Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

Déclaration du KOR du 2 juillet 1980

· Inprecor n° 82-83, 31 juillet 1980 · p. 7 · 749 mots

Pologne Syndicalisme

L E 1er juillet une augmentation importante du prix de certaines qualités de viande et charcuterie a été introduite. Etant donné qu'il n'y a pas eu de communiqué officiel annonçant cette hausse, la société ne connaît ni son étendue, ni son taux. On sait seulement que, dans les boucheries et dans les buffets d'entreprises, les marchandises vendues jusqu'alors aux prix de marché, ont été vendues aux «prix commerciaux» (1), c'est-à-dire deux fois plus cher.

Nous savons qu'apprenant l'augmentation des prix, les ouvriers de trois entreprises de Z.M. Ursus se sont mis en grève. Au total, sur les 17000 travailleurs de Z.M. Ursus, 40 % ont pris part à la grève jusqu'à aujourd'hui. Les grévistes exigent l'échelle mobile des salaires pour compenser l'augmentation des prix et avancent des revendications liées aux conditions de travail et aux salaires dans les diverses entreprises : le triplement de la prime pour les travaux effectués dans des conditions nuisibles pour la santé, 10 % de prime pour le travail de nuit, etc.

Les grèves durent de deux à plusieurs heures. Elles s'interrompent durant les discussions avec la direction qui s'engage à prendre en considération les revendications et à donner une réponse ultérieurement. La direction s'engage par écrit à ne pas réprimer les grévistes. Ces engagements sont remis aux représentants des grévistes. A Z.M. Ursus, la grève se poursuit toujours dans le secteur du montage et dans celui des roues dentées.

Le 2 juillet à Tczew, une grève a commencé dans l'entreprise produisant des accessoires automobiles POLMO. Toute la première brigade a fait grève et, à 14 heures, la deuxième brigade a également commencé la grève. L'entreprise emploie environ 3500 travailleurs. Les grévistes exigent une augmentation des salaires compensant la hausse des prix.

Nous recevons des informations sur les grèves dans d'autres entreprises mais, pour le moment, nous ne pouvons les vérifier.

La façon dont l'augmentation des prix a été faite montre, une nouvelle fois, le mépris de la société et de ses droits. La crise économique dure depuis plusieurs années déjà. Les autorités d'Etat n'ont rien fait pour améliorer la situation du pays. Elles rejettent les conséquences de leur incapacité sur la société. L'augmentation des prix, sans une réforme économique et sociale générale, n'améliore rien.

Le Comité d'autodéfense sociale, KOR, exprime son entière solidarité aux grévistes et appuie leurs exigences. Nous soulignons, en particulier, notre soutien à la revendication d'échelle mobile, qui peut, moins en partie, arrêter la paupérisation de la société qui s'accentue.

Nous exigeons une information complète sur l'actuelle hausse des prix. Nous exigeons la publication du bilan alimentaire (production, consommation, commerce extérieur, autres dépenses). Nous exigeons une information complète sur l'étendue des protestations ouvrières. Nous mettons en garde les autorités de la République populaire de Pologne devant l'irresponsable provocation de la société, qui peut mener à une catastrophe nationale. Nous appelons à mener des négociations sérieuses avec les représentants, indépendants, élus démocratiquement, des travailleurs.

Nous nous adressons aux ouvriers de toute la Pologne. Nous metgarde devant les formes de protestation qui pourraient être utilisées par les autorités pour provoquer des émeutes. La forme de lutte ouvrière la plus efficace pour les intérêts des travailleurs et de toute la société, et surtout la moins dangereu se pour toute la nation, est l'auto-organisation au sein des entreprises, l'élection de représentants ouvriers indépendants pour qu'ils présentent, au nom de tous les travailleurs, les revendications, mènent les négociations avec les autorités, dirigent l'action ouvrière de façon responsable mais résolue. Les travailleurs doivent être conscients que seule l'action solidaire peut donner des résultats positifs. Avant tout, il ne faut pas permettre que les autorités commencent une quelconque persécution des grévistes et des dirigeants ouvriers, réels ou supposés.

Nous nous adressons à l'ensemble de la société pour qu'elle appuie solidairement les exigences ouvrieres. Varsovie, le 2 juillet 1980 Comité d'autodéfense sociale, KOR

Les «prix commerciaux» ont été introduits, en 1977, dans un certain nombre de magasins. Il s'agissait de contourner l'engagement pris par le gouvernement, au lendemain de la grève générale de juin 1976, de ne pas augmenter les prix. En principe, ces magasins devaient vendre la viande et la charcuterie de meilleure qualité. En fait, ce sont les seuls magasins où, sauf dans les conditions exceptionnelles quand la bureaucratie «fait un geste» (à la veille de Noël par exemple), on peut trouver la viande et la charcuterie. Les prix pratiqués y sont 100 à 150 % plus élevés que ceux pratiqués parlesboucheries ordinaires qui, elles, ne sont pas approvisionnées.

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