Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Les Etats-Unis envoient des armes et des troupes pour massacrer les Salvadoriens

· Inprecor n° 74, 3 avril 1980 · p. 24-25 · 1 071 mots

El Salvador États-Unis Amérique centrale

Salvador Les Etats-Unis envoient des armes et des troupes pour massacrer les Salvadoriens Janice LYNN WASHINGTON proclame que l'aide militaire et politique qu'elle apporte à la junte salvadorienne est destinée à empêcher un coup d'Etat d'extrême droite. Mais le véritable but poursuivi, comme l'expliquait récemment encore le correspondant du New York Times,

Riding, c'est d'éviter «à n'importe quel prix un nouveau Nicaragua».

De fait des officiels du gouvernement panaméen ont accusé Washington «de préparer le terrain pour un coup d'Etat d'extrême-droite au Salvador» (Latin american weekly Report du 29 février).

Selon cette revue, le sous-secrétaire d'Etat aux affaires inter-américaines. William dler et Robert Pastor, l'un des spécialistes du Conseil national de sécurité pour les questions latino-américaines, se sont rendus il y a plusieurs semaines à Panama pour y discuter de la situation au Salvador avec le gouvernement panaméen. Lors de cette réunion les deux représentants américains expliquèrent «que le soutien à un coup d'Etat d'extrême droite pourrait être la seule issue possible». A ce point des discussions, selon le rapport qui en est fait, «les Panaméens mirent brutalement fin à l'entretien». Le Département d'Etat et l'ambassadeur US au Panama, Ambler Moss, ont proposé un démenti formel aux intormations données par la LAWR, mais l'ambassadeur du Panama aux EtatsUnis, Juan Antonio Tack devait confirmer qu'elles étaient «correctes pour l'essentiel».

Publiquement, l'administration Carter a mis en garde la junte salvadorienne contre l'extrême droite en menaçant de ne pas accorder les 50 millions de dollars d'aide économique et les 7 millions de dollars d'aide milisi certaines «réformes» n'étaient pas mise en œuvre. Mais visiblement Washington a des doutes que l'actuelle junte puisse se maintenir, même avec le soutien militaire des Etats-

La junte salvadorienne a pris le pouvoir le 15 octobre dernier avec la bénédiction de Washington en déposant l'ancien dictateur militaire, le général Carlos Humberto Romero. Mais comme son prédécesseur, la nouvelle junte repose presque exclusivement sur les forces ar-

Elle doit faire face à l'opposition à la fois des travailleurs et des secteurs d'extrême droite de la classe capitaliste.

«Ce qui permet au gouvernement de se maintenir, c'est le spectre de la guerre civile et le soutien des Etats-Unis», reconnaît une source salvadorienne proche de la junte.

La répression n'a pas diminué, mais s'est accrue depuis la chute de Romero. Selon l'archevêque de San Salvador, Oscar Arnuflo Romero, 660 sonnes ont été tuées par la police du régime et l'armée depuis le début de l'année 1980. La plupart des victimes sont des paysans et des ouvriers. La dernière mesure du gouvernement par Washington a été de décréter pour une période de de 30 jours l'Etat de siège pour

«réformes» agraires et bancaires. Le but réel poursuivi par la déclarade l'Etat de siège est d'écraser les organisations révolutionnaires salvadoriennes, les syndicats ouvriers et les organisations paysannes.

C'est ce qu'a reconnu presque explicitement le Département d'Etat américain lorsqu'il a annoncé qu'il se félicitait des «réformes» de la junte parce qu'elles permettraient de contrecarrer «une tentative de prise du pouvoir des marxistes».

De l'autre côté, Washington n'a pas soufflé mot sur la suspension par la junte des garanties constitutionnelles, qui limite tous les déplacements, abroge la liberté de la presse, interdit les manifestations et blements de rues et accorde à la police des pouvoirs encore plus étendus en matière d'arrestations et de détentions (ainsi la police est désormais autorisée a arrêter et perquisitionner mandat). Toute personne accusée de trahison, espionnage, rébellion ou sédition est passible des tribunaux militaires.

Des militaires et des armes US ont d'ores et déjà, été employés contre les paysans et les ouvriers du Salvador. L'archevêque Romero a accusé les Etats-Unis d'être complice de la mort de centaines de Salvadoriens. Il souligna comment en novembre dernier le gouvernement US expédia par bateau pour plus de 200000 dollars de grenades lacrymogènes, de masques à gaz et de gilets pare-balles pour équiper la police salvadorienne en même temps qu'elle lui fournissait un entraînement à la répression «anti-émeutes».

Dans une récente interview, José Leoncio Pichinte, secrétaire général des Ligues populaires du 28 février (LP28) expliquait qu'au cours des derniers mois le gouvernement américain a expédié par bateau 60 tonnes d'armes destinées à la junte, qui ont transité par le port d'Acajutla. Parmi ce matériel figuraient des blindés que la police et l'armée . salvadorienne utilisent contre les ouvriers et les paysans.

Selon Leoncio Pichinte, lors d'une grève qui eut lieu à la mi-décembre dans une hacienda d'El Congo, des marines américains participèrent et dirigèrent des opérations militaires qui aboutirent au massacre de 100 paysans. Dans une pleine page parue dans l'édition du 12 mars

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du New York Times, l'Armée populaire révolutionnaire, liée

LP28, donnait d'autres exemples de la complicité américaine avec la junte : le 23 jandes marines en poste à américaine à Salvador capturèrent deux étudiants, membres du Bloc populaire révolutionnaire, les séquestrèrent à l'intérieur de l'ambassade avant de les remettre à la Garde nationale. Ces deux étudiants figurent aujourd'hui dans la liste des personnes «dispaajoutait : «Au des derniers jours une énorme mission militaire américaine est arrivée dans notre pays: des conseillers techniciens spécialisés dans la contre-insurrection, rans de la guerre du Vietnam viennent ici enseigner aux officiers et aux gradés au Quartier général des forces armées. Des techniciens américains spécialistes des explosifs donnent des cours à d'autres corps comme la police nationale, la Garde nationale et la police fiscale.»

«De l'artillerie lourde, des hélicoptères, des blindés légers et lourds et d'énormes quantités de munitions arrivent au Salvador en provenance des EtatsUnis et d'Israël.»

Washington a confirmé l'envoi au Salvador de ce que le New York Times du 24 février appelait «des équipes d'instrucqui doivent enseigner à l'armée les méthodes «propres» (sic) de contre-insurrection».

Le dirigeant des LP28, Leoncio Pichinte décrivait très bien le caractère de la junte, quelques semaines avant l'annonce des «réformes» : «Ce qui se passe dans notre pays c'est que certains secteurs de l'oligarchie proposent de résoudre la par la répression immédiate. Un autre secteur tente de manœuvrer politiquement, de concert avec l'impérialisme afin d'améliorer son image de marque avant de le mouvement. bout du compte les deux secpoursuivent les objectifs et les différences qui les opposent ne sont pas différences fondamentales.» (1)

La junte soutenue par l'impérialisme américain a désormais opté pour une politique qui mène de pair l'illusion de la réforme et la réalité de la ré-

Cependant ceux qui soutiennent la révolution en Amérique centrale ne se laisseront pas prendre à cette manœuvre.

Pichinte, «Inprecor» numéro

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