Fred MURPHY L ES organisations de masse ouvrières et paysannes ont lancé une campagne pour que le gouvernement révolutionnaire application des décrets sur les salaires, les conditions de travail et l'utilisation de la terre. Principales cibles : les capitalistes récalcitrants et les propriétaires terriens; les trateurs bureaucrates de certaines entreprises nationalisées se sentent aussi menacés.
A la suite d'une action menée par l'Association des travailleurs agricoles (ATC), dont la direction est sandiniste, une loi fut adoptée le 11 juin par le Conseil d'Etat, qui prévoyait une augmentation de 125 cordobas par mois pour tous les travailleurs qui gagnaient moins de 1200 cordobas par mois (10 cordobas valent un dollar au taux de change officiel).
Cette augmentation des salaires touche environ 300000 travailleurs nicaraguayens parmi les moins payés, et parmi eux environ 80 pour cent sont ouvriers agricoles. Allant l'encontre des objections des délégués bourgeois du Conseil supérieur de l'entreprise privée (COSEP), le Conseil d'Etat a décidé que cette augmentation serait rétroactive à partir du ler juin.
Depuis que cette mesure a été prise, de nombreux employeurs privés affectent d'ignorer le décret ou bien refusent purement et simplement d'augmenter les salaires. taines entreprises d'Etat pris un certain délai avant d'accor1er juillet, l'Inter-syndicale - un organe de coordination comprenant l'ATC, la Centrale sandiniste des travailleurs (CST) et la Confédération des travailleurs indépendants (CGT-i) - a appelé «tous les travailleurs du pays à exiger la mise en application effective des acquis des travailleurs». «1 - Demander dans entreprises une augmentation de 125 cordobas pour les travailleurs qui en gagnent moins de 1200;» «2 - Saisir l'Inter-syndicale, la CST, la CGT-i, ou l'ATC au cas où les employeurs refuseraient de se plier à cette décision ;» leur contrôle sur la production
De Managua. - «3 - Demander que chaque loi révolutionnaire à l'avantage travail».
mette en
«plan de lutte»
19 juillet. Le plan adminisprend des salaires, mais exige respect santé la le respect rantis par la révolution.
du triomphe de la révolution».
à
CAUS (1), dont la direction de ce conflit.
jours; dans certains cessions mentations de article nista, l'hebdomadaire du FLSN - qui est en général centré sur les questions syndicales, miques - tirait les leçons de la grève :
des travailleurs soit appliquée sur les lieux de
La CST, pour sa part, a établi un ambitieux, plus qui représente la contribution de cette centrale à la célébration du allons créer
1er anniversaire de la révolution, le ment du décret sur l'augmentation aussi le des lois sur la sécurité et dans l'industrie, des contrats de travail comprenant le paiement des congés et des retraites et des droits syndicaux gat-il,
«Afin d'obtenir la satisfaction de nos revendications,» dit le plan, «nous utiliserons toutes les formes de luttes que nous nous sommes données lors travailleurs».
LE CONTEXTE DE LA CAMPAGNE
Ce sont les grèves qui ont eu lieu dans plusieurs entreprises d'Etat en juin qui ont attiré l'attention de la CST sur la nécessité d'être plus salaires et les conditions de travail.
On a vu des cas où les syndiqués ont appelé à des arrêts de travail, pour des revendications salariales et cela contre l'avis des dirigeants de la des militants».
Le conflit le plus important politique
CANAL, au sud-ouest de Managua, et classe à l'usine PLYWOOD à Tipitapa, à naturellement l'est de la capitale. A CANAL, la classe stalinienne, fut capable de marquer des points contre la CST, à la suite
Les grèves ont toutes trouvé bout de quelques cas, des conétaient faites sur les augsalaires.
Dans un paru le 26 juin, Poder Sandide production et éconoguayen.
Nicaragua Le dirigeant de la CST, délégué au Conseil d'Etat, Jorge Rojas, donné des précisions lors d'une inter«Afin d'obliger à la mise en application de la loi sur le réajustement des salaires», a dit Rojas, lance à l'intérieur des syndicats qui pourront dénoncer partout les patrons qui ne respectent pas la loi et les y contraindre, par l'intermédiaire de notre ministère du Tra-
Et, si en dernier lieu, il est nécessaire d'organiser une mobilisation pour protester contre l'attitude d'un employeur, alors nous le fe-
«Au Conseil d'Etat,» ajoute«nous n'avons que quelques représentants, ainsi ce n'est pas par ce canal que nous pourrons imposer l'application des lois. Notre base est à la base dans les masses, chez les
«Nous avons entendu dire que les protestations des travailleurs seraient provoquées par l'ennemi de classe, que la CIA et d'autres les auraient manipulés. Nous pensons qu'il existe des causes objectives qui ont provoqué ces conflits».
«D'un point de vue subjectif, il y a certaines faiblesses, les syndicats sont très jeunes — et des erreurs de direction ont été commises par
«Etant donné que le niveau et organisationnel de ouvrière est bas, il existe un danger que la CIA et le reste de nos ennemis de essayent de manipuler les mouvements spontanés des travailleurs. Mais les ennemis de classe ne sont pas la cause de ces événements. Et les travailleurs sont encore moins des contre-révolutionnaires.»
«Ce qui fait défaut dans ce cas, c'est un niveau de conscience 1) Confédération syndicale dirigée par l'aile la plus sectaire du PC nicara-
olitique suffisant. L apportée aux problèmes de PLYWOOD et dans la cimenterie, sans l'intervention de médiateurs, augmentation supplémentaire dehors de l'augmentation décrétée par le gouvernement de 125 cordobas — et grâce à une série de mesures visant à défendre les salaires réels et à garantir l'augmentation des services sociaux, tout cela montre qu'il y a une compréhension sérieuse, de la part des travailleurs, de la nécessité de collaborer avec le gouvernement révolutionnaire pour améliorer
Une partie du problème réside, comme le souligne Poder Sandinista, le manque d'expérience cadres syndicaux et qui un problème pour le FSLN. A travers tout le Nicaragua, on a assisté à une explosion de constitutions de syndicats après le 19 juillet 1979 et la plupart des nouveaux syndicats sont affiliés à la CST. Beaucoup de dirigeants ouvriers jeunes et révolutionnaires se sont trouvés mis en avant, à des postes de direction. Mais il est inévitable que, dans certains cas, les organisations syndicales sanété incapables de répondre avec souplesse aux préoccupations immédiates de la base. Cela a permis, en retour, à des réformistes sectaires de déborder la sur les revendications salariales, tout en ignorant ou en refusant des propo-
L'ATC CONTRE LES PROPRIETAIRES TERRIENS Tout en apportant son aide à la campagne de l'Inter-syndicale pour l'application des augmentations de salaires, l'Association des travailleurs agricoles s'est aussi engagée sur un autre front de lutte. Avec la venue de la saison des pluies, c'est le moprocéder aux semailles de céréales et de coton. Mais, dans de nombreuses parties du pays, les proprivés refusent de leurs terres manzana (un manzana équivaut à
«La première réaction de la majorité des propriétaires a été de refuser de louer leurs terres», annonce Barricada du 7 juillet. «En annonçant qu'à partir de maintenant ils allaient cultiver eux-mêmes la terre, ils ne s'attaquent pas seulement à la production nationale, mais ils privent aussi des centaines de paysans de travail et de ce qui a été moyen d'existence».
chaient à avancer.
En lançant son plan de lutte, la CST cherche à couper l'herbe sous le pied de mouvement syndical. Cela ne signifie aucunement, sûr, que la CST abandonne l'orientation qui lui a permis, depuis le début, de se distinguer des autres fédérations au Nicaragua : la défense et l'éducation de la classe ouvrière sur ses intérêts stratégiques à long terme. La CST a mené batailles pour imposer le contrôle ouvrier, pour combattre la décapitalisation et le sabotage dans entreprises privées, pour éduquer ses membres sur la nécessité d'aug menter la production et d'aider réactivation de l'économie nicaraguayenne dévastée; elle a joué un rôle-clé dans la campagne d'alphabétisation et dans l'organisation des Milices populaires sandinistes.
Comme un éditorial du 8 juillet du quotidien du FLSN, Barricada, l'explique : «La CST a appris comment combiner efficacement la lutte pour les revendications immédiates travailleurs avec leurs besoins stratégiques de manière à ne pas à l'avancée générale de la révolution, mais contraire à renforcer le rôle des comme force motrice du processus».
«Personne ne croit que ces propriétaires aient l'expérience nécessaire ni la capacité de produire quoi que ce soit. Mais il est bien évident au contraire qu'ils ont une attitude contre-révolutionnaire, qu'ils cottent la production de céréales mettent en danger les moyens de subsistance même du Nicaragua dans l'avenir. De plus, dans la plupart des cas, ils n'ont pas du tout l'intention de produire».
En réponse à cela, l'ATC a organisé les paysans pauvres pour qu'ils prennent l'initiative et qu'ils ensemencent les terres en friche, tout en poursuivant leurs efforts pour obliger les propriétaires à contrats de fermage. «Nous appelons les paysans à ensemencer», a dit à Barricada Wilberto Lara, secrétaire à la production de l'ATC. «tout en gardant présent à l'esprit qu'il est nécessaire de payer le loyer que stipule la loi et de respecter la propriété privée. Une fois que nous aurons utilisé la terre, nous la rendrons à ses propriétaires».
Il paraît que certains propriétaires terriens auraient accepté dispositions qui leur sont très favorables, mais les autres vont sans nul doute les refuser. Dans la perspective plus grande propriétaires terriens, l'Institut nicaraguayen de Réforme agraire (INRA) peut faire appel au décret numéro 6 du gouvernement révolutionnaire qui lui donne le droit de réquisitionner les terres non cul-
Les nouvelles initiatives prises par la CST et l'ATC montre l'importance que la direction sandiniste conporter aux organisations indépendantes et à la mobilisation des ouvriers et des paysans. La persquestion a discours du Commandant de la Révolution, Carlos Nunez, publié en brochure par le FLSN et intitulé rôle des organisations de masse dans le processus révolutionnaire».
Nunez déclare : «Sous la direction du Front sandiniste de libération nationale, de masse... suivent deux lignes importantes. Tout d'abord, nos organisations de masse doivent veiller travailler à renforcer le cadre politique de la révolution. Et en second lieu, elles doivent être les instruments véritables, recevant, ex-
Get transmettant les revendications les plus pressantes des partir de cela, les organisations de masse doivent prendre en compte et faire leurs les revendications de leurs membres et des secteurs sociaux et se battre pour voir celles-ci aboutir à travers les nouveaux mécanismes que la révolution a institués.».
«Cela veut dire que les organisations de masse agissant dans le cadre de la ligne générale de la révo lution doivent avoir un droit effec tif de recours à la critique privée et publique, à travers tous les moyens de communication de masse, et même un droit de mobilisation pour exiger que les mesures nécessaires soient prises afin de garantir que leurs préoccupations soient enten
Nicaragua
LE 19 JUILLET ET LA REFORME AGRAIRE A LORS que la presse internationale concentrait son attention sur les délégations étrangères participant à la célébration du premier anniversaire de l'insurrection victorieuse contre le régime de Somoza, elle fit quasiment le silence sur une mesure importante et significative annoncée à cette occasion par Daniel Ortega, membre de la Junte et l'un des neufs commandants de la Révolution.
Devant les 500000 ouvriers, paysans, membres des organisations de masse, venus à Managua, Ortega déclare que le gouvernement allait étendre et approfondir la réforme agraire. Ces mesures concernent essentiellement les terres consacrées à la culture du coton et des céréales de base. En effet, les grands propriétaires fonciers refusent de louer des terres aux paysans pauvres, prétextant que le loyer de la terre imposé par le gouvernement est trop bas (cf. article ci-dessus).
La mesure proclamée par Ortega vise à prendre le contrôle de ces terres laissées en friche. Elle répond à ce que réclame depuis un certain temps l'ATC.
teur privé» (25 juillet 1980).
qui représentait les l'humanité».
sus révolutionnaire au Nicaragua.
Une publication spécialisée, «Latin America Weekly Report», écrit à ce sujet : «Cette initiative peut conduire à de nouveaux conflits entre le Front sandiniste et le secteur privé. En avril, ces affrontements ont surgi au grand jour, lorsque Robelo démissionna de la Junte pour protester contre ce qu'il considérait comme un 'glissement (du régime) vers le communisme'. Le gouvernement semblait avoir résolu le problème lorsque deux représentants significatifs du secteur privé, Rafael Cordoba et Arturo Cruz, furent nommés à la Junte. Mais au-delà du conflit latent, cette nouvelle mesure indique que les Sandinistes se sentent suffisamment forts pour affronter le sec-
Lors de la manifestation d'anniversaire, Fidel Castro répéta à nouveau la volonté de Cuba de soutenir l'action du FSLN. Il ne manqua pas de tourner en dérision la politique de l'impérialisme américain en critiquant la modicité de l'aide et le retard avec lequel les Etats-Unis la donnait, en comparaison avec Cuba. L'ambassadeur américain aux Nations-Unies, George McHenry,
Etats-Unis, quitta la tribune quelques instants avant que les dirigeants sandinistes et les masses entonent leur hymne qui définit les « Yankees» comme des «ennemis de
La mesure annoncée par Ortega, comme la mobilisation continue des masses, indique l'approfondissement du proces-
De nouveaux affrontements sur le plan politique se profilent entre autres sur la question des élections.