• I la classe ouvrière brésilienne n'a jamais été profondément et massivement organisée de façon indépendante; les quinze années de dictature ont encore creusé ce vide. Alors que le Parti populiste (le PTB) s'étiolait dans l'opposition l'exil, alors que le PC et les organisations armées se discrédinaissait un prolétariat -urbain massif qui devait trouver ses propres formes d'expression politique.
Il n'est pas étonnant que l'idée d'un parti ouvrier indépendant, le Parti des Travailleurs, soit née fin 1978, début 1979, 1979, à l'initiative de dirigeants syndicaux pour qui les limites légales du
UN PARTI DES TRAVAILLEURS, UN PARTI SANS PATRONS, UN PARTI DEMOCRATIQUE La définition politique provisoire du PT, en attendant son congrès de fondation, est résumée dans trois textes de références, qui sont sa Charte de principes, la déclaration politique adoptée lors de la réunion du 13 octobre, 1979, et la Plate-forme politique du 10 février définissant les revendications du PT.
La Charte de principes définit clairement le PT comme «un parti seulement des travailleurs» dont la lutte «pour l'autonomie et l'indépendance syndicale efrevendication fondamentale des travailleurs, partie intégrante de la lutte pour l'indépendance politique». La charte affirme que le PT «cherche à s'emparer du pouvoir politique et à implanter un gouvernement des travailleurs basé sur les organes de représentation créés par les du Parti des Travailleurs syndicat officiel devenaient une entrave insupportable.
Depuis le début de l'année en cours, le mouvement pour semble avoir pris son essor définitif. Il regroupe des syndicalistes de générations les plus diverses : ceux qui connu l'époque du syndicat anarchiste, comme l'octogé-
Mario Pedrosa, teur de l'opposition de gauche au début des années 30; ceux de l'après guerre; ont connu l'expérience du mouvement contre le blocage des salaires (MIA), dans les années 60; ceux des toutes dernières luttes ; des courants d'extrême-gauche qui émergent de la clandestinité, des dirigeants paysans comme Manoel da Conceiçao, et d'importants courants chrétiens, y compris des prêtres connus. propres masses travailleuses en vue d'une démocratie directe primordiale». Il s'agirait donc d'un «parti des travailleurs, un parti sans patrons», pour «en finir avec le rapport d'exploitation de l'homme par l'homme», pour une société socia-
Get démocratique. «Ainsi le PT se construira en respectant le droit des minorités d'exprimer leurs vue. Il respectera le droit de fraction et tendance, même si les inscriptions seront exclusivement individuelles».
Cette définition programmatique générale fut largement confirmée par la Déclaration politique du 12 octobre 1979, qui précise en outre la lutte pour une Centrale unique des travailleurs, construite tir de la base. Elle est enfin confirmée et développée par la Plate-forme politique adoptée
Brésil lors de la rencontre nationale du 10 février dernier.
Cette plate-forme exige, au chapitre des libertés démocratiques : «des syndicats libres et indépendants de l'Etat; la légalisation des commissions et délégués d'usines, élus démocratiquement par les travailleurs; la centrale unique des travailélue démocratiquement par tous les travailleurs; le droit de grève sans limitation ; l'amnistie générale sans restriction... La convocation d'une Assemblée constituante nationale libre démocratique et souveraine... Un gouvernement des travail-
Au chapitre des meilleures conditions de vie et de travail «Un salaire minimum national unique... Echelle mobile des salaires, chaque fois que le coût de la vie augmente de 5 pour cent ou par réajustements trimestriels automatiques... La semaine de 40 heures sans réduc-
Un contrat collectif de travail... L'extension aux travailleurs ruraux de tous les acquis des travailleurs urbains, etc.».
Au chapitre de la question nationale : «La suppression des latifundia improductives et la distribution des terres aux travailleurs sans terres... gement aux regroupements coopératifs... Nationalisation et étatisation de toutes les entreprises étrangères...
des entreprises d'utilité publique (transports, éducation, santé, production et distribution d'énergie)... Etatisation des grandes entreprises et des banques, des industries extractives et d'infrastructures... Contrôle populaire sur les fonds publics... Respect des particularités culturelles de chaque région et des droits de minorités raciales...».
Le projet présenté par la direction provisoire du PT lors
de la réunion nationale du 10 février, inspiré par un groupe de sociologues connus, nettement plus modéré. Mais les délégués se prononcèrent faveur d'une orientation nettement plus radicale. la bourgeoisie commença à mener grand tapage en expliquant dans la presse et à la radio que Lula, homme somme toute respectable, débordé par des éléments extrémistes.
La question est délibérément faussée. Personne au sein du PT n'a exprimé jusqu'à ce jour le projet d'un parti minoritaire de cadres. Tous les courants insistent au contraire sur la réelle opportunité de construire un parti de masse, un parti de centaines de milliers de travailleurs et paysans. La véritable ritable ligne de division des eaux est celle du caractère de classe d'un tel parti, un parti «sans patrons», comme le soulignait sans ambiguïté la Charte de principes.
En effet, s'il s'agissait seulement de bâtir une électorale de masse, le PMDB, qui cristallisait les oppositions démocratiques à la dictature, toutes classes confondues, aurait pu faire l'affaire. La particularité du PT, c'est qu'il se veut un parti exclusivement de travailleurs et un parti militant. Les tenants du «parti de masse» auraient le grand mal à démontrer que parti de masse classe sont des notions antagoniques : tout tend à prouver au contraire que les travailleurs sont prêts à se tourner massivement vers parti qui soit réellement le leur et où ils se sentent maîtres chez eux. Seul un parti qui ne se mette pas à la remorque d'une aile de la bourgeoisie, quelle qu'elle soit, peut défendre jusqu'au bout les intérêts des exploités. cette raison même, il est seul à même de les unir.
La défense du caractère «classiste» du PT est bien à l'ordre du jour. Deinquiétudes était en
Aussitôt, masse démocratique. Certaines le PT en parti de cadres. Cela était déjà
PT».
UN PARTI DE CLASSE ET DE MASSE,
PAS UNE MACHINE PARLEMENTAIRE vant ses premiers succès, il n'est pas exclu que la bourgeoisie, geoisie, faute de pouvoir l'étouffer dans l'œuf, cherche à l'investir et le dévoyer de l'intérieur. Le bruit a déjà couru que certains patrons modernes et éclairés du PMDB souhaiteraient demander leur adhéau tous les textes de référence du
PT.
tains parlementaires. Il est difficile de faire ici la part de machine la sincérité et du carriérisme
(en ralliant le PT, des députés du jour au lendemain promus porte-parole de la cinquième force politique nationale). Il déjà matière à litige.
plus prévu pour le 12 avril, a été reporté en raison de la grève des métallurgistes.
modalités de avaient déjà été fixées par la direction nationale un de 11 membres. Elle avait décidé à la majorité que les élus seraient invités avec droit de vote, délégués, dans les congrès lo-
L'affaire n'est pas si anodine
Et pour qu'il pourrait y paraître. Ainsi, dans l'Etat du Goias, le député
PT plus de 100 «vareadores» donc
(conseillers municipaux). Avec droit de vote au congrès na-
Du sein même du PT, similaires vaient, comme celle du sociologue Francisco Weffort, qui écrivait le 22 février, dans le
Jornal do Estado de Sao Paulo : «Nous voulons un parti de personnes veulent transformer illustre les divergences qui existent quant à la construction du cratique un ques, élus trer qu'ils tion encore
PT. Ce qui serait en forme flagrante avec stacle
Un autre problème est posé par le ralliement au PT de ceren obscurs du PMDB se trouvent officiel sûr en revanche que la place de ces élus (six députés, un sénateur) dans le parti est
Le congrès national du PT,
Mais les délégation en provisoire fessions, sans avoir besoin d'être régionaux et national.
structure
Santilho a rallié avec lui au toires naux.
tional, ces 100 conseillers représenteraient à eux seuls plus que les délégués de 6000 travailleurs dûment élus dans les noyaux de base. C'est le système du travaillisme britannique.
Le journal Em Tempo avait pleinement raison de poser à ce propos dans son éditiorial la question «Bioniques ? ». Les sénateurs bioniques sont les sénateurs directement désignés par la dictature pour s'assurer d'une majorité confortable au Sénat. Un parti ouvrier démo-
One saurait connaître régime de délégués bionide droit divin : si les ont récolté les suffrages populaires, ils doivent démonsont aussi capables de récolter les suffrages des militants de leur propre parti.
Cette question doit être mise en rapport avec la situacontradictoire du PT. Sa direction provisoire a clairement rejeté la loi de répartidaire promulguée par le régime, comme un obsupplémentaire à la démocratisation. Cependant, la nécessité de lutter pour la légalisation du PT semble largement admise dans ses rangs. Il résulte un double niveau de structuration.
Au niveau officiel, le PT doit se conformer au régime des directoires électoraux, qui sont la structure légale de partis dont la loi veut faire de simples machines électorales. Ces comités électoraux établis à partir des listes d'électeurs ont des directions publiques de onze membres. Au niveau officieux, la structure de base effective du PT est le noyau dont la composition peut varier entre 21 et une centaine de membres : noyaux par quartiers, par proplus rarement par lieux de travail. Il n'est donc pas très compliqué de faire que la structure militante officieuse soit la structure souveraine du parti et de lui subordonner la publique des directoires conformes aux exigences légales : il suffit, par exemple, que les directions des direcsoient contrôlées par les assemblées des noyaux régio-
Mais l'idée inverse s'est aussi exprimée, qui vise dissoudre la structure militante des noyaux dans la structure électorale des directoires : en acceptant, par exemple, la possibilité que puissent exister des
«noyaux» de plusieurs milliers de membres. Il ne s'agirait bien évidemment, dans ce cas, pour des parlementaires ou des politiciens professionnels, que de gérer un électorat, à l'image de ce qui se passe dans les grandes formations social-démo-
En termes d'orientation politique, ce débat sur la définition du PT peut trouver pour l'instant trois prolongements
Le premier à propos de la question des alliances. La possibilité existe en effet de voir l'indépendance de classe PT admise dans le programme, mais aussitôt niée par une politique d'alliance avec la bourgeoisie d'opposition. Une contribution importante à la préparation du congrès du PT parle en effet d'un «ample front de masse contre le régime dictatorial». La formule est suffisamment vague pour ouvrir la voie à diverses interprétations. Il n'y aurait en effet aucune objection à engager des mobilisations concrètes pour le droit de grève, pour les droits syndicaux, pour la Constituante, avec les forces bourgeoises d'opposition. l'action est correcte, c'est l'es-
Mais autre chose serait de négocier avec le PMDB ou le PTB un programme électoral minimum ou un «front démocratique» permanent. ter ce type d'alliances et de serait chasser les patrons par la porte du PT mais les laisser entrer par la fenêtre, à travers les alliances. Ce serait bafouer l'indépendance de classe aussitôt après l'avoir procla-
L'autre question est celle du lien entre la construction du PT et la lutte pour la centrale unique des travailleurs. Ici aussi, le risque existe que bon nombre de responsables syndicaux, sont à l'origine du PT, se contentent d'un parti extérieur à l'entreprise et sans intervention dans la lutte de classe quotidienne, sans position définie sur la question de l'orientation syndicale. Une telle conception reviendrait inévitablement à terme à confiner le PT dans un rôle de machine électorale et à établir une séparation étanche entre le syndical et le politique.
Il ne s'agit certes pas de proclamer la centrale unique des travailleurs, mais de concevoir dès à présent sa construction comme un processus qui peut embrasser aussi bien les syndicats conquis par des syndicalistes combatifs, les regroupements d'opposition syndicales, ou les embryons de commissions et comités syndicaux qui peuvent surgir sur les lieux de travail. Ces réalités sont pour l'heure des plus hétérogènes. Il existe bel et bien des syndicats, et non des moindres, aux mains de syndicalistes classistes. Il existe dans certains cas exceptionnels des syndicats qui, dans les secteurs professionnels, qui se constituent, sans statut officiel, comme alternative au syn-
Doter la classe ouvrière d'un parti de masse indépendant, tel est le problème qui se pose aujourd'hui aux révolutionnaires brésiliens. git de faire un pas en avant dans la voie de l'indépendance
Dans un pays où les traditions d'organisation du mouvement ouvrier sont encore aussi faibles et fragiles, la situation est comparable à celle de la celle de la fin du siècle dernier ou du début du siècle en Europe.
Dans une lettre à la socialiste américaine, Kelly, Engels écrivait le 28 décembre 1886 : «... Il est beaucoup plus important que le mouvement s'étende, progresse régulièrement, et embrasse autant que possible le prolétariat américain tout entier, que de le voir partir et progresser dès le début sur un tracé d'une correction théoriquement parfaite.. L'important est d'amener la classe ouvrière dicat légal corrompu. Il existe des regroupements d'opposition syndicale des plus fluctuants. Il peut exister enfin des formes résiduelles d'auto-organisation qui survivent plus ou grandes luttes dans l'entreprise.
Dans une phase ultérieure du mouvement, c'est l'ensemble de ces composantes qui peuvent être partie prenante de la lutte pour un congrès national constituant d'une centrale unique indépendante de l'appareil d'Etat. La mise sur pied de coordinations syndicales inter-professionnelles au niveau régional et national pourrait constituer le premier pas dans ce sens.
Enfin, au niveau du programme du PT, la question du démantèlement de l'appareil d'Etat (suppression de la police politique, des appareils répressifs, militaires et para-militaires, etc.) doit être posée clairement. Il serait insuffisant à ce niveau d'avancer seulement axe de lutte la démocratisation de l'Etat sans préciser comment cette bataille sera menée. CONSTRUIRE LEGALEMENT LE PT, DEFENDRE EN TOUTE LIBERTE UN PROGRAMME MARXISTE REVOLUTIONNAIRE à se mettre en mouvement comme classe; cela une obtenu, les gens trouveront bien vite la bonne direction et ce qui résistera sera tranquillement mis de côté avec les petites sectes. C'est pourquoi je vois les Chevaliers du Travail un facteur très important dans le mouvement, qui ne devrait pas être vilipendé du dehors, mais révolutionné du dedans. et ie considère que beaucoup d'Allemands ont commis une grave bévue quand ils ont essayé, face d'un puissant et glorieux mouvement qu'ils n'avaient pas créé, de faire de leur théorie n'était pas toujours comprise, une sorte de dogme, hors duquel il n'est point de salut, en se tenant à l'écart de tout mouvement qui n'acceptait pas ce dogme... Ce que les Allemands auraient dû faire, c'est agir d'après propre théorie, marcher pour tout mouvement général de la classe ouvrière réel, en accepter le point de départ de fait
comme tel et l'amener graduellement au niveau théorique en faisant ressortir comment chaque faute faite, chaque défaite subie, était une conséquence nécessaire d'erreurs d'ordre théoriques dans le programme originel. Ils auraient dû, comme le dit le Manifeste communiste, représenter dans le présent du mouvement lavenir du mouvement. Mais, avant tout, donnez au mouvement le temps de se consolider, ne créez pas une confusion pire en forçant les gens à ingurgiter des choses qu'ils ne peuvent vraiment pas avaler présentement, mais qu'ils apprendront bientôt».
Dans une lettre à Sorge du 1886, Engels développait les mêmes idées : «Les Allemands n'ont décidément pas su en partant de leur théorie, placer le levier qui aurait pu mettre en avant les masses américaines. Ils ne comprennent souvent pas la théorie eux-mêmes et il la traitent en doctrinaires, dogmatiquement, comme quelque chose qu'on doit apprendre par cœur. C'est pour eux un credo et non une mise en train pour l'action...».
Le PT surgit du bouillonnement de la jeune classe ouvrière brésilienne, avec les maladresses et les tâtonnements de l'inexpérience. Il est le produit organique de vrière en formation, dans des conditions autrement difficiles qu'au début du siècle : le mouvement ouvrier international est aujourd'hui divisé et de longue date, en forces et courants antagoniques, qui projetteront inévitablement leur ombre sur le mouvement ouvrier brésilien et le pousseront à la division.
Cependant, l'avenir grand ouvert devant le Parti des Travailleurs. Il n'y a pas encore en son sein d'intérêts matériels cristallisés, de bureaucratie privilégiée, liée à l'appareil d'Etat ni aux intérêts de la bureaucratie soviétique.
Son destin dépendra dans les mois à venir, aussi bien du cours de la lutte de classe que de l'intervention consciente d'une avant-garde marxiste-révolutionnaire, capable de tirer les leçons de l'expérience.
Si la bourgeoisie parvient à mater les luttes ouvrières et à contrôler le processus électoral, elle peut renforcer les tendances internes au PT qui ousen an machine a rale et parlementaire. Pour le moment, la dictature continue à barrer la voie de la légalisation pour le PT.
Si, en revanche, la classe ouvrière continue se radicaliser face à l'austérité et à tirer les leçons de l'expérience, le PT peut jouer un rôle révolutionnaire dans la pratique.
Rien ne sert donc de tirer des plans sur la comète. L'important, c'est que le être construit loyalement, comme un parti de masse pour les travailleurs. lutionnaires les plus conscients doivent y prendre toute leur place. Non pas y faire de l'entrisme, comme dans un parti réformiste consolidé qu'il s'agirait de détruire, mais pour le développer et le faire progresser tout en défendant ouvertement leurs idées.
Même s'il arrivait que des positions modérées l'emportent temporairement au sein du PT, cela pourrait signifier la nécessité d'une bataille ouverte en son sein, organisée ou non en courant, mais non la nécessité automatique de rupture. cours de son processus de construction comme parti de masse, le PT passera par des hauts et des bas. Il connaîtra des différenciations internes et des modifications de rapports de forces. échéances et de grands événements pourraient apporter la définitive et d'un passage à des positions réformistes con-
Il ne s'agit donc pas de faire «ingurgiter» au PT, comme le disait Engels, un programme achevé, mais de construire ce programme à la lumière de la pratique. la pratique. Ce qui signifie que les révolutionnaires n'ont pas à se constituer d'emblée en son sein en tendance ou fraction sur l'intégralité de leur programme, mais à défendre pas à pas ce qui fait du Parti des Travailleurs un parti de patrons dans le parti.., contre classe : contre l'entrée des soutien électoral à des candidats bourgeois, pour une centrale unique des travailleurs. Ils pourront mener au fur et à mesure que les problèmes se poseront, toutes les batailles nécessaires, en commun avec d'autres composantes du PT fidèles à ses principes constitutifs.
La condition de cette loyauté de tous au sein du PT, c'est que le PT respecte dans son fonctionnement, comme le prévoit sa déclaration de fondation, droit des minorités. aussi qu'il tienne compte de l'inégalité des expériences, dans un pays aussi immense que le Brésil, sur la base d'une démocratie plus fédérative que cen-
Des courants politiques définis participent en tant que tels à la construction du PT. Pour qu'ils puissent le faire dans la clarté, dans le respect de la démocratie du PT, sans chercher à faire passer au forcing leurs propres positions ni à se constituer en fractions occultes envenimant l'atmosphère, ces courants doivent pouvoir continuer à exister comme organisations séparées avec leur propre presse. Ils doivent pouvoir mener ainsi leurs propres leur programme.
La nécessité de l'existence de ces organisations au contraire de leur dilution totale dans
Use fonde non seulement sur le fait d'avoir un programme politique, avec un caracstratégique plus défini, mais principalement sur l'évidence que le PT est encore un construction en cours de définition programmatique et organisationnelle et certainement, ne se développera pas de manière li-
C'est la raison centrale pour maintenir une organisation indépendante du PT.
Il s'agit également de dans la pratique l'action au sein du PT. C'est l'unique façon de vérifier son engagement dans la construction du PT, en opposition radicale avec des pratiques manœuvrières.
L'intervention et l'agitation quotidienne peuvent être développées par les noyaux du PT, en tant que tels, sans empêcher le maintien d'une presse et d'une apparition indépendante, de la part des organisations d'avant-garde parties prenantes du
PT. L'existence distincte de ces organisations permettra que leurs militants ne cherchent pas à forcer le PT à reprendre leurs positions quand elles ne correspondent pas à sa pratique et à son expérience. Elle permettra de démontrer que leurs militants, qui construisent le PT dans le respect de ses règles démocratiques, ne le font pas à titre individuel, mais conformément à une position politique collective.
Ils administreront ainsi la preuve que la défense d'une conception léniniste de l'organisation n'est en rien incompatible avec le respect de la démocratie ouvrière la plus large, dans les luttes, dans les syndicats, et dans un parti ouvrier de masse.
Considérer le PT comme un cartel de forces politiques n'aboutirait qu'à le diviser verticalement et à le paralyser. C'est pourquoi les militants adhèrent individuellement au PT. Mais considérer le PT comme une ment d'unification politique de la classe ouvrière, ne signifie pas, pour les marxistes révolutionnaires, s'y mais être ses meilleurs constructeurs, en même temps et qu'ils défendent programme au grand jour. Car la construction d'un parti ouvrier de masse fait pleinement partie de leur programme.
LE PC MALADE DU PT Si toutes les hypothèses demeurent ouvertes quant à l'avenir du PT, les dernières réunions importantes ont fourni une indication sur sa dynamique actuelle. La réunion nationale du 10 février a permis de vérifier le poids prépondérant des positions radicales par rapport aux positions modérées.
Le congrès national prévu pour le 12 avril a été retardé, mais certains congrès d'Etat préparatoires au congrès national se sont tenus, qui ont confirmé les tendances constatées le 10 février. Ainsi, dans le congrès du Minas Gerais, la proche des positions majoritaires le 10 février l'a empar 75 pour cent des mandats contre 25 pour cent à la liste minoritaire.
Sur les 113 délégués de Belo Horizonte, 55 représenaient des quartiers ouvriers (métallurgistes et travailleurs du pétrole, notamment), 14 représentaient des noyaux constitués dans les banques et les administrations, taient des noyaux de professionnels de la santé, de la presse, de l'urbanisme, et 21 représentaient l'université. Un quota particulier avait été établi pour que les étudiants puissent être parti prenante du PT, mais avec un système de sous représentation garantissant l'hégémonie des ouvriers.
Le congrès qui s'est tenu également en avril dans le Rio Grande do Sul a confirmé ces données et adopté un de programme particulièrement nationale du 10 février rassemblait les dirigeants populaires de nombreux Etats et les cadres les plus significatifs du mouvement vrier, les animateurs connus du mouvement paysan, la direction de l'action catholique ouvrière, représentant déjà travailleurs dans 18 Etats. Depuis, avec le mouvement de solidarité aux grévistes de l'ABC et avec la préparation active du congrès du PT, un bond en avant s'est à nouveau produit.
Le PT s'impose au fil des jours comme une réelle force politique nationale.
A LA VEILLE DE
BATAILLES DECISIVES
Déjà le ministre de l'Econation de plante pren le capital. Au taux de croissance démographique actuel, on estime qu'il faudrait créer 1,5 million d'emplois nouveaux chaque année pour maintenir le niveau de l'emploi; ce qui supposerait une croissance annuelle de 7 pour cent. Or une enquête privée indique que les offres d'emploi auraient déjà baissé de 20 pour cent l'an passé et les économistes d'opposition affirment que le chômage de la force de travail urbaine est passé de 10 à 25 pour cent au cours des trois dernières années.
L'avenir est plus sombre encore, puisque le gouvernement prévoit de réduire cette année le taux de croissance de 6.5 pour cent à 5 pour cent. Mais le maintien des mesures économiques actuelles pourrait l'abaisser en fait aux alentours de 3 pour cent (Economist du 17 mai 1980).
Les gouvernants brésiliens doutent de plus en plus de leur capacité à atteindre sans encombre l'échéance électorale de 1982. Le sénateur Passarinho, dirigeant du parti gouvernemental, s'inquiete quant à la possibilité d'une «possible confrontation qui n'aiderait pas à construire une démocratie».
Le sénateur Tancrede Neves, leader du Parti populaire, considéré comme le représentant de l'industrie brésilienne privée, craint que les Brésiliens descendent dans la rue automne contre la récession économique.
Ces préoccupations comportent une forte dose de chantage : un appel non voilé à la responsabilité et à la docilité afin de ne pas compromettre la consolidation de l'ouverture. Le Parti communiste se montre particulièrement sensible à cet appel et disposé à collaborer de son mieux pour assurer la transition graduelle et l'institutionnalisation démocratique. Il entend prendre sa place habituelle, et subordonnée, dans l'alliance avec la bourgeoisie nationale.
A ceci près que l'apparition du PT réduit considérablement ses marges de manœuvres. En menant une politique de collaboration ouverte et en restant douillettement niché dans le PMDB, le PC ouvre un boulevard au PT qui lève seul au
grand jour le drapeau de la classe ouvrière. C'est cette contradiction qui a amené l'actuelle direction du PC à chercher à négocier la légalisation de leur Parti. En échange de leur modération, ils pourraient obtenir de la dictature une reconnaissance légale leur permettant d'occuper avant le PT le terrain électoral.
Encore faudrait-il que ce Parti communiste prenne quelque consistance sur le terrain. Une fête de lancement de son nouvel hebdomadaire officieux, Voz de Unidade, n'a pas rassemblé plus de 3000 personnes à Sao Paulo le ler avril. Le PC brésilien ne se compare pas, loin s'en faut à ce que furent le PC espagnol et même le PC portugais dans la clandestinité.
Ces contradictions le conduisent déjà au déchirement. Dès les premiers jours d'avril, le dirigeant historique Carlos Prestes, a adressé une lettre ouverte aux militants les appelant à la rébellion contre le comité central et dénonçant la démarche de légalisation comme une concession inadmissible à la dictature. Cette intransigeance apparente couvre une politique droitière traditionnel.
le : au lieu de mendier sa légalisation, le PC doit ment sa place dans le PMDB, à l'étape actuelle de revendications démocratiques. Chaque chose en son temps.
Bien que la majorité du comité central soit souvent qualifiée d'eurocommuniste, les choses sont loin d'être aussi claires. Prestes affiche un bon teint et envisage un regroupement avec l'organisation exguérilleriste MR 8, devenue ultra-stalinienne. Mais la majorité du comité central du PC a approuvé l'intervention soviétique en Afghanistan et elle de lancer publicitairement ses propres vétérans, comme Gregorio Bezerra, pour faire contre poids à l'image publique de Prestes nomique qui ne manquera pas d'empirer dans les mois qui viennent, que le scénario de la libéralisation contrôlée, rêvée le général Golbery, puisse se dérouler sans accroc.
Nul doute qu'une aile dure de l'armée pense pouvoir proclamer l'état d'exception si nécessaire pour faire face à une montée du mouvement de mase. Cette solution rejetterait le Brésil en arrière sans apporter de solution. Il ne suffirait pas en effet à la dictature militaire de revenir à la situation de 1970. A l'époque, la répression, bien que féroce, fut sélective, parce qu'elle n'avait pas à affronter un puissant mouvement ouvrier. Aujourd'hui, elle devait être incomparablement plus massive et socialement coûteuse.
L'autre solution, déjà murmurée par des personnalités comme Tancredo Neves, serait celle d'un gouvernement d'union nationale incluant des représentants l'opposition, patronat et des syndicats. Cette perspective n'irait pas sans difficultés, dans la mesure où elle briserait le mopolitique bureaucratie cratique et supposerait un semblant de légitimation démocracas comme dans un PT fort et indépendant est l'arme dont les travailleurs ont un besoin urgent, pour défendre sans transiger leurs intérêts de classe, économiques et politiques.
El Salvador