Inprecor 1974–2004

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DOSSIER NICARAGUA

Entretien avec Jaime Wheelock : «La réforme agraire et le rôle des petits producteurs»

Inprecor n° 76, 1er mai 1980 · p. 13-16 · 2 456 mots

Nicaragua

L'AVENIR de notre Révolution dépend en grande partie de l'effort que nous réalisons à la campagne. Plus de 100000 familles paysannes et près de 300000 travailleurs agricoles ont commencé de s'organiser.

Poder Sandinista a réalisé une interview avec le camarade Jaime Wheelock, qui parle du processus de transformation de l'agriculture nicaraguayenne. QUESTION. - Quelle est la politique qui développée pour faire face petits producteurs ? - Les paysans producteurs sont nombreux. Il n'y a pas moins de tants, concentrés dans les zones de Matagalpa, Jinotega, Las Segovias et dans les départements de Granada,Managua, Carazo et pouvons diviser ces petits producteurs en deux secteurs; l'un qui produit pour le marché intérieur, essentiellement des céréales et légumes secs de première nécessité, l'exportation : café, coton et canne à sucre.

Les petits producteurs de céréales et de légumes secs sont essentiellement des «minifundistes» et des métayers. Leurs principaux problèmes sont l'accès au crédit, les circuits de commercialisation, les limitations structurelles de production qui se fait toujours dans un cadre inviduel ou familial.

Les petits producteurs qui produisent l'exportation ont des problèmes similaires: leurs crédits viennent du capital usurier, la commer-

«La des peti et le rôle cialisation est leurs intérêts.

est aux difficultés des cerne le urgentes.

100000 petits exploiqui concerne

Masaya. Nous dont a hérité l'Etat pour la campagne, l'autre et pour petite production.

Ce Conseil la qualité des terres et capacité de leur pour réforme agraire ts producteurs» aux mains des intermédiaires et ils ont des terres de mauvaise qualité

Dans les deux cas, on se trouve confronté à toute une histoire de misère et de retard culturel, qui se combine à une énorme absence d'organisation qui les a empêché de défendre Q. - Quel est le rôle du Conseil national de soutien à la petite production ? - Ce Conseil national a été organisé pour coordonner toute l'action de l'Etat qui conpetit producteur et qui peut satisfaire certaines de ses revendications les plus

Le Conseil national d'appui à la petite production représente un saut qualitatif en ce le développement des programmes agricoles et la lutte contre le problème de la division entre divers organismes de tutelle révolutionnaire. Ensuite, il permet de définir une politique commune d'uniformiser et de rendre cohérente la politique en matière de crédits, de technologie, d'organisation, de terres.

Troisièmement, il permet d'harmoniser une politique agraire et de développement de la sera composé de l'INRA, qui coordonne les programmes et qui se charge de définir les lignes générales sur l'utilisation de la terre et les modèles de production par le biais de ses directions régionnales. Au niveau opérationnel, l'INRA interviendra par le biais du PROCAMPO qui jouera un rôle organisateur

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et assurera l'appui technique. La Banque nationale de développement participera également à ce conseil et contribuera, avec son appareil technique et financier, à mettre en œuvre les programmes agricoles. Il y aura l'ATC, qui est l'instrument de base d'organisation des petits producteurs, du point de vue syndical, comme du point de vue des unions associatives. C'est voulons pas que ce type de fonction soit pris en charge par des appareils bureaucratiques de l'Etat. Enfin, il y a l'ENABAS qui est chargé de coordonner les prix payés au producteur, de commercialiser ses produits et d'assurer les fournitures au petit producteur.

Ainsi, c'est un seul et unique organisme qui est chargé de la terre, de l'organisation, de la production, de la fixation des prix et de la commercialisation des produits. Q. - Certains secteurs ont prétendu revendiquer à leur compte la représentation des petits producteurs. Quelle est la place des petits producteurs dans cette révolution ? - Ici il y a une Révolution. La Révolution se fait en défense des intérêts de la paysannerie et la paysannerie a intérêt à appuyer fermement les programmes de réforme agraire.

Les institutions de l'Etat luttent pour briser tous les mécanismes d'exploitation, de spoliation et d'oppression dont souffrent les paysans. Comment ? par l'accès à la terre, la politique des prix, le crédit. Le nouvel Etat révolutionnaire développe tout un effort pour morapport qui existait auparavant entre la ville et la campagne, lorsque tout était drainé des campagnes vers les villes au profit des

Aujourd'hui, c'est le contraire. Nous impour y trouver des sources de financement externe en faveur des petits producteurs arroser ainsi la plante qui avait toujours été laissée à sec. Q. - Quelle est l'étape actuelle de la réforme - Nous avons entamé d'un bon pied la réforme agraire en modifiant les rapports internes de production dans le secteur étatique. L'axe de notre travail a été de transformer ceux qui n'étaient auparavant que des salariés agricoles en producteurs directs de la richesse sociale.

La forme particulière qu'a prise la réforme agraire, avec une avalanche de terres à prendre en charge, nous a contraints de faire un très grand travail d'organisation et d'administration.

La première étape, ce que nous pourrions appeler l'étape d'urgence, l'étape critique, débuté immédiatement après la victoire et a duré approximativement jusqu'au mois d'oc-

Junte de gouvernement expliqua qu'il fallait produire des céréales et des légumes secs, de première nécessité, qu'il fallait mettre culture toute cette terre pour éviter une catastrophe économique. Il fallait sauver la production et nous avons commencé avec la Banque nationale de développement à accorder des crédits, souvent sans respecter les normes ban-

Après octobre est venue l'étape d'organide rationalisation et d'administration, qui s'est achevée à la fin janvier. Nous avons fait un grand effort d'organisation institutionnelle pour modifier les rapports de production et mettre fin aux formes d'exploitation dans les campagnes. Nous sommes parvenus à organiser l'appareil de l'INRA et nous organisons également les complexes de production. Nous pensions au début qu'ils regrouperaient près de 1000 unités de production, alors qu'ils en structurent aujourd'hui plus de 2000.

Nous pourrions dire que la troisième est celle de la planification programmée. Nous réalisons un relevé global de tous les détails de la production et nous élaborons un plan technique pour l'année 80 qui correspond au Plan de Réactivation. Q. - Comment le petit producteur a-t-il participé au processus de Réforme agraire ? - Au cours des six premiers mois, nous n'avons pas pu développer notre ligne en direction du petit producteur. Nous nous sommes astreints pour l'année 1980 à mettre en oeuvre un programme d'aide au petit producteur que nous pouvons diviser ainsi : premièrement la distribution de terres aux paysans qui n'en ont pas et qui jusqu'ici ont été soumis à tous les types de spoliation. Cette distribution concerne les terres de l'INRA, les terres nationalisées et les terres qui seront achetées.

Deuxièmement, il y a le minifundio. Dans ce secteur nous allons chercher à constituer de grandes unités de production capables de subvenir aux besoins d'une famille ou mieux, d'un groupe de familles. Ce seront des coopéservices ou l'exploitation de la terre va passer du stade individuel au stade collectif pour faciliter l'introduction de la technologie et de la mécanisation.

Troisièmement, nous pouvons mentionner l'aide à la petite production familiale par le crédit, l'assistance technique et la fixation de bons prix de commercialisation.

Enfin, il y a les programmes de colonisation et d'ensemencement des terres des domaines naQ. - Quelles sont les bases , de la politique de réforme agraire à cette étape? - La réforme agraire ne peut pas être imposée aux travailleurs agricoles et aux paysans. Nous ne pouvons pas obliger quelqu'un à s'intégrer dans une coopérative de production s'il ne le

D'autre part, nous devons maintenir un équilibre entre nos plans de réforme agraire, orientés vers la constitution de coopératives de production et la nécessité de maintenir des ressources en force de travail suffisantes pour

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subvenir aux besoins des cultures exportatrices.

Si nous accélérons le processus de prolétarisation pour les cultures d'exportation, nous affectons la production destinée à la consommation intérieure; et si nous faisons passer les salariés agricoles au secteur paysan, nous portons un coup à l'agriculture d'exportation.

Nous pensons que les Unités de production de l'Etat (UPE) doivent utiliser une partie de leurs excédents pour donner du travail au plus grand nombre possible de travailleurs agricoles saisonniers. Pour notre part lorsque nous constituons des coopératives de production dans des zones où il n'y a pas de plans d'irrigation nous essayons d'obtenir que dans les clauses de constitution de ces coopératives on définisse la priorité pour leurs membres d'assurer avec leur force de travail salariée la récolte des cultures d'expor-

C'est sous cette forme que nous parvenons à restaurer l'unité entre l'homme et la terre qui avait été brisée par le capitalisme qui a séparé l'homme de son moyen d'existence primordial. Nous allons rétablir cette unité, mais sous une forme supérieure à celle qui existait dans le passé, parce que c'est une forme sociale destinée à satisfaire les besoins de la nation. Q. - Quelle est la situation actuelle des occupations de terres ? — Tous les ans, il y a des occupations de terres. Cette année, avec la révolution, il n'y a pas eu ce que nous pourrions appeler un phénomène d'occupations. Il ne fait pas de doute que là où certains éléments refusent de reconnaître aux paysans leur droit de louer des terres ou d'occuper les terres en friche pour semer des céréales et des légumes secs, il y aura des problèmes.

Nous essayons de détecter les foyers de tension et nous l'avons fait à Léon, Esteli, Madriz et Masaya. Nous avons mis en oeuvre le décret d'expropriation des terres sous intervention de l'INRA pour que les gens se sortent de la tête que les occupations sont la voie par laquelle nous ferons la réforme agraire. A partir du moment où l'article 38 ne s'applique plus, les expropriations se feront avec indemnisations, après que des études aient été menées sur les conditions géographiques des sols et d'utilisation de la terre. Nous cherchons à augmenter la production, étendre le marché interne et obtenir une stabilité politique et sociale prolongée qui permettra de faire coexister une petite production réformée en fonction d'une possession associative correcte, une moyenne production de type familial aidée par l'Etat et une production privée et étatique hautement productive qui serve à rapporter des devises grâce à l'exploitation rationnelle de la Q. - Un problème central de toute révolution est la rentabilité. Quelle est la situation de la réforme agraire ? - Généralement, on considère la rentabilité sous l'angle du rapport entre l'investissement et le profit.

La rentabilité doit être une rentabilité sociale. Si pour obtenir des excédents nous oublions de nous préoccuper des salaires, des avantages sociaux des travailleurs, des problèmes de chômage produits par l'agriculture d'exportation, nous allons reporter sur la société un élément d'instabilité qui représente le coût de l'inefficacité sociale.

Nous préférons aborder sous l'angle social la question des excédents pour améliorer la rentabilité, l'équilibre de la société dans son ensemble.

Je vais vous donner un exemple. L'an passé, dans une unité de production de l'Etat, nous avons absorbé deux mille travailleurs en les occupant à réparer des clôtures, à fertiliser et à construire des maisons. Dans d'autres circonstances on pourrait considérer que ce n'est pas un travail rentable. Mais combien de problèmes avons-nous épargnés au pays en évitant que deux milles chefs de famille se retrouvent à la rue?

Un programme de réforme agraire est très coûteux.

Il pousse à ce que dans un premier temps le travail ne soit pas rentable parce que le taux d'investissement est très élevé; tu dois construire des routes, des habitations et au momentde faire les bilans il est évident que la rentabilité est médiocre.

Dans les premiers jours de la révolution, nous nous sommes retrouvés avec la charge de plusieurs milliers d'unités de production et des problèmes innombrables.

Nous ne pouvions pas attendre deux ou trois mois le temps d'avoir un programme et nous avons couru le risque d'avoir des pertes. Il y en eut, mais les gens ont trouvé du travail, ils ont pris part à la production, il y eut un changement révolutionnaire et nous avons pu obtenir les produits nécessaires en grande quantité. Nous pensons, qu'avec toutes les limitations, il n'y avait pas d'autre façon de travailler et que cela a été correct.

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L'existence de ce que nous pourrions appeler une aire de propriété sociale et une aire de propriété privée peuvent nous amener l'illusion qu'il existe effectivement deux secteurs de l'économie.

C'est faux puisque le Nicaragua n'est pas sorti des lois de la production commerciale. Cette situation nous pose des problèmes, elle suscite de la concurrence pour s'attacher les techniciens, des disputes sur la répartition des ressources financières et provoque des perturbations au niveau de la force de travail. Q. - Et quelle est la situation de l'Administration publique ? - Dans l'Etat et dans toute la société, nous avons des cadres politiques, des cadres révolutionnaires qui n'ont que peu de préparation technique et surtout peu de préparation aux tâches administratives. beaucoup de techniciens et d'économistes auxquels manque une plus grande préparation révolutionnaire.

Cette situation est à l'origine de vices, comme le bureaucratisme, le subjectivisme, des pratiques hégémonistes et institutionnalistes de gens qui défendent leurs institutions comme s'il s'agissait de leur propre chemise et peuvent de ce fait porter atteinte aux programmes révolution-

Le résultat, c'est le manque de sensibilité et la prise de distance des travailleurs, qui dans certaines unités agricoles ont abouti frontements.

Au revers de la médaille il y a la tendance a vouloir tout résoudre à partir des structures de organisées, tion.

En revanche nous avons leurs énergies créatrices.

l'administration des centres à des aftous les travailleurs.

l'Etat parce qu'on sait que c'est là que nous sommes forts. Cela nous coupe des solutions qui existent parmi les masses mobilisées et dans leur capacité d'organisation qu'ont les masses elles-mêmes pour combiner les divers facteurs de production, assurer une direction politique correcte et chercher des solutions concrètes dans le domaine de la production, de la distribution de la consommaQ. - Quelles mesures avez-vous prises dans résoudre ces problèmes? - L'effort que nous faisons pour l'organila production est issu d'une taine manière d'un travail centralisé qui pourrait nous amener à des manifestations bureaucratiques et à ne pas mettre à profit le grand poproductif et organisateur des masses. C'est dans ce sens que nous impulsons actuellement les réformes internes au sein des UPE et le développement des formes associatives dans lesquelles ce sont les masses qui développent

Nous cherchons des formes concrètes pour assurer la participation des travailleurs à la gestion et à l'organisation des entreprises. Une de ces formes est le Conseil de production, avec participation syndicale dans la planification et productifs. Dans ces Conseils seraient représentés les secteurs les plus importants d'une entreprise ou d'un domaine agricole. Il y aurait également les Assemblées de production pour consulter et informer Poder Sandinista Numéro 20-21, 13 et 20 mars 1980. Dossier Nicaragua

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