Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOCUMENTS

Jacek Kuron : réflexions sur le programme d'action (extraits)

Inprecor n° 8, 9 juin 1977 · p. 31-32 · 662 mots

Pologne

(...) La démocratie parlementaire permet aux individus de de réaliser leurs aspirations en dehors du travail, mais elle ne permet pas d'assurer la réalisation de leurs aspirations liées à leur travail. Je suis persuadé que c'est un problème fondamental de l'humanité aujourd'hui. Je déclare donc que dans un système de démocratie parlementaire, je participerais à un mouvement pour une démocratie directe. Mais, sans une démocratie représentative (de type parlementaire), la démocratie directe est complètement désarmée face au pouvoir étatique .

(...) Dans la propagande officielle, c'est-à-dire dans toutes les sources d'information disponibles dans notre pays, la démocratie parlementaire est définie comme "démocratie bourgeoise" , en accusant ceux qui la soutiennent de vouloir la reprivatisation des moyens de production. Nous ne savons pas s'il s'agit d'une falsification délibérée ou d'ignorance - de toute façon, cette accusation est complètement fausse : a) La propriété privée des moyens de production ne découle en aucune manière du système parlementaire. Du système parlementaire découle seulement la réalisation des aspirations de

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la majorité des citoyens. Dans notre système, pour la reprivatisation de l'industrie lourde par exemple, cela devrait devenir l'objectif de la majorité des citoyens; alors qu'il y a en Pologne des gens qui auraient aimé devenir propriétaires d'une usine ou d'une mine, ils n'ont aucune chance d'obtenir le soutien de la société à ces aspirations. b) Dans des pays industrialisés, appelés par certains "pays capitalistes" ', la propriété privée des moyens de production ne joue aujourd'hui aucun rôle. L'économie de ces pays est dominée par de grandes organisations centralisées, dans lesquelles la propriété, d'ailleurs collective, est séparée de la gestion (...). (...) Les mouvements sociaux en Pologne sont délimités d'une part par la volonté de la société de se mobiliser et, d'autre part, par la volonté de la direction soviétique d'intervenir par la force en Pologne. Cette dernière limite est difficile à établir exactement et il vaut mieux s'arrêter beaucoup trop tôt qu'un peu trop tard. Mais est-ce que l'abstention de toute activité oppositionnelle peut être une garantie contre l'intervention ? Je suis convaincu qu'une menace d'intervention peut devenir réelle, pas à cause de l'activité de l'opposition, mais au contraire à cause de sa faiblesse. La menace la plus grave qui pèse sur la société polonaise, c'est l'état d'anarchie provoqué par une paralysie totale du pouvoir d'Etat qui est lié au danger d'une explosion sociale, la plus grave des 30 dernières années (...). Karol Modzelews

8 novembre

(...) Pendant le mouvement d'octobre 56, on a élaboré un programme de décentralisation de l'économie, des conseils ouvriers, des syndicats indépendants, d'un système parlementaire et comme il arrive en général dans les mouvements socaux, l'élaboration du programme a été aussi sa réalisation (...). (...) Le "totalitarisme à visage humain" est fondé sur le mensonge selon lequel le pouvoir va donner quelque chose à la société en récompense pour son obéissance. Mais en réalité, le pouvoir donne toujours seulement ce que la société, par sa désobéissance, arrive à lui arracher. Ce type de bluff ne peut pas être répété plusieurs dois. La crise actuelle se manifeste comme une paralysie du pouvoir, mais au fond, c'est l'épuisement des méthodes par lesquelles le pouvoir a pu se maintenir sur place depui 1957 (...). (...) Le KOR est sans aucun doute un premier pas en direction d'une coopération entre les ouvriers et l'intelligentsia. Mais , pour avancer, il faut que dans les lieux de travail se créent des petits groupes d'autoorganisation ouvrière : il faut se mettre d'accord et avancer des revendications, mais nous voulons le souligner, la solidarité est plus importante que les revendications. Si le pouvoir cède, et qu'après il licencie les ouvriers les plus actifs, il reviendra viie en arrière et des activités revendicatives se heuretront ultérieurement à beaucoup plus de difficultés. Par contre, si le pouvoir ne cède pas, mais une organisation ouvrière reste en place, tôt ou tard, elle arrivera au cours des luttes à arracher la réalisation des revendications ouvrières (...)

ki : lettre à Gierek,

1976 (extrait)

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