Nous publions ici deux entretiens, l'un avec un travailleur noir de la Ford Motor Company à Port Elizabeth — un des principaux centres de production automobile en Afrique du Sud -, l'autre avec Thozamile Botha, travailleur de la Ford et dirigeant de PEBCO (Port Elizabeth Black Civic Organisation). A la fin de 1979 et au début de cette année, une grève très dure s'est déroulée dans l'usine Ford. Plusieurs milliers de travailleurs s'engagèrent dans la lutte. PEBCO s'affirma comme l'organisation dirigeant le mouvement. Les travailleurs avancèrent non seulement des revendications salariales (plus de 80 % des travailleurs noirs ont des salaires qui se situent en dessous de la limite de la pauvreté), mais aussi des revendications démocratiques visant l'ensemble de l'édifice du régime raciste. La lutte démarra à la suite du licenciement de Botha, accusé d'avoir des activités politiques. La Question : Comment a débuté la grève dans l'usine Ford ? Réponse : Nous avions plusieurs sujets de mécontente-
Nous voulions obtenir des salaires égaux pour un travail égal. Nous voulions qu'un contremaître noir qui avait été déplacé soit réintégré à son poste. Nous voulions aussi que les travailleurs qui quittent l'entreprise reçoivent la prime annuelle. A Ford, le calcul de la prime annuelle est effectué du ler juillet au 31 juin de l'année suivante. Lorsqu'un travailleur quitte l'entreprise — qu'il soit licencié ou qu'il parte de son plein gré — il perd ses droits à la prime annuelle.
Nous avons donné à la direction de Ford un délai de sept jours pour qu'elle examine nos revendications. La direction de Ford ne nous a accordé que la revendicaet de Thomazile Botha est restée muette.
être payé sur le champ police réprima violemment les grévistes et la répression s'abattit sur Botha. Cette grève annonçait le mouvement de luttes qui éclata en juin 1980 dans l'industrie automobile en Afrique du Sud et auquel plus de 10000 travailleurs ont participé (Inprecor numéro 80 - 26 juin). Les entreprises Volkswagen South Africa, Ford, General Motor et Goodyear Tyre furent touchées. L'augmentation des salaires minimum (74 % à Ford et GM) était à la base des revendications. A nouveau, la police s'attaqua avec violence aux grévistes. Début juillet, 800 conducteurs de bus — qui assurent le transport quotidien de dizaines de milliers de travailleurs de Soweto à Johannesburg — ont engagés une lutte sur des revendications salariales. Ils ont imposé leur propre comité d'action, en opposition au Comité de liaison officiel imposé par la législation du travail pour engager les négociations. tion sur la prime annuelle. Au bout de ces sept jours, nous avons cessé le travail. Nous nous sommes assis sur la pelouse en attendant que la direction vienne nous informer si elle acceptait ou non les autres revendication. Elle
Nous avons envoyé les membres du Comité de liaison rencontrer la direction. A leur retour, ils ont commencé à nous parler, mais l'un des directeurs est arrivé, a pris le mégaphone et déclaré que cette réunion était illégale et que nous devions soit quitter l'usine, soit reprendre le travail. Alors nous avons répliqué en demandant à
Ils ont refusé. Ils sont revenus nous dire que la police était aux portes de l'usine et que, si nous ne partions pas immédiatement, nous serions tous arrêtés. Nous
avons refusé l'ultimatum. Cinq minutes plus tard, dix-sept cars de police et quatre fourgons sont arrivés et la police a chargé.
Le directeur, M. Church, est venu encore une fois nous dire que c'était notre dernière chance et que, si nous ne quittions pas immédiatement l'usine, il demanderait à la police de nous arrêter.
J'ai alors dit aux travailleurs qu'il fallait soit quitter les lieux, soit reprendre le travail. Je savais que des arrestations les démoraliseraient. Alors nous sommes tous sortis de l'usine. Lors de la réunion, le lendemain, nous avons décidé de ne pas reprendre le travail tant que Ford n'aurait pas satisfait nos revendications. Q.: Aujourd'hui, à quel titre es-tu lié à la grève de
Ford? R.: Une des causes de la grève, c'était qu'on m'avait obligé à démissionner. Juste après ma démission, les travailleurs se sont solidarisés en arrêtant le travail. Ils ont demandé ma réintégration et je leur ai expliqué pourquoi Ford m'avait fait démissionner.
Pendant la seconde grève, j'étais naturellement concerné, car j'étais un des dirigeants du Comité de solidarité (extérieur à l'usine). Malheureusement, l'organisation qui aurait dû représenter les travailleurs - le syndicat — n'est pas venu. Alors PEBCO a dû, à elle seule, assurer le soutien. Q. : Quelle attitude avez-vous adoptée vis-à-vis des «dissidents», c'est-à-dire de ceux qui ont repris le travail bien que les revendications n'aient pas été satisfaites ? R. : Notre attitude envers ces travailleurs, c'est de leur demander de se joindre à nous. Nous n'essayons absolument pas de les y contraindre, mais nous leur demandons de ne pas se désolidariser, de se joindre à nous jusqu'à la fin de la grève parce que les revendications n'ont pas été satisfaites. Q.: Y-a-t-il eu des négociations et qu'en est-il résulté ? R.: Les travailleurs étaient prêts à négocier, mais Ford
La refusé de négocier avec nous. La direction a déclaré qu'elle ne négocierait qu'avec le syndicat. En fait, il y a eu des négociations avec le syndicat et Ford a déclaré que les travailleurs seraient réembauchés et non réintégrés comme ils le demandaient. Q.: Le syndicat a donc négocié avec Ford ? R.: Le syndicat s'est, en effet, débrouillé pour négocier la réintégration, mais Ford a refusé. Ils ont été intransigeants sur ce point, il s'agissait d'une réembauche. Ils ont ensuite déclaré que peu leur importait si certains travailleurs ne reprenaient pas le travail, car il y avait suffisamment de chômeurs. Q.: Comment allez-vous riposter face à cette attitude de Ford? R.: Bon, une façon de faire pression sur Ford, c'est le boycottage des différentes usines Ford au niveau national et international. Pour réussir, il faut que les syndicats se mobilisent et soutiennent la grève. Nous devons egalement obtenir le soutien d'autres secteurs pour qu'ils fassent pression et que Ford réintégre tous les travailleurs. Q.: Pouvez-vous expliquer les objectifs que vous poursuivez ? R.: Nous ne luttons pas seulement pour le présent.
Cette grève n'est pas seulement dirigée contre Ford. Elle soulève le problème général de la condition des Noirs dans la République sud-africaine. Les problèmes des travailleurs de Ford sont les mêmes que ceux que rencontrent les travailleurs des autres secteurs. Donc, à Ford, ce n'est pas seulement pour les travailleurs de Ford que nous luttons, mais pour l'ensemble du peuple sud-africain.
La grève de Ford représente une contribution à la lutte de libération des travailleurs noirs en Afrique du Sud. Q.: Y-a-t-il déjà eu une grève à l'usine Ford ? R.: Pas à ma connaissance. Je n'ai pas entendu parler d'autres grèves à Ford. Je pense que Ford est une des entreprises les plus habiles à maintenir de «bonnes relations avec les travailleurs. Ils ont un système de formation. Les Noirs obtiennent des promotions, même à des postes de direction. Mais, malgré tout cela, une grève a éclaté à Ford. Voilà la preuve que les avantages accordes ouvriers de Ford ne se limitent pas aux ateliers. Un ouvrier est un ouvrier aussi bien dans l'usine qu'à l'extérieur de l'usine. Par exemple, Ford a construit des logements pour «ses» travailleurs. Ce sont les pires de toute la ville, pour 85 R (1) par mois, il n'y a ni eau ni électricité. Comment Ford s'imagine-t-il que les travailleurs peuvent s'en tirer quand ils gagnent à peu près 40 R par semaine ou moins ? Q.: Il y a-t-il quelque chose que vous voudriez ajouter ? R.: La seule chose que je peux ajouter, à un niveau général, c'est que pour éviter d'autres grèves, les patrons devraient se rendre compte que les Noirs sont des êtres humains et qu'ils ont, comme tout être humain, le droit de profiter des richesses du pays.
Il y a si longtemps que les Noirs ont vendu leur force de travail aux Blancs selon les conditions imposées par les Blancs. Mais les Noirs s'impatientent. Ils prennent conscience qu'ils détiennent une force et que, s'ils refusent de l'utiliser, l'économie du pays s'effondrera. Voilà où réside notre force : notre force, c'est notre nombre et nous pouvons utiliser efficacement cette force.
Le temps viendra où ils n'auront plus le choix et ne pourront plus dire aux Africains en grève : «Bon, vous ne voulez pas travailler, nous allons demander à vos cousins de s'embaucher.»
Les Metis sont aussi des «Noirs», ils devront bien s'en rendre compte. Les Hindous sont des «Noirs» et sont également opprimés. Une fois que tous auront pris conscience qu'on les exploite, qu'on les utilise contre les Noirs, l'industrie en souffrira parce que les Noirs ne peuvent
Les patrons doivent accepter les syndicats dans les entreprises, des syndicats indépendants, sans loi du gouvernement pour restreindre leurs activités, comme, par exemple, pour leur interdire toute activité «politique».
Il est impossible qu'un syndicat - un syndicat représentatif, un syndicat qui réponde aux aspirations des Noirs — ne fasse pas de politique parce que l'existence même des Noirs dans les usines est un problème politique. Il est impossible de séparer les problèmes politiques du
Tant qu'existera la discrimination raciale, la République connaîtra des grèves. Tant que les Noirs seront traités comme des esclaves dans ce pays, il y aura des grèves. (1) Un rand - R - égal 1.24 US dollar, soit environ 5,50 FF.
Si personne ne proteste contre cette situation, les Q.: Comment vois-tu l'articulation entre les revendica-
ENTRETIEN AVEC THOMAZILE BOTHA Question : Peux-tu nous parler de ton évolution et de ton expérience politique ? Réponse : Je suis né en 1948 à Port Elizabeth. En 1975
Get 1976, j'étais à l'université de Fort Hare, mais je n'ai pas pu terminer mes études. J'ai quitté l'université pendant la grève de 1976 et je n'ai pas pu y retourner pour des raisons financières.
Face à cela, n'en pouvant plus, j'ai senti qu'il fallait faire quelque chose. Il fallait créer une organisation qui réponde aux aspirations du peuple et qui reprenne exactement toutes les revendications du peuple, qui s'oppose aux structures que nous impose le gouvernement sans nous consulter.
Ce qui a déterminé mon évolution politique, c'est en fait les conditions de vie des Noirs. Je ne pense pas avoir eu de motivation plus importante que d'avoir vu comment les Noirs étaient traités dans ce pays. De plus, nos soi-disants dirigeants nous obligeaient à accepter
J'ai compris que les Noirs se voyaient refuser le «droit de naissance» dans ce pays et étaient déportés vers de soi-disantes «patries». On dit aux Noirs d'aller faire de la politique dans ces «patries». (L'ancien ministre de la Justice, James T.) Kruger, lui-même, a déclaré que d'ici cinq ans, il n'y aurait pas un citoyen noir en Afrique du Sud. C'est pour le moins choquant car cela voudrait dire que 88 % du pays serait pour les Blancs et seulement 12 % pour les Noirs. Toutes les régions désertiques sont destinées aux Noirs et toutes les régions fertiles, les villes sont réservées aux Blancs. Blancs ne comprendront pas que nous refusons. Q. : As-tu tions appartenu auparavant à d'autres organisa R.: Non, je n'ai jamais appartenu à aucune organisation politique, mais je me suis toujours intéressé à la politique. Q.: Quand et comment s'est constituée PEBCO ? R.: PEBCO a été créée en septembre 1979. Au debut, c'était une organisation de Zwide. Il existait une Association des habitants de Zwide qui avait été constituée parce qu'on voulait faire payer l'eau aux habitants de Zwide. A cette époque, l'eau coûtait plus de 100 R tous les deux mois. Quand les habitants s'étaient installés on ne leur avait pas dit qu'ils devraient payer l'eau. Alors ils se sont révoltés et ont refusé ce genre de procédés.
Ils se sont réunis et ont élu un Comité d'action our aller vérifier le compteur d'eau de Zwide. Ensuite nous avons eu d'autres revendications face à la mauvaise qualité de la construction des logements et aux loyers trop élevés.
Nous avons alors décidé de constituer une organistion plus large qui regrouperait toutes les structures représentatives des aspirations du peuple car nous savions que les problèmes auxquels nous étions confrontés à Zwide n'étaient pas spécifiques à Zwide. Ces problèmes étaient ceux de tous les Noirs de cette région et que donc il fallait que tous participent.
Nous avons fait une réunion à Centenary Hall où ( été élu un Comité directeur. Nous avons établi une plate forme et deux semaines plus tard, PEBCO était créée à la fin septembre. Q. : Au moment de sa création, est-ce-que PEBCO pensait s'occuper des problèmes dans les usines ? R.: A la création de PEBCO, nous pensions qu'elle devrait s'occuper de tous les problèmes des Noirs qui vivaient dans les villes, que ce soit des problemes dans leur travail ou au niveau de leurs droits civiques. En fait, les problèmes rencontrés par les Noirs font un tout; ce sont des problèmes économiques. Les Noirs sont expulsés de leurs logements parce qu'ils ne peuvent pas payer leurs loyers ce qui est directement lié à la question du travail. Q. : Il y a-t-il des liens entre PEBCO et les syndicats du
Cap oriental ? Si oui, avec quels syndicats et peux-tu nous expliquer quel type de liens. R. : PEBCO est en relation avec l'United Automobile
Rubber and Allied Workers' Union - Syndicat unifié des travailleurs de l'automobile, du caoutchouc el assimilés — qui s'occupe de la grève de Ford. Mais les relations sont mauvaises car ce syndicat refuse de poser les problèmes sur le plan politique. Q. : Est-ce-que PEBCO pense mettre en place des com-
Emissions ouvrières sur les problèmes qui se posent dans les usines ? R. : C'est là le problème. Si nous pouvions avoir un syndicat représentatif - autrement dit, si l'Allied Workers' Union pouvait être un syndicat représentatif — alors nous lui apporterions notre soutien et nous le renforcerions. Sinon nous serons obligés de créer un autre syndicat qui soit réellement représentatif du peuple tions de la communauté et celles des travailleurs ? R.: Les revendications de la communauté sont directement liées à celles des travailleurs parce que, comme je l'ai déjà expliqué, si les travailleurs ont des difficultés à payer leurs loyers, c'est parce qu'ils sont mal payés. De plus, ils ne peuvent pas trouver de logement s'ils n'ont pas de travail, et s'ils perdent leur travail, ils perdent automatiquement leur logement. Q.: Penses-tu que les syndicats devraient avoir une définition plus large de leurs préoccupations et de leurs activités ? R.: Oui, bien sûr. En fait, le syndicat et la communaute toute entière devraient travailler main dans la main. Q.: Est-ce que le terme «noir» dans PEBCO inclue les
Hindous et les Métis ? R.: Oui, c'est exactement cela. avec les Comités de gestion de Port Elizabeth ? R.: Nous avons des contacts avec tous ceux qui agissent
Men dehors des institutions gouvernementales. Par contre, nous ne pouvons avoir aucune relation avec des structures ou des organisations qui se placent dans le cadre du système. Nous avons de bonnes relations avec, par exemple, l'Indian Ratepayers Association — Association des contribuables indiens - de Molapo qui va bientôt se constituer en comité de PEBCO
Q.: Peux-tu expliquer la position de PEBCO sur le re-
Ofus de négocier ? R. : Le Conseil de la communauté n'a jamais été élu par le peuple. Il lui a été imposé. Le peuple refuse ces procédés. Nous ne pouvons donc pas négocier avec un organisme sans représentativité comme le Conseil de la communauté ou l'administration Bantu (2). Ce sont des obstacles et des organismes qui nous exploitent.
Donc, notre objectif est d'obliger les autorités locales et le gouvernement à reconnaître les Noirs. Nous voulons une représentation directe. Nous voulons un conseil municipal à Port Elizabeth. S'il faut un maire pour Port Elizabeth, nous élirons un maire. Nous sommes le peuple de Port Elizabeth que nous soyons noirs, verts ou jaunes. Q.: Combien y-a-t-il de membres à PEBCO ? R.: Plus de 3000 membres sont officiellement inscrits.
De plus, PEBCO a une grande influence. Notre objectif est d'avoir 10000 membres. Q.: Quelle est l'attitude des chômeurs vis-à-vis de
PEBCO ? R.: Ils sont généralement favorables. En fait, la majorité d'entre eux nous soutient. Q.: Quelle est la position de PEBCO vis-à-vis d'organisations ou de structures comme Inkatha (3) ? R. : La position est que nous ne reconnaissons pas Inkatha pour une seule raison : Inkatha se place dans le cadre fixé par le système. Le dirigeant d'Inkatha est un habitant d'une de nos soi-disantes «patries» et que de telles structures représentent un danger pour la communauté. On ne peut pas accepter ces «patries» ou l'idée d'un «développement séparé» tout en les critiquant. Je ne pense pas qu'on puisse obtenir quoi que ce soit dans ce cadre. Q.: Et que penses-tu des partis politiques du Bantustan ? R.: Nous ne reconnaissons pas ces «patries», nous ne pouvons donc pas reconnaître leurs partis politiques. Q.: Et le Coloured Labour Party - Parti travailliste des gens de couleurs - et son programme (4) ? R.: Tant qu'ils se placeront dans le cadre du système, nous ne pourrons pas les reconnaître. Nous ne reconnaissons aucun parti, aucune personnalité, aucun programme qui se place dans le cadre du système. Q.: Es-tu permanent ou dirigeant d'Azanian People's
Organisation - Organisation du peuple azanian (5) ? R.: Je suis sympathisant et non membre de cette organisation. Q.: Est-ce-que PEBCO travaille avec ou est soutenu par des organisations comme le Port Elizabeth Students Representative Council - Conseil des étudiants de Port Elizabeth-, Congress of South African Students - Congrès des étudiants sud-africains — ou l'Azanian Students Organisation - Organisation des étudiants azanians ? R. : Bien sûr. Un des objectifs de PEBCO est de coordonner toutes les organisations qui existent, qu'elles
ANGOLA
BANDE DE CAPR
Chopoho
Grootfontein •
NAMIBIE
Windhoeci
Walisbaie pie
• Mariental l
Capricorne (
Luderitz •
Port Nolloth
ATLANTIQ1E
LE CAP
C. de Bonne-Espérance vailler ensemble.
ble pour leur libération.
sentants» et n'ont pas besoin de députés !
(3)
Bantustan.
(4)
(5)
rapport avec l'histoire des peuples noirs.
ZAMBIE
Salisbury
RHODESIE
Cuvette de
Tokavanad
Bulawayo
Victoria
Francistow
• Chany
Serowe (
BOTSWANA
DÉSERT
Gaborone
DE KALAHARI
- Lobatse
* PRETORI
JOHANNESBURG
STaa
SWAZILA:
Newcastle
Welkom hetermariza
_•
Biodionen A FRIQUE
•DURBAN
LESOTHO
DU SUD Re
OCEAN INDIE
Oos Londer
Port• Elizabeth
200
400
600 soient de jeunesse ou d'adultes. Toutes les organisations représentatives des aspirations des Noirs doivent tra-
Q.: Quelle est ta position vis-à-vis de l'idéologie et du mouvement de la Conscience noire ?
R.: Je suis partisan de l'idéologie de la Conscience noi re. C'est avant tout une volonté d'unir les Noirs et de leur faire prendre conscience de leur oppression et pas seulement de leur oppression en tant que noirs parce il s'agit que, quand on parle de «conscience noire», avant tout d'un état d'esprit. Si tous les opprimés veulent se libérer, ils doivent s'unir. Ils doivent lutter ensem-
(2) Le Conseil de la communauté Bantu est un organisme fantoche, soi-disant consultatif, lié au Premier ministre Botha.
Il est composé de quelques notabilités noires et est censé «représenter» la communauté noire en «zone blanche». Cet organisme
«justifierait», aux yeux du régime, que les Noirs ont « leurs repré-
Inkatha YeNkululeko YeSizwe (Mouvement national de libération culturelle) est une organisation zoulou, dirigée par le chef Gatsha Buthelezi, ministre en chef du ZwaZulu
Jusqu'à sa dissolution en mars 1980, le CRC («Coloured
People's Representative Council» - Conseil représentatif des gens de couleur) était la principale organisation qu'utilisait le gouvernement pour tenter de s'assurer la collaboration d'un secteur de la population de couleur. Le «Labour Party» (Parti travailliste) était la plus important composante du CRC.
Une partie du mouvement noir emploie le mot Azanie au lieu d'Afrique du Sud, donnant ainsi à ce pays un nom en
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DÉSERT MOZAMBIQUE
Q.: Tu es apparu assez soudainement comme un dirigeant reconnu du Cap oriental. La plupart de ceux qui t'ont précédé, au début des années soixante, étaient de jeunes étudiants venus de la South African Students Organisation - Organisation des étudiants sud-africains — et du Black People Convention - Convention du peuple noir —, comme Steve Biko, Mapetla Mohapi, Barney Pityana, etc. Il y a peu de temps, au cours d'un entretien, tu as déclaré que Wilton Mkwayi et Raymond Mhlaba (6) étaient en droit de représenter Port Elizabeth. Quelle différence vois-tu entre ces anciens dirigeants et ceux qui sont apparus depuis le début des années soixante-dix ? R.: Les dirigeants qui sont apparus au début des années soixante-dix sont ceux qui sont hors du pays. Je ne m considère pas comme un dirigeant mais comet Walter Sisulu (7). Ils sont tous mes dirigeants et je les considérerais toujours ainsi. Ils sont toujours déterminés à lutter.
Ils représentent les expériences accumulées par le peuple dans les années soixante-dix. Ensuite il y a eu un reflux, mais il ne doit pas y avoir de vide, il faut que la lutte continue. Après l'interdiction des organisations en 1977, il y a eu un vide apparent car, en fait, il ne peut pas y avoir d'interdiction de se souvenir. Q.: Combien y-a-t-il en moyenne de réunions publiques de PEBCO par semaine et combien rassemblent-elles environ de personnes ? R.: Il y a bien sûr des rassemblements importants, jusqu'à 10000 personnes, en particulier dans nos meetings de New Brighton. Nous tenons deux meetings par mois. Q.: Comment fonctionne PEBCO du point de vue de la démocratie ? Comment sont choisis les dirigeants et prises les décisions ? R.: Nous essayons d'avoir le fonctionnement le plus démocratique possible. Les dirigeants sont élus par tous les membres. PEBCO a des comités dans tous les régions : Brighton, Kwazakhele, Walmer, Thembalethu, Zwide. Pour l'élection des représentants de PEBCO, chaque comité envoie quatre délégués et cette assemblée élit un secrétaire permanent et un président. Q.: La région de Port Elizabeth est celle qui a connu les luttes les plus dures et les plus longues de toute l'Afrique du Sud. Là les conflits ont été plus importants et plus longs qu'ailleurs. Par exemple, après le soulèvement de Soweto en juin 1976, les mouvements de révolte au Cap oriental ont continué pendant une longue période et à grande échelle. D'où vient, selon toi, cette tradition de résistance au Cap oriental ? R.: Je pense que l'unité est plus solide au Cap oriental qu'au Transvaal. Je pense que nous le devons à des gens comme Govan Mbeki qui ont participé à ces lutte.: C'est toute une tradition.
La compréhension est de plus facilitée par l'existence d'un seul groupe etnique, d'une seule langue (8). C'est au moins plus facile pour les gens de se comprendre. Q.: De quel secteur sont généralement issus les dirigeants de PEBCO : sont-ils des ouvriers, des enseignants, des commercants, des étudiants ou autres ? R. : Ce sont des ouvriers. Nous avons aussi le soutien de commercants, d'hommes d'église, d'avocats et bien sûr de beaucoup d'étudiants.
Thomazile BOTHA
Q.: Il y a-t-il autre chose que tu voudrais ajouter ? R.: Je dirais seulement que l'objectif de PEBCO est de constituer une organisation plus large. Tout d'abord PEBCO va créer au Cap oriental une structure qui regroupera toutes les organisations, tout le peuple du Cap oriental. Ensuite, nous voulons constituer une organisation nationale de défense des droits civiques. Q.: Avez-vous des comités dans des régions comme
Grahamstown, Queenstown et dans les autres régions noires ? R.: Nous avons déjà un comité directeur à Grahamstown, un groupe très solide à Uitenhage, un comité directeur à Graaff-Reiner et à Queenstown. Q.: Qu'en est-il de la ville du Cap, de Durban et des autres régions ? R.: Nous n'existons pas dans la ville du Cap, mais nous espérons y créer un comité. Nous n'existons pas non plus à Durban parce que cette région est infestée par Inkatha. Nous avons des contacts avec des habitants d'East London qui pensent constituer un groupe de défense des droits civiques.
Donc quand nous constituerons l'organisation du Cap oriental, nous créerons des comités dans toutes ces villes. Nous serons une organisation démocratique de tous les peuples du Cap oriental. Alors nous pourrons constituer une organisation nationale. (6) Tous les trois étaient des dirigeants de l'ANC («African
National Congress» - Congrès national africain), aujourd'hui interdit. Ils sont actuellement condamnés à la prison à vie et détenus dans l'ile de Robben. (7) Mandela et Sisulu sont également des dirigeants de l'ANC emprisonnés à vie dans l'ile de Robben. (8) A Port Elizabeth et dans le reste du Cap oriental la langue africaine dominante est le «xhosa».