E ler juillet 1980, en décidant en catimini d'une mentation des prix de la distribuée dans les d'entreprise, la bureaucratie naise déclenchait la crise politique depuis 1948.
premières suivies greves, c'est plus d'une reculs du pouvoir, centaine d'entreprises qui taient en grève courant juillet, souvent en élisant leurs
Les bulletins ronéotés de l'opposition se faisaient les porte-parole du mouvement, popularisant les revendications et les formes de lutte plus avancées. Lublin, une ville industrielle de l'Est de la Pologne, t de la grand avant que les vianmagasins poloplus grande mencent à accorder les
Après se représentants.
tamment à prises de la déjà s'appelait alors Zelmo).
La victoire e grève cinquantaine de kilomètres de la frontière soviétique, est paralysée pendant quelques jours par une grève générale. Mais le travail treprises aient pu organiser une dicommune de la grève (1).
les bureaucrates comgrévistes à des où l'exemple des victoires d'autres travailleurs ris-
C'est le cas noobtiennent le
Poznan, où les travailde Cegielski (wagons et monavires) arrachent la vietoire pour presque toutes les entreleur ont ville, comme ils l'ont en juin 1956 (l'entreprise
CONTROLER L'APPLICATION
DES REVENDICATIONS Ce qui marque en particulier ce mouvement, c'est, dès les premiers jours, la volonté des travailleurs de contrôler l'application des revendications qu'ils ont arrachées. A Ursus, près de Varsovie, la commission ouvrière élue durant la grève. se maintient. A Lublin, les cheminots renouvellement des syndicats locaux. A Bielsko-Biala, les 15000 ouvriers de l'usine FIAT, s'étant aperçus que les promesses qui été faites après une première grève, les 16, 17 et 18 juillet, ne sont pas tenues, débrayent à nouveau début août. Il en va de même
de ceux de WSK-Swidnik, qui, après avoir débrayé début juillet, s'arrêtent de nouveau deux semaines plus tard. Ils ont qu'on pouvait gagner plus que les 7 pour cent qui leur ont été accordés. Ils obtiennent alors 15
L'opposition, d'auto-défense montre qu'il bureaucrates, soucieux de donner le moins possible, qui favorise l'extension des grèves. Ainsi, à Bierun Stary, entreprise de matières synthétiques où 170 travailleurs sur les 2000 qu'emploie l'entreprise ont fait grève, le ler août, la direction cède:
cent d'augmentation des grévistes ! L'histoire se répète dans une verrerie de Walbrzych. A Varsovie, tout le monde parle de la vicdes éboueurs qui, après avoir obtenu une augmentation de 700 zlotys égale pour tous, réclament une prime pour travail insalubre. Et on commence à parler de Lublin, où 1 - Gdansk : Jeudi 6 heures du matin
Au chantier naval Lénine de Au chantier Gdansk, la direction avait licencié Anna Walentynowicz, militante du Comité provisoire pour la constitution des syndicats libres de la Côte baltique, alors celle-ci était en congé maladie. Motif: faute professionnelle. Mais payer pour la grève qui, début juillet, paralysait un département du chantier naval contre la hausse des prix. On discute, on se rappelle que Anna, mutée après une manifestation cinq mille travailleurs à l'occasion 1. Réintégration immédiate d'A-
Ana Walentynowicz à son poste; 2. 2000 zlotys pour tous; 3. Alignement des allocations familiales sur celles de la milice; 4. Alignement de toutes les retraites sur le régime le plus favorable; 5. Publication immédiate par la presse, la radio, la TV, d'informations exactes sur les grèves; 6. Construction d'un monument à la mémoire des martyrs ouvriers de décembre 1970, à la porte du chantier naval:
les cheminots ont obtenu des élections libres au syndicat, didats qu'ils pays où la «coutume» veut que le bureau sortant présente une liste bloquée, unique, dans laquelle il y a parfois -preuve aiguë - une place réservée pour les mouvement, au total en grève depuis le début juillet. Il souligne «la bonne organisation» des grèves et la «solidarité des ouvriers». Insistant sur la tion dans certaines entreprises «d'authentiques représentations ouvrières» qui préparent de nouvelles élections aux syndicats «afin que les travailappelle les travailleurs à «approfons'efforcer d'étouffer sans pitié le le cas en juin 1976.» L'appel sera
14 août, de l'anniversaire du massacre des était tendue grévistes grâce à la solidarité. La grève est dans l'air, il ne manque que l'impulsion.
matin.
provisoire liers de tracts et le dernier numéde compte des grèves de juillet et raconte comment ceux d'Ursus s'étaient décembre 1979 organisés
Walesa, ancien dirigeant de la grève de 1970, bien connu dans l'usine.
LES ONZE REVENDICATIONS
7.
prise ndlr.);
8.
cent plus cher, ndlr.);
9.
Retour et
Lech Walesa, licencié ment;
10. Dissolution des syndicats officiels au niveau central ;
11.
les prisonniers politiques.
présenter autant semblée de démocratie se rend cirection.
propositions de l'assemblée, le choc la grève
Le 10 août, le KOR parle, dans direction cart ci-contre).
soient réellement représentés d'entreprise», dir leur solidarité». «Dans le cas contraire, écrit-il, les autorités vont mouvement ouvrier comme cela fut assassinés va chercher de 1970, a été réintégrée
Jeudi 14 août, 6 heures du
Les militants du Comité distribuent plusieurs mil-
Robotnik, celui-ci rend
Leszek
Dissolution du conseil d'entredu syndical (officiel,
Suppression du réseau des magasins dits «commerciaux» (qui vendaient la viande 100 pour réintégration de précé-
(1)
Libération immédiate de tous
Lui aussi avait été licencié. Quelque: minutes plus tard, les travailleurs du département K-3 se réunissent en asgénérale. Ils décident de brayer, confectionnent une banderole qui exige la réintégration d'Anna Walentynowicz, forment un cortège qui devant les bureaux de la Les autres départements débrayent, un à un. Vers 8 heures,
Best totale. Les grévistes massés devant le bâtiment de la tiennent une assemblée générale, élisent un comité de grève après avoir discuté d'une liste de revendications en 11 points (cf. en-
Le directeur, lui aussi un ancien membre du comité de grève de décembre 1970 —symbole des mille et une façons qu'emploie la bureaucrareprésentaindépendante- reçoit comité de grève. Il accepte la réintégration d'Anna, celle de Lech Walesa, le principe de la construction d'un monument à la mémoire des de décembre 1970. Il promet que les organes d'information publieront des informations sur la grève. Une voiture, mise à la disposition des grévistes par la direction,
Anna Walentynowicz chez elle. Elle est cooptée au comité de grève, ainsi que Walesa, qui rentre au chantier un peu plus tard. «Mais nous ne pouvons décider du reste, laissez-nous le temps de consulter... On vous répondra dans huit jours.» La question du pouvoir central, seul responsable de la situation et seul habilité à décider, éclate aux yeux de tous. «La situation de notre patrie est difficile, seul le travail patient, acharné, la réalisation des objectifs du plan, peuvent améliorer la situation. Reprenez le travail, nous continuerons à discuter avec vous.» DISCUTER ICI ET MAINTENANT
Le comité de grève revient en assemblée générale vers 16 heures. Les propositions du directeur heurtent aux sifflets des ouvriers. «C'est ici et maintenant que l'on doit discuter» lance un ouvrier. Applaudissements. Tous sentent que leur force, dont le retour de Welentynowicz et de Walesa dans leurs rangs est la preuve, vient de leur unité.
Voir à ce sujet notre dossier dans
«Inprecor», numéro 82-83 du 31 septembre 1980, qui présente notamment le récit des grèves fait par l'opposition. (2) Le compte-rendu de la grève d'Ursus par « Robotnik» avait été publié dans «Inprecor», numéro 82-83.
S'ils se séparent, s'ils reprennent le travail, ils perdront l'initiative. nouvelle proposition, acclamée par la foule est faite: «Installons un système de sonorisation qui permette, grâce au réseau de l'usine, que chaque gréviste entende les discussions avec EUX.» Le comité de grève est élu. On forme un service d'ordre chargé d'assurer l'ordre pendant l'occupation. Le service d'ordre, dont on reconnaît les membres par un brassard jaune, forme des piquets, contrôle camions qui entrent ou sortent de l'usine. Une décision est «Pendant la grève, on ne boit pas ! Tout l'alcool doit être (3). Près de 15000 présents car l'équipe de jour est arrivée. Il est 16h30.
Une seconde négociation vre à heures. permet à tous les grévistes de suivre son déroulement. Ils interviennent fréquemment, pour compléter explications des membres du comité de grève ou pour répondre aux dires des bureaucrates. La direction tente de reprendre l'avantage: royal, le directeur lance du haut de sa fonction : «Nous vous accordons 1200 zlotys d'augmentation ainsi qu'un point de plus sur l'échelle des salaires. Reprenez le travail pour.» On ne le laisse des cris «On connait comme ça !», fusent. Le secrétaire du Parti s'engage par écrit sur la non-répression des grévistes, signe cord pour le monument, reprend un appel au travail «Au nom des intérêts de la classe ouvrière, du pays...». «La classe ouvrière, on le remet à sa place. Les négociations sont interrompues à nouveau, la direction n'ayant rien de plus
«Nous en discuterons avec les autorités compétentes...», «Laissez-nous le temps, une à deux semaines...». Tout se brise sur la liberté des élections syndicales.
Nouvelle assemblée générale avec les membres du comité de grève. On précise les revendications:
immédiate des discus- le comité de grève doit être tiendra après la reprise du travail;
tous ceux qui ont été licenciés depuis 1970 doivent être réintégrés. Une liste circule, on se rappelle les noms des camarades. En un rien de temps, plusieurs dizaines de noms; - le point 10 de la liste des reven-
Best reformulé qu'il n'y ait pas d'équivoque possible: dissolution du Conseil central
Une de nouveau suspendue de mégaphones xante-dix - expliquent qu'ils tous les prise:
saisi
!» ouvriers sont s'ousonorisation les pour tous, finir, pas
!», «Ça va l'acla grève générale c'est nous !», tier naval Commune de
Gdynia, personne ne
La négociation reprend, puis est à 23 heures pour la nuit. Des délégations d'autres entreprises de la ville commencent à arriver, acclamées. Ceux du «port
-immense terminal pour hydrocarbures, au début des années soien grève et proposent un échange de représentants entre les deux co-
La signature de l'accord par le vice-ministre Mieczylslaw Jagielski et Lech Walesa
2 - De Gdansk à l'ensemble du littoral de la Baltique,
Les entreprises en grève com- l'ultimatum mencent à envoyer, à l'instar de ceux réalisation du «port du Nord», des représentants à Lénine. Pour mener des négociations en commun lorsque ceuxmandatés, pour
«voir comment il faut faire» quand ce sont des groupes de travailleurs qui n'ont pas la même tradition de ceux de Gdansk. «Les trois premier jours ont été les plus délégué du chan-
«l'alcoolisme», ment comment faire. Le 17 août, un tout petit groupe de jeunes s'est réuni et a fait le tour des ateliers. Ils se sont mis immédiatement en contact avec ceux de Gdansk, on a adopté les mêmes revendications et dans chaque atelier, des délégués ont été
Alors que les communications téléphoniques entre Gdansk-Gdynia-
Sopot et le reste du pays sont coupées, le 15 août vers 13 heures, il y a déjà dans la région plus de 50000 grévistes. Le rétablissement des communications devient immédiatement mités de grève. Puis, ceux des autobus et tramways viennent informer qu'ils ont décidé la grève pour le lendemain. Le 15 août, les entreprises s'arrêtent une à une. D'abord, celles qui coopèrent avec le chantier naval —comme Elmor qui avait déjà débrayé début juillet- puis toutes les autres. Dans la soirée, la grève est générale à Gdansk et commence à s'étendre à la région.
des grévistes sans la duquel ils refusent de négocier. «Nous sommes fermement décidés à poursuivre notre mouvement jusqu'à ce que nos revendicasoient satisfaites», explique Anna Walentynowicz, résumant le
Ce qui éclaire singulièrement les explications des bureaucrates sur l'alcommencent à jouer le rôle qui est le le «désespoir». de grève, les 15000 à 17000 travailleurs du chantier, mais aussi tous les autres de la région, ne boiront pas une goutte d'al-
C'est au tour des bureaucrates de (4) Nom de la centrale officielle, unique, des syndicats polonais. Dans l'appatingue par son rôle de voie de garage pour les bureaucrates écartés de la direction: ils leurs privileges, leurs honneurs, etc., peuvent se consacrer à leur «hobby» (5) Interview à «Rouge», numéro 933
sentiment général. Le comité de grève passe de dix personnes au début du mouvement à plus de cent. «Démocratie» devient le mot-clé de la grève. En tant que revendication d'abord, c'est le sens de toutes les «précisions» apportées aux revendications initiales, mais aussi en tant de lutte le plus efficace, que moyen que les travailleurs découvrent massivement.
Samedi, les négociations reprennent, malgré le blocus téléphonique. De Varsovie, un vice-Premier ministre, Tadeusz Pyka, arrive pour mener les négociations aux côtés de la direction et du secrétaire du Parti du département, Fiszbach. Ils proposent 1500 zlotys d'augmentation si le travail reprend. Le comité de grève refuse. Mais les délégués d'atelier, élus la veille à la demande du directeur «pour que votre représentation soit plus démocratique (sic)» hésitent. 1500 zlotys, ce n'est pas rien. Dehors, l'assemblée qui suit les négociations grâce à la sonorisation, manifeste Sa désapprobation : «Deux mille, deux mille !» et approuve celui qui devient la figure centrale du comité de grève : «Walesa ! Walesa !», «Qu'il vive cent ans !» (ce cri deviendra d'ailleurs le leit-motiv du mouvement, la façon la plus claire de manifester la représentativité du comité de grève). Les négociations sont suspendues. Une assemblée générale houleuse commence.
«Si vous reprenez le travail, personne n'obtiendra rien ailleurs» explique un représentant du dépôt des bus. Puis il apprend aux travailleurs du chantier que le même vice-Premier ministre leur avait proposé 2100 zlotys d'augmentation, à condition qu'ils reprennent sans informer les autres. Walesa reprend l'argument: «Nous n'avons pas le droit de lâcher ceux qui se sont mis en grève pour nous soutenir. Nous devons continuer la grève jusqu'à la victoire de tous !». Tonnerre d'applaudissements. Il propose d'élire de nouveaux délégués d'atelier, car les premiers ne représentent plus le mouvement. Nouveaux applaudissements. Les travailleurs du chantier naval viennent de renouer avec une vieille tradition du mouvement ouvrier: le principe de la réélection des représentants à tout moment.
Alors que les négociateurs gouvernementaux ont disparu, la grève, qui avait failli s'arrêter, trouve un nouveau souffle. Pour couper l'herbe sous le pied de toute manœuvre de division —car partout les directions ont annoncé que Lénine a repris le travail - une nouvelle forme d'organisation est proposée. Les délégations des autres usines, accourues aux nouvelles, approuvent. Une plateforme commune et un comité central de grève vont être créés.
A Lénine, un millier d'hésitants s'en vont. Car il est clair pour tous maintenant que la discussion a changé de niveau: c'est directement au gouvernement qu'on s'en prend. Les questions de salaires, de prix, de retraites, passent au second plan.
1.
des employeurs sur la base de la convention numéro
(Organisation internationale du travail), ratifiée par la Pologne;
2.
et des personnes qui les aident;
3.
les Eglises;
4.
représailles pour raison d'opinion;
5.
tions;
6.
discussions sur un programme de réformes;
7.
viande;
Echelle mobile des salaires;
9.
10.
11.
stabilisation du marché;
12.
gères sur le marché intérieur;
13.
spéciales;
14.
ans pour les femmes et à cinquante-cinq ans pour les hommes;
15.
et de retraites par l'alignement sur le plus favorable;
16.
d'assurer aux travailleurs les services dont ils ont besoin;
pour les enfants des mères qui travaillent;
18.
Extension de la durée du congé maternel payé à trois ans;
19.
20.
mentation de la prime de déplacement;
21.
troduction de jours fériés particuliers.
Avant tout les travailleurs demandent des garanties politiques de leur réalisation.
Tard dans la nuit, la plateforme commune prend forme: - droit de greve; - respect des libertés d'opinion, d'expression et de publication; - application des conventions internationales concernant les li-
bertés syndicales, ratifiées par la buélections libres avec la garantie de représentation de tous les courants socio-politiques;
des magasins «com- liquidation des privilèges de l'apdes forces de répreslibre accès aux medias pour toutes les églises; - débat national sur les moyens de sortir de la crise économique; pouvoir judiciaire; ment du marché, seuls les excédents peuvent être exportés, etc.
Sur la liste des vingt vendications, seules deux sont spécifiquement matérielles: 2000 zlotys d'augmentation égale pour tous et échelle mobile des salaires. Les militants de l'opposition, dont certains tels Anna Walentynowicz, Lech Wa-
Andrzej Gwiazda, sont élus au comité de grève ou, comme Bogdan Borusewicz —un teurs du KOR- qui jouissent d'une estime réelle auprès des travailleurs, sont dépassés, paniqués.
JAMAIS ILS N'ACCEPTERONT
C'est que la liste de revendicasignifie l'affrontement politique direct avec la bureaucratie et, eux, ne se sentent ni assez forts, ni prêts à une telle éventualité. Le KOR n'a-t-il pas affirmé depuis toujours qu'il faut organiser la société, sans se soucier du pou-
Walesa intervient le premier. «Jamais ils n'accepteront ça, plique-t-il. Il ne peut s'agir là de conditions sine qua non pour la reon est d'accord, mais l'espoir de voir formuler un programme alternatif qui trace la pouvoir hai des bureaucrates, est plus fort. Deux
Use mêlent, celui de la tactique de la lutte et celui de la stratégie globale du changement. «Oui, ils n'accepteront pas ça. Mais c'est ca qu'on veut, il faut te dire ! Qui, sinon, un ouvrier dans la foule «Oui bien dit !», entend-on autour de lui. La discussion est difficile. C'est qu'on apprend tout sur le tas, le contenu de la société qu'on voudrait de la lutte. Des arguments l'emporte-pièce Borusewicz:
c'est du maximalisme. Si le Parti cédait, Moscou voir a la violence, en donnant leurs noms» (6).
n'avaient pas la même ces différences dans le niveau conscience des ouvriers.
C'est finalement ressortir, plus ou firent suite qui nes, témoigne ci-dessous)
quante mille grévistes apportait élément d'explication.
On l'écoute, interviendrait. Il ne faut pas de revendications qui soit acculent le pousoit entraînent sa décomposition. C'est la liquidation de la censure qui a entraîné l'intervention à Prague. Il faut leur laisser une porte de sortie !». Un délégué l'interrompt: «On leur leur laisse une sortie puisqu'on les laisse gouverner !». Borusewicz enchaîne: «Il faut plus de revendications économiques et des revendications politilibération des prisonniers politiques
Peu à peu, ce qui n'est dit par Gdansk seule n'a pas la force d'aller à l'épreuve de force politique avec la bureaucratie dans son ensemble. Isolée, la Commune de Gdansk —chars
One pouvait qu'être écrasée. Le reste du pays, coupé de l'information, pouvait ne pas comprendre les revendications par trop les travailleurs Gdansk se rappelait comme elle a été flouée après la grève de décembre 1970, d'autres ouvriers en Pologne d'auto-réforme du système. Il ne fallait pas donner aux bureaucrates la chance d'utiliser moins clairement, des discussions dans toutes les usi- saire à celles du chantier naval. La plateforme en 21 points adoptée définitivement (cf.
de l'avancée exceptionnelle qu'a permise cette discussion où chacun des quelque cin- (6)
son Bernard Encore une fois, la démocratie ouvrière révélée l'élément indispensable conduite de la grève. Ceux-là mêmes, qui, quelques jours plus tôt, courbaient l'échine devant les crates, prenaient leur revanche en administrant à l'appareil du POUP une leçon de tactique politique.
Parallèlement à l'élaboration des revendications, prise, l'organisation de la grève avan-
Des comités de grève furent représentation au chantier Lénine. C'est là que l'assemblée des représentants formait le comité inter-entreprise (MKS) fort de quelque quatre cents personnes. Les délégués faisaient la navette entre Lénine et leur entreprise, rendaient compte du déroulement de la grève et des négociations. Ils pouvaient être révoqués à tout moment. L'usage des magnétophones à cassettes s'est généralisé. Ainsi, dans chaque boîte, tous pouvaient suivre le déroulement des travaux du MKS et des négociations, enregistrées. prérogative pour conduire la grève. Il formait des commissions de travail entretien, information, liens place, sécurité- et décidait si certaines entreprises devaient continuer à travailler pour assurer les besoins des grévistes. Ainsi la raffinerie produisait, au ralenti, l'essence aux transports, des bus et des trains circulaient, l'industrie alimentaire dépassait les plus hautes normes fixées par les bureaucrates auparavant, pour assurer l'approvisionne-
Cette discussion est rapportée par
Guetta dans «Le Monde» daté du 19 août 1980.
ment de la population. La «tri-ville»
(Gdansk-Gdynia-Sopot) vivait au rythme de la grève, au rythme que les grévistes avaient décidé.
Pour mener les négociations et diriger la grève d'heure en heure, le MKS élit en son sein un présidium de 13 personnes. Au fur et à mesure que le mouvement s'étend
-le 18 août, c'est un périmètre de
100 kilomètres autour qui est en grève- le MKS grossit.
A la fin de la grève, près de 1000 délégués !
Lundi 18, alors que le vice-
Premier ministre chargé des négociations s'enferme dans la préfecture, accroché à la ligne directe avec
Varsovie, au chantier plus personne ne l'attend. Les discussions fusent.
tout ce que la grève a fait découvrir: la démocratie, le syndicalisme, le rôle des travailleurs dans la marche du pays. Les militants du Comité provisoire pour la constitution des syndicats libres —qui, depuis samedi, lorsqu'au cours d'une interruption des négociations, sa fondation officiellement annoncée,
«syndicat libre» - donnent des cours de formation syndicale. Le chantier naval ressemble à la Sorbonne de mai 1968.
LE SYNDICAT LIBRE, C'EST LE CONTROLE Sur les revendications, tout le monde est d'accord: «Le plus important, c'est le syndicat libre !» tous les espoirs, refoulés des 21 revendications, ressortent quand on discute du rôle de ce syndicat. «Le syndicat libre, c'est le contrôle des économiques à tous les niveaux: local, régional, national. Il faut un nouveau plan et c'est comme ça qu'on le fera.»
«Un nouveau syndicat, indépendant de l'Etat et du gouvernement, avec son journal propre, est la seule voie pour sortir le pays de la crise. Certes, la situation économique est très compliquée... mais qui, les travailleurs, peut dire qui a raison ? Un nouveau syndicat évitera bien des erreurs !». «Nous faisons des investissements improductifs, nous dépensons mal notre argent. Les travailleurs, tous les Polonais doivent pouvoir choisir tout ce qui est nécessaire. Certaines réformes économiques seront peut-être mais un syndicat libre et son contrôle sur toutes les activités économiques du gouvernement sont les seules garanties pour de là». «Une entreprise de préfabriqué près d'ici, tourne à 50 pour de l'occupation.
on comptera blement divisée, était se résoudre à une décision au lendemain (7) au aussi sur fut finale, le s'appelle
Après, avec continuer.
restait en suspens.
des grèves étaient de tes capables étrangères tions, insignifiantes, plus grande impatience.
gne l'accueil sinon représentant lorsqu'une mer et demander
20 août, alors dures, sovie annonçait nous sortir de la lecture de de «Trybuna Ludu».
cent. Le gouvernement a décidé d'en construire une autre à côté. C'est absurde, elle est inutile. Peutêtre que le comité central ne le sait pas, mais nous, les ouvriers, nous le tous les jours.» Toutes ces 26 août, lors des négociations avec le nouveau représentant du gouvernement, le vice-Premier ministre Jagielski, sont nées de ces discussions, souvent à bâtons durant les premiers jours Au cours de ces journées, durant lesquelles la bureaucratie, visiincapable de vriers -ceder ou réprimer, où les journaux polonais changeaient de ton du jour gré des rapports de forces au sein du comité central, tout en gardant une constante: «Selon l'Agence PAP, dans la journée d'aujourd'hui, dans certaines entreprises de la tri-ville, les arrêts de travail continuaient» (ce qu'on se ratravail) contait comme une bonne blague à Gdansk !), les grévistes prenaient de plus en plus conscience du sens de leur lutte: quelle que soit la solution compromis qu'il faudra faire, cette grève n'est qu'un début.
le syndicat, il faudra Jusqu'où ? La question Les informations sur l'extension suivies avec une attention toute particulière. Les poscapter les radios étaient pris d'assaut. A Gdansk, chacun pouvait se rendre compte du renforcement du mou- diée; vement. Ceux qui, hésitant un momoment, étaient partis du chantier, sont revenus. Occuper de nouveau. Mais ailleurs ? Ce n'est que le mardi 19 août qu'on sut avec certitude qu'à Szcezin, la grève était générale depuis trois jours, qu'a l'image de Gdansk, un MKS s'était constitué, niers que, comme à Gdansk, les grévistes rejeté les premieres proposidu pouvoir et avaient placé au premier plan la question du syndicat libre. Les signes de attendus avec fondent réservé à Claude Saracclamé, porté en triomphe quand cialiste il est arrivé porteur d'un message de
11000 francs C'était également geant délégation d'une sent
Silésie était arrivée pour s'inforgrévistes (7) Les lecteurs de langue francaise ont
Suivre ces tournants au travers «L'Humanité», dien du PCF dont le ton différait très peu
encore avec impatience que quelque délégation, échappée à l'étau policier, vienne apporter des nouvelles.
Cependant, après télévisé de Gierek —le Premier secrétaire du Parti- le 19 août, le mouvement des grèves s'est étendu. Outre Szczecin, la ville d'Elblag — près de s'est dotée d'un MKS. Et tout le littoral entre Gdansk et Szczecin —trois cent et quelques kilomètres- est en effervescence. brayages de solidarité se multiplient
En Silésie, dans les mines, des «comités ouvriers» semi-clandestins font leur apparition, prêts à se décla rer officiellement, si ceux de Gdansk ont besoin de leur aide. C'est que si Gierek s'est montré incapable d'offrir quoi que ce soit d'autre qu'un discours creux aux travailleurs en lutte, il a, par sa seule apparition, fait sentir la gravité de la situation. Un Premier secrétaire qui fait son auto-critique et parle des grèves, annonce que certaines revendications sont justes et «conseille» de ne pas aller trop loin car il y a des choses sur lesquels il n'y a pas de compromis possible —bref qui étale la peur de sa caste -, ce n'est pas tous les jours qu'on peut le voir à la TV. Et les travailleurs, conscients de leur force, ne se laissent plus berner par les discours cyniques d'un bureaucrate aux abois. L'arrestation des militants du KOR et les éditoriaux menaçants sur les «éléments anti-socialistes» feront le reste. Une majorité d'ouvriers polonais ont compris qu'une épreuve de force est dans l'air, et que son issue peut leur être favorable.
La situation demeure incertaine. Alors que la TV polonaise cite longuement les grèves de Gdansk et Szczecin, impossibles cacher, présentant à quel point elles
«petites gens», employés qui doivent se lever deux heures plus tôt pour aller au travail, mères de famille qui n'arrivent pas à faire leurs courses (comme s'il y avait là un changement !), écoliers désireux de se rendre à l'école et qui ne peuvent pas, ete., et présente des interviews d'ouvriers au travail, ailleurs en Pologne, qui expliquent que travailler est la seule solution pour améliorer la désastreuse voire même rend compte d'une hotrès ambiguë (et rendue encore plus ambiguë par le censeur) du zynski, qui tente de reconcilier le loup et la brebis, les ne sont pas dupes. Eux voient qu'une grève générale est possible et attendent le signal.
Il ne viendra pas. A Gdansk, le à toute aventure. Sûr de gagner ou refusant de montrer son incertitude, il attend calmement
Il approvisionne même, au compte-goutte, la police en essence. Comme le dira plus tard Walesa, lors dernier round des négociations, parlant du comité central, «je dis qu'en ce moment, plus haute instance politique», résumant ce sentiment qui s'affirmait au fur et à mesure que la grève durait et que le comité central montrait son incapacité. Il fut même question, que Tadeusz Pyka, à d'autres fonctions à Varsovie», ait laissé, le 21 août, la place de chef de la commission gouvernementale négociations à un autre vice-Premier ministre, Mieczyslaw Jagielski, et que ce dernier ait accepté de négocier avec le MKS, que le MKS lance un aux travailleurs de Pologne. «Nous ne sommes pas pour l'extension des grèves qui risquent de pousser le pays à la limite de l'effondrement, n'entreprenez pas de nouvelles grèves», disait-il en substance avant de préciser : «Si nous n'obtenons pas de résultats d'ici trois ou quatre jours, que les grèves s'étendent !» Et il répétait que la question la plus importante était celle du syndicat libre. Au dernier moment, craignant que tout le monde interprète ce comsignifiant que le centre du pouvoir s'était déplacé de gouvernement s'est opposé à la télédiffusion de l'appel.
leur carte du Parti en poche. Et des de cellules et intermédiaires furent nombre. «On» avait «peur de ne pas pouvoir répondre aux questions»
Durant les derniers jours des sont également dans les forces de répression. Ainsi, les grévistes ont rendu public une communication entre policiers tée par radio, où ces derniers annonçaient que des officiers de l'armée distribuaient un tract de soutien aux grévistes. Par ailleurs, le bulletin quotidien du MKS, Solidarnose (Solidarité), a pénétré dans certaines casernes. Le 31 août, une délégation de soldats, annonçant que des soldats faisaient une grève de la faim en solidarité avec les grévistes, s'est même rendu au chantier naval.
Après deux jours de discussions au finish (8), au cours desquelles Jagielski tentait vainement de vider de son contenu les revendications politiques, d'en atténuer la signification, allant même jusqu'à tenter de signer, et de faire signer, dans laquelle le «indépendant» rapporté au syndicat autogéré avait disparu, la bureaucratie céda sur toute la ligne. Le syndicat libre était créé, recevait des locaux officiels, s'apprêtait à publier quotidien. voyaient garanti l'impunité de même que «les personnes les aidant». Les prisonniers politiques devaient être présidium transformait en direction provisoire du syndicat.
Si, sur des questions matérielles, l'accord n'était pas aussi net, le gouvernement s'engageait à présenter à une date précise un programme détaillé sur leur réalisation, reconnaissant ainsi une autorité plus haute que même, il se sur les moyens de sortir le pays de travailleurs, était totale. sance des syndicats indépendants du pouvoir, non limités géographiqueouvrait pour leur vie et pour leurs luttes Désormais, ils peuvent leurs forces et préparer (8) Cf. «L'enregistrement des tions entre le vice-Premier ministre Jagielski et les grévistes de Gdansk. Samedi 30 août 1980», dans «Rouge», organe de la Section française de la IVe Internationale, numéro 934 du 5 au 11 septembre 1980. (9) Adresse provisoire du local du Syndicat libre de Gdansk.
contrôler pas à censurer. Le contenu correspond à ce niveau tout commence» lançait Walesa.
Partout en Pologne, veaux combats. Mieux, ils pourront pas les pratiques du gouvernement et, le cas échéant, le de l'accord cience: si les travailleurs reculaient devant l'idée de la prise du pouvoir, affirmaient que leur grève n'est pas politique, de l'autre, ils considéraient comme étant les prérogatives du synvéritable pouvoir ouvrier. «Une fois l'accord signé, rien n'est terminé, gations ouvrières demandaient l'enregistrement officiel d'une le association. Son nom ? «Syndicat indépendant autogéré !». Siège so-
Marchlewiskiego,
En Pologne, tique a commencé.
pouvoir, en débandade, a une première fois cédé.
congrès na-
Prochaine échéance,
«Syndicat indépendant autogéré», que le MKS de Gdansk pour dans quelques
2 septembre 1980