Nale pendant o2 ans tra-
Conseil central de la Confédération des syndicats yougoslaves dans le cadre de commissions d'études sur la situation des travailleurs de ce pays. Il y a dirigé plusieurs enquêtes sur les grèves, longtemps considérées, sinon comme un délit, du moins comme un facteur «négatif» par les autorités. Il a publiquement défendu, à partir des analyses produites, le point de vue que les grèves devraient être légalisées, car, loin d'être hostiles à l'autogestion, elles en revendiquent fondamentalement tion. Il a publié de nombreux articles et interviews dans la presse yougoslave où il explique que, lors du débat sur la nouvelconstitution, adoptée en 1974, et de la Loi sur le «travail associé», adoptée fin 1976, la question de la légalisation des grèves a été débattue par les dirigeants titistes qui, divisés, l'ont
Men blanc dans les textes finaux : c'est-à-dire que les grèves sont, de fait, tolérées mais non légalisées.
Neca Jovanov a réussi à en faire une statistique sur la base de la période 1953-1969. Mais son point de vue et celui d'autres commentateurs, exprimés dans la presse yougoslave, est que le rythme des grèves s'est encore accéléré dans le début des années 1970; en fait, il semble donc que la plus grande densité de grèves soit à noter dans la période d'application de la réforme économique, après 1965 — malgré un léger tassement en 1966-1967 lié à l'utili-
Les grèves en Yougo
sation par les entreprises de la part de fonds qui leur a été attribuée, après le démantèlement central d'investissement, pour accroître les salaires. Très rapidement, ces fonds se sont épuisés, renforçant la dépendance des entreprises vis-àvis des banques.
Dans la toute dernière période, à la fin des années 1970, plusieurs témoignages semblent indiquer que se développent d'autres formes de manifestation du mécontentement que les grèves actives (accompagnées généralement d'assemblées générales, de discussions, voire de comités de grève) de la période antérieure : des grèves silencieuses ont, paraît-il, été dans plusieurs cas une riposte à la chasse «aux meneurs».
On m'a signalé, en Croatie, le cas suivant : Imaginez ! On amène la paye des travailleurs. Elle ne correspond pas aux promesses. Sans un mot, sans exprimer une seule revendication, les travailleurs se rassemblent sans prendre leur feuille de paye. Ils attendent. Puis, ils entonnent le Chant des Parti-
Affolement du côté des responsables politiques et syndicaux. Crise de nerfs de quelques-uns. En quelques heures, la feuille de paye est modifiée, conformément aux promesses antérieures et les travailleurs rentrent chez eux, tranquillement...
Mais on signale aussi des formes de résistance passive qui peuvent traduire une certaine démoralisation devant la masse de promesses verbales non tenues (en particulier sur le slavie fait que les travailleurs devraient être désormais en mesure de contrôler la politique d'investissement); on parle d'une chute très importante de la productivité du travail par le développement, entre autre, d'un absentéisme massif.
On m'a aussi parlé d'un élargissement des sujets de mécontentement (cf. article suivant).
Dans l'introduction de son texte, Neca Jovanov affirme : «Nous ne dissimulons pas que notre conscience est « déformée» au profit de ceux qui se mettent en grève». Il faut préciser qu'il est issu d'une famille de paysans pauvres, qu'il a adhéré à 16 ans, au sortir de la lutte révolutionnaire, au Parti communiste yougoslave - il est toujours membre de la Ligue des communistes yougoslaves —, alors qu'il était ouvrier de la métallurgie (dans les usines fabriquant des wagons de chemin de fer. Il y a laissé un doigt). Il est devenu, en Yougoslavie, le «Docteur ès grèves», responsable du Département des sciences sociales à la Faculté des sciences techniques où il enseigne depuis trois ans à Novi Sad. «Docteur ès grèves», car ayant commencé ses études de droit à 32 ans, il vient d'obtenir un doctorat d'Etat sur la base de son étude sur les grèves en Yougoslavie (on n'imagine cela en Pologne ?). Sa thèse est sortie début 1980 à Belgrade, éditée par Zapis — Radnicki Strajkovi u SFRJ - Les grèves en Yougoslavie.
Comme il l'écrit : «Avec un nombre relativement réduit d'os, on peut reconstituer le squelette d'un mammouth. Evidem-
ment, nous n'avons pas l'ambition, avec ce texte sur les grèves, de reconstituer le système social global; néanmoins, nous ne cachons pas que, dans nos efforts, nous avons tendu à analyser la grève comme un segment du système social...». Les principaux facteurs qui ont influé, selon lui, sur l'apparition des grèves sont les suivants : 1 - La concentration et le développement numérique de la classe ouvrière - c'est dans les régions les plus développées de Yougoslavie qu'elles ont été les plus intenses; 2 - Le processus de prise de conscience des droits autogestionnaires non appliqués (le niveau culturel des régions développées le favorise aussi); 3 - La démocratisation des rap-
Sports sociaux : c'est dans les périodes d'élargissement des
COMPOSITION SOCIALE DES CONSEILS OUVRIERS Nombre total des membres des Conseils ouvriers dont (en pourcentage)
Ouvriers : Total hautement qualifiés qualifiés semi-qualifiés non-qualifiés apprentis (Ceci concerne les Conseils ouvriers centraux seulement, et non les plus petites unités, ateliers, départements, etc.)
Si l'on prend en considération les travailleurs productifs uniquement, la part en 1970 était de 54,9 %. Mais cette statistique est faussée par le fait qu'elle recense ceux qui sont ouvriers de par leur formation et non leur fonction immédiate : il y a donc dedans une proportion inconnue d'ouvriers sont devenus des permanents.
Au niveau des Chambres communales, républicaines et fédérales, la proportion des ouvriers baisse encore plus. D'où en 1971 :
droits des ouvriers que les grèves sont apparues alors qu'elles sont généralement contenues dans les régimes totalitaires de l'Est — et dès lors elles sont beaucoup plus explosives quand elles se déclenchent, comme on l'a vu en Pologne; 4 - Le caractère atomisé l'autogestion qui facilite la domination des travailleurs par la bureaucratie d'Etat, mais aussi par les appareils bancaires, technocratiques et commerçants ; 5 - «Le fléchissement de la représentation et de l'infuence des ouvriers dans les centres institutionnalisés du pouvoir social». Le Tableau, Composition sociale des conseils ouvriers, en donne une illustration chiffrée.
1960 1965 1970 156300 149404 135204 76,2 73.8 67,6 15,1 16,7 17,2 40,5 37,8 33.7 13,4 10,8 9,0 7,2 8,0 7.4 0,5 0,3 54,9 % dans les Conseils ouvriers, 32,0 % dans les Comités de ges13,0 % dans les Assemblées des tion, communes, 1,0 % dans les Assemblées républicaines, 1,0 % à l'Assemblée fédérale.
Au congrès des Conseils ouvriers tenu en 1957, il y avait 61 % d'ouvriers effectifs (par leur travail) alors qu'au deuxième congrès, en 1972, il y avait une très large majorité de permanents et de travailleurs hautement qualifiés.
Comme le dit Jovanov, le processus de baisse de la représentation et de l'influence des ouvriers dans les centres institutionnalisés du pouvoir social coïncide avec, entre autre, : * un accroissement de la représentation relative et de l'influence des experts et des dirigeants (politiques, économiorganisateurs de la production et du travail) dans les institutionnalisés pouvoir social à tous les éche* un processus tation sociale et d'aggrava-
Bien apo destinent de tion des inégalités sociales ma-
6 - L'existence de centres pouvoir social autonomes et «aliénés par rapport aux ouuriers» ; 7 - Le marché qui aggrave les inégalités sociales « injustifiées» ; 8 - L'hétérogénéité de la classe ouvrière, son insuffisante organisation politique à l'échelle de la société globale « favorise l'apparition d'intérêts partiels momentanés» qui peuvent être en «contradiction avec les intérêts de classe et la mission historique de la classe ouvrière toute entière». «En conséquence, le faible degré de conscience de classe dans une partie de la classe ouvrière est une des conditions négatives de l'existence des grèves» ; 9 - «L'activité (inactivité) pratique de la Ligue des communistes et des syndicats» ; 10 - Quant aux «agissements de l'ennemi» (anciens membres de la bourgeoisie et adversaires politiques de l'étranger), Jovanov montre qu'ils ne sont pas la cause des grèves. Tout au plus peuvent-ils, dans certains s'imbriquer dans les causes profondes des grèves pour exacerber les conflits;
11 - Les traditions en matière de grève : facteur réel dans les centres industriels et les branches économiques où il y avait des grèves avant la révolution; 12 - Le décalage entre l'avenir promis et la réalité... Dans l'article suivant, Quelques caractéristiques importantes des grèves, nous présentons quelques extraits essentiels de l'étude des grèves elles-mêmes (entre autres exposées par Néca Jovanov, lors d'un colloque international à Dubrovnik, sur l'autogestion, en 1972, et dans le livre qui vient de sortir).
PROLETER SVIH ZEMALJA
ZIVJELA Y. KONFERENCIJA KOM. PAR
UJEDINITE
SE
Dossier Yougoslavie