Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

Déclaration du KOR du 11 juillet 1980

· Inprecor n° 82-83, 31 juillet 1980 · p. 8-10 · 2 085 mots

Pologne Syndicalisme

L E ler juillet, une forte hausse du prix de la viande et de la charcuterie a été introduite. Le 2 juillet, au cours du journal télévisé, le vice-président de Spolem (2) a officialisé la hausse qui ne touchait plus qu'une partie des articles augmentés la veille. Le 4 juillet, dans diverses régions du pays, dans les buffets d'entreprises (3) et dans certains magasins, on a vu le retour aux anciens prix pour quasiment tous les articles augmentés trois jours auparavant. Dans d'autres régions, par contre, les nouveaux prix ont été maintenus dans les buffets et les magasins. Les jours suivants et jusqu'à ce jour, la valse des prix a continué. Par exemPaciérie Huta Warszawa, le Ier juillet, dans le buffet d'entreprise de les nouveaux prix ont été introduits; le 3 juillet entre 7 et 12 heures, les anciens prix étaient en vigueur entre 12 et 14 heures, ensuite les nouveaux à partir de 14 heures le 3 et durant toute la journée du 4, on est revenu aux anciens prix, puis du 5 jusqu'à ce jour, ce sont les nouveaux prix qui sont appliqués.

Le 9 juillet, a eu lieu, à Varsovie, la réunion de la direction centrale du Parti et des gestionnaires de l'économie. Le maintien de la hausse des prix a été confirmée mais pour moins de produits que ce qu'avait annoncé le vice-président de Spolem (deux qualités de viande, le lard, certaines volailles et conserves). Pour l'année prochaine, une hausse des retraites dites de «l'ancien portefeuille» (4), une augmentation substantielle des allocations familiales et une hausse des plus bas salaires ont été annoncées.

Les autorités retirent la hausse des prix, l'introduisent à nouveau puis la réduisent, promettent la hausse des salaires, le tout sous la pression des protestations ouvrières, des revendications appuyées par des menaces de grève et par des grèves.

Actuellement, nous possédons des informations sur les grèves dans 14 entreprises (5) : l'aciérie Huta Warszawa, l'entreprise automobile FSO à Varsovie, Z.M. Ursus près de Varsovie, WSK Mielec, WSK Swidnik, POLMO à Tczew, POLCOLOR Zelow à Piaseczno près de Varsovie, ZELMOT à Varsovie, le combinat de construction de Rzeszow à Dabrowa Gornicza, les abattoirs de Grudziadz, le département K 1 des chantiers navals de Gdansk, l'entreprise Rosa Luxembourg de Varsovie, KAMET de Poznan, Cegielski a Srem.

Dans cinq entreprises, les travailleurs ont exigé l'ajournement de la hausse de prix, dans huit, une aug mentation des salaires, dans une autre (FSO), une hausse des salaires et une baisse des prix. Partout où les travailleurs ont exigé l'augmentation des salaires, la direction s'est engagée à les augmenter.

Dans trois départements de Z M. Ursus, des commissions ouvrières ont été créées. La direction s'est engagée, par écrit, à ne pas réprimer les grévistes. Les travailleurs exigent l'échelle mobile des salaires.

«Spolem» est la coopérative qui contrôle la plupart des magasins alimentaires de l'ensemble du pays.

Dans certaines entreprises, les buffets vendent également des biens de première nécessité, dont la viande et la charcuterie. Les prix pratiqués y sont ceux du réseau ordinaire (voir note 1). Ils sont, en général, mieux approvisionnés que les réseaux publics afin d'éviter le mécontentement des travailleurs. C'est l'augmentation de certains produits vendus dans ces buffets (notamment du lard et du jarret de porc) qui a mis le feu aux poudres le ler juillet 1980.

Les grèves continuent dans tout le pays. Dans la déclaration en date du 2 juillet (6), nous écrivions : «Le comité d'autodefense sociale KOR, exprime son entiere solidarité aux grévistes et appuie leurs exigences. Nous soulignons en particulier notre soutien à la revendication d'é chelle mobile... La forme de lutte ouvrière la plus efficace pour les intérêts des travailleurs et de toute la société, et surtout la moins dangereuse pour toute la nation, est l'auto-organisation au sein des entreprises, l'élection démocratique représentants ouvriers indépendants pour qu'ils présentent, au nom de tous les travailleurs, les revendications, mènent les négociations avec les autorités, dirigent l'action ouvriè re de façon responsable mais résolue Les travailleurs doivent etre conscients que seule l'action solidaire peut donner des résultats positifs. Avant tout, il ne faut pas permettre que les autorités commencent une quelconque persécution des grévistes et des dirigeants ouvriers, réels ou supposés.»

La politique irresponsable d'investissements menée au cours des années soixante-dix, la politique agricole qui a conduit à la crise de l'offre des produits agricoles, tout cela a créé une véritable catastrophe économique. Un des facteurs de crise est également le système des prix con-

Il s'agit de retraites dont le paiement a commencé avant la promulgation, suite aux grèves de 1970-71, de la nouvelle loi sur les retraites. Leur montant est inférieur de moitié aux retraites accordées depuis. (5) Cette liste a été établie le 11 juillet.

Elle ne comporte donc que les informations reçues et vérifiées par le «KOR» à cette date. Depuis, le nombre des grèves connues a doublé. (Voir article ci-dessus.) (6) Voir document publié ci-dessus.

Page 9

traire aux lois économiques et maintenu depuis des dizaines d'années. Mais ce système ne peut être changé que dans le cadre d'un changement radical de l'ensemble de l'économie. Le système économique actuel est irrationnel, il freine le progrès, gaspille l'effort humain et sape le moral des

On critique les ouvriers en disant qu'ils travaillent mal, que la paresse règne et que la journée de travail n'est pas utilisée. Mais tout cela vient du fait que les gens ne veulent pas travailler à cause du système des stimulants (7) et du fonctionnement de l'ensemble de l'économie. Ce n'est pas du fait des ouvriers qu'il manque des matières premières ou que l'usine s'arrête parce qu'on a coupé le courant. Le Parti ouvrier unifié polonais, POUP, veut se décharger sur la société de la responsabilité de ses propres erreurs, de son incapacité et de son incompréhension des processus éco-

Le changement du système des prix ne pourra être accepté que lorsqu'il sera un petit maillon d'une réforme radicale de l'économie. En effet, la cause essentielle de la crise, c'est la politique, vieille de plusieurs années, des gouvernements de la République populaire de Pologne qui consiste à prendre les décisions en dehors de la société et à remplacer les réformes économiques nécessaires par des mesures au jour le jour. Les conséquences négatives de cette politique pèsent entièrement sur la société et en particulier sur les couches les plus démunies.

Il faut entreprendre immédiatement les actions nécessaires pour sauver le pays de la catastrophe : 1 - Le système économique et la façon dont sont prises les décisions concernant l'ensemble de la société doivent être radicalement changés. Le Comité d'autodéfense sociale, KOR, ne se prononce pas sur les orientations de cette réforme. Nous sommes persuadés que seule une discussion pan-nationale peut les définir. Sans doute, une telle discussion prendra en compte les propositions de réformes formulées durant ces dernières années par les institutions sociales indépendantes. Le programme gouvernemental des réformes et le calendrier de sa réalisation doivent, de la même façon, être clairement formulés. Dans le cas contraire, nous répondrons aux actions au jour le jour du gouvernement par des actions de riposte au jour le jour des différents groupes sociaux. 2- Etant donné que la cause immédiate de l'actuelle tension est la situation du marché alimentaire en particulier, du marché de la viande, il faut immédiatement stopper la politique qui provoque la faillite des paysans individuels, principaux producteurs de la nourriture. Il faut garantir la propriété privée de la terre, la liberté de la vendre et de l'acheter. Toutes les formes de production agricole (familiale, coopérative et étatique) doivent être traitées de la même façon en ce qui concerne l'approvisionnement, la vente, les crédits, l'impôt et les droits de recours à la justice. Il faut consacrer à l'agriculture individuelle une juste part, plus importante qu'elle ne l'est actuellement, de fourrage et des autres moyens de production liés à l'agriculture.

Tant que ce changement de la politique agricole ne conduira pas à l'augmentation des livraisons de produits alimentaires sur le marché et tant que les autorités de l'Etat ne seront pas capables d'assurer l'approvisionnement de tous en viande, accessible dans les magasins au prix normal, il faudra supprimer les «prix commerciaux» (8) et introduire le rationnement général de la viande et de ses dérivées, c'est-à-dire des tickets de rationnement au prix d'avant le ler juillet 1980.

Il est nécessaire de publier l'ensemble des données concernant la situation économique et, en particulier, l'endettement vis-à-vis de l'étranger et le bilan en entrées/sorties de la viande (production globale, consommation individuelle et collective, commerce extérieur).

Best particulièrement important que les discussions et les négociations à venir se déroulent dans le calme et que leurs résultats expriment le point de vue réel, de tous les groupes sociaux. Les autorités doivent comprendre qu'elles n'éviteront pas la négociation avec la société. Mais c'est d'elles que dépend le climat dans lequel ces négociations se dérouleront : dans le calme ou dans l'atmosphère d'une lutte de plus en plus déterminée.

Le Comité d'autodéfense sociale, KOR, en accord avec ses buts, souligne la nécessité de rétablir les droits des citoyens. Ils ont été garantis dans les «Chartres des droits de l'Homme», ratifiées par la RPP. L'observation de ces droits par les autorités créera les conditions d'un accord en ce qui concerne les réformes économiques, politiques et sociales les plus urgentes.

Il faut rendre possible aux assemblées de travailleurs l'élection de commissions ouvrières, de commissions d'employés, de syndicats indépendants et d'autres formes de représentation capables de défendre les intérêts des travailleurs.

Il faut rendre possible l'organisation des citoyens, la lutte pour la proposition et la réalisation d'initiatives dont le but est

Pour faciliter cela, il faut chan- Il faut changer le Code du Tra-

Avail et, en particulier, supprimer l'article 52/1 qui permet le licenciement pour cause de grève. Le droit de grève doit être garanti par la loi. d'une discussion pan-nationale sur la situation actuelle; à côté de facteurs proprement économiques, il y a le censure et le monopole des mass-média (presse, radio, television) qui permet non seulement d'empêcher lex pression des opinions réelles de la société mais également les prises de pospécialistes lorsqu'elles sont considérées comme gênantes. De cette façon, aussi bien la société que les autorités, sont privées de tout contrôle sur la situation du pays et les gens qui connaissent les problèmes économiques et sociaux ne peuvent faire entendre leurs propositions ni auprès des autorités ni, ce qui n'est pas le moindre, auprès de leurs concitoyens. Le de cette situation ne permet pas de trouver de solutions et augmente ainsi le danger - Il faut donc permettre l'accès des mass-média aux experts indépendants, publier les prises de positions des assemblées de travailleurs, des organisations indépendants, stop per les poursuites contre les éditions et la presse indépendantes. - Il faut supprimer la censure préventive et promulguer une loi sur la presse qui précise les sanctions nécessaires à la protection des secrets militaires et des personnes privées. - Il faut arrêter la répression que subissent les gens qui menent une activité sociale et politique

En fonction de l'accomplissement du plan général, les ouvriers touchent une prime. Cela dit, on fait encore largement appel aux «stimulants idéologiques» (tableau d'honneur, etc.) dont les travailleurs ne se soucient guère quand ils ne cherchent pas à les éviter.

Voir ci-dessus note (1).

Page 10

Les compétences de la milice et des services de sécurité devraient être réduites.

Il faut rétablir l'indépendance de la justice.

Tous les prisonniers politiques doivent être immédiatement libérés.

Nous avons précisé ci-dessus les conditions minimales qui permettraient d'entamer une discussion pan- nationale sur la situation actuelle et d'arriver à une entente entre la société et les autorités. Le Comité d'autodéfense sociale, KOR, s'adresse à l'ensemble de la société et, en particulier, aux assemblées ouvrières pour pour qu'elles appuient ces propositions et les mettent en avant dans les négociations à venir avec les autorités. Il ne faut pas se satisfaire d'un retrait partiel de la hausse des prix ou d'une indemnité partielle obtenue seulement dans les entreprises les plus importantes. Ces reculs des autorités n'améliorent pas les conditions de vie, en particulier, pour les couches les plus démunies. Il s'agit non seulement des conditions de vie, mais aussi il est très important d'arrêter le processus de désagrégation de l'Etat et de la société. L'irresponsabilité des autorités ne nous libère pas de notre responsabilité envers notre pays. Comité d'autodéfense sociale, KOR N.B. : Le Comité d'autodéfense sociale, KOR, conformément à ses buts, viendra en aide à tous ceux qui auront été réprimés pour leur participation aux grèves. Dossier Pologne

Une erreur sur cette page ?