• A premiere greve en Répu blique fédérale socialiste d Yougoslavie eut lieu les 13, 14 et 15 janvier 1958. Près de 4000 mineurs de Trobovlie et de Hrastovik cessèrent le travail. Tous les grévistes étaient employés dans les mines : 3726 mineurs, 157 techniciens et porions, 17 ingénieurs et 141 employés, y compris des cadres de direction. Tous les membres du Conseil ouvrier et du Conseil de gestion, tous les membres de la Ligue des communistes, ainsi que les dirigeants et les membres des syndicats participèrent, eux aussi, au mouvement.
Des revenus personnels faibles, conditionnés par la position des mines dans le cadre général du système de répartition, les prix relativement élevés des fournitures et des produits intermédiaires et le prix relativement bas du charbon furent à l'origine de la grève. Les revenus personnels distribués dans les
Quelques caractéristiques imp
mines étaient beaucoup moins élevés que ceux des autres branches de l'économie, en particulier des secteurs non économiques.
La position des mines dans le système général de répartition et le montant des prix des fournitures et du charbon étaient déterminés exclusivement par les autorités fédérales. En faisant grève, les mineurs se trouvaient donc en conflit direct avec ces autorités.
La grève était l'ultime recours des mineurs. En effet, leurs représentants s'étaient obstinément, mais en vain, adressés à tous les organes politiques (Ligue des communistes et syndicats) et à toutes les autorités officielles de leur commune et de leur arrondissement, de la République de Slovénie et de la Fédération.
ortantes
En ce qui concerne la satisfaction des revendications formulées par les mineurs, la grève se révéla plus efficace que tous les efforts que leurs représentants avaient accomplis avant le déclenchement du mouvement. Mais les causes profondes de la grève n'en furent pas pour autant entièrement éliminées. La faible valorisation du travail productif dans les charbonnages devait demeurer longtemps encore une cause de grève dans d'autres mines.
Les moyens d'information gardèrent le silence sur la grève des mineurs. En effet, la grève était alors un sujet tabou. Mais les nouvelles concernant la grève circulèrent d'une manière assez organisée par les canaux officieux.
En signe de solidarité avec ceux de Trbovlje, près de 1200 ouvriers des charbonnages de Zagorje ob Savi firent une grève de 24 heures le 16 janvier 1958.
Nous tenons à faire observer que la première grève éclata dans la région la plus développée de Yougoslavie, en Slovénie, dans une mine de charbon possédant une longue tradition et une vieille classe ouvrière au degré de qualification relativement élevé.
LA DYNAMIQUE DES
GREVES SELON LES ANNEES Après la Slovénie, ves firent leur apparition Croatie et en Serbie, puis en Bosnie-Herzégovine et enfin en Macédoine et au Monténégro. C'est dans la partie la moins développée de Yougoslavie -dans la Province socialiste de Kossovo -, que les greves éclatérent le plus tard (1968). Une décennie entière s'était écoulée entre la première grève de Slovénie et la première grève de la Province de Kossovo.
Comme nous le verrons par la suite, c'est dans les républiques les plus développées et dans la Province de Voïvodine que l'on a enregistré, relativement parlant, le plus grand nombre de grèves et de grévistes. Leur nombre a été bien moins élevé dans les républiques sous-développées et dans la Province de Kossovo.
Ce fait donne encore plus de relief à la question des préalables (conditions générales) à l'apparition des grèves.
TABLEAU II ° République socialiste Serbie (28) Croatie (16) Slovénie (8) Bosnie-Herzégovine(14) Macédoine (3) Monténégro (-) Total RSF de Yougoslavie (69)
TABLEAU I °
Années
1958
1959
1960
1961
1962
1963
1964
1965
1966
1967
1968
1969(8 mois)
Total les grèsur le nombre de participants.
à la situation réelle.
pé à 869 arrêts de travail, soit et les grèves ont été, en fait, plus nombreuses.
tenait 25 points (des questions
REPARTITION TERRITORIALE DES
LA
Pourcentage des
Nombre effectifs de grèves
38,6
215
25,1
119
14,1
13,5
6,7
2,0
512
100,0
Nombre de
% grèves
28
1,6
35
2,0
61
3,5
130
7,4
225
12,8
213
12,2
271
15,5
231
13,2
152
8,7
118
6,7
148
8,5
138
7,9
1750
100,0
Dans tous les tableaux, les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre de grèves pour lesquelles nous ne possédons pas de données
On ne possède pas de données absolument exactes sur le sorte qu'il nombre des grèves selon les années. Mais les données dont on dispose à ce sujet, peuvent servir utilement parce qu'elles correspondent approximativement
En quatre ans et huit mois, ces 77597 grévistes ont particienviron 90 ouvriers par grève.
Les données concernant le nombre des grèves pour la période allant de janvier 1958 à décembre 1961 ne sont pas complètes,
Nous n'exposerons ici que les principaux résultats de l'enquête que nous avons effectuée en 1969. Le questionnaire con-
EFFECTIFS
DES GREVES ET DES GREVISTES
Pourcentage
42,0
23,3
81
15,7
59
11,6
38
7,4
3204
100,0
Nombre de
% grévistes pas de données
-
11000
14,2
9000
11,6 pas de données
-
16762 (8)
21,6
19206 (20)
24,8
21629 (9)
27,8
77597 (37)
100,0 ouvertes pour la plupart), de est impossible de présenter ici toutes les réponses par ailleurs quantifiées. Il avait été envoyé à tous les conseils syndicaux des communes et à toutes les assemblées municipales de Yougoslavie, qui y avaient répondu pour l'essentiel
Sur les 478 conseils syndicaux des communes qui existaient alors, 405 répondirent au questionnaire, tandis que 73 ne fournirent aucune réponse. Sur ces 405 communes, 258 affirmèrent qu'il n'y avait pas eu de grèves sur leur territoire; 147 communes répondirent en remplissant les formulaires concernant les grèves qui avaient eu lieu sur leur territoire.
Sur les 512 grèves, 458 se produisirent du ler janvier 1966 au 30 août 1969, soit 90 % en-
Nombre de
Pourcentage grévistes
22066 (21)
33,0
25230 (8)
37,7
8674 (2)
12,9
7671
(1)
11,5
(80)
4,9
66845 (40)
100,0
viron. Sur les 66845 participants aux 512 grèves enquestion, 62504, soit 93,5 % du nombre total des grévistes, prirent part à 458 grèves du ler janvier 1966 au 30 août 1969. L'analyse qui suit porte sur 512 grèves auxquelles participèrent 66845 travailleurs. Pour 40 grèves, nous ne possédons pas de données concernant le nombre des participants. Si l'on fait abstraction de ces 40 grèves, on aboutit à la conclusion que pendant cette période la moyenne a été de 141 ouvriers par grève.
C'est dans l'industrie que les grèves ont été les plus nombreuses - 71,2 %, viennent ensuite le bâtiment avec 7,3 % et les mines avec 5,5 %. Les grèves de ces trois secteurs économiques représentent 84 % du total. En 1970, leur part dans l'effectif total du secteur socialisé de toute la Yougoslavie atteignait 47,9 % dont 38,7 % pour l'industrie et les mines, et 9,2 % pour le bâtiment.
Dans le cadre de l'industrie, les grèves les plus nombreuses ont été enregistrées dans la métallurgie (24,2 %), l'industrie forestière (12,2 %) et dans l'industrie textile (10,8 %). C'est également dans ces trois branches que les grévistes ont été relativement les plus nombreux (50%).
Le très mauvais classement de ces trois branches économiques sur la liste des revenus personnels est en relation directe avec les causes des grèves qui y éclatent. Comme nous le verrons par la suite, la faible valorisation - à la fois matérielle et morale - du travail humain dans la production directe est, dans la majorité des cas, non seulement le prétexte immédiat, mais aussi la cause profonde des grèves. C'est au demeurant qui ressort du processus d'appauvrissement relatif de l'économie, mais aussi du renforcement du capital financier qui devient de plus en plus autonome et qui accroît son emprise sur les entreprises de production.
Du point de vue de la force (ou de l'impuissance) économique de certaines branches (économiques et non économiques)
de la condition sociale générale de ceux qui y travaillent, il importe de faire observer qu'il n'y a pas eu de dans les banques, les entreprises de commerce extérieur, l'administration publique et autres institutions du même ciale, offices d'assurances, etc.), les services des organisations socio-politiques suite. (La seule exception est la grève du Tribunal municipal de Lazarevac). S'il n'y a pas eu de grèves dans ces différents sec-
Ice n'est pas parce que l'auto-gestion y est plus développée que dans les entreprises de production, mais parce que la condition sociale générale de
TABLEAU III Nombre de grévistes Nombre de par grève grève Moins de 50 191 De 51 à 100 127 De 101 à 300 108 De 301 à 500 25 De 501 à 800 15 De 801 à 1000 2 De 1000 à 1500 De 1501 à 2000 2 Pus de 2000 2 Total 472 Sans réponse 40 Total 512 position sociale et politique. Leur condition sociale générale est, en effet, telle qu'ils n'ont presque rien presque rien à perdre. Indiquons, à titre d'exemple, que le revenu total par personne em est quatre fois moins élevé que celui des personnes employées dans le commerce extérieur (produits non agricoles) et six fois plus faible que dans les centrales hydroélectriques, etc. (1).
Les grèves des écoles primaires et secondaires, que des établissements sanitaires peuvent s'expliquer par le prix modique de la force de travail et la mauvaise condition sociale générale des enseignants, réduits à un état salarial par rapport à ceux qui les financent. Ces deux éléments menacent leur personnel est de loin meilleure que celle des ouvriers travaillant dans les entreprises de production. On peut même dire que les employés des banques, des entreprises de commerce extérieur ou de l'administration publique sont satisfaits de leur sort : peu d'autogestion, certes, mais un niveau de vie élevé qu'ils risqueraient de perdre mettant en grève, et d'être ravalés au rang de ceux qui n'ont pas grand chose à perdre en faisant la grève.
Par contre, les ouvriers des production ont beaucoup plus de sens démocratique et aussi de courage pour pouvoir se mettre en grève sans que celle-ci vienne aggraver leur NOMBRE DE PARTICIPANTS SELON DES GREVES
% Nombre de % participants
40,5 5228 7,9
26,9 9826 14,7
22,9 20205 30,2
5.3 11161 16.7 3,2 9652 14,4 0,4 1701 2,5 0,4 3772 5,6 0,4 5300 8,0
100,0 66845 100,0
-66845 gravement les hautes qualités morales et professionnelles des enseignants et du personnel médical. Les incidences des grèves sur la morale professionnelle catégories
Sur le nombre total des grèves, 78,5 % ont duré une journée de travail ou moins, 21,5 % plus d'une journée, alors que les 19 grèves (3,8 %) de trois jours ont réuni 11,9 % du nombre total des grévistes. (1) Voir : «Différences sociales dans notre société», Conseil de la Confédération des syndicats de Yougoslavie, 1972 (p. 14).
TABLEAU IV O
Caractéristiques sociales des grévistes
Tout le personnel de l'entreprise
Tout le personnel d'une partie de l'entreprise
Ouvriers de la production seuls
Employés seuls
Cadres seuls
Dirigeants seuls
Ouvriers de la production et employés seuls
Ouvriers de la production, cadres et employés seuls
Total
Organisations du travail des activités sociales
Sans réponses
Total
Le Tableau IV montre que dans presque 80 % des cas, les ouvriers de la production ont été les seuls à se mettre en grève. Dans les autres cas, les employés et les cadres techniques ont suivi le mouvement. Ils ne l'ont fait, cependant, que lorsque le personnel de treprise ou celui d'une partie de l'entreprise avait cessé le travail. Autrement dit, les employés et les cadres techniques se sont
TABLEAU V •
Fonction des grévistes dans les organes d'autogestion
Avec la participation de membres des organes d'autogestion
Sans la participation de membres des organes d'autogestion
Total
Sans réponse
Organisations du travail des activités sociales
Total
LA STRUCTURE SOCIALE DES GREVISTES
Nombre de grèves
10
2,2
30
6,5
367
79,6
1
0,2
34
7,4
19
4,1
461
13
38
512 ligne de conduite, soit qu'ils ne grève des ouvriers de la produc-
, ser avec les producteurs directs.
toute l'en-
LA PARTICIPATION DES MEMBRES DES ORGANES
D'AUTOGESTION OUVRIERE AUX GREVES
Nombre de
Nombre de
% participants grèves
351
85
54095 (13)
62
15
4132
413
100
58227 (13)
13
7313 (14)
13
1305
66845 (40)
512
100
Nombre de % participants
2038 (1) 3,1
3842 (3) 5,9
7925 (13) 74,0
15
0,0
9919 (1) 15,3
1088
1,7
100,0 64827 (18) 100,0
1305
713 (22)
66845 (40) - mis en grève lorsqu'il leur était impossible d'adopter une autre pouvaient travailler du fait de la vail?
tion, soit parce qu'ils n'avaient d'autre issue que de se solidari-
Il est important de constater que dans 85 % des grèves, les membres des Conseils ouvriers, des Comités de gestion et
Tableau VII.
%
92,9
7,1
100,0 d'autres organismes ont pris part au mouvement. Ce fait est en liaison directe avec le fléchissement de l'influence des ouvriers sur les décisions prises dans les organes d'autogestion ouvrière, et avec la baisse de la représentation relative des travailleurs de la production dans les Conseils ouvriers et les Comités d'autogestion. Etant dans l'impossibilité de faire valoir, devant les centres institutionnalisés du pouvoir d'autogestion, des solutions à leur avantage, les travailleurs, membres des Conseils ouvriers et des Comités de gestion, font grève tout comme les ouvriers de la production qui n'appartiennent pas formellement aux organes de l'autogestion ouvrière.
LES CAUSES EFFECTIVES
DE LA GREVE EXTERIEURES A
L'ORGANISATION DU
TRAVAIL La question posée était : quelles ont été les causes réelles de la grève, les causes extérieures à l'organisation du tra-
L'analyse des réponses à l'enquête nous a fourni les éléments figurant au TableauVI.
LES CAUSES IMMEDIATES
DES GREVES La question posée était : quelle a été la cause immédiate de l'arrêt de travail ?
L'analyse des réponses nous a fourni les éléments figurant au
LES CAUSES REELLES
DES GREVES DANS L'ORGANISATION DU TRAVAIL
La question était posée : quelles ont été les causes réelles de la grève, les causes profondes... dans l'organisation du travail elle-même ?
L'analyse des réponses nous a fourni les résultats figurant au Tableau VIII.
Dans plus de 90 % des cas, la position de l'organisation du travail dans le système économique est indiquée comme réponse à la première question : «Les causes des grèves extérieures à l'entreprise» (sur les 223 questionnaires remplis par les enquêtés). De toute évidence, le macro-système - économique et politique - a de fortes incidences sur l'éclatement des grèves. Bien que les grèves se soient situées pour l'essentiel sur un micro-plan, elles ne résultaient objectivement pas uniquement des rapports dans le cadre de l'organisation du travail, mais aussi de ceux de la société en général.
En ce qui concerne les cauimmédiates l'organisation du travail elle-même, on observe une assez grande concordance entre les prétextes directs et les causes profondes. Dans la structure des prétextes immédiats, on constate que dans 83,3 % des cas, il s'agit des revenus personnels. Ceux-ci interviennent pour 63,2 % dans le nombre global des causes effectives. On peut en conclure que les conflits ont un caractère
Le sous-développement de l'autogestion dans les différentes organisations du travail est indiqué, dans 14,9 % des cas, comme la cause effective de la grève. Cette donnée ne manque certainement pas d'intérêt. Elle mériterait une analyse plus approfondie, ne serait-ce que pour établir le degré d'option consme unique possibilité d'assurer la libération authentique des ouvriers et de dépasser la polarisation où nous avons, d'un côté, ceux qui produisent et réclament des revenus personnels plus élevés, des logements, etc.,. et, de l'autre, ceux qui dirigent et auxquels on demande une augmentation des revenus personnels et une amélioration de la condition sociale générale.
Nous tenons à signaler que les agissements de l'ennemi ne sont pas mentionnés une seule fois comme prétexte immédiat ou comme cause effective des grèves.
TABLEAU VI°
Mauvaises conditions d'activité et position défavorable sur le marché
Position défavorable de l'entreprise dans le système général de répartition
Impossibilité de l'entreprise de satisfaire les revendicades revenus personnels, équipement social, etc.
Différences sociales abusives entre les ouvriers de la production et les employés des services publics, résidant dans du commerce, etc.
Comportement bureaucrares à l'entreprise TABLEAU VII ° Bas revenus personnels Revenu personnel minimum Bilan et distribution des revenus personnels Retard dans le versement des revenus personnels Réduction de l'assiette des revenus personnels Augmentation des normes Conduite bureaucratique des dirigeants envers les ouvriers Décisions des organes d'autogestion Manque d'informations ou fausses informations Licenciements ou mutations à des emplois moins bons Agissements de l'ennemi Promesses ou engagements non tenus par des autorités extérieures à l'entreprise
Total Sans réponse Total
LES CAUSES EFFECTIVES DE LA GREVE
- EXTERIEURES A L'ORGANISATION DU TRAVAIL -
Nombre %
Les causes de la grève extérieures à l'organisation de du travail grèves
202
4 tions du personnel - hausses
7
4 tique des autorités extérieu-
223
Total
Sans réponse
289
512
Total
CAUSES IMMEDIATES DES GREVES
Cause immédiate de la'grève
Nombre de grèves
134
14
133
75
39
24
37
7
24
13
3
503
9
512
Nombre % de grévistes 90,6 32180 (22) 87,2 1,8 3384 9,2 3,1 487 1,3 1,8 132 (1) 0,4 2,7 708 (1) 1,9 100,0 36901 100,0
29944 (16) 66845 (40)
% Nombre de % grévistes
26,6 19049 (17) 28,6
2,8 1245 1,8
26,4 16228 (3) 24,3
14,9 8223 (4) 12,3
7,8 6571(3) 9,9 4,8 1975 (1) 3,0
7,4 6831 (5) 10,2
1,4 1466 2,2
4,8 3661 (1) 5,5
2,6 1303 2,0
0,5 107 0,2
100,0 66659 (34) 100,0
186 (6) -
- 66845(40) -
TABLEAU VIII sur les décisions dans l'organisation du travail les revenus personnels parties de leurs revendications légitimes
Manque d'informations ou fausses informations
En tout état de cause, la structure des prétextes causes immédiates et des causes effectives des grèves est en rapport direct avec le peu de cas que l'on fait du travail productif, ce qui est dû à l'existence de centres de décision autonomes et aliénant ouvriers, dont on sait qu'ils ont tendance à se constituer en force sociale au-dessus des travailleurs.
La question posée était : avant de se mettre en grève, les ouvriers avaient-ils mis à profit toutes les possibilités normales pour résoudre problème sans grève ?
En analysant les réponses, nous avons obtenu les résultats figurant au Tableau IX.
LES AUTORITES AVEC LESQUELLES LES GREVISTES ETAIENT EN CONFLIT La question posée était : contre qui les grévistes exprimaient-ils leur ment ? Avec qui étaient-ils en conflit?
CAUSES REELLES DES GREVES DANS LES ORGANISATIONS
Causes de la grève résidant dans l'organisation du travail
Sous-développement de l'autogestion, faible influence des ouvriers
Système de répartition des revenus personnels, répartition non conforme aux résultats du travail fourni, non application de ce principe à tout le personnel, écarts injustitiés et abusifs entre
Revenu personnel absolument faible, revenu personnel minimum, normes trop élevées, assiette trop faible du revenu personnel, etc.
Conflit durable entre une partie de l'organisation du travail et l'organisation du travail dans son ensemble aux dépens de la première, concentration du pouvoir de décision au niveau de l'entreprise et autogestion sous-développée dans ses différentes
Conduite bureaucratique constante envers les ouvriers, rejet
Total
Sans réponse
Total
TABLEAU IX pour les a été le recours ultime
TABLEAU X extérieures à l'entreprise de l'entreprise
Contre les deux à la fois mécontente-
Nombre de grêves
67
164
121
37
15
47
451
61
512
A QUEL MOMENT SE SITUE LE RECOURS A LA GREVE ?
Nombre de grèves
Les ouvriers avaient mis à profit les possibilités régulières et la grève
130
Les ouvriers n'avaient pas mis à profit les possibilités régulières et la grève a été un des premiers recours
313
Total
433
Sans réponse
79
Total
512
AUTORITES AVEC LESQUELLES LES
EN CONFLIT AU COURS DE
Nombre de grèves
Uniquement contre les autorités
44
Uniquement contre les autorités
369
19
Total
432
Sans réponse
80
Total
512
DU TRAVAIL
% Nombre de % grévistes 14,9 10423 (8) 17,0 36,4 20472 (10) 33,2 26,8 15657 (5) 25,4
8,2 7045 (3) 11,4
3,3 1285 2,1 10,4 6694 (6) 10,9 100,0 61576(32) 100,0
5269 (8) 66845 (40) Nombre de
% grévistes %
27,7 20992 (1) 33,4
72,3 41909 (3) 66,6 100,0 62901 100,0
3944 (36) 66845 (40) OUVRIERS ETAIENT LA GREVE
Nombre de
% grévistes %
10,2 9194 (2) 14,5
85,4 48911 (7) 77,3
4,4 5166 8,2 100,0 63271 100,0
3574 (31)
- 66845 (40)
TABLEAU XI
Uniquement avec la direction de l'entreprise
Uniquement avec les organes d'autogestion
A la fois avec la direction et les organes d'autogestion
Avec un autre département de l'entreprise
Total
Sans réponse
Total
TABLEAU XII
Les revendications des ouvriers ont été entièrement satisfaites
Les revendications des ouvriers ont été en partie satisfaites
Les revendications des ouvriers n'ont pas été satisfaites
Total
Sans réponse
Total
TABLEAU XIII
Les syndicats ont soutenu les revendications des ouvriers et la grève comme moyen de les réaliser
Les syndicats ont soutenu les revendications des ouvriers, mais ils ont désapprouvé la la grève comme méthode
Les syndicats n'ont soutenu ni les revendications des ouvriers ni la grève
Les syndicats n'avaient pas de position propre
Total
Sans réponse
Total
AUTORITES AVEC LESQUELLES LES GREVISTES ETAIENT
EN CONFLIT AU SEIN DE L'ORGANISATION
Nombre de
% grèves
70,1
179
43
17,1
27
10,8
2,0
100,0
251
261
512
L'EFFICACITE DES GREVES
Nombre de % grèves
58,7
256
78
17,9
102
23,4
100,1
436
76
512
-
LES SYNDICATS ET LES GREVES
Nombre de
% Nombre de grèves
32
11,3
162
44,5
61
21,6
64
22,6
283
100.0
229
512
-
DU TRAVAIL
Nombre de
% grévistes travail?
24160 (1)
68,4
4548 (1)
12,9
5741
16,3
871
2,4 elles
100,0
35320 grève?
1525 (36
-
6845 (40
Nombre de
% grévistes
34763 (3) 55,1
17969 (4) 28,5
10338 (1)
16,4
63070
100,1
3775 (32)
66845(40) -
% grévistes
3013
7,7
22996 (1) 59,0
7589
19,5
5392 (10) 13,8
38990
100,0
27855 (29)
66845 (40)
-
L'analyse nous a fourni les résultats figurant au Tableau X.
A la question : avec qui les grévistes étaient-ils en conflit au niveau de l'organisation du
Nous avons obtenu les réponses figurant au Tableau XI. L'EFFICACITE DES GREVES
La question posée était : les revendications des ouvriers ontété satisfaites après la L'analyse des réponses nous a donné les résultats figurant au Tableau XII.
LES SYNDICATS ET
LES GREVES
La question posée était : les syndicats ont-ils pris position sur la grève ? Si oui, comment ?
Nous avons obtenus les résultats figurant au Tableau XIII.
La question posée était quelle devrait être, à votre avis, la position des syndicats sur la grève ? Quel rôle devraient-ils jouer dans ce domaine ?
Nous avons obtenus les éléments figurant au Tableau XIV.
CONCLUSION
LA GREVE ET LES STRUCTURES POLITIQUES
ET AUTOGESTIONNAIRES
INSTITUTIONNALISEES
D'après le lieu de son apparition, ses motifs directs et ses causes réelles, d'après ceux qui sont en grève et ceux contre qui la grève est dirigée, ainsi que d'après son efficacité et ses autres caractéristiques essentielles, la grève est un phénomène social contradictoire - par
TABLEAU XIV °
LES SYNDICATS ET LES GREVES FUTURES
Prendre des mesures préventives, éliminer les causes des grèves
Soutenir toutes les grèves
Etre contre toutes les grèves
Soutenir les grèves légitimes lorsque les ouvriers y voient le recours ultime
Etre neutres
Demander des comptes à ceux dont l'incurie est à l'origine de la grève
Total Sans réponse Total rapport aux intérêts de la classe ouvrière, elle n'est ni uniquement positive ni seulement négative. En effet, elle comporte, en tant que phénomène général aussi bien que comme cas particulier, les deux caractéristiques. C'est pourquoi il n'est pas possible de prendre a priori position «pour» ou «contre» la grève.
Or, la grève prend naissance et se déroule à l'extérieur des structures politiques et gestionnaires institutionalisées, aussi bien dans l'organisation du travail qu'en dehors d'elle. C'est dire que les centres de décisions institutionalisés ne sont pas suffisamment (démocratiques) pour que les intérêts divergents et opposés puissent se manifester dans leur cadre et être conciliés ensuite de la manière la meilleure et la plus efficace possible, mais par des méthodes démocratiques. Les centres de décision institutionalisés subissent une influence déterminante de la part des structures contre lesquelles les ouvriers se mettent en grève.
Nombre de % Nombre de % grèves grévistes 255 63,1 32948 (3) 56,9
2 0,5 1150 2,0 40 9,9 6511 11,2 98 24,3 16152 (9) 27,9
-
9 2,2 1151 2,0 404 100,0 57912 100,0 108 8933 (28) 512 66845 (40)
La grève est organisée et se déroule en dehors et à l'insu des organes d'autogestion, de la Ligue des communistes, des syndicats et de l'organisation de jeunesse. De ce point de vue, elle est «sauvage» puisqu'elle n'est organisée par aucune des structures institutionalisées. Or, nous avons aux deux pôles de ce conflit des hommes qui appartiennent aux mêmes structures politiques et autogestionnaires institutionalisées. Parmi les grévismême que parmi ceux contre lesquels la grève est dirigée, il y a des hommes qui appartiennent à la même organisation de la Ligue des communistes, au même syndicat, au même organe d'autogestion et à la même organisation de jeunesse. L'appartenance aux mêmes structures politiques et autogestionnaires institutionalisées n'a pas d'incidence sur la participation des travailleurs à la grève ni sur leur attitude vis-à-vis de la grève en tant que conflit. Les éléments qui déterminent la position des parties en conflit (les grévistes et ceux contre lesquels ils se sont mis en grève) face à la grève, sont les suivants :
1 - des possibilités différentes d'agir sur les décisions concernant les questions essentielles pour la condition générale de tels groupes sociaux. En effet, nous avons, d'une part ceux qui exercent une influence déterminante sur la prise des décisions (ce sont, avant tout, ceux qui détiennent les postes de direction) et d'autre part, les ouvriers de la production dont les possibilités d'agir sur les décisions sont beaucoup plus faibles; 2 - La base (le critère) de la participation à la répartition des revenus : ceux qui font la grève réalisent leurs revenus personnels en fonction des résultats de leur travail - mais ces résultats sont mesurés et évalués par d'autres, tandis que ceux contre lesquels la grève est organisée réalisent leurs revenus personnels et leur condition sociale générale sur la base de leur fonction dans le processus du travail et, plus particulièrement, selon l'importance du poste de direction qu'ils occupent; 3 - le montant de la fraction de revenu attribuée à chacun lors de la répartition (volume de l'appropriation), qui ne dépend pas des résultats du travail, mais du pouvoir social d'influer non seulement sur la répartition des revenus individuels, mais encore sur les décisions relatives aux questions touchant l'ensemble de la condition sociale; la répartition du revenu étant faite non selon les résultats du travail mais selon le pouvoir social d'agir sur elle, les grandes différences (non socialistes) dans la détention du pouvoir social et la condition sociale générale entre les groupes sociaux engendrent de violents conflits (grèves) entre eux, indépendamment de leur appartenance formelle aux mêmes structures institutiona-
Ces inégalités sociales peuvent confronter beaucoup plus que d'unir, dans les rapports réels, des hommes qui appartiennent aux mêmes structures institutionalisées, aux mêmes organisations (Ligue des communistes, syndicats, organes d'autogestion, etc.).