FINLANDE de Front populaire
En Finlande, au début du mois de mai, a pris fin une tumultueuse vague de grèves qui avait duré deux mois. A la suite de ce "printemps chaud" , le président Kekkonen a pris l'initiative de former le troisième gouvernement de Front populaire depuis 1966. Ces deux phénomènes contradictoires (symboles respectifs de la lutte de classes et de collaboration de classes) illustrent bien le caractère paradoxal de la politique finlandaise durant la dernière décennie. Celle-ci ne peut être comprise que comme l'effet combiné de deux groupes de facteurs. D'une part, la Finlande est typiquement un pays impérialiste périphérique à l'économie relativement déséquilibrée et vulnérable, où règne l'instabilité politique et où la classe ouvrière possède des traditions de combativité (reflétée par la force du PC). D'autre part, la situation politico-géographique particulière de la Finlande, entre l'Europe capitaliste et l'Union soviétique stalinienne, a eu une profonde influence sur la vie politique. Le premier facteur a pour résultat de fréquentes crises gouvernementales, une polarisation de classe assez aigue et des grèves revendicatives nombreuses et dures. Le second facteur se traduit par une profonde déformation des courants principaux et du rapport de forces sociaux au niveau gouvernemental qui, depuis les années 70, est dominé par une espèce particulière de bonapartisme présidentiel et de dissimulation de la réalité derrière une idéologie officielle interclassiste. Celle-ci, bien qu'elle ait été mise à mal au cours des dernières années, est soutenue par tous les grands partis politiques depuis les conservateurs jusqu'aux communistes minoritaires (1). Afin de comprendre la nature de cette combinaison, il faut examiner de plus près les tendances qui ont été à l'œuvre dans la société finlandaise durant les dernières années et les mystifications idéologiques qui font aussi partie de la réalité sous-jacente à ces tendances. Le dilemme du capitalisme finlandais Depuis le début de la récession internationale de 1974, la bourgeoisie finlandaise a compris clairement que les grandes modernisations des années 60 et l'accord de libre-échange avec le Marché commun ne pouvaient résoudre aucun de ses
Pekka HAAPAKOSKI problèmes fondamentaux. Le capitalisme finlandais est encore trop dépendant de certaines industries traditionnelles essentielles qui sont très vulnérables aux fluctuations des cycles conjoncturels. Sa productivité industrielle ainsi que son taux élevé d'inflation (15%) le placent loin derrière les autres pays nordiques, en affaiblissant continuellement sa compétitivité. La dépendance massive de l'importation de matières premières et d'énergie est un handicap considérable pour son industrie et une source de difficultés chroniques pour l'équilibre de la balance des paiements, en général. Ces faiblesses ont été mises à nu avec l'arrivée en Finlande de la récession internationale de 1974/75, quelque peu retardée, mais frappant le pays de plein fouet; les premiers signes d'une reprise ne sont visibles que depuis le début de 1976. Le produit national brut n'a pas varié tout au long de l'année 1976 et le début de la reprise a été extrêmement inégal selon les secteurs. Si les perspectives des industries du papier et du bois commencent à s'améliorer, les secteurs des métaux, de la chimie, de la construction et de la plupart des biens de consommation sont encore en pleine expansion. Le chômage a empiré au cours des premiers mois de 1977 et, en avril, les statistiques enregistraient un record national absolu avec le chiffre de 160000 chômeurs, soit 7% de la population active (auxquels il faut ajouter ceux qui ont émigré en Suède). L'inflation s'est maintenue à un taux de 15% pendant toute la période de la récession et aucune diminution n'est en vue. La dévaluation du mark finlandais du même pourcentage que la couronne suédoise peut même faire augmenter ce taux dans les prochains mois. Jusqu'à présent, la bourgeoisie ne peut mettre à son actif que le fait d'être parvenue à ramener le déficit de la balance des paiements à un niveau "tolérable" grâce à la politique de crise de la Banque de Finlande; mais on voit difficilement comment elle pourrait maintenir ce gain après un retour à la normale. En réalité, malgré une amélioration passagère de la situation, le capitalisme finlandais est plongé dans une grave crise, au moins aussi grave que celle d'autres "maillons faibles" de la chaîne du monde impérialiste (Grande-Bretagne, Italie, Portugal, Danemark, etc.). Cette crise ne peut trouver une solution que si le capitalisme reconquiert ses marchés perdus ou s'il trouve de nouveaux débouchés. En
FINLANDE pratique, ces deux types de "solutions" se recoupent et exigent le même genre de mesures : une forte concentration, des investissements financés par l'Etat, d'importantes "rationalisations" de l'appareil productif actuel et un accroissement qualitatif de la plus value au moyen de divers procédés de "stabilisation" et de répression contre la classe ouvrière. La stratégie bourgeoise pendant la récession Depuis 1974, la stratégie de la bourgeoisie a de plus en plus visé à une "rationalisation" de l'appareil industriel au moyen de la politique monétaire, d'une diminution de la consommation, d'une réduction importante du poste "dépenses sociales" dans le budget, tout en utilisant ces ressources pour subventionner l'industrie (plus spécialement l'industrie d'exportation). Tout ceci s'est accompagné d'une politique des revenus et de nombreuses mesures la complétant. Dans le renforcement de cette politique des revenus, un aspect qualitativement nouveau fut introduit : une véritable campagne soigneusement coordonnée du gouvernement, de la Banque de Finlande, des associations patronales et des mass media (entres autres radio et télévision) à la veille de chaque discussion contractuelle. Cette vaste coalition manifesta chaque année plus d'unité et d'agressivité contre les salariés. Une des grandes faiblesses de cette politique à la Friedmann, c'est qu'elle nécessite non seulement la volonté et la force du gouvernement et de la bourgeoisie, mais aussi l'assentiment des salariés. Les deux manquaient. Le gouvernement était fort instable. La résistance de la classe ouvrière se confirma année après année. La réponse de la bourgeoisie fut double. Premièrement, elle utilisa la répression la plus rude (attaque des piquets de grève, violences policières, lois antigrève). La mise en place d'un "Etat fort" devint un thème courant de discussion. Dans le contexte finlandais, la marche vers l'Etat fort a avant tout pris la forme du bonapartisme présidentiel personnifié par Kekkonen. Son influence dans la vie politique finlandaise fut très grande durant vingt ans, mais durant les années 70, elle a encore augmenté. Depuis 1974, il a agi en tant que juge suprême de la politique finlandaise, dictant la formation, les principales options et la chute des divers gouvernements. Son autorité personnelle servit à briser des grèves importantes et à trancher de façon paternaliste des conflits au sein des divers partis. Deuxièmement, la bourgeoisie n'a pas mis tous les œufs dans le panier de la répression. La carotte de l'intégration fut aussi utilisée. Ici aussi le rôle de Kekkonen fut décisif. Dans le cadre d'une polarisation de classe croissante et d'une réduction des possibilités matérielles de réformes, grâce à la capacité de direction de Kekkonen, la bourgeoisie réussit à obtenir le maximum de concessions de la part des directions des partis ouvriers. Elle put utiliser la bureaucratie des partis socialiste et communiste comme instrument afin de réduire la force collective de la classe ouvrière et pour récupérer les gains que les travailleurs ont obtenus grâce à leurs luttes.
L'élément clé pour saisir cette situation réside dans les "relations particulières" entre le Finlande et la bureaucratie soviétique et l'autorité incontestée dont Kekkonen jouit auprès du Kremlin. En l'utilisant, Kekkonen, tout au long de ses 20 ans de présidence, a rendu les partis ouvriers totalement dépendants de son bon vouloir. Pour le PC (pour ses deux ailes), les paroles du Kremlin ont force de loi. Pour le parti social-démocrate, il s'agit d'enterrer la période de conflits internes et de long isolement politique qui ont marqué la période de son cours pro-occidental et anticommuniste, de 1957 à 1966. Les bureaucrates staliniens et sociaux-démocrates reconnaissent ainsi qu'il est impossible de participer à la direction des affaires finlandaises sans le consentement conjoint de Kekkonen et de la bureaucratie soviétique. Ceci les a conduit à construire un culte de Kekkonen, le politicien "progressiste" et au-dessus des classes, à renforcer ses pouvoirs juridiques et exécutifs et à soutenir sans discontinuité sa candidature à la Présidence de la République. Le bonapartisme de Kekkonen représente donc le point de convergence des stratégies de répression et d'intégration de la bourgeoisie finlandaise. Les futures élections présidentielles de 1978 en fournissent déjà une illustration : tous les grands partis politiques, des conservateurs aux communistes minoritaires, ont pris position pour accorder à Kekkonen un nouveau mandat de six ans. La crise gouvernementale et les luttes sociales Si la stabilité de la Présidence a été exceptionnelle, en revanche, les gouvernements n'ont cessé de se défaire l'un après l'autre. Les crises se sont succédées avec les changements de couleurs des cabinets gouvernementaux. Après la chute du Front populaire en 1971, les sociaux-démocrates et le Centre bourgeois ont formé des coalitions faibles et instables pendant quatre années. Au printemps 1975, ce type de coalition dégénéra enconflit ouvert et fit place, pour une courte période, à un gouvernement "apolitique". A la fin de 1975, Kekkonen donna l'ordre de former un nouveau gouvernement de Front populaire. Tous les partis, du Centre au PC - malgré les réticences de la minorité du PC - obéirent. Cette coalition se désagrégea sous l'effet de la vague de grèves du printemps 76 et elle ne survécut jusqu'à l'automne que parce que Kekkonen refusa sa démission. Les deux partis ouvriers restèrent ensuite quelque temps dans l'opposition et un gouvernement minoritaire du centre fut constitué. A l'automne celui-ci fut de fait élargi en gouvernement de coalition bourgeoise grâce au soutien que les conservateurs lui apportèrent de l'extérieur. Ce gouvernement adopta tout de suite une orientation de fermeté aussi bien sur le plan économique que sur le plan législatif. Il se prépara à la période de négociations des contrats collectifs en serrant les rangs avec les patrons, la Banque de Finlande et les grands moyens d'information. Le principal artisan de la politique des revenus finlandaise, Keijo Liinamaa, prépara une proposition d'accord concernant tous les salaires et les prix agricoles. Elle comprenait un contrat signé pour deux ans, des augmentations de salaire ne pouvant dépasser en pourcentage la moitié du taux d'inflation et le refus de toute clause d'échelle mobile. Une campagne massive de propagande fut lancée contre les "rebelles"
qui osaient réclamer plus que les propositions de Liinamaa; contre les plus obstinés, les patrons préparaient des armes autrement plus frappantes que ces "arguments" Le gouvernement n'était pourtant pas aussi fort qu'il le prétendait. A la base des syndicats, la pression fut telle qu'elle força la plupart des directions à rejeter les propositions de Liinamaa. Le printemps s'annonçait chaud; la bourgeoisie dut, une fois de plus, se tourner vers Kekkonen - et les dirigeants ouvriers réformistes - pour avoir de l'aide. Le printemps chaud... Après que la Centrale syndicale nationale (SAK) et les syndicats eurent rejeté les "solutions en gros" de Liinamaa, les patrons et le gouvernement optèrent pour la tactique du salami. Ils signèrent des accords avec les syndicats les plus consentants et livrèrent la bataille contre les autres, en les prenant un par un. A aucun moment, les dirigeants de la SAK n'envisagèrent l'idée de former un Front uni des syndicats pour obtenir de nouveaux contrats; de la même façon, ils ne mobilisèrent jamais les membres des syndicats. La classe ouvrière de Finlande alla donc à la bataille en ordre dispersé, sans objectifs importants et avec une direction qui ne voulait pas se battre mais était seulement obligée de faire semblant en raison de l'intransigeance des patrons. En dépit de tout cela, une vague de grève massive s'étendit à travers le pays et, en deux mois, aboutit à une véritable épreuve de force qui révélait puissamment que le chômage et la propagande gouvernementale n'avait pas réussi à briser les reins de la classe ouvrière. Le mouvement gréviste fut lancé début mars par le syndicat des travailleurs du cuir et du caoutchouc (le seul syndicat dirigé par la minorité du PC). Bientôt les techniciens des centrales électriques et thermiques, les chauffeurs d'autobus et les routiers, les employés des agences de voyage, les travailleurs de l'hôtellerie et des restaurants, les techniciens du téléphone ainsi que de nombreuses organisations syndicales moins importantes suivirent l'exemple donné. Même le plus gros syndicat, celui des métallurgistes, contrôlé par la social-démocratie, dut appeler à la grève - appel qu'il retira au premier signe de conciliation des patrons. La lutte la plus combative et la plus dure du printemps fut incontestablement la grève du syndicat des techniciens, qui dura deux mois. Elle partit des centrales électriques et thermiques pour s'étendre peu à peu au point de paralyser le trafic aérien et maritime ainsi que de nombreuses industries. A la fin de la lutte, les 50 000 membres du syndicat étaient en grève. Les patrons poussèrent à la provocation en utilisant systématiquement des briseurs de grève, membres d'un syndicat jaune, et en alimentant une campagne d'intoxication de l'opinion publique contre les travailleurs. Mais ils ne parvinrent pas à casser la grève. Quand les techniciens et les travailleurs des autres secteurs vitaux se retrouvèrent ensemble dans la lutte, à la fin du mois d'avril, il devint clair que la solution ne pouvait être cherchée dans la continuation de cette guerre de position. Kekkonen ouvrit donc un "deuxième front" en s'invitant de son propre chef à la fête de célébration du 70ème anniversaire de la centrale syndicale SAK. Il y lança une violente attaque contre les grévistes en particulier, et le droit de grève en général. Tandis que les dirigeants syndicaux écoutaient respectueusement ces insultes proférées dans leur propre fête, Kekkonen s'en prit au statut prétendument privilégié de ceux qui faisaient la grève et au caractère supposément démodé de la grève. Il sortit également de son chapeau quelques carottes qui ne pouvaient pas laisser les bureaucrates indifférents. Il demanda d'abord l'application rapide de la fameuse "démocratie industrielle" (c'est-à-dire la participation), en appelant implicitement les partis ouvriers au gouvernement pour la mettre en pratique. Ensuite, il fit une description idyllique des possibilités de création d'emplois que les projets commerciaux et industriels communs avec l'URSS pouvaient apporter en Finlande... si seulement les travailleurs finlandais voulaient bien soutenir la "compétitivité" de "leurs" entreprises. Tout de suite après cette intervention, le mouvement gréviste prit un tournant. Fin avril et début mai, les syndicats en grève, y compris celui des techniciens, signèrent des accords. Ceux-ci leur garantissaient des augmentations de salaire supérieures à celles qu'avait proposées Liinamaa, mais cependant à un niveau encore très bas; de plus, ces accords étaient signés pour deux ans sans aucune clause d'échelle mobile des salaires. La lutte se conclut donc sur une sorte de match nul. La plupart des grévistes ne purent obtenir satisfaction sur leurs revendications, mais les patrons ne purent maintenir leur attitude intransigeante et, surtout, ils ne parvinrent pas à battre durablement les syndicats en grève. C'est alors que Kekkonen fit le pas suivant. Il poussa le gouvernement bourgeois dehors et fit pression sur le Centre pour qu'il adopte une attitude conciliante à l'égard des sociaux-démocrates. Il invita les partis ouvriers à participer au gouvernement. A la surprise de (presque) tout le monde, non seulement les sociaux-démocrates, mais aussi les commu- . nistes (de la majorité du PC) s'exécutèrent, sans aucune condition préalable. ... et ses lendemains tièdes Les partis bourgeois sont en légère majorité dans le dernier gouvernement de Front populaire, mais le Premier ministre et les ministres aux fonctions économiques essentielles sont des sociaux-démocrates; le PC se retrouve avec trois strapontins sans importance. Le programme du gouvernement ne contient que de vagues déclarations, plus ou moins copiées sur le programme de Front populaire de la courte période de 1975/76. Non seulement, évidemment, le changement de système social n'y figure pas, mais encore la perspective de réformes importantes en est complètement absente. Le programme gouvernemental ne fait que quelques vagues promesses sur la "démocratie industrielle" et sur quelques modifications secondaires de la Constitution, qui - a dit le Premier ministre Sorsa - ont pu y être incluses car elles ne coûtaient rien.
FINLANDE rien de nouveau. Le gouvernement, en tant qu'agent de la bourgeoisie finlandaise, poursuivra la même orientation répres•sive, qui est la seule possible dans le cadre du système. Cela ne veut pas dire que sa politique sera la copie conforme de celle du gouvernement précédent. En réalité, il existe quelques aspects nouveaux. L'amélioration temporaire de la balance des paiements, la reprise inégale mais réelle de la conjoncture et la signature d'accords collectifs pour deux ans autorisent un certain relâchement de la politique monétaire et la recherche de nouveaux crédits internationaux. Ainsi le gouvernement désire probablement soulager la difficile situation financière de certains secteurs industriels, touchés parmi les premiers, afin de calmer leur mécontentement. Mais il n'est pas question d'abandonner la politique fondamentalement "friedmanienne" pour revenir à une espèce de "néo-keynesianisme" car la situation de la balance des paiements est encore extrêmement fragile et l'inflation comme la promotion d'industries "réellement compétitives" restent déterminants. L'offensive sur le marché soviétique constitue le deuxième élément de la nouvelle orientation. Depuis le début de la récession, il existait une tendance croissante de la part de secteurs importants de la bourgeoisie finlandaise à compenser la perte de leurs positions à l'Ouest par la recherche de débouchés importants à l'Est. C'est particulièrement vrai pour les industries métallurgiques et du bois. Ces espoirs se réalisèrent lorsque Kekkonen, à la mi-mai, partit en visite officielle pour Moscou, où il signa en grande pompe un accord commercial et industriel de 15 ans avec les dirigeants soviétiques. L'accord comprend par exemple certains projets très importants de construction d'usines et de débouchés pour les exportations finlandaises. Mais ces quelques gains ne peuvent suffire à rassurer la bourgeoisie finlandaise qui sait qu'en affaires la bureaucratie soviétique ne fait pas de cadeaux et qu'il lui faut donc nettoyer devant sa porte en balayant l'inflation et en rationalisant son appareil productif. Voilà pourquoi le gouvernement actuel ne représente aucun changement de stratégie de la bourgeoisie. S'il peut tenir assez longtemps, il peut au mieux imposer une certaine pause avant le combat que la bourgeoisie a besoin de livrer pour sortir du match nul du printemps 1977 et de l'échec du gouvernement bourgeois "dur" de 1976/77. De cette façon, elle peut plus efficacement se préparer aux batailles décisives à venir, au plus tard au printemps 1979, lors de la prochaine période de négociation des contrats et lorsqu'un nouveau fléchissement économique sera probablement à l'œuvre. En attendant, les ministres des partis ouvriers, volontairement ou involontairement, servent de marionettes à la bourgeoisie pour désarmer les travailleurs, économiquent et politiquement.
L'aide de Moscou Le PC participe au gouvernement, pour la quatrième fois depuis la guerre. Contrairement aux occasions précédentes, il n'a même pas cherché à mettre une quelconque condition -ou apparence de condition - à sa participation gouvernementale. Au contraire, le secrétaire général du parti a promis "une loyauté totale et une attitude pleinement constructive" au nouveau cabinet. La traditionnelle exigence d' "un changement de politique économique" a été abandonnée sans bruit. Le secrétaire général a exprimé sa satisfaction devant la promesse du gouvernement de "réduire sérieusement le chômage" en augmentant les subventions d'Etat et en réduisant les impôts des entreprises. Pour ses partenaires et pour beaucoup d'autres cette capitulation inconditionnelle du PC représenta une grosse surprise. Non seulement elle contredit les principes marxistes les plus élémentaires (qui ont été abandonnés par lui il y a fort longtemps), mais encore elle va à l'encontre du plus simple bon sens réformiste et électoraliste dans la situation présente. Il ne reste plus qu'une seule explication logique au comportement du PC: le tournant a été dicté par le "parti frère" d'Union soviétique pour préserver la stabilité de la Finlande, asseoir l'autorité de Kekkonen et préserver le développement harmonieux des projets économiques récents et communs. L'attitude de la minorité du PC montre que c'est l'explication correcte. La minorité combinait généralement un fanatisme prosoviétique avec un certain militantisme revendicatif et une critique "de gauche" à la participation de la majorité du PC aux gouvernements précédents. Cette fois, elle s'est illustrée par sa modération. Elle ne participe pas au gouvernement et, par routine, elle a condamné son "orientation économique bourgeoise". Mais elle s'est bien gardée de toute condamnation publique de la majorité et, au contraire de son habitude, ne s'est pas livrée à ses traditionnelles menaces d'intensifier la lutte fractionnelle. On a probablement fait pression sur elle pour qu'elle sache se taire. En restant dans une semie opposition, elle servira d'alibi du PC pour les travailleurs les plus militants, tout en contribuant comme avant à tresser des lauriers à Kekkonen et, par conséquent, au système qu'il perpétue avec l'aide précieuse de l'URSS.
20 mai 1977. NOTE (1) A la suite des déclarations (très timidement critiques) de la direction du PC finlandais à propos de l'invasion des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie en août 68, la minorité a commencé de fait à fonctionner comme une fraction publique du PC. Mais il ne se produisit jamais de scission formelle. Le Comité central se réunit, mais les fractions majoritaire et minoritaire ont leur propre direction et organes d'expression publics. Elles se présentent aux élections sur les mêmes listes. Dans les syndicats, les deux fractions présentent des candidats communs aux postes de direction, mais travaillent séparément. C'est la minorité du parti qui dirige l'organisation de jeunesse qui reste unique. La bureaucratie soviétique entretient des relations avec les deux fractions.