Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Les plans d'austérité de Carter contre la classe ouvrière

· Inprecor n° 74, 3 avril 1980 · p. 29-30 · 1 722 mots

Économie mondiale Syndicalisme

David FRANKEL D EPUIS la fin de la récession de 1974-75, la plupart des branches de l'industrie américaine ont ramassé d'énormes profits. La classe ouvrière américaine, cependant, a connu une érosion continuelle de ses salaires réels, un taux officiel de chômage avoisinant 6% et des restrictions dans les dépenses gouvernementales en matière de services sociaux.

Aujourd'hui, Aujourd'hui, aux EtatsUnis, Unis, les ouvriers doivent faire face à une inflation dont le taux dépasse 18% par an. On peut donner, comme élement de comparaison, le précédent taux d'inflation record de la fin de 1973 et du début de 1974 et qui était de 12%. «Le niveau élevé de l'actuel taux d'inflation menace la sécurité économique de notre nation», a déclaré le président Carter, le 14 mars. Et il a présenté tout un train de «mesures douloureuses» qui, a-t-il promis, permettrait de juguler l'inflation.

«Nous devons faire quelque chose avant que le système ne nous éclate entre les mains», a expliqué un des conseillers de la Maison Blanche. La préoccupation de l'équipe de Carter fut révélée par un porte-parole qui a dit au journaliste du New York Times, Terence Smith, «Si ça marche, nous pouvons gagner les élections».

Cependant, pour la classe dominante, c'est bien plus que la réélection de Carter qui se trouve en jeu. Comme Business Week l'a signalé dans son numéro du 24 mars, à moins que les taux d'intérêt alimentés par l'inflation ne soient contrôlés, «la nation se trouvera confrontée à une paralysie de ses marchés financiers, avec des taux d'intérêt si élévés qu'ils étoufferont le marché et prépareront un effondrement de l'écono-

Malgré ces avertissements, le soi-disant train de mesures anti-inflationnistes de Carter

3 avril 1980 était tout d'abord destiné à

Men œuvre l'offensive économique contre la classe ouaméricaine, sans tenir aucun compte de l'impact que cela aurait sur les prix. Par exemple, Carter a annoncé une taxe de 4,62 dollars sur chaque baril de pétrole importé. Les économistes pensent que cette sur les importations de gmentation du prix de l'essence de 10 cents par gallon (1 gallon : 3,78 litres) et un accroissement de l'indice des prix de presque 0,50 %. En clair, la guerre lancée par Carter tre l'inflation est secondaire par rapport aux bénéfices des «granentreprises pétrolières». Une autre priorité réside pour Carter dans l'augmentation du budget militaire. Il s'est engagé (et à la lumière de la montée de la révolution mondiale, avec lui, la classe dominante toute entière) à maintenir un niveau élevé les dépenses d'armement

Si Carter avait réellement voulu contrôler l'inflation, faisant des coupes sombres dans les dépenses publiques afin de réduire le déficit, le budget gigantesque de l'armement aurait dû être le premier touché. Au contraire, Carter a augmenté les dépenses militaires d'environ 20 milliards de dollars cette année. Les restrictions qu'il propose touchent les dépenses sociales fédérales, qui sont déjà insuffisantes: transports publics, emplois, services sociaux, de santé et édurestrictions vont s'éléver à près de 2 milliards pour le budget de 1980 et 13 milliards pour celui de 1981.

Carter a aussi démandé des restrictions dans le domaine du crédit. Tout de suite après son discours, le Fédéral Reserve Board, qui fait office de banque centrale américaine, a annoncé une élévation de 3% du taux d'escompte pour les plus grandes banques américaines. Cela

Etats-Unis contre la classe ouvrière veut dire que le taux d'intérêt de la Federal Reserve pour les prêts à ces banques est passé de 13% à 16%, alors que le taux était de 7,4% en 1968.

augmentation taux d'intérêt va frapper les travailleurs et les petits fermiers qui vont devoir payer plus cher le crédit afin de maintenir leur niveau de vie et, pour le tout a de travailleurs, impossible d'obtenir un crédit.

Les restrictions budgétaires, les augmentations des impôts et des taux d'intérêt destinés à provoquer une récession de l'économie. Un taux de chômage élevé et une diminution des salaires, voilà sur quoi repose le programme flation» de Carter.

Cependant, la demande de crédit est encore forte malgré des taux de remboursement plus élévés. Cela signifie donc que les mesures prises pour élever les taux d'intérêt auront dans l'immédiat un effet inflationniste, étant donné que les commerçants répercutent sur les prix à la consommation, l'augmentation des taux d'intérêt qu'ils sont obligés de payer.

Comme le souligne BusiWeek, Carter joue avec le feu. Si ses mesures ne réussissent pas à atteindre le but désiré, et si les organismes de crédit se mettent à croire que la seule perspective est une accélération constante de l'inflation, toutes les conditions sont réunies pour «un effondrement total et massif du crédit qui fera que personne ne pourra plus emprunter à quelque taux que ce soit».

Le résultat pourrait en être une récession beaucoup plus profonde que celle à laquelle veulent arriver Carter et ses conseillers. Même sans récession, les employeurs sont déjà passés à l'offensive. Avec environ 200000 ouvriers au chômage, la Chrysler a fait un chantage auprès des autres ouvriers afin

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de leur faire accepter un contrat inférieur à la ainsi une tradition établie depuis longtemps d'accords communs à la GM, Ford, Chrysler et aux autres entreprises de l'automobile. Sous le prétexte de maintenir en activité le géant malade, afin de «sauver les emplois», les ouvriers de Chrysler se sont vu spoliés d'environ millions de dollars sur leurs salaires et leurs primes.

D'autres géants de l'automobiles, avec l'aide du gouvernement, essayent maintenant de suivre l'exemple de Chrysler. Le Conseil, mis en place par Carter, pour stabiliser les salaires et les prix, a annoncé, le 7 mars, que contrat Ford ratifié l'United Auto Workers (UAW) ne respecte pas les directives de l'administration concernant les salaires. Le contrat veut limiter à 9,5 % l'augmentation de l'ensemble de la masse salariale des travailleurs de Ford alors que l'inflation atteint le double.

Dans le même temps, Ford menace de fermer ses usines géantes de Cleveland. Cette manœuvre a déjà été utilisée par Chrysler pour obliger ses ouvriers à accepter un contrat inférieur à la norme. Des tentatives similaires ont également été faites par un certain nombre d'entreprises de la sidérurgie.

Les responsables syndicaux de l'UAW et de l'United Steel workers ont répondu aux attaques des patrons en se joignant aux grosses compagnies pour condamner les importations de l'étranger qui seraient responsables des problèmes auxquels se trouvent confrontés les travailleurs.

Douglas Fraser, président de l'UAW, a fait, à grand renfort de publicité, en janvier, une tournée au Japon afin de persuader les compagnies automobiles iaponaises de produire aux Etats-Unis. Il a demandé la diminution d'importations si les fabriquants d'automobiles japonais n'obtempéraient pas.

Dans le cas de l'industrie pétrolière, c'est Carter lui-même qui mène campagne pour un accroissement des profits. Il a déjà réussi à débloquer le prix du brut produit aux Etats-Unis -une mesure qui va coûter envi tron un milliard de dollars

(1000 milliards de dollars) aux consommateurs américains cours de la prochaine décennie.

Mais les compagnies pétrolières ne se sont pas contentées de cela; elles ont provoqué une grève des ouvriers qui a duré plus de deux mois en refusant d'accorder des augmentations de salaires et des avantages sociaux qui auraient compensé partiellement l'inflation.

Mais la tentative de Carter pour mettre en œuvre une «inflation douce» n'est pas la seule occasion pour la classe dominante de jouer avec le feu. 1980 est l'année de l'élection présidentielle et les travailleurs américains réclament des solutions aux problèmes auxquels ils ont à faire face. Les travailleurs supportent de plus en plus mal d'être dépouillés par les magnats du pétrole et d'être ensuite mobilisés pour la défense des grandes compagnies pétrolières dans le monde.

Au cours de sa campagne présidentielle et de ses campagnes pour les élections locales dans tout le pays, le SWP (Socialist Workers Party) offre une alternative socialiste aux travailleurs américains.

En ce moment, dats du SWP soutiennent la construction d'un mouvement contre le recensement pour la conscription et appellent à la mobilisation en solidarité avec les révolutions iranienne et nicaraguayenne et à un travail dans les syndicats pour organiser le soutien aux travailleurs en lutte dans les sociétés pétro-

Le SWP s'oppose aux responsables syndicaux dont le soutien au contrôle des importations ne fait que dresser les travailleurs américains contre les travailleurs des autres pays et il dit que la seule pour les syndicats de défendre les travailleurs contre l'inflation et le chômage est la lutte pour la réduction de la semaine de travail, sans réduction de salaire et pour l'échelle mobile des salaires. * En réponse aux exigences des géants du pétrole et au chantage de Chrysler et des aules candidats du SWP disent : «Nationalisation des industries d'énergie !

Nationalisation de Chrysler et des autres compagnies qui réduisent les ouvriers au chômage !». A combien se montent les profits réalisés par ces entreirresponsables sont leurs plans secrets pour détourner les lois sur la sécurité et pour échapper aux lois sur la pollution ? Quels sont les politiciens qu'ils ont soudoyés, les inspecteurs qu'ils ont achetés, les juges qu'ils ont corrompus ? Comment organisent-ils la pé-

La réponse à toutes ces questions et à bien d'autres encore peut être trouvée par l'ouverture des livres de compte de ces trusts géants et en abolissant le secret derrière lequel ils dissimulent leurs actions. La direction des entreprises nationalisées devrait être confiée à un comité élu. Leurs livres et rapports devraient être rendus publics et toutes leurs réunions devraient être publiques.

entreprises, les ouvriers devraient exercer un contrôle sur les conditions de travail et sur toutes les ques-

Ils peuvent jouer un rôle décisif en garantisque les opérations industries nationalisées restent sous le contrôle de la classe ouvrière toute entière. Les candidats du SWP disent :«Ne mourez pas pour les géants du pétrole ! Nationalisez-les !» * Enfin, le SWP met à profit ces campagnes électorales pour populariser l'idée d'une action politique indépendante menée par la classe ouvrière. Les candidats du SWP insistent sur la nécessité pour le mouvement ouvrier d'en finir avec la subordination aux partis bourgeois et de créer un parti ouvrier indépendant fondé sur les syndicats.

De telles idées constituent toute action de défense effectiattaques contre la classe ouvrière américaine. Et parce que l'offensive des capitalistes se fait plus brutale que jamais, les travailleurs commencent à être de plus en plus attentifs quand on leur fait des propositions sur la manière de

Men pratique ces idées dans leurs syndicats.

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