Charles-André UDRY L s'emparant ES travailleurs polonais, en du mot d'ordre «L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes», ont fait vaciller la caste bureaucratique et trembler tous les suppôts de la stabilité en Europe.
Il y a plus de deux mois, la classe ouvrière commença à pour battre en brèche une décision gouvernementale d'augmentation des
LE SYSTEME BUREAUCRATIQUE FRAPPE AU COEUR Les ouvriers des chantiers navals de Gdansk ont ouvert la vanne et toute la puissance de la classe ouvrière a surgi -les travailleurs manuels forment plus de 49 pour cent de la population. Un mouvement ouvrier indépendant prend alors son essor. C'est la première fois que produit dans les «démocraties populaires». C'est un événement d'une portée historique.
En fait, depuis 1970 et de façon plus accélérée depuis 1976, les travailleurs polonais ont rassemblé leurs forces dans les usines, sur les lieux de travail. Depuis l'explosion de juin 1976, nombreuses ont été les mobilisations et les revendications se sont faites de plus en plus précises, orientées dans le sens de la formation d'organes autonomes des travailleurs dans les entreprises.
Tout ce processus moléculaire grand jour. La circulation d'un jourcontribua à établir des liens, même ténus, entre les multiples expériences lutte, d'organisation, entre les différents groupes de travailleurs qui affinaient leurs revendications et leurs tactiques de lutte. vailleurs de Gdansk, de Szczecin, de Wroclaw, de Nowa Huta (aciéries), d'Ursus (usine de tracteurs), la nature précise de leurs revendications et les modalités comme le degré de leur auto-organisation, frappent au cœur le système de domination de bureaucratie. En mentalement, la survie prix des biens alimentaires. Les travailleurs ont obtenu rapidement de substantielles augmentations de salaires. Les premières victoires ont accru leur confiance en leurs propres forces. Ces combats leur ont permis de faire un bond en avant dans leur organisation. Prenant appui sur ces revendications qui delà de la question du prix de la viande. C'est le pouvoir de la caste bureaucratique qu'ils mettent en couche de privilégiés dépend de sa capacité de maintenir la dépolitisation et la fragmentation des masses laborieuses, comme de mettre un frein à leur activité. Répression, monopole bureaucratique de l'informastrict d'institutions telles que les syndicats, le régime du parti unique, l'organisation de toutes les sphères de la vie sociale et politique —ce que Kuron et Modzelew-
«l'organisation la désorganisation»— pêcher toute renaissance et de l'organisation des travailleurs.
Cependant, le cumul des expériences de luttes qui permirent de forger peu à peu une couche de travailleurs aguerris et capables d'utiliser les maillons faibles du régime —ainsi que la profondeur de la crise économique avec ses répercussions direction bureaucratique créèrent les conditions pour commencer à surmonter les obstacles dressés par la bureaueratie.
revendications de création syndicat libre et indépendant prise par tous les comités de grève — représentent une atteinte insupportable à des privilèges bureaucratiques dont dépendent beaucoup d'autres, matériels, que cette caste s'octroie. C'est pour cette raison que Gierek se montra tout d'abord prêt à faire beaucoup de concessions sur le plan materiel -y compris a élever une statue en l'honneur «des éléments provocateurs et anti-socialistes» que sa police assassina en 1970 -, mais pas à accepter un vement libre et indépendant.
Editorial LES TRAVAILLEURS ASSOCIES ET LA GESTION
ECONOMIQUE Les travailleurs, forts de leurs connaissances acquises treprises et ayant tiré les leçons des multiples promesses des Gomulka,
Babiuch, désignent la racine de la crise: le régime bureaucratique. Ils comprennent que «les mauvais choix économiques» le gouvernement est contraint de reconnaître chaque fois que la classe ouvrière élève la voix- sont le produit inévitable d'une gestion bureaucratique, c'est-à-dire d'une planification dont l'impulsion est donnée par la combinaison (parfois contradictoire) des intérêts d'une couche privilégiée de managers et des besoins de ceux qui ont la haute main sur un appareil d'Etat avec lequel s'identifie l'appareil du Parti. Une telle gestion ne peut qu'augmenter les distorsions et les gaspillages de toutes sortes, auxquels s'ajoutent les pressions du marché mondial et les effets de la récession des économies
Or, dans une économie où tous les principaux moyens de production appropriation privée est constitutionnellement interdite, où l'Etat dispose du monopole du commerce extérieur et où existe une système centralisé de planification, il n'y a de fonctionnement optimum possible de l'économie que dans la mesure où il existe un contrôle démocratique sur la planification, la production et la distribution par les travailleurs associés. C'est ce que comprennent instinctivetravailleurs polonais lorsqu'ils déclarent : «Il faut que les syndicats puissent discuter dans chaque entreprise des plans de production. C'est le seul moyen d'éviter certaines erreurs catastrophiques comme cette nouvelle usine d'éléments préfabriGdansh, alors que les deux premieres qués pour la construction ne fonctionnent qu'à 30 ou 40% de leurs capacités.»
Il ne fait pas de doute que les après avoir été soumis des années
durant au chantage sur les difficultés économiques, ont perçu la prédes augmentations de salaires de l'échelle mobile. Pour faire face à la crise chronique, ils doivent disposer d'un instrument propre, apte non seulement à défenintérêts matériels, aussi à faire valoir leurs droits, leurs choix, au niveau économique: syndicat libre et indépendant, la poscommuniquer et de faire connaître publiquement leurs opinions, notamment grands problèmes de politique économique et les choix fondamentaux aue celle-ci implique.
Face à la crise, la bureaucratie ment opposée à celle leurs: ces derniers doivent travailler plus, accroître leur discipline, accepter les sacrifices «nécessaires pour la Pologne»... des Gierek, Babiuch, Jiagelski !
LA QUESTION Une fois de plus, la montée indique que renforcement du mouvement ouvrier, toute action organisée de la l'instauration cialiste, c'est-à-dire d'un régime où le pouvoir politique est aux mains du prolétariat parce qu'il s'exerce au ouvriers et populaires élus démocratiquement, dans lesquels toutes les positions peuvent s'exprimer (ce qui implique un système multipartis et la liberté presse et de réunion), où la planification est soumise aux choix straté-
STRAIKOWY BIULETYN INFORMACYINY
SOLIDARXOS-
d'élargissement de la grève. Le syndicat indépendant autogir veut aujourd'hui en faire un quotidien national.
L'opposition radicale deux types de réponse à la crise trace la ligne de partage qui divise la Pologne aujourd'hui. D'un côté, une couche minoritaire, privilégiée et parasitaire, qui prétend représenter les travailleurs alors qu'elle les a expropriés de tous leurs droits politiques et a détruit leurs organisations indépendantes; de l'autre, le prolétariat, dont le renforcement quantitatif, l'élévation du niveau de qualifica-
Get de culture en font le candià la gestion économique et sociale du pays et dont l'action présente révèle à la fois la volonté et la capacité d'accomplir cette tâche. Voilà le vrai clivage en Pologne. Ce ne sont pas les fausses perspectives données par les miroirs déformants de l'idéologie catholique ou discours réformistes du groupe «Expérience et avenir», ete., qui divisent actuellement la Pologne. DU POUVOIR
La démocratie directe et de masse qui préside à l'organisation de la grève, les débuts de coordination entre les divers MKS (comités grève inter-entreprises), cussion d'une presse ouvrière faite par les grévistes, les revendications des travailleurs, leur attachement à préserver l'outil de travail, etc., tout cela indique que la dynamique de fond d'un mouvement d'une telle ampleur va dans direction de cette démocratie
Mais l'instauration d'un tel régime implique la liquidation de la domination bureaucratique, le renversement de la caste au pouvoir et le passage du pouvoir politique et outil de débat, d'information et économique dans les mains des tra-
L'affrontement en cours en Pologne met à l'ordre du jour cette question, celle de la révolution
C'est ce qui fait pâlir les Gierek ou les Rakowski. C'est ce qui
June puissante crise dans les ce qui stimule les mécontentements, les pétitions et les reclassements dans les rangs du «Parti». C'est ce qui pousse la bureaucratie de l'Eglise à accorder avec empressoutien à celle du Parti (L'Humanité ne s'y est pas trompée. Elle a donné la parole dans ses colonnes au primat de Pologne et non au MKS).
C'est pourquoi aussi les «experts intellectuels» ont prôné la modération, ne pouvant ni ne voulant répondre au problème du pouvoir. C'est aussi pour cela que les Schmidt, Giscard et Carter, ont fait savoir au Premier secrétaire étaient prêts à l'aider, «pour des raisons politiques» comme l'a souligné le chancelier allemand. C'est pour cela aussi que des banques occidentales ont accordé de nouveaux et généreux crédits au régime
Cette montée ouvrière, comme les développements du «Printemps de Prague» en 1968, met objectivement à l'ordre du jour la nécessité d'un Congrès des comités de traqui serait le levier de la centralisation, de l'action et de la volonté ouvrière et constituerait la première réponse à la question cruà juste titre, déclarent que l'incapacité du gouvernement nourrit la crise. Ce gouvernement n'a pas le soutien des masses Gierek, lui-même, ne déclare-t-il pas que les «liens du Parti avec la classe ouvrière ont été profondément ébranlés» ? Dès lors, quoi de que les travailleurs fassent connaître, après discussion, solutions, pour échapper au de la crise ? L'instrument le plus adéquat pour ce faire n'est-il pas l'élection des usines et des comités de quartiers pour un congrès qui discuterait des diverses solutions proposées par tous les courants d'opinion ?
L'avant-garde ouvrière en Pologne, aujourd'hui ou demain, devra élaborer sa réponse à cette question du pouvoir. Y renoncer serait permettre à la bureaucratie, quels que soient les subterfuges, les compromis et les reculs réels mais momentanés, d'imposer finalement sa solution aux masses laborieuses.
Pour l'instant, ont l'initiative. à faire reconnaître les MKS, puis à obtenir des concessions substande nombreux en particulier celui de la reconnaisdroit de former des Plus une teile situation se prolonge,
Aliens se tissent entre ceux de Gdansk, de Szczecin, ceux de Nowa Huta et des mines de Silésie, plus les failles sont élargies dans le système du monopole de l'information, plus les possibilités s'accroissent d'une maturation de la consde travailleurs. C'est ce plus haut degré toutes les fractions de la bureaucranonceront jamais à chercher à mainla fragmentation du mouvement: l'arrestation des membres du KOR pour éviter qu'ils puissent jouer un certain rôle de centralisation entre les divers foyers de luttes a eu cette fonction. La bureaucratie polode circonscrire concessions dans un cadre institutionnel le plus contrôlable possible. et cela se vérifiera lorsque les prolégislation syndicale viendront à l'ordre du jour de la Diète.
accepte d'accorder le «plus possible» pour obtenir la normali-
METTRE A PROFIT
UN RAPPORT DE FORCES FAVORABLE sation rapide, elle s'emploiera immé.
parvenus diatement offensive dans le futur, qui pourra ductibles du mouvement.
travailleurs ne pourront pas compromis classe ouvrière polonaise.
paralyser leur capacité la pression sur les masses.
guerre organiser la mêler, comme cela s'est fait dans corruption, les tentatifinalement la secteurs irré-
Cela ne signifie pas que les bénéfice, pour organiser leurs forces, conclu le premier affrontement, qui marque un premier pallier dans la entamée par la d'intervention
Kremlin, qui négociations, a et continuera de le faire sur tous les grévistes, sur tous les travailleurs polonais, même qu'ils dirigent
(ce qui est une leçon très importante pour tous les travailleurs des «démocraties populaires»). Gierek et tous les courants dans la bureaucratie ont mis et continueront d'utiliser
—à laquelle plus d'un céderait comme ultime recours exprimée par les bureaucraties «sœurs» (la Pravda qui part er contre «les éléments antisocialistes et contre-révolutionnaires travailleurs», Scinteia, l'organe du PC. roumain, qui porte une violente attaque contre l'utilisation de la grève, Rude Pravo, organe du PC tchécoslovaque qui deaux commissions ouvrières tchécoslovaques d'être plus sensibles aux revendications de la base) ne qu'augmenter le poids de la menace d'une mise au pas avec l'aide des «blindés amis».
soulever cette chape de plomb qui pèse sur les épaules des ouvriers de Gdansk, l'émergence de l'activité des masses dans d'autres «démocraties populaires» serait l'aide la plus efficace. Mais dans l'immédiat, le développement -ment de solidarité ouvrière le reste l'appui indispensaplus concrétisable. Contraindre par de multiples initiatives les partis ouvriers et les syndicats
-en particulier, les PC ou des courants dans les de participer en front unique à cette solidarité prolétarienne et internationaliste représente la toute première tâche des marxistes révolutionnaires. C'est ce que la IVe Internationale fait Le ler septembre 1980
Pologne