elleinstein est peut-

Les difficultés pour la direction du PCF commencent à prendre une nouvelle ampleur. prendre une nouvelle amoleur. Plus exactement, la crise du PCF acquiert une importance qualitativement différente passé. Depuis la fin de la guerre, les difficultés ne lui avaient certes pas manqué : chez les FTP, chez les chez les jeunes, chez les compagnons de pagnons de route. Mais tout cela n'affectait que la périphérie du Parti ou de très proches sympathisants. Dans ces circonstances, la direction avait fait le gros dos, laissait passer la crise et continuait comme si de rien n'était parce que le Parti n'était pas affecté dans ses parties les plus vives, à savoir d'une part sa base militante de la CGT et la tion de celle-ci, qui assuraient la liaison avec la classe et transmettaient dans celle-ci la politique du Parti avec les explications politiques qui leur étaient fournies, et d'autre part, l'appareil du Parti, ses permanents.

La question La question des rapports entre le PCF et la CGT bien qu'elle soit encore tenue dans la pénombre, a constitué pendant plus de quarante ans le point fort du PCF; elle peut devenir à l'avenir un élément considérable de faiblesse.

permet de sent que par le passé parmi les intellectuels membres du parti, mais la direction sait bien que faire sérieuse dépassant la personne d'Elleinstein. elle cherché une parade en redigeant elle-même un texte, préet en faisant également appel quelques milliers de le parti intellectuels, sez restent interdites. UN CHANGEMENT QUALITATIF DANS LA CGT qu'en du PCF n'avait iamais rencon- du PCF n'avait jamais rencon tré de sérieuses difficultés au sein de la CGT, sauf en 1956 du lors de l'entrée des troupes soviétiques en Hongrie, mais cela n'avait pas eu de grandes réperaffaires comme la Yougoslavie, le XXe Congrès du PCUS, la Chine et même la Tchécoslovaquie provoquaient des malaises parmi les cadres syndicaux du PC, mais ne mettaient aspirations des grandes masses mencé à changer. Après la direc- che, la politique la direction du PC veut imposer à la CGT dans une période où patrons et vocations heurte croissant de militants sions unitaires de leur classe. ressentent, vailleurs pour les candidats de la CGT aux élections d'entreprise et aux élections prudhommales.

Cette situation trouve sid léré prémets, ces textes constituent une afganisés» Aussi a-t- pas des membres du Comité central comme Aragon, aux signatures. D'où le spectacle un peu grotesque de colonnes de l'Humanité remplies de coup signatures (Marchais a dit récemment que dicales avait 70000 intellectuels parmi ses membres) où figurent d'ailleurs un nombre asélevé de permanents. Des textes de pétitions s'opposent mais tendances et fractions part,

De la fin de la guerre jus- prêts mai 1968, la direction cussions, ni laissé de traces. Des pas leurs activités quotidien- alors que. nes en confrontation avec les de la CGT. auxquelles ils sont liés. Avec Mai 68, cette situation a comrupture de l'Union de la gaument se livrent à tant de pro-

Run nombre caux qui sont soumis aux presLes effectifs de la CGT s'en même si les tracontinuent à voter une somsomles membres du PC des inorne soulevaient votes ? se comO lui autre des cadres pas à une telle emps onserait regrettable que les relations politiques gâchent les relations syndicales» (Le Monde du 18 janvier 1980). On avait assisté l'an dernier, au congrès •de la CGT tenu à Grenoble, à un certain décalage entre les positions du congrès et celles du PC; par la suite, une aile du PC s'était efforcée de réaligner la CGT sur le Parti. C'est les difficultés se sont multipliées à la direction

Ainsi, à l'occasion de la manifestation contre les missiles Pershing, la direction du PC avait obtenu la participation de la CGT, mais cette dernière, dans son appel, s'était déclarée favorable à la «dissolution simultanée des blocs militaires» et à la «suppression de tout armement nucléaire». Ces propos avaient été coupés dans du 19 décembre qui dut, sur l'intervention de la CGT, republier le texte in extenso le lendemain.

La «déclaration des cent» pour «l'union dans les luttes» mentionnée plus haut a été initialement signée par trois di-

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rigeants de la CGT (un membre du secrétariat confédéral et deux membres du bureau confédéral) et d'autres membres de la commission exécutive de la CGT s'y sont associés.

Mais avec l'intervention en Afghanistan, la situation dans la CGT s'est exacerbée. La direction du PC voulait en fait obtenir un vote de la direction de la CGT en faveur de cette intervention. Mais dans la discussion au bureau confécéral préparatoire à la réunion de la commission exécutive, un texte rappelant que la CGT est pour le principe de non ingérence dans les affaires intérieures d'un pays et contre tout recours à la force ne fut adopté qu'à

L'AFFAIRE FISZBIN La crise de l'appareil vient de prendre une forme nouvelle et qui montre jusqu'où s'étend l'ébranlement affecte le PCF. Cet appareil est une imposante machine; un de ses memqui l'a quitté à la fin de 1978, Antoine Spire, ancien directeur commercial des Edisociales, a fourni dans une interview au Nouvel Observateur (numéro 790 du 31.12. 1979) des indications à ce sujet qui, pour être assez générales, n'en sont pas moins significati-

NOUVEL OBSERVATEUR. - La crise qui secoue le parti communiste trouble profond au sein de l'appareil permanent du Parti ? ANTOINE SPIRE. - Effectivement. Et il s'agit là d'un phénomène inhabituel et important. Les permanents, de par la simple structure de leur emploi du sont des personnages clefs de l'organisation. S'ils sont devenus permanents, c'est qu'ils étaient profondément motivés, prêts à se mouler dans la politique nationale du quelle le plus souvent ils s'idenN.O. - N'y a-t-il pas chez eux une certaine sclérose ?

20 mars 1980 contre huit et à la commission exécutive de 95 votants, ce texte reçut cinq voix contre et abstentions dont huit membres du bureau, parmi lesquels celles de deux ou trois membres du PC. Ceux qui ont voté contre l'ont fait parce que le texte ne tirait pas les conséquences des principes qui y étaient formulés. Ainsi, dans le sein même de la direction de la CGT, non seulement les membres du PS et les «inorganisés» ont regimbé, mais les membres du PC se sont ouvertement divisés - ce qui, à notre connaissance, ne s'était jamais produit jusqu'alors. Toute la presse en a parlé, sauf l'Humanité - déontologie oblige - ce qui n'est pas fait pour faciliter la diffusion de ce journal auprès des adhérents de la CGT. A. SPIRE. - Oui et non. Les possibilités de changements significatifs n'apparaissent qu'à l'occasion des congrès. Entre temps, les permanents ne peuvent que transmettre des opinions à la direction sans savoir quel usage en sera fait. permanents sont, de ce point de vue, différents de l'ensemble des communistes et en même temps semblables à eux. Différents : préparés à tout donner, ils sont touchés par la crise au plus profond. Semblables : ils voient leur curiosité intellectuelle avivée par le Parti mais aussi freinée, certaines remises en question étant pros-

Trop souvent, çoivent leur rôle comme celui d'un intermédiaire entre la direction et les communistes. A la longue, certains se lassent, certains se fonctionnarisent. N.O. - N'est-ce pas pour lutter contre cette fonctionnarisation qu'une relève et un rajeunissement des permanents avaient été engagés en 1975 ? A. SPIRE. - L'objectif a été effectivement, de faire «monter» des cadres jeunes, et ce, depuis l'analyse des événements de 1968. De leur faire confiance «de manière plus audacieuse», pour reprendre la formulation officielle. On a donc assisté à un rajeunissement sensible des permanents. plus de jeunes intellectuels et moins d'ouvriers, ce qui produisit paradoxalement parfois de jeunes cadres néophytes, dynamiques et sectaires. (...) N.O. - C'est la fonction même de permanent qui est dès lors mise en question. A. SPIRE - La fonction de permanent est une institution indispensable et positive. C'est le seul moyen qui permette à des ouvriers de mener une action politique de haut niveau. (...) En revanche, il existe des permanents qui n'ont pratiquement jamais exercé un autre métier. Ils ont toujours été salariés du Parti, directement ou indirectement. Une telle situation est, bien sûr, regrettaN.O. - Quand vous parlez de salariés indirects, cela veut dire qu'ils ne sont pas inclus parmi les cinq cent cinquante permanents recensés devant le comité central, en mai 1972, par Georges Gosnat. Nombre qui intégrait d'ailleurs les parleA. SPIRE. — La notion de permanent ne peut être limitée à ce petit nombre, qui ne com prend que les salariés du comité central et des fédérations départementale. Pour avoir une idée exacte du nombre de permanents, il faut au moins multiplier par dix le chiffre donné par Gosnat. Il y a au minimum un ou deux salariés par fédéradépartementale trouve aussi dans certaines grosses sections. A lury, par exemfaut aussi compter les adjoints dans les municipalités, les conseillers généraux, qui tous sont payés par le Parti, à qui ils remettent, en revanche, leurs indemnités. Ils sont aussi des responsables politiques. Enfin restent les entreprises contrôlées par le Parti, dans lesquelles les cadres n'ont pas que des fonctions administratives. Aux Editions sociales, à chaque campagne électorale, par exemple, on nous demandait de détacher en province quelques camara-

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des, ce qui n'était d'ailleurs pas sans poser quelques problemes de fonctionnement à la maison. Il y a là des permanents politiques qui n'apparaissent pas dans les statistiques officielles du Parti.

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souhaité par Lénine. A. SPIRE.- Lénine parlait aussi de leur nécessaire rotation, du caractère indispensable de leur retour à la production, afin de limiter le risque de bureaucratisation. Malheureusement, le sys-• tème capitaliste rend ce retour à la production pratiquement impossible. En effet, un permanent abandonne pour une rai- no en pas nembauc lement. (...) Les désaccords qui se sont manifestés depuis le printemps de 1978 au sein du Parti ont placé certains camarades dans des situations dramatiques, qu'il s'agisse, par exemple, des journalistes ayant quitté «France nouvelle» ou des certains secrétaires de la fédération de Paris qui ont donné leur démission. N.O. - Cette menace du chômage pèse donc sur la liberté des permanents. A. SPIRE. - Terriblement. Il est d'ailleurs extraordinaire de constater que le retour à la production est brandi comme une punition bien que magnifié dans les discours. Ce double langage se généralise chez de nombreux communistes. A l'extérieur, on défend la politique du Parti mais on la brocarde en privé : « entre soi» on s'en dit les limites. Cette dernière attitude est typique chez nombre des journalistes communistes. On se refuse également de creuser certaines idées pour ne pas risquer de remettre en question notre vision d'ensemble de la politique du Parti. J'en parle d'autant plus aisément que cela a été mon attitude pendant longtemps. N.O. - D'où vient alors que certains aient soudain pris le risque de parler ? A.SPIRE. - Tout s'est modifié car le Parti est en crise. Comment pourrait-il d'ailleurs espérer demeurer la seule institution épargnée dans un corps social lui-même profondément en crise ? Une des manifestations de cette crise du Parti, c'est justement que nous osons parler, que nous refusons une conception étroite du «patriotisme de parti». Rien n'est plus difficile que de s'arracher au cocon affectif que constitue le Parti.

que les conte cetaines entiene

peu nombreux et isolés ? A. SPIRE. - La vision «contestataires-direction» est réductrice. L'affaire Fiszbin montre la profondeur de cette crise. A Paris, le Parti dans son entier est ébranlé. Une conférence d'arrondissement dans le dixseptième arrondissement a même demandé à la majorité plus d'informations à la direction nationale. critiques ne sont que la partie émergée d'un iceberg. Même chez les permanents, à l'intérieur de l'organisation, les débats ont une vivacité qu'on est loin d'imaginer à l'extérieur. Des guerres internes se mènent N.O. - Pourquoi poser aujourd'hui le problème des permanents ? A. SPIRE. - C'est un sujet tabou. Mais, en m'exprimant comme je le fais, je crois être ligne du XXIle congrès, qui disait que le Parti doit être à l'image de la «maison de verre» qui lui sert de siège. Il serait bien de respecter scrupuleusement les textes de congrès. Par exemple, celui qui dit que les communistes ont droit à toutes les informations. Ils ont donc le droit de connaître le contenu de la lettre adressée par Henri Fiszbin lors de sa démission du Comité central...»

L'interviewé est encore politiquement proche de la «ligne» du parti; c'est son fonctionnement, notamment celui de l'appareil, qu'il met en cause. De son tableau, il appert que, vu de la direction du parti, l'appareil est en fait le vrai parti, une machine bien rodée qui, jusqu'à présent, fonctionnait dès que la direction appuyait sur un bouton. Si l'on procède à un retour sur des crises précédentes, on peut dire que ni Marty ni Tillon ni Garaudy non plus, pour diverses raisons, n'étaient de véritables hommes de l'appareil. En revanche, Casanova et Servin l'étaient. Après avoir vainement tenté de mettre le Parti à l'heure du XXe Congrès du PCUS, contre l'avis de Thorez, ils ont accepté des fonctions très subalternes sans broncher. Avec Fiszbin, on assiste pour la première fois à une quasi-rébellion. Fiszbin a été pendant des années le secrétaire général de la Fédération de Paris, membre du CC, président de la fraction communiste au Conseil municipal de Paris. A la veille de l'ouverture de la discussion pour le XXIlle Congrès, en janvier, il était autorisé d'«abandonner sa fonction ... pour raisons de santé», et s'y trouva remplacé par un autre membre du CC bien connu pour sa vigilance. Quelques mois plus tard, Fiszbin est réélu membre du CC. Mais en novembre 1979, on apprend que son départ est survenu à la suite d'une réunion tenue entre le Bureau politique et le secrétariat fédéral où la politique de ce dernier fut condamnée comme étant «opportuniste». Proposé à de nouvelles fonctions, Fiszbin demanda à être réhabilité de cette condamnation — ce que le BP refusa, arguant qu'il n'y avait pas de condamnation, mais un simple départ pour raison de santé. Fizbin dénia la version qu'il avait acceptée dix mois plutôt. Le CC donna raison au BP, ce qui provoqua la démission de Fiszbin du CC et de la présidence de la fraction communiste au Conseil municipal. Où est la vérité Raison de santé ou raisons politiques ? Il suffit de savoir que, de janvier jusqu'en octobre 1979, sept secrétaires fédéraux sur huit ont démissionné pour répondre à cette mesure prise. Il faut ajouter que Fizbin a envoyé une lettre justifiant sa démission du CC, et en en demandant la publication dans l'Humanité - ce qui lui a été refusé. Non seulement un membre haut placé de l'appareil se rebiffe pour la première fois,

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d'autres en font autant. Ainsi un autre membre du Secrétariat de Paris et conseiller munipal de cette ville, Jean Gager, membre de longue date de l'appareil de jeunesse près du Parti, écrit une lettre à Marchais où il dit : «On m'a imposé alors de taire la vérité. Aujourd'hui ce procédé continue puisque vous voulez maintenant fabriquer une

C'est dans une crise qui secoue le PC du haut en bas qu'est survenue l'affaire afghane. Quand la nouvelle fut connue l'Humanité évita le premier jour de prendre position en imprimant que cette nouvelle n'avait pas été confirmée à Moscou. Ainsi se manifestaient les divisions qui se produisirent dans la rédaction, dont, selon les rumeurs, la majorité était pour condamner l'intervention soviétique. Mais les jours suivants, le soutien à cette intervention était proclamée. Peu après, Marchais qui venait de rencontrer Brejnev à Moscou intervenait de cette ville à la télévision française avec une virulence sans égale, attaquant notamment le PS, injuriant même certains de ses dirigeants, d'une manière destinée à agrandir le fossé creusé depuis plus de dix-huit mois. Nous avons indiqué plus haut ce qui s'est passé dans la direction de la CGT et parmi les intellectuels. Le Mouvement de la Paix a également condaml'intervention soviétique. Ainsi le PCF est, avec le parti portugais, seul à reprendre tous les arguments du Kremlin, même les moins vraisemblables comme celui selon lequel ce dernier aurait répondu à un appel d'Amin, lui demandant une aide militaire... Credo quia absurdum, je le crois parce que c'est absurde !

Bien entendu, aussi bien bourgeois que socialistes se sont emparés de cette prise de position pour reprendre la vieille antienne sur la dépendance totale vis-à-vis de Moscou. Explication aussi plausible que celle, du temps de l'Union de la gauche, de sa rupture totale avec Moscou, mais qui pose un problème

20 mars 1980

«deuxième vérité» sur la réunion du Bureau politique du 11 janvier 1979... au mépris de ce qui s'est réellement passé.»

Pour la direction au PC, ces remous dans l'appareil (8) doivent être extrêmement inquiétants : elle doit certainement penser que le ver est dans le dans le fruit. L'AFFAIRE AFGHANE auquel il est difficile de répondre : pourquoi le PCF a-t-il adopté une telle politique qui non seulement lui coûtera certainement encore plus cher à l'avenir ? Pourquoi n'a-t-il pas adopté une position voisine par exemple de celle du PC espagnol, condamnant l'intervention soviétique et rappelant simultanément les actions de même type des Etats-Unis. Marchais fait semblant de ne pas entendre les personnalités qui lui demandent quelles sont ses divergences avec Berlinguer, Carillo, les Roumains et les Yougoslaves sur cette question. Par sa prise de position, le PC va à l'encontre de ses prétentions de «socialisme aux couleurs de la France», de parti plus national, plus patriotique que n'importe quel autre. Et comment peut-il penser pourvoir revenir en arrière après avoir rééquilibré son score électoral par rapport à celui du PS, sans déclencher une crise dans ses rangs. Face à l'hystérie anticommuniste déclenchée à propos de l'Afghanistan, la direction cherche à ressouder les rangs du Parti, mais cela ne peut supprimer la crise qui s'amplifie. Pourquoi cette position en flèche ? La direction du PCF sem-

- engendre preten tute co ble jouer la carte du pire, com-

me si elle pensait qu'un échec à l'élection présidentielle de 1981 engendrerait une crise dans le PS - ce qui est probable - plus grande que celle de ses propres rangs.

Pour le moment, les crises dont nous venons de parler - celle des cadres syndicaux et celle de l'appareil - se développent indépendamment l'une de l'autre. Leur combinaison dépend avant tout du développement de la lutte de classe dans le pays. La semaine dernière, Mitterrand, interviewé à la télévision, déclarait que la politique sectaire du PC, en faisant perdre aux travailleurs l'espoir d'une victoire électorale, comportait le danger d'engendrer des mouvements qui sortiraient du plan de la légalité. La «déclaration des cent» ne se situe pas sur un tel plan, mais elle traduit l'idée grandissante qu'il faut une lutte d'ensemble. Une telle lutte ne pourrait être qu'une grève générale visant à chasser du pouvoir Giscard et Barre, à mettre un terme à la politique d'austérité et à prendre des mesures anticapitalistes. Ce n'est pas ce que veulent Mitterand ou Marchais. C'est ce que doivent préparer les militants révolutionnaires. POST-SCRIPTUM

Nouvel exemple des contradictions du PCF qui entretiennent la crise. Le Comité Central du Parti s'est réuni les lundi 21 et mardi 22 janvier: le lundi, il approuve sans réserve l'occupation de l'Afghanistan et, le soir même, Marchais déclare • télévision qu'elle est légitime. Le mardi, il désapprouve la mise en résurveillée d'Andrei Sakharov. Comme s'il n'existait aucun lien entre les deux événements ! Comme si les prises par les mêmes hommes dans le cadre d'une seule et même politique. (8) La lettre de Fizbin au CC a été mise à la disposition des membres du Comité fédéral de Paris, avec interdiction pour eux de la photographier ou de prendre des notes. La lettre de Gager à Marchais n'a pas été lue au CC, bien que son auteur l'ait formellement demandé. Les méthodes staliniennes sont loin d'être mortes dans le PCF.

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