E ler juillet 1980, en introduisant une hausse
| des prix de la viande, la bureaucratie polonaise a mis le feu aux poudres. Immédiatement à
Ursus, près de Varsovie, dans le combinat de machines agricoles, les Ateliers mécaniques Ursus, des arrêts de travail eurent lieu. L'entreprise a, il est vrai, une tradition déjà ancienne de luttes contre les hausses de prix et les manœuvres bureaucratiques pour faire payer la crise à la classe ouvrière : en juin 1976, ce furent les travailleurs d'Ursus et de Radom qui obligèrent le gouvernement à annuler la hausse du prix de la viande;
en décembre 1970, Ursus fut l'une des rares entreprises
Cyril SMUGA
Arrivée au pouvoir à la suite des grèves de la côte baltique, en décembre 1970, obligée finalement en février 1971 d'annuler la hausse des produits alimentaires qui avait déclenché les grèves des chantiers navals, par une grève massive des travailleuses du textile de Lodz, l'équipe Gierek
(Premier secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais, POUP) avait des marges de manœuvres fort réduites.
D'une part, l'insuffisance notoire de la production agricole nécessitait une forme de rationnement pour répondre aux exigences du marché, ce qui n'était pas possible du fait des protestations ouvrières; d'autre part, les augmentations de salaires, consenties en décembre 1970 et en janvier 1971, aggravaient encore les tensions du marché : l'inexistence de produits de consommation durable faisait que les travailleurs utilisaient leurs gains salariaux pour augmenter leur consommation alimentaire.
Crédits tout azimut et forte croissance
Dans cette situation, confiante dans la pérennité du «boom» économique capitaliste du début des années soixante-dix, la bureaucratie a du littoral. lancé le pays dans une course à l'industrialisation. Par dizaines de milliers, furent achetées à l'étranger des licences dans le but de moderniser l'industrie polonaise. Simultanément, le marché intérieur a été approvisionné grâce aux importations, tant alimentaires que de biens de consommation durable, achetés en Occident. Des milliards de dollars d'emprunts furent contractés auprès des banques capitalistes. Le développement de la production et des exportations polonaises était sensé permettre un remboursement rapide des emprunts et faire de la Pologne un partenaire commercial à la hauteur de son développement industriel.
Par contre, toutes les concessions que la bureaucratie a dû faire en janvier 1971, en ce qui concerne le «dialogue» avec les travailleurs, leur participation au contrôle de la production et à la mise en valeur de leur créativité, furent systématiquement défaites. Un exemple : alors que Gierek fut obligé de laisser faire des élections libres dans le syndicat du chantier naval Adolf Warski de Szczecin - et que des militants du comité de grève ont accédé aux responsabilités tant localement qu'au niveau régional, une politique systématique de répression/intégration dans l'appareil fut menée à leur égard. Bogdan Golaszewski fut assassiné le 10 août 1970. Edmund Baluka, intégré dans l'appareil, coupé des siens, fut licencié après avoir voté contre le rapport moral au congrès national du centre de la Pologne à suivre l'exemple des ouvriers
Dans les jours qui ont suivi, de nombreuses autres usines ont arrêté le travail. Partout, les grévistes exigeaient l'annulation de la hausse des prix et des augmentations de salaires. Le mouvement a touché, jusqu'au jour où nous écrivons, près de quarante entreprises. Dans le lot, une dizaine de très grandes concentrations ouvrières, employant comme Z.M. Ursus, l'aciérie Huta Warszawa ou l'entreprises automobile FSO
Zeran de Varsovie, entre 10000 et plus de 20000 des syndicats (il était le seul...), et finalement poussé à émigrer. En février 1976, un autre membre du comité de grève, Ulfik, mourut après une ventative de meurtre contre lui...
A aucun niveau la bureaucratie n'a voulu céder ne serait-ce qu'une parcelle de son pouvoir. Le slogan était :
«Produisez, consommez, nous ferons le reste!»
La crise économique capitaliste, le rétrécissement du marché qu'elle a provoqué et l'exacerbation de la concurrence qui a suivi, coupa court aux rêves du développement des exportations.
Les produits polonais, en dehors des produits des chantiers navals, bien que peu chers, n'é taient pas fiables, leur niveau technologique était incomparablement inférieur à celui des produits occidentaux. Par contre, la très forte croissance de l'éconmie polonaise
(entre 10 et 15 %) durant plusieurs années provoqua une accélération incontrôlée des importations.
En 1976, l'endettement vis-à-vis de l'étranger atteignait 12 milliards de dollars, équivalent d'une année d'exportations. Simultanément, la croissance de la production agricole, n'é tait que de l'ordre de 3 à 4% par an.
Et la peur de nouvelles grèves a fait que, sans possibilités de contrôle national, les bureaucrates locaux aug mentaient les salaires de façon importante : entre 1970 et 1976, les salaires moyens d'ouvriers industriels ont plus que doublé. Les tensions du marché alimentaire s'aggravèrent d'autant.
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Le premier «non» des En juin 1976, lorsqu'il fut clair que la politique du développement industriel accéléré n'avait fait qu'accroître les tensions diverses et que la économique capitalisme n'était pas un phénomène passager, les autorités tentèrent un tournant. Ce fut la hausse des prix des produits alimentaires de 100 à 150 % et la grève à Ursus où les travailleurs coupèrent la ligne de chemin de fer Poznan-Varsovie, Radom où le siège du comité local du POUP fut brulé. La grève se généralisa à l'ensemble du pays, provoquée autant au bout de deux jours, que par la répression contre ceux de
Incapable de mener une autre politique, la bureaucratie ne put que
Ice qu'elle avait fait faire : dans tout le pays, une «manœuvre économique» fut introduite : il s'agissait de stopper les investissements qui pouvaient encore l'être (en pratique, tout ce qui n'était pas considéré comme prioritaire, même si pour achever les travaux il ne manquaient plus que quelques semaines... !), de réduire drastiquement les importations afin d'utiliser les ressources ainsi dégagées pour payer la dette extérieure (condition sine qua non pour avoir de nouveaux prêts) et d'achever certains investissements considérés comme stratégiques. En fait, les pesanteurs locales et les erreurs de planification provoquèrent la continuation des investissements dans l'industrie lourde au détriment de ceux dans les transports, la production électrique, l'industrie fourragère et la transformation des produits agricoles.
Bilan de faillite
Après la course effrénée aux licences occidentales (1), ce fut le manque de pièces détachées, de matières premières, etc. Ensuite, l'arrêt de la construction plusieurs centrales électriques et, notamment, de l'immense complexe de Kozienice qui devait, à lui seul, assurer l'approvisionnement en énergie électrique d'un quart du pays; au même moon achevait la construction d'un des plus grands complexes sidérurgiques en Europe, Huta Katowice — grand consommateur d'énergie et d'autres investissements du même type, ce qui a produit un important déficit en électricité. En 1976, la Pologne se suffisait en énergie électrique et même en exportait vers les pays voisins. Aujourd'hui, en utilisant ses installations à pleine capaplus du tiers ! Conséquence : quasiment toutes les entreprises sont débranchées un jour par semaine ou par quinzaine!
Enfin, les inondations du printemps 1979 et celles de cet été n'ont pas été provoquées par le Bon Dieu -comme tente de le faire croire la bureaucratie , mais bien parce que, «manœuvre économique» oblige, «on» n'a pas considéré comme prioritaire l'entretien des digues de la régulation Dans un pays, au climat tempéré, plat, le prix à on parlait d'un tiers de la Pologne «sous l'eau», cet été rien ne garantit que le désastre sera moindre. Le manque à gagner, en ce qui concerne la agricole et la réparation des entreprises «sous l'eau», s'élévera, sans à plusieurs dizaines de liards de zlotys (2)... Il en a été de même lorsque les chutes de neige, phénomène assez fréquent en Pologne, avaient paralysé le transport et la production d'énergie dans l'ensemble du pays durant les premières semaines de janvier 1979. Il n'y avait pas
LE MOUVEMENT DE GREVES LE PLUS LONG ET LE PLUS buté aux Ateliers mécaniques Ursus, grand complexe de production de tracteurs et de machines agricoles, employant quelques 14000 ouvriers. Le lendemain, dans l'entreprise POLMO de Tczew, à une vingtaine de kilomètres de Gdansk, les 3500 travailleurs ont arrêté la production. Il en fut de même à WSK Mielec et à WSK Swidnik, deux fabriques d'avions et de matériel de communication, employant chacune plus de 10000 personnes. A Gdansk, le département K1 du chantier naval débrayait et les ouvriers d'ELMOR, en grève également, envoyaient une délégation à Gierek. A Varsovie et dans la région, c'était, outre Ursus où la grève se poursuivait, le complexe sidérurgique, Huta Warszawa, et le département des lampes pour téléviseurs noir-et-blanc de l'entreprise POLKOLOR Zelow, près de Piaseczno. Les ateliers d'entretien des tramways de la rue Kaweczynska, après avoir élu une délégation en assemblée générale, annonçaient une grève pour le 7 juillet si la hausse n'était pas annulée. Enfin, à Srem, la fonderie du trust Cegielski stoppait le travail les 2 et 3 juillet.
Partout, au bout de deux jours, les travailleurs obtenaient une augmentation de salaire de l'ordre de 7 à 10 %, soit sous forme de prime, soit assez de réserves de charbon et de fuel, pas assez de matériel pour dévoies férrées, pas assez de produits chimiques pour la faire fondre...
C'est, avec ce bilan désastreux de ses dix dernières années de règne et alors que l'endettement à l'étranger dépasse les 18 milliards de dollars, que l'équipe Gierek a décidé d'aug menter les prix de la viande de 70 à 80 %. En catimini, sans annonce officielle, et dans certaines régions du seulement, prudence oblige
Cette hausse a été d'autant plus durement ressentie par les travailleurs qu'elle touchait les produits jusqu'aà des prix ceux d'avant 1977, date à laquelle la bureaucratie a créé un viande et de dérivés de la viande dans chant des prix de 100 à 150 % plus élevés. Seuls les buffets d'entreprises, dans le réseau «normal», encore à peu près approvisionnés. La lendemain du ler juillet laquelle plusieurs entreprises étaient déjà en grève (3). MASSIF DE L'HISTOIRE DE LA POLOGNE POPULAIRE Mardi ler juillet, la grève à dé- directement intégrée au salaire. Simultanément, entre le 4 et le 7 juillet, l'augmentation des prix était annulée.
Cette première vague de grèves était caractérisée partout, sauf POLMO de Tczew et à Cegielski de Srem, par un degré d'auto-organisation inconnu en Pologne depuis la grève des chantiers navals de décembre 1970-janvier 1971. A Ursus, dans trois départements, des commissions ouvrières, elues par l'ensemble travailleurs et animées par des militants de l'opposition, furent constituées. Ailleurs, c'était l'élection de comités de grève ou de délégations pour negocier avec (1) Pour ne citer qu'un exemple, le département de production navale, celui des chemins de fer et celui du bâtiment, achetèrent chacun une licence de moteurs électriques semblable, qui pour les équipements de navires, qui pour les locomotives, qui pour les machines de chantier. Chaque moteur est produit à quelques exemplaires par mois alors que l'achat d'une seule licence aurait permis de développer une production massive, tant pour le marché intérieur que pour l'exportation. (2) Monnaie polonaise.
Voir à ce sujet les déclarations du «KOR» du 2 et du 11 juillet, publiées ci-après.
Partout, «grève» signifiait occupation de l'entreprise, méthode classique, connue dans les années trente sous le nom de «grève polonaise».
La deuxième vague
Obligée de reculer, la bureaucratie ne s'avouait pas vaincue. Le 8 juillet, l'augmentation des prix était à nouveau introduite dans presque toutes les régions du pays. Et ce fut la deuxième vague de grèves, plus massive bien que moins organisée. C'est que la répression qui s'était abattue sur les dirigeants, réels ou présumés, des grèves de 1970-1971 et 1976, incitait les travailleurs à la prudence. A la question : «Qui vous représente ?» dans plus d'un cas, l'assemblée générale répondait d'une seule voix : «Nous sommes tous nos représentants !». Les 9, 10 et 11 juillet, la grève toucha la brasserie de Lezajsk, l'entreprise Zamech de Elbag, AGROMET de Poznan et à Varsovie, l'entreprise de matériel de télécommunication, l'usine Swierczewski où une élue une délégation et menacé de faire grève, les travailleurs ont obtenu une augmentation de salaire de 10 %, la fabrique de montres électroniques, Wawel, et celle de réfrigérateurs, Mera, près de Varsovie.
Enfin, ce fut le tour de ESO Zeran où sont produites les voitures FIAT-Polski, le «Billancourt nais, qui emploie plus de 20000 travailleurs. Le vendredi 11, la direction annonce augmentations de 10 % et renvoie les travailleurs chez eux : «Les congés commencent le 14 juillet au soir, partez plus tôt !», s'entendent-ils dire. Rien à faire, ils reviendront le samedi occuper l'usine pour que l'augmentation concédée sous forme de prime soit intégrée au salaire. Ils l'obtiendront !
D'autres entreprises font grève, suivant l'exemple de ceux qui ont gagné 10 %. L'opposition regroupée autour du Comité d'autodéfense sociale, KOR et de sa cheville ouvrière, le bulletin bimensuel, Robotnik (l'ouvrier), qui popularise de toutes ses forces; les radios étrangères, émettant en polonais, reprennent les informations parues dans la presse occidentale, dont celles parues Rouge, n'y sont pas pour rien. Partout, les travailleurs savent qu'il est possible de gagner. Des grèves reprendans certaines entreprises qui ont déjà débrayé dans les premiers jours de juillet, notamment à Ursus et à WSK Swidnik où ils obtiendront 15 % d'augmentation. Varsovie, la majorité des grosses boites est en grève : les ateliers de répa- été formés.
MER BALTIQUE Gdynia 1
Slupsk Gdansk (Dantzig) ozczecin Bydgoszcz Torun Wloclawek Poznan Legnica • Wroclaw Czestochowa •Walbrzych Opole L Bytor 3 Gliwice TCHECOSLOVAQUIE ration des machine-outils, Polar-rewena, les producteurs de vodka de Polmos, la fabrique des cuirs et peaux, Syrena et trois grandes entreprises textiles : Zaklady Lniarskie, Zyaradowskie zaklady tkanin technicznych, et Stella. Dans cette dernière qui emploie une majorité de femmes dont de nombreuses mères célibataires, un comité de grève clandestin est créé. Le KOR organise des collectes pour permettre à la grève de tenir.
La seule grève où le syndicat officiel, en tant que tel, a joué quelque rôle, est celle de WSK Swidnik : craignant que la répression s'abatte sur leurs délégués, les ouvriers ont exigé et obtenu que le conseil syndical les représente aux côtés des délégués durant les négociations avec la direction.
La grève générale de Lublin
Dès le 9 juillet, un certain nombre de grèves ont démarré dans les entreprises importantes C'est le cas dans la fabrique de camions de Lublin, dans la chaussure chez Buczek, aux abattoirs, dans l'entreprise qui produit des balances et à AGROMET. Dans au moins deux entreprises, dans l'usine de préfabriqués pour le bâtiment et chez les cheminots, des comités de grève ont
1 Elblag Olsztyn'e • Grudziadz
Bialystock , VARSOVIE URSS
LODZ
Radom Lublin Kielceje Ostrowiec CRACOVIE
Les cheminots exigaient des élections libres dans le syndicat, l'aug mentation des allocations familiales jusqu'au niveau des allocations que touchent les militaires et la police sécurité, une prime anniversaire», des samedis libres (4), une augmentation égale pour tous de 1200 zlotys, l'interdiction l'entrée des flics sur le terrain de «l'entreprise» et la sécurité garantie pour les grévistes. Les revendications du bâtiment étaient similaires : allocations familiales, abrogation du réseau des magasins «commerciaux», augmentation horaire égale pour tous de 5 zlotys.
L'arrêt des trains, suivi par la grève des transports en commun municipaux a entraîné la grève de toutes les entreprises de la ville. Pendant quelques jours, il n'y avait pas de pain, les boulangers s'étant joints au mouvement. La situation a été considérée suffisamment grave pour que les autorités réquisitionnent l'armée pour assurer le transport et l'approvisionnement de la ville. Cependant, en de l'arrestation pendant 48 heures de six militants de l'opposition, nous ne connaissons pas de cas
La bureaucratie a reculé, annonçant même, dans la presse, que les «exigences des travailleurs étaient justifiées». Dans une lettre du Bureau
En Pologne, un samedi par mois est chômé, mais pas dans les transports.
politique du POUP, publiée par l'organe local, Sztandar Ludu, les bureaucrates ont néanmoins mis en garde contre «les inquiétudes que suscitent les arrets de travail chez nos
Dès le 2 juillet au soir, le KOR - qui est apparu comme le principal groupe d'opposition - diffusait un court communiqué relatant les grèves. Les militants du KOR et de Robotnik, lorsqu'ils n'étaient pas présents dans l'usine, se rendaient sur place vérifier les informations reçues sur les grèves et distribuer la déclaration ainsi que le numéro 56 de Robotnik, paru le ler juillet, à la veille des grèves. Une permanence téléphonique était dans plusieurs appartements de Varsovie. Le KOR informait quotidiennement la presse étrangère sur les grèves, ne donnant que les informations qu'il avait pu vérifier.
Le 11 juillet, une nouvelle déclaration était prête, suivie le lendemain du numéro 57 de Robotnik qui la publiait ainsi que des articles relatant le déroulement des grèves connues à ce ce moment, présentait les revendications avancées et les formes d'organisations.
de façon détaillée, l'expérience d'Ursus, la plus avancée selon les militants de l'opposition.
Le KOR s'engageait à venir en aide aux travailleurs réprimés cause de grève et commençait à collecter un fond de grève pour certaines entreprises.
Simultanément une série de revendications immédiates (5) publiées parmi lesquelles il faut noter l'introduction du rationnement la viande, seule façon égalitaire, selon le mouvement, de répartir la pénurie.. (En l'absence d'un contrôle populaire et vu l'inégalité des revenus et des pouvoirs, le rationnement en stimulant le marché noir, risque d'avoir les
LA GRANDE PEUR DES BUREAUCRATES ET LA CRISE QUI APPROCHE La réaction de la bureaucratie a été, dès le début, de reculer face à la classe ouvrière organisée et soutenue (et informée régulièrement) par l'opposition. Les directions des entreprises ont partout accepté de discuter avec les grévistes, signant là où les travailleurs l'exigeaient des engagements à ne pas réprimer les grévistes. Les premiers jours, les prix ont valsé sous les coups de butoir du mécontentement ouvrier. Partout, les travailleurs ont obtenu des augmentations de l'ordre de 7 à 15 %. Et là où les organisations créées pendant les grèves voulaient se maintenir, la bureaucratie n'a pas été capable de s'y amis et alliés». Tout le monde a compris : «L'URSS — dont la frontière est à peine à 50 kilomètres de Lublin - veille.» L'OPPOSITION AU RENDEZ-VOUS effets opposés.) Interrogé par nous au téléphone, Jacek Kuron, animateurs déclarait : «Nous pensons que, dans cette vague de grèves, nous pourrons gagner en expériences, populariser — ce qui est le plus important - les expériences les plus avancées. Et, comme nous nous attendons à un «automne chaud», nous pensons que cet automne nous arriverons à généraliser l'auto-organisation de l'ensemble de la société mais, en premier lieu, celle des travailleurs. (6)» Le chemin parcouru par le KOR, né en septembre 1976, est énorme : il a aidé les travailleurs réprimés et est, aujourd'hui, capable d'organiser les travailleurs les plus avancés, de populariser les luttes, même s'il reste un mouvement hétérogène dont les options pocontradictoires aboutissent souvent à des compromis ambigus (7).
Organisation pragmatique dont l'idéologie est confuse marxiste dans un pays où les travailleurs font massivement grève contre un gouvernement se prétend «marxiste», n'est pas un réflexe évident !), penchant tantôt vers l'église lorsque celle-ci montre sa force, tantôt vers la paysannerie, lors des grèves du lait en KOR s'est, cette fois-ci, orienté vers le soutien à la classe ouvrière. Seul tion, il a été capable de le faire. Et aujourd'hui par le biais de Robotnik - bulletin bimensuel tiré à 30000 exemplaires et dont le KOR veut tripler le tirage d'ici l'automne - il incarne la mémoire collective de la intellectuel, il s'étend vers réseau d'ouvriers combatifs.
De répression, en dehors de quelques arrestations d'opposants pendant 48 heures - fort nombreuses — point ! La milice a même reçu une circulaire la mettant en garde : «Ne vous montrez pas en uniforme près des usines, à fortiori lorsqu'elles sont en grève. Ne faites pas circuler de cars dans les environs de ces entreprises. Si, lors des pillages de magasins, vous devez intervenir, faites le vite et dans le calme. Ne le faites, en aucun cas, s'il y a risque de bagarre !»
Simultanément, sont apparues dès les premiers jours dans le monolithisme de l'appareil.
Par exemple, Stanislaw Kania, membre du Bureau politique, a prononcé à Gdansk devant les cadres du parti un discours mettant implicitement en cause la direction actuelle et se posant en candidat au pouvoir. Le parti ne contrôle plus la crise de l'économie. Il ne connaît ni la production réelle ni les dépenses — toutes les statistiques sont fausses — et même l'approvisionnement en pain n'est pas garanti pour les prochains mois ! Le rédacteur en chef de Polityka, hebdomadaire central officieux du POUP, après avoir félicité les réussites de la politique étrangère de Gierek, a brossé un tableau de la situation économique sombrement réaliste, mettant en cause les méthodes du pouvoir actuel. Dans un autre article, il n'a pas manqué de rappeler sa fonction de député «élu du peuple», alors que l'hebdomadaire n'a pas l'habitude de rendre compte des débats de la Diète. Les «dauphins» fourmillent !
Si, de concession en sion, la bureaucratie a réussi, semble-t-il, a arrêter la vague de grèves en cours, notamment grâce aux départs en congés payés, la crise a toutes les raisons de rebondir cet automne. D'abord, parce que les hausses de prix — celle déjà entrée en vigueur et les autres, inévitables en particulier sur le marché libre - vont réduire portion congrue les gains salariaux obtenus. Ensuite, parce que les travailleurs, conscients de leur force, vont s'opposer de plus en plus à la gabegie bureaucratique. Enfin, parce que les réformes réclamées par une partie des tenants du pouvoir, risquent fort de ressembler à un plan d'austérité déguisé.
Les travailleurs connaissaient déjà l'incapacité des bureaucrates à gouverner le pays. Ils mesurent aujourd'hui leur faiblesse. Le développement de l'auto-organisation ouvrière, même sous la forme syndicaliste des commissions ouvrières ou des délégués d'atelier, ne manquera pas de poser le problème du droit des travailleurs à contrôler la gestion de leurs entreprises. De là à revendiquer l'autogestion, démocratiquement centralisée pour l'ensemble de l'éco nomie, il n'y a qu'un pas. En Pologne, maillon le plus faible de la chaîne bureaucratique, la crise ne fait que commencer. Le 21 juillet 1980
Voir la déclaration du «KOR» du Voir interview à «Rouge» publiée dans le numéro 928 du 18 juillet 80. Voir «Inprecor» numéro 59 du 19 septembre 1979 : «Voyage à l'intérieur de l'opposition polonaise».