Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER NUCLEAIRE

Les trois aspects du nucléaire

· Inprecor n° 76, 1er mai 1980 · p. 32-37 · 3 962 mots

Écologie Syndicalisme France Belgique

Benny ASMAN D ANS de nombreux pays les uns après les autres, la lutte contre le nucléaire est devenue un mouvement de masse qui a des caractéristiques très diverses : il va de mouvements larges «a-politiques» au mouvement ouvrier lui-même. A la racine de ces mobilisations, on trouve la menace que l'énergie nucléaire fait peser, a la fois, sur la vie et l'environnement. Mais les conséquences de la politique nucléaire sur les droits démocratiques et syndicaux sont aussi un stimulant à ces mobilisations.

Dans cet article, nous voulons donner trois exemples concrets de luttes menées contre le pouvoir nucléaire. Nous verrons d'abord la longue lutte des travailleurs de l'usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague, située sur la côte normande en France, puis la grève et l'occupation s aspects du 1 par les travailleurs de l'usine nucléaire de Tihange, près de Namur en Belgique, ensuite les mobilisations de masse en Bre-

La production d'énergie nuquantité de déchets radio-actifs. L'usine de La Hague est l'installation de recyclage de ces déchets dont le traitement permet d'obtenir, en séparant les composants, nium et le plutonium. Voici une rapide description du proceslorsque vent à l'usine, ils sont réduits en poudre et dilués par un procédé chimique. De ce liquide, on tire l'uranium et le plutonium. Les produits très radio-actifs et inutilisables, provenant de cette operation sont separes et stockés pour l'éternité, les pronucléaire tagne contre la construction d'une usine dans le petit village de Plogoff. LA HAGUE, UNE HISTOIRE DE FOUS duits à faible teneur radio-active sont eux soit enterrés dans le sol, soit laissés à l'air libre ou évacués en mer.

L'usine emploi 2500 travailleurs dont la moitié sont salariés d'entreprises de sous-traitance. Presque tous les travailleurs de la COGEMA sont syndiqués à la CFDT, la seconde centrale syndicale française.

L'un des travailleurs de l'usine et l'un des dirigeants de la CFDT dans l'usine, Jean-Pierre Lhermite, peut parler longuement des différents types de problèmes provoqués par le

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recyclage des déchets nucléaires. Ce sont des problèmes qui concernent à la fois la pollution dans les zones avoisinantes et le syndicalisme à l'intérieur de l'usine en raison des problèmes de santé et de sécurité.

LE SERVICE PUBLIC

En tant que syndicat, la CFDT n'a pas pris contre l'utilisation de la force nucléaire, mais elle n'y est pas favorable non plus. «Nous parles usines Pierre Lhermite. C'est malheumais c'est ainsi. C'est pensons qu'il chets nucléaires et séparer les plutôt que stocker le tout pendant une longue période. ne pouvez pas savoir ce qui peut se produire au cours d'une de stockage Nous n'avons pas le droit de laisser les générations face à ces problèmes.» «C'est pourquoi nous disons, à la CFDT, continue-t-il, notre travail doit être considé ré comme une sorte de service public, étant donné que décisions politiques sont prises par la majorité du Parlement. Et c'est ce qui s'est passé tant que l'usine a travaillé à une échelle réduite et n'a retraité que les déchets français. Mais depuis que la direction de l'usine a été transférée du commissariat à l'Energie atomique à vne entreprise à caractère commercial, la COGEMA, il n'en est plus ainsi. Il ne s'agit plus mainque d'une entreprise commerciale retraitant les déchets venant du monde entier». «Cela veut dire que tout ce que nous disions sur le service public n'est plus d'aucune actualité. Aujourd'hui beaucoup de gouvernements se trouvent confrontés à leur opinion publique, en ce qui concerne le problème des déchets. Ces gouvernements essayent de calmer leur opinion publique en disant qu'ils «envoient les déchets à La Hague où l'on sait comment les retraiter».

«Pour nous, «Pour nous, travailleurs de La Hague, ceci est tout à fait inacceptable. Nous ne pouvons prendre la responsabilité de ces déchets en assurant une sécurité totale. Le gouvernement français dit que les déchets retraités vont être renvoyés dans leur pays d'origine. Mais en fait, nous n'en savons rien : c'est peut-être vrai; c'est peut-etre faux. Pour ce qui concerne le plutonium, plutonium, c'est sans doute vrai car il a une valeur straté-

LES PROFITS CONTRE LA SECURITE La Hague est aujourd'hui l'une des plus grandes installations de retraitement du mon-

Elle reçoit des déchets nucléaires de toute l'Europe et même du Japon. Et cela, grâce aux contrats que COGEMA a signé avec différents pays. La COGEMA a signé dans l'ensemble des contrats pour le retraitement de 6000 tonnes avant 1985. Lhermite explique que c'est de la folie pure et

«L'usine n'a pas la capacité de traiter la quantité de déchets pour laquelle la COGEMA s'est

La nouvelle installation prévue, appelée UP3, n'existe jusqu'à présent que sur le papier. Et dans le plus petit prototype, appelé HAO, nous n'avons retraité, en trois ans,

150 tonnes, avec un tas de problèmes techniques». «La COGEMA prend aujourd'hui de grands risques pour capacités indusIls bradent la sécurité pour réaliser des profits». «L'équipement de vieilli et nous avons demandé sa fermeture pour afin de pouvoir effectuer les réparations nécessaires. Mais la compagnie s'y refuse. Pour donner un exemple Aujourd'hui nous avons de gros problèmes avec la «cisaille», qui est en panne 30 jours sur 100. Quand la «cisaille» s'arrête, il se produit alors une réaction en chaîne et nous nous trouvons dans une situation impossible. Les déchets liquides devraient etre retraités mais la direction prétend qu'on n'en a pas le temps et, plus encore, que tous gique. Mais pour le reste, nous n'en savons rien. Et ce qui est pire, c'est que tous les sous-produits, sous forme liquide ou gazeuse, sont rejetés dans la mer ou dans l'atmosphère, ici en Normandie». «Et nous ne pouvons accepter cela non plus. Notre région est en train de devenir la poubelle nucléaire des qui ont des problèmes avec leur opinion publique». les lieux de stockage sont déjà «Afin de diminuer la radioactivité du liquide, on le dilue, mais le résultat est que le poste suivant de l'usine devrait traiter d'énormes quantités de fluide. A la fin, ce sont des liquides dont la radioactivité mal contrôlée qui sont rejetés à

LA CONTAMINATION DES PLAGES Lhermite sait ce dont il parle. Il y a beaucoup d'incidents qui prouvent que l'usine a vieilli et que le matériel est usé. En janvier de cette année, il y a eu deux fuites canalisation contenant les déchets liquides et qui est sur 1700 mètres. Le liquide provenant des fuites a été rejeté directement sur la plage. A chaque fois, la compagnie s'est contentée de mettre une «bride» sur les canalisa-

Après les incidents, la compagnie et le préfet ont assuré aux habitants de la région qu'il n'y avait aucun danger, mais ils n'ont publié aucun chiffre précis sur la contamination radioactive provoquée par ces fuites.

Mais il y a des gens qui n'ont pas accordé foi à ces assurances et qui ont fait effectuer leurs propres contrôles. Le résultat de ces contrôles a démontré que la compagnie avait menti. Les tests effectués sur des coquillages prélevés sur la plage ont montré que leur radioac-

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tivité avait augmenté 100 fois. Un kilo de patelles contien' 150 millirem, 150 millirem, en grande partie dus au ruthenium. Et l'on est obligé de tenir compte de ces chiffres. En février, on a détecté une autre fuite sur la canalisation. Mais cette fois, elle s'est produite dans la partie qui est maçonnée et, par conséquent, il ne fut pas pos-

Il y a eu de nombreux problèmes qui montrent que la blèmes qui technique de retraitement n'est pas suffisamment au point et que les moyens de contrôle ne sont pas sûrs.

Mais il y a aussi de nombreux problèmes qui sont du ressort des travailleurs, grâce à une action syndicale efficace.

«L'énergie difficile le fonctionnement du syndicat. Ceux qui contrôlent l'énergie nucléaire ont érigé le mensonge en institution. Ils ont la mainmise totale sur les laboratoires qui contrôlent les fuites et la pollution et cela rend les impuissants, explique Lhermite». «Le capital nous demande d'avoir à l'égard du nucléaire même attitude que face à la «Ce sont des sujets difficiles sible de la colmater par une production, la compagnie a

La seule mesure fut de diluer le liquide avant de l'envoyer dans la canalisation. La compagnie n'a jamais annoncé cette troisième fuite LES PROBLEMES DE SANTE ET DE SECURITE que vous ne pouvez comprendre, mais nous vous promettons de vous dire la vérité», c'est ce qu'ils essayent de nous faire croire». «Mais les rares fois où nous avons pu vérifier ce qu'ils disaient, il est apparu qu'ils mentaient effrontement.» «Nous avons le même type de problèmes concernant la sécurité des travailleurs dans l'usine. D'après les statistiques publiées par la compagnie, il apque la dose de radioactivité reçue par les travailchaque année. Mais cela dépend du mode de prennent les qui ont fui de l'usine qu'ils répartissent entre tous les travailleurs. Parmi les trasous-traitance, sous-traitance, il y en a 200 qui font les travaux de réparation les plus dangereux et par contre, beaucoup travaillent sur les chantiers de construction et ne reçoivent par conséquent pas de radioacti«Le fait que la compagnie place ses profits avant la sécurité des travailleurs a aussi été évidence par les plans de consavait été contacté pour établir les plans. Il posait comme principe que les travailleurs de l'usine ne devaient pas être expoplus fortes que celles qui étaient admises pour l'ensemble de la population. La réponse de la fut typique coûts devaient être diminués de 50 pour cent. La sécurité des travailleurs est passée par la

REVENDICATIONS ET

ALTERNATIVES Les problèmes auxquels la CFDT a été confrontée à La Hague l'ont amenée à présenter plusieurs revendications. Le syndicat continue d'exiger que l'usine soit fermée pendant six mois pour réparation. En application de sa conception du service public, il exige aussi que tous les contrats étrangers

«Nous demandons aussi que les projets d'installations nucléaires soient arrêtés en France pendant trois ans afin d'harmoniser les capacités de retraitement des dechets avec la quantité de déchets produits, et ceci minimum de risques, explique Lhermite. Nous avons aussi exigé que des sommes importantes soient consacrées à la recherche de sources d'énergie alternatives. Il est clair que si une somme équivalente à celle engagée pour le nucléaire avait consacrée à l'énergie solaire, on assisterait à des résultats différents aujourd'hui». « En ce moment, il y a aussi un gaspillage d'energie. Prenez l'automobile par exemple. Cela fait quatre-vingts ans que l'on fabrique des automoqu'on sait comme les faire durer

You quarante ans. lieu de cela, les capitalistes fa-

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briquent des produits qui durent au mieux 10 ans.» savoir qui possède les usines Tant qu'elles seront la proprié- l'énergie nucléaire».

TIHANGE I - L'OCCUPATION En février de cette année, la première fois dans aire, les ouvriers ont occupé un poste de contrôle. Ce sont les ouvriers de l'usine nucléaire de Tihange I, près de Namur en Belgique, qui ont utilisé l'occupation comme forme de lutte dans le conflit qui les opposait aux patrons. Les travailleurs de l'industrie nucléaire sont organisés dans le GAZELCO, le syndicat socialiste, et l'ELCOGAZ, le syndicat chrétien démocrate, qui sont des syndicats avec une tradition et un passé très militants.

La grève et l'occupation n'étaient pas dirigés contre l'utilisation de l'énergie nucléaire. Le mouvement ouvrier n'a pas une position homogène à ce sujet. Certains y sont favorables, d'autres non. Et la grève n'a pas démarré non plus par une lutte pour les droits syndicaux dans l'usine. Mais, en raison de la réponse des patrons, c'est devenu le seul objectif de la grève.

Jean-Marie Woit, le délégué syndical de l'usine, fut parmi ceux qui se sont mis en grève. Il nous a expliqué les motifs de la grève et son développement.

«Depuis longtemps, nous étions en conflit avec la direc tion, INTERCOM, qui est propriétaire de l'usine de Tihange. La plupart d'entre nous avaient été employés auparavant dans des entreprises de production d'énergie traditionnelles, comme le charbon et les usines d'énergie thermique. Maintenant, nous faisions un travail comportant des risques plus grands, mais nous avions le même statut qu'auparavant. Pendant longtemps, nous avons demandé des congés plus longs et un avancement de l'âge de la retraite.» té privée de capitalistes, c'est la quantité et le profit qui compteront et non pas la qualité et autre problème, c'est-à-dire de la sécurité, c'est valable pour les voitures aussi bien que pour «Et quand nous parlons risques plus grands, il ne s'agit pas d'une plaisanterie. En 1976, il y a eu un accident où 50 travailleurs ont été contaminés. Ce n'est que plus tard que nous avons appris que les doses reçues étaient plus faibles que nous le craignions. Mais c'est toujours comme ça dans ce boulot. C'est seulement après les contrôles, une fois que le trafini que vous pouvez vous avez reçu une dose dangereuse ou non.» «Comme la compagnie refusait de donner satisfaction à nos revendications et comme rien n'avait changé depuis la grève de 13 semaines que nous avions faite en 1976, nous avons décidé, en assemblée générale, de présenter nos revendications d'une manière plus offensive.» «Notre grève a été sans effet, étant donné que l'usine a pu maintenir sa production à l'aide des employés administratifs de l'usine. C'est pourquoi nous avons occupé le poste de contrôle et deux de nos delégués ont fait baissé la production de 10 pour cent, comme forme de rétorsion à l'égard de la compa-

L'ATTAQUE CONTRE LES

DROITS SYNDICAUX La réponse de la compagnie et du gouvernement belge ne s'est pas fait attendre. La direction a mis à pied pour 15 jours délégués qui avaient fait baisser la production. Et, dans la presse, à la radio et à la télévision, scandaleuses propagande fut lancée, accusant les ouvriers de mettre en danger la population locale. Le ministre, Willy Cleas, a qualifié cette action de «folie pure» et a donné le ton de la campagne de calomnies contre les ouvriers. Le but de cette propagande évidemment d'isoler les travailleurs et de l'opinion publique contre eux.

C'est devenu aussi le point de départ d'une attaque contre les droits syndicaux dans l'usine. La direction a exigé que le syndicat signe un contrat qui empêchait tout mouvement de grève interférant avec le fonctionnement normal de l'usine, c'est-à-dire qu'elle voulait empêcher en fait toute possibilité de grève.

«La propagande disant que nous i mettions en danger population était un mensonge. Les deux délégués qui ont diminué la production sont des techniciens qui savaient parfaitement ce qu'ils faisaient, explique Woit. La plupart d'entre nous vivent dans cette région et nous n'aurions jamais mené une action qui aurait pu faire courir des risques supérieurs à ceux qui existent déjà du fait de la présence de l'usine elle-meme.» «La grève a duré 24 jours et elle s'est terminée plutôt mal pour les ouvriers. Bien que nous ayions bénéficié de la solidarité vriers d'autres secteurs de l'éd'une grève d'avertissement menée par les ouvriers de l'usine nucléaire de Doel dans la partie flamande de la Belgique, la grève s'est terminée par la signature d'un contrat qui laisse un grand point d'interrogation sur les possibilités de mener à l'avenir des grèves dures. La direction nationale du syndicat a pesé de tout son poids pour faire accepter le contrat par les travailleurs. C'est seulement après son intervention que le contrat a obtenu la majorité auprès des travailleurs. 58 pour cent ont voté pour et 31 pour cent contre. Le point important du contrat est le paragraphe qui dit qu'à l'avenir, toute greve doit être précédée d'une période d'avertissement et menée à l'extérieur de l'usine, cela signifie que la production

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peut continuer comme si de rien n'était».

Les manifestations de solidarité de la part des autres ouvriers ont montré que le rapport de forces était tel que la compagnie aurait pu être forcée à forcée à un recul, mais au lieu de cela, la direction syndicale a imposé le contrat en mettant l'accent sur une promesse faite par le ministre du Travail, De Wulf, de publier une nouvelle

PLOGOFF - LA LUTTE Le troisième volet de la lutte anti-nucléaire est la large mobilisation populaire contre la construction d'usines, les mouvements de masse que l'on a pu voir dans de nombreux

En France, le mot Plogoff est devenu le résistance à la politique nucléaire. Plogoff est un petit village de pêcheurs, à l'extrême pointe de la Bretagne. Cette année au printemps, il a été le théâtre de larges mobilisations de masspectaculaires, plans du gouvernement qui veut construire une usine nucléaire, à la sortie même du village.

Aujourd'hui, 5 pour cent de l'énergie totale en France est d'origine nucléaire. Mais les projets prévoient augmentation des usines et il est prévu que 30 pour cent de l'énergie soit nucléaire d'ici 1990.

Les mobilisations de masse ont atteint leur summum à Plogoff cet hiver. Le 3 février, la population toute entière communes voisines s'est rassemblée à Plogoff. Quelque 30000 personnes ont pris part à la manifestation. Et, le 16 mars, plus de 60000 personnes, venues de toute la Bretagne, ont manifesté à Plogoff. Cela est apparu comme un signe de solidarité de toute la Bretagne à l'égard de la lutte des habitants de Plogoff.

Cette résistance de masse n'est pas née comme cela. Elle législation pour les travailleurs dans l'industrie nucléaire avant la fin de l'année. Mais on n'a aucune garantie sur le contenu cette législation ou même qu'elle soit jamais publiée.

Le danger qui existe tenant est que le contrat soit un premier pas en direction de restrictions plus sérieuses concernant les droits des travailleurs dans l'industrie nucléaire en Belgique. DE TOUTE UNE REGION

En 1976, le gouvernement a annoncé qu'une usine de 5200 MW, la plus grande de France, serait implantée à Plogoff. Dès ce moment, on assista à de grandes mobilisations des habitants de Plogoff et des communes voisines.

Depuis le commencement, la résistance fut dirigée plus contre le choix de l'implantaque contre l'énergie nucléaire elle-même. Mais, après les grandes catastrophes pétrolières qui ont touché les côtes de Bretagne, la population est devenue très sensible aux dangers de pollution et de destruction de la nature, très belle, dans la région. Les sentiments anti-nucléaires sont aussi mentés par le fait que la Bre-

Best une région sous-développée du point de vue industriel et que la population se sent abandonnée par les autorités de Paris. LA RESISTANCE DE MASSE s'explique principalement par deux facteurs. Tout d'abord, par le travail long et conséquent, effectué par le comité de défense de Plogoff, et deuxièmement, par l'extrême violence utilisée contre la population dans la région.

Depuis 1976, le comité de défense de Plogoff a mené une lutte expliquant constamment quel était le projet et a essayé d'organiser non seulement village lui-même, mais aussi toutes les communes avoisinantes.

Le résultat de ce travail a pu être constaté au cours de la marche du 16 mars. L'un des siogans les plus repris était «Pas d'usine nucléaire à Plogof, ni ailleurs». La dynamique mouvement était tout à fait évidente. Des le début, une partie de plus en plus grande de la population était gagnée à la lutte. Les partis politiques, les syndicats et de nombreux groupes écologiques avaient mobilisé leurs forces. En dehors des partis bourgeois, favorables au nuclé aire, seul le Parti communiste français et la CGT étaient absents des mobilisations. En fait, le PC a même dénoncé les mobilisations et s'est clairement prononcé en faveur de l'implantation d'usines nucléaires en Bretagne. Mais signe de la pression populaire : le maire communiste de Douarnenez, la ville la plus proche de Plogoff, s'est déclaré contre l'installation et ceci à l'encontre de la direction du

Cette dynamique du mouvement anti-nucléaire est aussi apparue dans beaucoup d'autres endroits et d'autres pays et cela révèle le caractère explosif de cette lutte. L'accident de Three Mile Island à Harrisburg a aussi gagné des milliers de gens au

UNE ENQUETE PUBLIQUE

TRUQUEE Selon la loi française, les pouvoir publics doivent procéder à une enquête auprès de la population de la zone concernée, avant de procéder à expropriations. Le but prétendu de cette enquête publique est d'apporter une information sur l'énergie nucléaire et de connaître l'opinion de la population locale sur le projet. Mais le comité de défense de Plogoff a étudié ce qui s'était passé lors publiques dès le départ, il a dit que cette enquête était un leurre. reste sans aucun effet sur les décisions prises par le gouvernement. La preuve en est que

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des usines ont été construites dans plusieurs endroits alors que la population s'était prononcée massivement contre la construction.

Malgré le refus clairement exprimé de l'enquête publique, l'EDF (Electricité de France), entreprise publique produisant et distribuant l'électricité, a décidé de la poursuite du projet à Plogoff et dans les communes voisines. Ce qui montre bien l'engagement du gouvernement à l'égard du nucléaire. Il se doit de briser la résistance, sinon ses plans peuvent être remis en question dans d'autres endroits.

Cette enquête publique est cependant devenue le point central de la lutte pendant toute une période. A commencer par les maires des trois communes concernées qui ont refusé de mettre les locaux publics à la disposition des autorités pour l'enquête. L'EDF a répondu par l'envoi de camions, rebaptisés pour l'occasion «mairie-annexe», escortés par des centaines de CRS et de gendarmes. Débutée fin janvier, l'enquête publique devait durer six semaines, qui se sont transformées en six semaines de mobilisation quotidienne de centaines de personnes qui se sont affrontées chaque jour aux forces de police, pour finir le dernier jour par une manifestation de 60000 personnes célébrant le départ de la «mairie-annexe». Dernière journée de l'enquéte d'utilitée publique le 16 mars

Le résultat de cette enquête publique fut un échec lamentable pour l'EDF. 20000 personnes concernées par l'enquête dans les trois communes, 200 seulement se présentèrent aux camions et, parmi celles-ci, certaines se prononcèrent contre le projet.

Le reste de la population a boycotté l'enquête et tenté activement de l'empêcher.

des arcades di

vées sur la route menant au village, par des centaines de résistants de Plogoff. La police a fait preuve d'une extrême violence et, pour se frayer un passage, elle a fait usage de bulldozers, de gaz lacrimogènes et de grenades offensives. Beaucoup de personnes ont été blessées. Mais le lendemain matin, les barricades étaient de nouveau dressées, attendant les forces de police. Comme l'explique un pêcheur de Plogoff :

«Je n'ai pas beaucoup dormi pendant toutes ces semaines. Chaque nuit, je suis allé couper des arbres dans la forêt et je les ai transportés pour monter les barricades.»

Ice que fut la véritable enquête publique et l'utilisation massive par le gouvernement de forces de répression lourdement armées, afin résistance, ont montré combien il fait peu de cas de l'opinion publique unanime.

des affrontements

CE N'EST PAS FINI Maintenant tout est redevenu «normal» à Plogoff, c'est-à-dire que les camions et les forces de police sont repartis. Mais rien ne sera jamais plus comme avant dans le village. Rien n'est non plus définitivement gagné. Le gouvernement a finalement décidé de maintenir, au terme de l'enquête d'utilité publique, le projet de construction de la centrale. Il y avait beaucoup trop d'intérêts en jeu pour qu'il puisse reculer. Mais on peut alors être tout à fait certain d'une chose : il y aura à nouveau des barricades autour de Plogoff. Parce que, si rien n'est définitivement gagné contre l'installation, il y a déjà un certain nombre d'acquis. Tout d'abord, la population de Plogoff, chaque habitant, Jeune comme vieux, temmes et hommes, ont acquis une redoutable confiance en eux-mêmes et une expérience des mobilisations de masse et des affrontements avec les forces de répression gouvernementales. En second lieu, , Plogoff n'est plus isolée. Après quatre ans de lutte, toute la population de la Bretagne a fait sienne la lutte de Plogoff.

Rien n'est définitivement gagné mais la possibilité de remporter une victoire existe, une victoire pour ceux de Plogoff qui deviendrait alors une victoire pour le mouvement anti-nucléaire dans le monde entier.

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