Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ASIE DU SUD-EST

L'évolution des partis communistes thaï et philippin (2)

· Inprecor n° 85, 25 septembre 1980 · p. 31-40 · 9 917 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Chine Indochine URSS et Russie Philippines et Asie du Sud-Est

des mouvements communistes thai et philippin. La première partie de cet article, parue dans le précédent numéro de notre revue (84 du 11 septembre 1980)*, traitait de l'importance des luttes engagées en Thailande et

Paul PETITJEAN

ES conflits militaires en Indo-

L chine et l'invasion de l'Afghanistan ont rendu plus crédible, aux yeux de nombreux militants du

Sud-Est asiatique, la théorie du «social-impérialisme» et d'un monde dominé par le heurt entre deux «superpuissances». Dans la déclaration adopdes nartis thaï et phili

Nous publions ici la suite de l'article sur l'évolution tée lors de son Ille Congrès, le Parti et l'occupation soviétique de l'Afprécédents hongrois

On TO ppin (2)

ternationales du PCP. thailandais «condamne » dans le même mouvement «l'occupation du Kampuchea ghanistan» (22). Le Parti communiste des Philippines (PCP), dans un article d'Ang Bayan, dénonce l'invasion de l'Afghanistan, renvoyant aux de 1956 et tchécoslovaque de 1968, analysant la 93101 Montreuil).

ommunistes aux Philippines, du rôle qu'y jouent les partis communistes thai et philippin, de la politique de la bureaucratie chinoise et de la définition de l'impérialisme par le PCT et le PCP comme «l'ennemi principal», des positions inpolitique soviétique dans le cadre cadre d'un conflit entre deux «super-puissances» pour le contrôle du Tiers-

Monde et de ses richesses (23).

Le numéro 84 d'«Inprecor» est disponible à la librairie La Brèche (9 rue de Tunis, Paris 11e). Il peut aussi être envoyé contre un chèque de 10 F à l'ordre de P.E.C., en précisant «Inprecor numéro

84» (INPRECOR - Boite Postale 57 -

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La politique de la bureaucratie soviétique doit être dénoncée : elle porte un tort considérable à la cause du socialisme dans le monde. analyser cette politique comme celle

«social-impérialisme» analogue à celui des Etats-Unis et éviter de soumettre les orientations de la bureaucratie chinoise à une analyse critique de fond peut conduire ces partis à couvrir les pires crimes commis au nom du communisme ainsi que la constitution de blocs contre-révolutionnaires.

LES POSITIONS DU PCT FACE A

LA CRISE SINO-INDOCHINOISE

Jusqu'au mois de juillet 1979, le Parti communiste de Thailande (PCT) utilisait une poste radio-émetteur à Yunnan. Le 7 juillet, la Voix du peuple thailandais diffusait une longue déclaration signée du porte-parole du coordination des forces patriotiques et démocratiques, Sri Inthapanti. Elle dénonçait en termes très violents le Vietnam pour son occupation du Cambodge Laos) et pour la menace qu'il faisait peser sur la Thailande.

«Le monde a été le témoin d'une révolution d'un genre nouveau, un produit d'exportation de l'Union soviétique. (...) Elle peut créer de pièces ou appuyer toutes sortes de fronts unis pour allumer des guerres civiles dans n'importe quel pays avant d'y envoyer ses troupes ou celles de ses laquais, comme cela s'est passé en Angola. Elle peut aussi envoyer ses troupes ou celles de ses satellites pour renverser les gouvernements légitimes et occuper sans vergogne n'importe quel pays avec la collaboration de quelques traîtres qui ouvrent la porte de leur pays à l'ennemi - comme Heng Samrin telle est la révolution socialiste au Cambodge...

«La vérité est que le Vietnam a envoyé des troupes près de la frontière thaïlandaise et qu'il est prêt à envahir le pays à tout moment. Des tentatives ont été faites pour mettre sur pied un front uni et une armée (22) «TIC News», 31 mai 1980, «Special

Features», p.2. (23) « Ang Bayan», 31 décembre 1979. (24) Le texte de cette déclaration est reproduit dans le « Bulletin thai d'information» numéro 19, p. 27 à 32. (25) Des sources proches du PCT affirment que cette aide incluait nécessairement la présence des soldats vietnamiens et laos dans les rangs de la résistance thai. C'est cela qui aurait amené le PCT à la refuser, par peur d'une mise sous tutelle. D'autres sources affirment que l'aide était proposée «à la carte», que le PCT avait la liberté de décider celle qui lui convenait et que son rejet de la proposition vietnamienne était fantoche. A Bangkok, l'Union soviétique essaie, à l'heure actuelle, d'amener certains groupes militaires à fomenter un coup d'Etat...

«La guerre de destruction et le génocide au Cambodge, les larmes du peuple lao, les souffrances des Vieteux-mêmes, devant risquer leur vie pour échapper à l'obligation d'aller combattre un pays frère et à l'oppression exercée par la classe dirigeante et les détenteurs du pouvoir, enfin, l'envoi d'espions vietnamiens qui se sont immiscés dans la foule des réfugiés, tout cela devrait nous avertir, nous le peuple thaï, du désastre qui nous guette...

«Le peuple thaï s'unira pour défendre son pays (...). Au lieu de créer un sentiment de solidarité parmi le peuple, la classe dirigeante continue réprimer), les neuf-dixièmes de l'armée étant chargés de la répression et le dixième qui reste étant envoyé aux frontières. (...) Il y a toutes les raisons de promouvoir l'unité nationale. (...) Le gouvernement doit cesser de réprimer le peuple, mettre des injustices, ces actions font obstacle à la défense du pays contre les agresseurs qui représentent la véritable menace aujourd'hui (24).»

Cette déclaration, diffusée environ un mois avant que la Voix du peuple thaïlandais n'interrompe ses émissions, fut longtemps la seule prise de position officielle du CCFPDPCT sur le conflit sino-indochinois Elle semblait bel et bien définir le Vietnam comme les «ennemis principaux» du moment, utilisait un vocabulaire et des arguments directement tirés de la propaquestions comme l'Angola), apparaissait comme un appel encore voilé à la formation d'une union nationale incluant le PCT et les forces gouvernementales, temporairement récon-

Cette déclaration sanctionnait, du côté thaï, la rupture entre le PCT et le PC vietnamien. Pendant longtemps, le PCT avait reçu une aide simultanée de la Chine (équipements,' formation politique...), du (camps de regroupements, acheminedû aux pressions chinoises, Pékin ne voulant pas d'un développement révolutionnaire en Thailande. Voir notamment le «Bulletin thai d'information», numéro 19, (26) Diverses publications clandestines lo-

Scales du PCT ont donné une version très violente des traitements indignes auxquels les militants du PCT auraient été soumis au Laos en 1979. Voir notamment les références données par Santi Mingmonkol. «Laos Deserts Old Comrades». East Asia Chronical», numéro 73, p. 24 et 25. Selon d'autres sources, y compris du PCT, le retrait des camps du Laos se serait opéré dans des conditions correctes. La revue «South-East Asia Chronical» a, par ailleurs, publié deux articles partiellement ment de l'aide...), du Vietnam (transports, entraînement militaire et formation médicale...), des Khmers rouges (camps situés au Cambodge après 1975...). Depuis longtemps aussi, des divergences politiques s'étaient faites jour entre le PCT et le PCV, ce dernier reprochant aux Thais leur alignement sur Pékin dans le conflit sino-soviétique et critiquant la pauvreté de leur stratégie nationale.

Malgré ces divergences politiques importantes, ce n'est qu'en 19781979 que la rupture est intervenue. En 1975, au lendemain de la victoire des révolutions indochinoises, la direction vietnamienne a proposé au PCT une aide massive pour donner un coup de fouet aux luttes de libération en Thailande, aide qui fut refusée (25). La rupture s'est, dans les faits, opérée avec l'affaire cambodgienne. Hanoï fit savoir (probablement en 1978) au PCT que l'aide ne pourrait être maintenue si les communistes thai ne rompaient pas avec le bloc sino-khmer rouge anti-vietnamien. Le PCT refusa de se désolidariser publiquement du «Kampuchea démocratique». En septembre 1978, Pham Van Dong, Premier ministre du Vietnam, déclarait, lors d'une visite à Bangkok, que l'aide au PCT était interrompue. Mais la rupture ultime n'est pourtant intervenue qu'au début 1979, après le renversement du régime Pol Pot, les camps du PCT au Laos étant fermés en quel-

La direction vietnamienne porte certainement une lourde responsabilité dans cette rupture, ou du moins dans la confusion profonde que cette rupture et l'intervention de ses forces armées au Cambodge ont provoqué anti-impérialistes thaï. Elle n'a, en effet, jamais fait savoir publiquement et politiquement la nature réelle des problèmes posés dans la crise indochinoise. Elle est passée du silence à l'anathème, du régime de Pol Pot de faux documents forgés hier par la droite et les PC maoïstes de la de «partis réactionnaires», instruments dociles de la politique d'expansion territoriale de Pékin en Asie du Sud-Est (27). contradictoires sur l'évolution du PCT dans son numéro 69 : Helen Chauney, «Crisis for revolutionaries» et Martha Winnacker, « An other view of the crisis». (27) Voir notamment la brochure «La vérité sur les relations vietnamo-chinoises durant les trente dernières années», ministère des Affaires étrangères de la République socialiste du Vietnam, Hanoï, 1979, p. 17 : « En Asie du Sud-Est, toujours aux fins d'expansionnisme et d'hégémonisme, ils utilisent plusieurs instruments :la "cinquième colonne" constituée par ressortissants chinois, les organisations dites "communistes" d'obédience pékinoise, les minorités ethniques d'origine plus ou moins chinoise vivant dans la région.»

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Mais les responsabilités vietnamiennes, quelles qu'elles soient, sauraient estomper celles de la direction du PC thailandais. Les dé-. clarations des organismes officiels de la résistance thaï au sujet du Cambodge donnent une image de la situation qui n'a que peu de rapport avec la réalité. Or, elle ne peut invoquer, elle qui est aux premières loges, l'ignorance. Il est possible de dresser aujourd'hui un bilan partiel de ce que fut l'orientation de la direction khmère rouge après la prise de pouvoir en 1975, même en se gardant de la propagande occidentale d'hier et vietnamienne d'aujourd'hui (28). (28) On peut notamment se reporter pour l'analyse des événements cambodgiens à deux études reproduites dans le «Journal of Contemporary Asia», numéro 1-2, 1980 : Ben Kiernan, «Conflicts in the Kampuchea Communist Movement» et Gavan MeCormack, «The Kampuchea Revolution 1975-1978 : The Problem of Knowing the Truth».

Voir aussi le document polycopié de Stephen Heder, «From Pol Pot to Pensovan to the Village». «International conferences on Indochina». Chulalongkorn University, Bangkok, 19-21 juin 1980.

Ces trois auteurs ont longtemps soutenu les Khmers rouges. Ils défendent aujourd'hui des points de vue différents par rapport à la présence vietnamienne au

Trois éléments de ce bilan sont maintenant largement incontestables. Très tôt, la direction du PCK - et notamment la fraction Pol Pot - a commencé à régler les différends au sein du parti et de l'armée par des purges secrètes et l'élimination physique de «déviants»; ces purges ont pris une ampleur de plus en plus démesurée en 1977-1978. Le régime a détruit le pouvoir des anciennes classes dominantes et l'emprise impérialiste sur le pays, mais il a d'emblée soumis une partie considérable de la population laborieuse à un régime autoritaire de déportation forcée (le «peuple nouveau»), il n'a jamais Cambodge. Stephen Heder (travaillant actuellement sous contrat pour le Département d'Etat américain) la décrivant comme proprement coloniale et McCormack pensant qu'elle est aujourd'hui la seule solution possible. Mais, tous trois, à partir d'études de qualité, tirent un bilan essentiellement identique du régime Pol Pot. (29) On doit noter que même la direction chinoise ne peut plus complètement nier la gravité de la politique khmère rouge. Dans une interview accordée au journaliste Nayan Chanda, Han Nianlong, vice-ministre des Affaires étrangères, tout en cherchant à justifier la poursuite d'une aide multiforme aux forces de Pol Pot, se voit obligé de reconnaftre que ce que dit Nayan Chanda (à savoir que la peur des

HALMANES Mer de Band tenté d'instaurer des structures dé mocratiques de masse quelles qu'elles soient et a peu à peu perdu la base populaire qui était la sienne dans les anciennes zones libérées du fait de la brutalité aveugle du système mis en place (29). Enfin, la direction Pol Pot a joué un rôle actif dans l'ouverture du conflit frontalier avec le Vietnam, jouant par ailleurs à fond la «carte chinoise» contre Hanoï.

Dire cela, c'est dire que le régime du PCK a rapidement perdu la représentativité et la légitimité populaires qu'il avait gagnées au cours de la guerre de libération. C'est l'un des régimes qui a commis les crimes les Khmers rouges l'emporte dans la population cambodgienne sur celle des Vietnamiens) est vrai : «Je crois entièrement ce que vous dites, et je crois qu'il s'agit là d'un fait.» Il note que le PCK a été «plutôt loin dans l'application de sa politique erronée». Il exprime l'espoir que "les Khmers rouges aient changé leur politique mais semble septique : « Bien sür, il nous reste à voir s'ils ont vraiment changé (...). Ce n'est qu'alors que nous aurons un espoir.» Il n'essaye pas de défendre les Khmers rouges en tant que représentants du peuple cambodgien. Le seul argument réel avancé pour appeler à les soutenir est qu'ils sont la force la plus efficace pour combattre les Vietnamiens. Voir «Far Eastern Economic Review», 18-24 avril 1980, p. 19 et 20.

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plus graves, au nom du communisme,

Usa population. Pourtant, c'est régime-là que les organes de la nous appellent soutenir ! Le message de Nouvel an, publié par le Comité de coordination des forces démocratiques et patrioti-

Best consacré presqu'exclusivement à la dénonciation de l'URSS et du Vietnam (30). Le Parti socialiste (maintenu) va caractère «correct» de la «politidu nouveau front mis en place par la direction khmère Front patriotique et démocratique de la grande union nationale du Kampuchea) et de la «ligne politique gouvernement du Kampuchea démocratique » (le gouvernement Pol Pot) (31). Le PST appelle, dans la résolu-

Cette apologie d'une direction dont on connaît la politique criminelle est écœurante pour des révolutionnaires. Et le problème n'est pas que moral, il a des implications politiques profondes, pour le peuple cambodgien d'abord. Il est juste de défendre son droit à l'autodétermination et de dire que ce droit, pour être réellement exercé, implique que le régime en place à Phnom Penh ne soit pas profondément dépendant de la présence vietnamienne comme il l'est actuellement. Mais il est impossible de prétendre que les Khmers rouges (honnis du gros de la population) et les Khmers serei ou serika (agents des forces impérialistes ou simples profiteurs) dirigent une lutte de libération nationale ! Armer les guérillas khmères rouges et khmers serei à la frontière thai, c'est justifier, aux yeux d'une partie de la population cambodgienne, le maintien de la présence vietnamienne perçue comme une protection indispensable ! Et connaissant ce qui s'est passé au Cambodge, l'argument selon lequel on ne saurait discuter des « problèmes» posés par la politique de PCK après la victoire de 1975 pour ne pas s'ingérer dans les «affaires intérieures» d'un pays ou d'un parti frère, est évidemment irrecevable pour des internationalistes. La politique du PCT revient en l'occurence à refuser un devoir de solidarité envers le peuple cambodgien, solidarité qui aurait dû pourtant s'exprimer dès avant la chute du régime Pol Pot et contre ce régime (34). C'eût été le meilleur moyen d'éviter que Hanoï ne se décide finalement à imposer une «solution militaire» pour résoudre son conflit avec le régime Pol Pot.

On peut dire que le PCT reproduit en l'occurence la politique (aux conséquences dramatiques) poursuide son Ille Congrès, «tous les pays à employer tous les moyens les plus efficaces pour forcer les troupes vietnamiennes (...) à se retirer immédiatement du Kampuchea (...)»

Quant au cadre régional du PCT interviewé dans les monts Phuphan, il déclare que « la lutte pour la libération du pays menée par Pol Pot (...) est juste », qu'elle mérite « un plein soutien», que le PCK est un parti qui cherche à «se tenir debout par ses propres moyens»; il déclare «ne pas vouloir faire de commentaires sur les Cambodge même » car il s'agit là de «problèmes intérieurs » (33). LES IMPLICATIONS D'UNE DEFENSE DE LA DIRECTION POL POT vie jusqu'en 1978 par Hano : couvrir publiquement caractère criminel de l'orientation des Khmers rouges, au nom des rapports entre partis frères et pour des raisons d'opportunité. Pire encore, il entre dans le jeux de la bureaucratie chinoise et de la Realpolitik de grande puissance.

Cette politique de la direction du PCT place la résistance thaï dans une contradiction insoluble. D'un côté, elle continue à définir le régime de Bangkok et l'impérialisme (notamment américain) comme principal, de l'autre elle enjoint ces mêmes forces d'intervenir plus activement dans la région contre l'URSS et le Vietnam. Cette politique, au fond contradictoire, n'est pas pour rien dans la confusion qui se manifeste sur ces questions dans les milieux anti-impérialistes de Bangkok. Elle risque de favoriser la remontée de sentiments étroitement nationalistes qui bénéficieront en dernière analyse aux courants de droite et d'extrême droite. Elle explique l'absence de réaction face aux menées contre-révolutionnaires du régime thaï et de l'impérialisme pour combattre les révolutions indochinoises. (30) On trouvera l'essentiel de ce message du CCFPD (Comité de coordination des forces patriotiques et démocratiques)

«Bulletin thaï d'information». numéro 20 et 21, p. 20 a 22 et sa version intégrale dans «TIC News», 31 janvier (31) Message de solidarité du PST à l'Etat du Kampuchea démocratique, «TIC News», 15 mai 1980, p. 2 et 3. (32) «TIC News», 31 mai 1980, «Special (33) «TIC News», 15 juillet 1980, «Special Features», p. 12. (34) Voir notamment à ce sujet l'article de Pierre Rousset, «Towards a Criti-

Tokyo et les principales capitales européennes) ne combattent évidemment pas contre les déformations bureaucratiques des Etats ouvriers indochinois, ni pour les droits des peuples ! Ils ne combattent même pas essentiellement l'influence soviétique. Washington, notamment, avant tout à étrangler les révolutions qu'il n'a pu vaincre, à reconsolider sa présence en Thailande et en Asie du Sud-Est, voire à rétablir son influence sur le Laos et le Cambodge.

Bangkok a imposé plusieurs semaines de suite un blocus économique du Laos dont l'économie, très pauvre, est extrêmement dépendante de ses échanges transitant par la Thaïlande. Le but réel de cette mesure particulièrement grave était clairement indiqué dans un éditorial de l'officieux Bangkok Post : «Le gouvernement laotien reçoit une leçon importante avec la fermeture de la frontière. La leçon consiste à faire réaliser au Laos qu'il est plus dépendant de la Thailande que du Vietnam (...). La Thailande a toujours considéré le Laos comme un jeune frère ayant besoin de notre aide (35).». Le PCT a-t-il protesté contre cette politique impudente de Bangkok ? Pas à notre connaissance. Mais on ne peut être neutre sur une question de cet ordre. Le PCT souhaiterait-il un blocus plus long du Laos au nom du combat contre l'URSS ? On espère

Le PCT a, par contre, fait connaître très vite sa position sur les combats frontaliers et sur l'incursion vietnamienne du printemps. Forward News du 27 juin critique le gouvernement thaï parce qu'il a été obligé de reconnaître que les informations alarmistes diffusées au début des combats étaient exagérées et il conclut que «face à cette situation, le peuple thaï doit s'unir étroitement et s'organiser afin d'être entièrement prêt à démasquer, à résister à l'invasion vietnamienne et à s'opposer à la répression intérieure poursuivie par le gouvernement » (36). cal Solidarity», «AMPO», second trimestre 1980. La revue japonaise «AMPO» (publiée en anglais) a ouvert dans son numéro du premier trimestre 1979 un débat sur l'Indochine et sur les problèmes de fond soulevés par la crise sino-indochinoise, débat qui se poursuit depuis dans chaque numéro. (35) Editorial du « Bangkok Post», 17 juillet 1980. (36) «The Patriotic Thai People Must Be

United and Fully Prepared to Resist the Invaders», article de «Forward News», 27 juin 1980, reproduit dans «TIC News», 30 juin 1980.

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L'article, comme les précédents, fait silence sur les responsabilités thaï dans l'aggravation de la tension frontalière. Il y a, par exemple, des patrouilles militaires thaï en contact avec des officiers américains qui pénètrent en territoire cambodgien pour accompagner des groupes khmers serei et khmers rouges. Est-ce admissible pour des révolutionnaires thai ? Si oui, le PCT souhaiterait-il joindre ses forces à la Sainte-Alliance nouée à la frontière et voudrait-il participer à ces opérations en direction Cambodge tout en appelant, par ailleurs, soldats et officiers de l'armée gouvernementale à déserter ?

Cette orientation du PCT est très grave en ce qu'elle couvre des manœuvres impérialistes menées à partir du territoire thailandais contre les révolutions indochinoises. Il importe que ce soit dit par des militants activement engagés dans le soutien aux luttes du peuple thaï. Les appels lancés par les organismes officiels de la résistance thai en faveur des Khmers rouges (et plus généralement du bloc anti-vietnamien) ont placé les militants engagés dans la solidarité dans situation difficile : beaucoup LES PREMIERS INDICES D'UN DEBAT DE FOND Le Parti communiste de Thaï lande défend officiellement la ligne internationale de la bureaucratie chinoise, mais il cherche à définir ses propres objectifs nationaux. Or, la politique régionale de Pékin a des implications directes en Thailande même : nouer une alliance anti-vietnamienne aussi large que possible en privilégiant les liens avec le régime de Bangkok. Et, lors d'une interview accordée au Bangkok Post, un dirigeant chinois a publiquement fait savoir les conséquences que le PCT devait, aux yeux de Pékin, tirer de la situation : Ji Peng Fei, vice-Premier ministre déclarait à cette occasion que les communistes thai devaient constifront uni avec le gouvernement pour répondre a la «menace» vietnamienne (38). C'est précisément ce que le PCT ne veut pas faire.

L'existence de divergences entre la direction du PCT et la direction chinoise apparaît maintenant publiquement. Kem Kongdul, membre du Comité régional du Nord-Est, notait en effet dans l'interview citée plus haut : «Il est vrai qu'il y a quelques différences de perspectives entre notre parti et le parti chinois. Par exem-

- en ce qui concerne l'attitude vis-à-vis des Etats-Unis — nous considérons toujours les Etats-Unis comme notre ennemi principal alors que la Chine considère L'URSS d'entre eux sont pour les memes raisons prêts à continuer leur soutien à la résistance thaï mais ne veulent accorder aucune aide aux Khmers rouges, ni aux Khmers serei, ni aux maaméricaines à la frontière. Nombreux aussi sont ceux qui n'acceptent pas la politique internationale de Pékin.

La Coordination des forces patriotiques et démocratiques (dirigée par le PCT) semble l'avoir compris. Dans une lettre, en effet, le CCFPD, tout en réaffirmant sa position propre, s'affirme prêt à « tisser des liens plus larges avec les organisations politiques progressistes de divers pays en vue d'un soutien et d'une solidarité mutuels. De telles organisations n'ont pas nécessairement besoin d'avoir les mêmes vues politiques et d'analyser la situation mondiale dans les mêmes termes que nous pour autant qu'elles vraiment soutenir combat » (37).

Plus fondamentalement, le débat semble bel et bien en voie de s'engager dans les milieux anti-impérialistes thaï (et philippin), y compris sur l'Indochine et sur la politique chinoise. comme son ennemi principal. De plus

Ice qui concerne vis-à-vis de l'ASEAN — nous considérons l'ASEAN comme une ennemie de la révolution du peuple thaï (...). Sur ce point (notre position) est différente de celle de la Chine. En ce qui concerne la position chinoise ils considèrent peut-être l'ASEAN d'un point de vue stratégique global. La Chine cherche peut-être à gagner le soutien de ces pays mais, nous sommes engagés dans une lutte politique, nous ne sommes pas encore en position d'agir en tant que gouvernement d'un pays. En conséquence, notre attitude par rapport à une telle question diffère de celle de la Chine, telle qu'elle est aujourd'hui comprise (39).» (37) Lettre du CCFPD, datée du 15 juillet

1980 et signée du secrétaire de cet organisme, Thirayuth Boonmi. (38) Cité par le «Bangkok Post» du 21 octobre 1979. (39) «Phuphan Interview», «TIC News»,

15 juillet 1980, «Special Features», p. 12 et 13. (40) On trouve notamment un article typiquement pro-chinois qui fait une analyse de la situation mondiale en termes de confrontation entre «super-puissances» et qui fait abstraction de la lutte de classe, un article très critique vis-à-vis du régime Pol Pot et un autre présentant une analyse des

Kem Kongdul cherche toujours à analyser les problèmes surgis entre le PCT et le PCC comme des produits de situations différentes et non des lignes de fait opposées. Il affirme encore que «la Chine continue à leur apporter son soutien en tant qu'obligation internationale envers la classe ouvrière». Mais il est tout à fait nouveau et important que ces « différentes perspectives » sur des questionsclefs soient admises publiquement.

C'est dans ce cadre que l'on peut probablement comprendre l'interruption des émissions de radio de la Voix du peuple thailandais depuis le 11 juillet 1979. L'arrêt du fonctionnement de cette radio, émettant depuis Kunming en Chine du Sud, semble refléter un compromis temporaire : la direction du PCT accepte de payer le prix du soutien accordé par Bangkok aux Khmers rouges en sabordant son principal instrument de propagande, mais elle préfère interrompre carrément les émissions plutôt que de les poursuivre en cessant de dénoncer le régime thaï. Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle apparaît logique. L'appareil du PCT ne veut ni rompre avec Pékin, ni tirer les conclusions ultimes de l'orientation de la leurs probablement soumis à de très fortes tensions internes, vu la situation contradictoire dans laquelle il se

Une forte pression semble bien sur l'appareil national de la part de la base et de l'appareil de certaines régions du PCT pour que le débat s'ouvre sur un ensemble de questions, y compris celles concernant la politique chinoise. La revue Siam Nikorn, quant à elle, a publié à la mi-1980 une série d'articles contradictoires sur le Cambodge qui reflète certaines préoccupations des milieux anti-impérialistes militants de Bangkok (40).

Le Parti communiste des Philippines a adopté une position similaire à celle du PCT - et donc de Pékin -sur les conflits indochinois, bien «erreurs» de la direction Pol Pot. Pour ce dernier article, voir aussi le document d'un goupe de travail du PCT (et non de son BP) publié par Marcel Barang, «Le Matin». 27 décembre 1979 et «Far Eastern Review», 11 janvier 1980.

Dans une interview de février 1980, un militant, parlant au nom du PCT définit «trois erreurs» du gouvernement Pol Pot : absence de tradition de travail en milieu urbain, évacuation de Phnom Perh par crainte des activités de la CIA, absence de travail international. Il explique ces «trois erreurs» par le fait que le PCK aurait presqu'exclusivement combattu dans la jungle. Mais il considère la direction Pol Pot comme une direction sœur. (Document dactylographié).

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qu'en termes nettement plus mesurés. Dans un article d'Ang Bayan, il dénonce avant tout dans l'invasion du Cambodge la main du «social-impérialisme soviétique » et reproche à la «direction vietnamienne » de se «laisser utiliser» par l'URSS et l'appelle à «rectifier ses graves erreurs et à rompre complètement avec le social-impérialisme ». L'article donne une vision totalement coupée de la réalité de la situation au Cambodge et de l'histoire du PCK (41).

La commission préparatoire pour le Front national démocratique, dirigée par le PCP, a par ailleurs adopté tien à la juste lutte du peuple du Kampuchea pour regagner son indépendance nationale et sa souveraineté », sur une ligne analogue à celle d'Ang Bayan. Cette déclaration se réfère à la «formation rapide d'un front uni international contre l'hégémonisme» (à savoir l'URSS) sans préciser plus avant qui fait parti de ce «front» (42). Plus tard, Ang Bayan a publié un article justifiant pour l'esVietnam, sans se soucier apparemment que cette «leçon», prétendument socialiste, ait été payée de la vie de milliers de travailleurs et de paysans chinois et vietnamiens (43).

Mais, derrière l'apparente orthodoxie pékinoise de ces déclarations, l'existence d'un débat au sein de l'appareil du PCP s'est manifestée très tôt. Dans BMP, paraissait, au printemps 1978, un article sur le conflit sino-vietnamien qui notait que l'interruption de l'aide chinoise au Vietnam «rappellait d'une certaine façon juillet 1960 quand l'URSS a brutalement retiré des centaines d'ingénieurs de conseillers économiques et de techniciens des entreprises chinoises à moitié construites afin de les rapatrier. Les facteurs en cause dans ces deux confrontations ne sont pas rapport: dispute frontalière, hégémonique, l'égard du Tiers-Monde et, particulièrement, coopération avec les EtatsUnis». Il renvoit d'un certain point de vue dos à dos Hanoï et Pékin en soulignant le « soutien ouvert » accordé par la Chine à l'ASEAN, en fonction «d'intérêts purement nationaux », se «refusant à soulever le problème de la structure contre-révolutionnaire de l'ASEAN». Le Vietnam «faisant exactement de même » en ouvrant l'Asie du Sud-Est à l'URSS, «peut-être en partie afin de neutraliser l'ASEAN». Et l'article concluait que « pour les forces du mouvement de libération nationale du Tiers-Monde qui refusent toujours la "logique du moindre mal" des gauche» choix hégémoniques, le conflit Chine-Vietnam n'est pas un événement heureux » (44).

Deux mois plus tard, BMP reproduisait dans une rubrique Forum, aujourd'hui fermée, deux articles : l'un critiquant la position, exprimée en juillet, qui affirmait que la politique chinoise restait celle d'une puissance socialiste et internationaliste (à la différence de l'URSS) et l'autre

Ice même niant tout caractère internationaliste à la politique chinoise et affirmant que le PCP devait clairement faire savoir qu'il n'abandonnerait pas la lutte armée, à la différence de ce que le vieux PC avait fait en 1945 sur injonction de Staline (45).

Pour comprendre pourquoi un tel débat, qui perce de façon informelle, met tant de temps à mûrir, il faut revenir sur la profondeur de l'engagement maoïste de ces partis.

L'engagement maoïste militant dans le Sud-Est asiatique fut doublement vécu comme avec des «modèles» réformistes qui avaient fait faillite. Sur le ternational, la direction chinoise dénoncait en effet alors la volonté de «détente» avec l'impérialisme manifestée par Moscou, la politique de «coexistence pacifique» et l'illusion de la «voie pacifique au socialisme». C'était l'époque où la Chine apparaissait comme le centre possible d'un recomposition révolutionnaire du moucomme le soutien le plus actif des mouvements de libération.

Sur le plan national, l'adhésion au maoïsme apparaissait comme une réponse à de graves difficultés (en Thailande) ou à des échecs sanglants (aux Philippines) et est devenue un élément des luttes en cours entre divers courants politiques. La féroce répression déclenchée en 1958 en Thailande a mis un terme à la tendu PCT de poursuivre un travail urbain, politique et syndical plus ou moins légal. Elle a conduit les militants à se replier dans les campagnes puis à se réfugier dans la jungle. Le PCT s'est tourné vers les régions périphériques du pays, à la recherche de zones où il pouvait organiser une base de masse à l'abri d'une répression précoce. Progressivement l'aile maoïste du parti s'est emparée des leviers de commande au cours d'une obseure lutte de tendance (46).

nouveau parti communiste (dit «rétabli») aux Philippines s'est constitué sur la base d'une critique en règle des « erreurs de droite el de commises successivement par l'ancienne organisation, paralysée par un fonctionnement de cliques et tributaire des changements d'orientation brutaux opérés par Moscou (47). La faillite du PKP (parti communiste pro-Moscou) s'est, en effet, jouée dans les années quarante; il a d'abord accueilli l'armée américaine en «libératrice» avant de se lancer, face au tournant de la situation nationale et internationale vers la «guerre froide», dans une guérilla (le soulèvement des Huks), mal préparée et poursuivie de façon aventuriste. Durement frappés par la répression, les dirigeants du PKP survivants ont, pour la plupart, capitulé politiquement dans les années cinquante et soixante. Dans les années soixante-dix, ils ont préconisé une orientation de collaboration critique avec le régime Marcos.

L'adhésion au maoïsme fut d'abord l'expression d'un engagement révolutionnaire. par le fait que de nouvelles générations militantes ont accédé au marxisme bien souvent uniquement au travers des écrits de Mao. Des indivi-

Sont certes toujours connaissance beaucoup plus étendue des textes marxistes classiques, mais, dans l'ensemble, la formation politique de ces mouvements s'est qu'exclusivement appuyée sur nationale de leur parti et sur quelques courts documents de Mao, tels ceux rassemblés sous le titre Cinq rayons sacrés (48). Ce n'est que tout récemment que le PCP a publié un premier ouvrage d'éducation marxiste élémentaire un peu systématique et que l'organisation a pris en main la distribution d'une série d'ouvrages de Lénine. Le PCT ne semble pas l'avoir (41) « Ang Bayan», 15 janvier 1979. (42) «Liberation», numéro spécial, ler février 1980. (43) «Ang Bayan», (44) «BMP», 29 juillet 1978. (45) «BMP», septembre 1978. (46) Voir Sylvia et Jean Cattori, «L'Enjeu 1979, p. 161 et s. (47) Cette analyse apparaît dans l'un des du Congrès de fondation du PCP, « Rectify Errors and Rebuild the Party», 26 décembre 1968. Publié récemment par le Filipino Support Group en Grande-Bretagne. (48) Les «Cinq rayons sacrés» regroupent de courts essais politico-moraux de Mao : «Servir le peuple», «A la mémoire de Norman Bethune», «Comment Yukong déplaça les montagnes», «Combattre le libéralismew, «Sur la rectification des idées erronées au sein du parti».

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C'est dans ce contexte que le gros des militants révolutionnaires du Sud-Est asiatique a vu - et continue souvent à voir - dans les œuvres de Mao «non seulement une réponse correctement et pleinement élaborée au problème de la révolution démocratique populaire dans un pays semi-colonial et semi-féodal, mais aussi le résumé le plus récent et le plus complet de l'expérience du prolétariat et des peuples du monde» (49). De façon générale, la lecture des événements internationaux s'est faite avec les lunettes de la direction chinoise.

L'introduction du document central du Congrès de constitution du PC philippin, en 1968, résume bien la place accordée à la Pensée Mao Zedong et à la Chine : « Tous les révolutionnaires prolétariens doivent s'exprimer et agir en accord avec la Pensée Mao Zedong qui est à l'apogée du marxisme-léninisme dans cette ère mondiale (...). Sous la direction directe du président Mao, la République populaire de Chine est devenue la base centrale de la révolution mondiale. Elle est le centre de gravité des campagnes du monde encerclant les villes du monde (50).»

A cette adhésion politico-idéologique, il faut ajouter, dans le cas du poids d'un appareil comprenant de nombreux Thaïs d'ethnie chinoise, proches par leur culture et leur langue de la Chine; beaucoup d'entre eux ont longtemps vécu à Pékin ou à Kunming. Le mouvement communiste en Thailande a, en effet, été larged'ethnie chinoise (et vietnamienne dans le Nord-Est) (51). Ce n'est pas le cas aux Philippines où la place de la communauté chinoise est différencelle qu'elle occupe en Thai(49) Appreciation porter ment (lors de sa réunion de juin 1979) par le Comité central du PCP dans sa résolution «Our Urgent Tasks» (document polycopié). Le seul fait de caractériser ainsi les ouvrages de Mao qui ne disent rien de pénétrant sur les luttes de classes dans les centres impérialistes montre l'ampleur de la coupure opérée entre ces partis du Sud-Est asiatique et les développements dans les autres régions du monde, y compris dans le Tiers-Monde comme, par exemple, l'Amérique latine.

Notons que des militants. menibres du PCT ou du PCP, reconnaissent surtout le rôle joué par Mao dans l'application du marxisme-léninisme à la réalité chinoise, sans en faire un nouveau théoricien de la révolution mondiale. (50) «Rectify Errors and Rebuild the Party), op. cit., P. 2. Ce document de rélande. Il faut noter, par exemple, que le PCP est le seul parti de cette région à n'avoir jamais eu de poste radio-

Dans le cas du mouvement comque dans celui du mouvement comprobablement de moyens de pression très directs sur l'appareil du parti. Mais, dans les deux cas, la réévaluation de leurs rapports à la direction chinoise n'est pas simple. Le temps passé : on ne peut même plus être à la fois maoïste et pro-Pékin ! Les tenants de la «voie capitaliste» d'hier sont au faîte du pouvoir, tel Deng Xiaoping, le «se-

Kroutchtchev chinois», spectaculairement réhabilités, tel Liu Shaoqi lui-même, le «premier Kroutchtchev chinois». Les dauphins d'hier ont été successivement dénoncés, tels Lin Piao et les «Quatre». Mao, le président, est aujourd'hui de plus en officiellement et brutalement critiqué pour la politique qu'il a suivie à partir de la fin des années cinquante. Les «modèles» tant chantés, comme la commune paysanne Dachai, sont attaqués et qualifiés de «fraudes». Les orientations de développement et les thèmes idéologiques spécifiques du maoïsme sont, un à un, abandonnés au profit de la ligne combattue en son temps par Mao. La presse chinoise «oublie» symboliquement de parler du quatrième anniversaire de la mort de Mao, dont les portraits sont peu à peu décrochés des murs. La «grande révolution culturelle prolétarienne» est maintenant considérée comme l'une grandes calamités qui ont frappé la

Dans une récente interview, Deng Xiaoping s'explique sans détour sur le bilan qu'il tire du rôle de Mao Zedong. Il se réfère à la «Pensée Mão Zedong» en termes élogieux férence du PCP salue aussi Lin Pino (le dauphin d'alors) et la Révolution culturelle chinoise, parsonnage et épisode de la Chine contemporaine aujourd'hui dénoncés à Pékin. (51) L'implantation vietnamienne au

Nord-Est probablement disparu depuis longtemps. Mais, le fait que le PCT se soit d'abord implanté dans des secteurs non thal et que son appareil reflète encore partiellement cet état de chose a posé un problème durable. Certains militants du PCT reconnaissent que cela a créé des difficultés au sein de l'appareil mais affirment que cette situation est aujourd'hui dépas sée grâce à l'arrivée aux postes de responsabilité d'éléments plus jeunes et plus uniformément intégrés à la société thal proprement dite. C'est probablement vrai sur mais en la datant spécifiquement de l'époque de Yennan et il insiste sur le changement du rôle de Mao au milieu des années cinquante : «Il a joué un rôle si important que, sans lui, le peuple chinois aurait sans doute mis beaucoup plus de temps pour trouver son chemin dans les ténèbres. (II) a su adapter les principes du marxisme-léninisme à la réalité de l'histoire chinoise (...). Oui, avant les années soixante - pour être tout à fait exact, disons avant la seconde moitié des années cinquante - le président Mao a eu quelques (sic) idées qui, dans leur ensemble (sic) étaient justes. D'ailleurs, ses principes ne nous ont-ils pas conduits à la victoire et aidés à conquérir le pouvoir ?»

Mais il décrit le «Grand Bond en avant» de la fin des années cinquante comme une «erreur», note que « malheureusement, vers la fin de sa vie, il a commis de graves erreurs. Et d'abord la Révolution culturelle, dont le Parti, le pays et le peuple ont beaucoup souffert». Mao a eu alors « des idées malsaines et des raisonnements injustes, (...) la victoire avait gommé toute prudence, ou alors il avait peut-être perdu tout contact avec la réalité, (...) il a été trop loué, trop adulé, il a fini par abandonner le centralisme politique, cette direction collective à laquelle il avait tant tenu ! C'est là sa plus grande erreur. (...) Voilà comment s'est développé en lui le patriarcat. Il n'y avait plus, dès lors, de normes ni dans le parti ni dans le pays», il s'est trompé en choisissant un successeur (Lin Piao), ce qui était de sa part « une pratique féodale », il a couvert la montée en puissance de Chiang Ching, une femme politiquement « à mille lieues au-dessous de zéro... » (52).

Le jugement de Deng est clair : le rôle historique de Mao reste globalement positif du fait de son action dans la lutte pour la prise de pouvoir. Mais les orientations et la pratique du président à partir du milieu des années cinquante sont à condamner. le plan local et peut-étre régional. Mais sur le plan national ? (52) La première partie de cette interview.

réalisée par Oriana Fallaci, est parue dans «le Nouvel Observateur» du 1319 septembre 1979. Notons qu'il critique aussi le rôle de Staline et de la bureaucratie soviétique. Deng déclare en effet, rejolgnant des propos tenus précédemment par Mao, que «Staline a commis des erreurs par rapport, aussi, à la Révolution chinoise : par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, il ne voulait pas que nous rompions avec le Guomindang et que nous commencions la guerre de libération» (voir le «Corriere de la Sera», 29 goüt 1980, p. 3).

C'est aussi ce qui s'est passé aux Philippines, le PKP a accepté de suivre une lgne décidée à Moscou et rejetée par le PCC. Il est dommage que cette question ne soit jamais traitée dans les documents du PCP.

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Les développements actuels en Chine doivent permettre d'ouvrir un large débat critique au sein du mouvement révolutionnaire mondial sur le bilan de la révolution chinoise depuis la prise de pouvoir, débat qui dépasse de beaucoup la seule opposition Deng/Mao et touche à des questions fondamentales de la transition au socialisme et de la démocratie ouvrière.

Réévaluer la nature de l'orientation de la direction chinoise, c'est ouvrir toute une série de débats, à la fois indispensables et explosifs : sur le maoisme lui-même, sur l'histoire des PC thai et philippin, sur la situation internationale et les perspectives l'URSS et la bureaucratie dans les Etats ouvriers... On comprend que les directions du PCT et du PCP tent devant l'ouverture d'un tel débat mille facettes. d'autant plus important qu'il se combine avec une lente réorientation de la stratégie nationale de ces partis.

L'EVOLUTION DE LA

STRATEGIE NATIONALE L'une des particularités du PCT hormis, peut-être, dans certaines zones) et du PCP, c'est d'avoir engagé la lutte armée sans bénéficier, au préalable, d'une implantation masse, organisée, dans des secteurs clefs de la société. En conséquence, le développement de leurs luttes diffère notablement des précédents chinois ou vietnamien et se rapproche (surtout dans le cas du PCP) d'expériences latino-américaines des années soixante. Kem Kongdul notait à sa manière cette différence quand il faisait remarquer qu'en Chine le PCC avait déjà à sa disposition une force militaire notable quand la guérilla s'est déclenchée, ce qui ne fut pas le cas du PCT (53). Cette différence est due au fait que la guérilla a succédé, en Chine, aux importants soulèvements ouvriers et paysans qui ont marqué l'histoire de la seconde révolution chinoise, alors que les guérillas thai et philippines ont été organisées indépendamment d'un véritable soulèvement de masse.

L'analyse des relations entre travail militaire, travail politique et travail de masse en Thailande est rendue difficile, notamment du fait du caractère clandestin de ces partis et des grandes différences de situations régionales. Le PCT n'est pas une organisation pyramidale. La direction nationale définit les grandes orientations politico-idéologiques, mais elle ne contrôle pas le travail pratiquement réalisé dans chaque région. La base de masse (minorités montagnardes, lao-thaï, thai) du PCT est différente suivant les zones, ainsi que son histoire. Mais un fait est frappant, c'est l'absence de programme politique détaillé en ce qui concerne le travail de masse et surtout le travail paysan. Le PCT ne possède, à notre connaissance, qu'un «programme en dix points», très général, qui n'a commencé à être détaillé qu'à partir de janvier 1978 (54). Il n'a pas de programme agraire précis dont la diffusion pourrait permettre de sensibiliser les masses paysannes, même là où sont infrastructure organisation-

Le PCP possède un tel programme, le «Guide révolutionnaire pour la réforme agraire» (55), paru pour la première fois en 1972. C'est ce programme qui est utilisé par les militants du PCP, plutôt que le «programme en dix points» du Front national démocratique qu'il dirige et qui, lui, n'avance pas explicitement le mot d'ordre de distribution des terres, se contentant de parler en termes généraux de la nécessité d'une «véritable réforme agraire». Mais, jusqu'à aujourd'hui, le travail de masse paysan a été surtout réalisé par la guérilla elle-même.

Les lendemains de la loi martiale, établie en 1972, furent marqués pour le PCP par une série d'erreurs : activisme étudiant imprévoyant face à la répression, orientation frappée du sceau du «militarisme»... Pendant un temps, les réseaux urbains du PCP eurent essentiellement une fonction d'appui technique à la guérilla (collecte de fonds, d'armes, etc.). A tel point que lorsque des moà se dessiner, dans les villes, contre le régime de la loi martiale, les militants du PCP furent incapables d'intervenir, laissant l'initiative à des courants chrétiens. Il en est de même en Thaïlande où le PCT, se trouvant incapable d'organiser concrètement le mouvement étudiant en 1973, au moment de la chute de la dictature;

fut alors laissée à de petits groupes dirigés par des militants comme Seksan Praesertkul et Thirayud Boonimie (qui ont rejoint depuis les zones contrôlées par le PCT).

Le PCP modifia progressivement son orientation, mettant de plus en plus l'accent sur la nécessité de poursuivre un véritable travail de masse politique, y compris dans les villes; sur la nécessité de construire des organisations de masse et de renforcer corrélativement les rangs pour lui donner un caractère de masse; la nécessité de modifier la composition sociale du parti en faisant des efforts de recrutement non seulement dans le milieu paysan mais aussi chez les ouvriers; la nécessité de combiner plus dialectiquement mobilisation des masses urbaines et rurales. Le PCT semble avoir suivi, après 1973, une évolution parrallèle à celle du PCP, bien que peut-être plus inégale.

La déclaration, publiée à l'occasion du lle anniversaire de la fondation du PCP rappelle cette évolution et souligne le rôle du 3e Plénum du Comité central, tenu en décembre 1975, qui, le premier, a tiré un bilan critique de la stagnation organisationnelle du parti et surtout du Comité central de juin 1976 qui adopta la résolution Nos tâches les plus urgentes. Cette résolution notait aussi que, sur le plan idéologique, il fallait avant tout lutter contre les «tendances dogmatiques», plus pro-

«tendances empiriques » (56).

Le PCT et le PCP ont tous deux récemment décidé d'accentuer leurs efforts en direction de la classe ouvrière industrielle. Et, lors du grand rassemblement ouvrier du ler mai, qui s'est tenu cette année à Manille, fort selon la presse de 30000 personnes (57), l'influence du PCP et du national démocratique était Le temps est maintenant loin où le PCP se fixait pour objectif la constitution dans la province du nord-est de l'ile de Luzon, Cagayan Valley, d'un «Yennan» philippin (à l'image du précédent chinois), base qui se militairement inexpugnable malgré l'absence de mobilisations révolutionnaires des masses pays. La répression mit alors un terme à cet espoir.

Le PCP (comme le PCT) continue évidemment à accorder une importance cruciale au travail en secteur rural où se trouve la majorité de la population. Mais, sur le plan stratégique, les conceptions du mouvement communiste philippin (et d'une partie au moins du mouvement communiste thailandais) se sont enrichies. La résolution adoptée en prend plus systématiquement ce qui n'était qu'esquissé, dans l'ouvrage de référence du PCP, Philippine Society (53) «Phuphan Interview», op. cit., p. 7.

de ces «Dix points» dans le « Bulletin thai point 6 concerne la réforme agraire et la distribution des terres aux paysans, mais il note que l'application des mesures agraires dépend des organismes régionaux cherche pas à décrire la progression possible du travail de masse en milieu rural. (55) On trouvera ce programme dans une brochure de l'Union des démocrates philippins (KDP) aux Etats-Unis: «People's War in the Philippines». (56) La déclaration commémorant le 1le anniversaire du Congrès de fondation du PCP a été reproduite dans «Ichtys», 22 février 1980, p. 21 a 27. On y trouve des citations du document de 1976, «Our Urgent Tasks#. (57) Chiffre avancé dans «Bulletin Today», 2 mai 1980.

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and Revolution (58), sur la fonetion du travail urbain. Nos tâches urgentes analyse la perspective stratégique du travail urbain en ces termes : «En combinant des méthodes légales et illégales, nous pouvons développer le mouvement révolutionnaire de masse dans les villes. Notre principale tactique (...) est, pour employer une méconquérir la forteresse ennemie de l'intérieur. (...) Il faut pénétrer les luttes économiques (des travailleurs) et les élever au niveau de luttes politiques de façon à ce que la classe ouvrière dans son ensemble ne soit pas seulement capable de lutter le plus efficacement possible pour ses intérêts propres mais soit aussi à même de se lier pleinement au reste de la population dans la montée puissante de la révolution démocratique populaire. (...)

«La population des villes doit réaliser que le développement à long terme du travail clandestin mené sur place et la croissance soutenue des actions de masse préparent le jour final où sera renversé le système domioù un soulèvement général se combinera avec une offensive générale de l'armée populaire (59).»

Cet enrichissement de la perspecd'une part et du travail de masse mené conjointement en secteur urbain secteur rural d'autre est très important. Néanmoins, un certain nombre de problèmes continuent à se poser.

En ce qui concerne la combinaison des luttes des masses rurales et urbaines, la référence continuelle à la stratégie de «l'encerclement des villes par les campagnes» semble bloquer un certain nombre de débats, même aux Philippines. On trouve le passage suivant dans un article d'Ang consacré au Nicaragua et à l'Iran : les leçons de ces révolutions montrent «au peuple iranien qu'il (58) Amado Guerrero, «Philippine Society and Revolution», Ta Kung Pao edit., Hong Kong, 1971, p. 296. On se réfère ici aux pages 281-282. (59) «Our Urgent Tasks», document polycopié. Notons aussi que le PCP a engagé une longue polémique contre les actions de type terroriste qui ne pourraient que favoriser un coup d'Etat bourgeois et non une authentique révolution. Voir, par exemple, «People's War, not Coup d'Etat», «Liberation», janvier 1979. (60) « Ang Bayan», 15 décembre 1978. (61) Voir la présentation générale des débats dans la résistance thai dans le «Bulletin thai d'information», numéro 19. Voir aussi la polémique engagée par des auteurs favorables au PCT contre le «groupe Pin Bu-on» (du nom d'un ancien membre du BP, censé avoir aujourd'hui des sympathies pro-soviétiques mais travaillant plus ou moins avec le commandement anti-communiste de l'armée thai), dans le «Bulletin thai d'information», numéro 20-21.

n'y a pas d'autre alternative lutte armée, l'effort révolutionnaire dans les villes ne jouant qu'un rôle secondaire et un rôle d'appui» (60). C'est là une curieuse façon d'aborder le problème, alors que la «leçon» irac'est justement l'importance stratégique et la capacité autonome (et non le rôle de simple «appui» à une guérilla rurale) de des masses urbaines : n'ont-elles pas capables, alors même qu'il n'y avait pas de parti révolutionnaire de masse, par des mobilisations intenses et répétées, de miner politiquement l'armée (qui était la plus puissante armée du Tiers-Monde) jusqu'au moment où un secteur de cette armée est passé du côté des masses et les a aidées à s'armer pour l'insurrection ?

En Thailande, le débat semble encore difficile sur ces questions. Qui veut soulever le problème de la dynamique révolutionnaire propre des luttes de classes urbaines et de la possibilité de prendre le pouvoir en combinant soulèvement ruraux et urbains se fait aisément taxer de tenant de la «voie soviétique du coup d'Etat»

Kem Kongdul, répondant à l'accusation portée par les «scissionistes» thaï, selon lesquels le PCT n'aurait pas pour perspective de préparer un soulèvement urbain, se contente de dire qu'ils «ne l'ont pas dit clairement, mais ils ont trouvé que la tactique d'encerclement des villes par les campagnes prenait trop de temps. En conséquence, ils pensent que, si un soulèvement urbain était déclenché, cela prendrait moins de temps, tout particulièrement si des troupes étrangères venaient à leur aide » (62).

On doit aussi noter l'absence d'un débat créateur sur l'analyse de la structure socio-économique des sociétés thai et philippine, caractérisées simplement comme « semi-féodales et semi-coloniales» alors qu'elles ont (62) «Phuphan Interview», op. cit., P. 6. (63) Voir à ce sujet «Philippine Society and Revolution». L'analyse des sociétés du Tiers-Monde est compliquée. La définition du «féodalisme» donne lieu à un vaste débat- dans les milieux marxistes. Mais enfin, la société philippine a connu un développement extrêmement différent de celui de la Chine : société très arriérée socio-économiquement (hormis des Etats musulmans du Sud) au moment d'une colonisation précoce, colonie directe de l'Espagne, pénétrée très tôt par le capital anglais et américain, seule colonie directe des Etats-Unis de cette importance; aujourd'hui engagée dans le développement de l'agro-business et, de facon extensive, d'une forme néocoloniale d'industrialisation... Pour Amado Guerrero, le développement considérable des cultures d'exportation et des plantations a été un «pilier» du féodalisme sous les Espagnols et du «semi-féodalisme» sous les Américains.

Qualifier ainsi la transformation de la terre en capital, la transformation d'une masse paysanne prolétariat agricole, l'extension de l'économie marchande, profondément évolué au cours des dernières décennies. Sur le plan historique, une référence trop mécanique aux analyses faites par le PCC sur la d'avant la Seconde Guerre mondiale, tend à gommer la spécificité du développement national de chacun de ces pays (63). En ce qui concerne les perspectives, cela crée un divorce dangereux entre, d'une part, la rectification empirique travail du parti par secteurs sociaux et le développement d'analyses concrètes de telle ou telle situation régionale et, d'autre part, le caractère figé des analyses d'ensemble de ces plus grave qui s'est manifesté ces dernières années, en ce qui concerne l'onationale, est front uni. Il se pose en Thailande et aux Philippines dans des termes différents de bien d'autres pays du TiersMonde. Les programmes tels qu'ils sont généralement avancés par le PCT ou le PCP, sont rédigés de façon fort opportuniste, notamment par rapport à la bourgeoisie nationale. Mais les textes internes, ou les documents programmatiques de ces partis, comme la polémique publique qu'ils mènent, visent à mettre en garde contre l'influence de cette bourgeoisie nationale. Et la pratique est le

Le CCFPD, tel du moins qu'il avait été constitué en 197.7, a été brisé lors des récentes scissions qui l'ont frappé. C'est la troisième fois qu'un front uni avorte en Thailande, et, cette fois-là, ses possibilités semblaient pourtant plus importantes qu'auparavant : sa constitution avait effectivement reflété à la fois un élargissement de la base sociale de la résistance thaï et un début d'alliance politique. Le PST, membre du CCFPD, n'a jamais été, à l'intégration poussée du pays au marché ner au terme féodalisme (normalement fondé sur le servage !) une définition trop extensive. Ce retard des analyses historiques du PCP est d'autant moins compréhensible que les travaux d'un historien comme Renato Constantino ont fait considérablement progresser la connaissance et l'analyse de l'histoire des Philippines. Se reporter pour les informations bibliographiques au «Bulletin» du Comité Solidarité Philippines, numéros 1 et 2. (64) Il est frappant de voir, sur cette question, que l'analyse comparée des stratégies chinoise et philippine, par exemple, été menée essentiellement à partir de données géographico-topographiques (grandeur du pays, Etat continental ou archipel, extension des zones montagneuses, du réseau routier, etc.) et non à partir de considérations historico-socio-économiques, alors qu'en ce domaine aussi les différences entre les deux pays sont considérables. Voir Amado Guerreo, «Specific Characteristies of People's War in the Philippines», International Association of Filipino Patriots, Etats-Unis, 1979.

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proprement parler, un parti politique indépendant. Il regroupait plusieurs fractions et comprenait des individus et des courants qui avaient des racines ou une influence réelle dans le pays et dont l'histoire était différente de celle du PCT. La plupart d'entre eux ont maintenant quitté le CCFPD. L'une des raisons de leur départ était le sentiment d'être manipulés par le PCT sans jamais pouvoir réellement influencer l'orientation du front lui-même.

Aux Philippines, le Front national démocratique n'a pas encore été formellement constitué. Depuis 1973 il est représenté par une «Commission préparatoire» dans laquelle le PCP est la seule force politique indépendante. Là aussi, le front n'a pas été le lieu où des alliances politiques durables ont pu se nouer. L'absence d'organisation politique progressiste, structurée à l'échelle nationale, en dehors du PCP lui-même, rend évidemment difficile la formation d'un tel front. Pourtant, là encore, il existe des courants, des groupes, des individus, dont l'adhésion au front est ou serait précieuse mais qui sont heurtés par des pratiques trop souvent manipulatoires. Et cette question fait clivage dans les milieux anti-impérialistes philippins, même si cela ne s'exprime pas de façon aussi dramatique qu'en Thailande.

Le PCT cherche aujourd'hui à élargir à nouveau le CCFPD. Quant au PCP, il chercher à gagner des secteurs influencés par le Front socialdémocrate à la perspective du Front national démocratique (65). Mais, jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas eu d'enrichissement de la conception du front analogue à celui de la perspective stratégique du processus révolutionnaire et du travail de masse. En retour, la conception encore prévalente du front limite les possibilités mêmes du travail de masse, surtout dans les villes.

RENFORCER LA SOLIDARITE

Les révolutions thal et philippines risquent de se voir isolées internationalement à un moment crucial de leur développement. La Chine semble avoir coupé toute aide au PCP en 1975-1976 et elle a réduit à la portion plus que congrue celle destinée au PCT, ne maintenant probablement un filet d'aide que pour éviter que ce dernier ne se tourne vers le Vietnam, voire vers l'URSS. Quant à la direction vietnamienne, elle cherche à briser l'isolement régional dans lequel elle se trouve. Elle paiera pour ce faire le prix qu'il faudra, sans se soucier outre mesure de la situation des mouvements révolutionnaires de la région.

Les mouvements thai et philippin ont bénéficié de l'affaiblissement de la présence impérialiste et des régimes de l'ASEAN qui a suivi le défaite américaine en Indochine. La tendance favorable au développement des luttes de classe dans ces pays ne s'est pas inversée malgré la nouvelle crise sino-indochinoise, du fait de la profondeur des déséquilibres sociaux engendrés par le modèle néo-colonial de développement agraire et industriel. Mais les masses de ces pays doivent néanmoins faire face à un ensemble de mesures visant à stabiliser l'ASEAN, à renforcer la présence américaine, à accroître la capacité d'intervention contre-révolutionnaire (y compris militaire) de l'impérialisme japonais. Il ne fait aucun doute que l'impérialisme agira, s'il le peut, pour garder le contrôle de la Thailande et surtout

MERCONTEN Boite postale 57 93101 MONTREUIL CEDEX (France) avec la mention «Indochine» et un chèque de 15 F. darité active, non fractionnelle et sans conditions préalables. Le PCT et le PCP restent, de loin, les organisations les plus importantes et à même d'offrir une direction aux luttes de masse dans leurs pays respectifs. D'autres groupes et courants révoludont le combat mérite d'être soutenu. Mais, dans la période à venir, le développement organisé des luttes dépend, pour l'essentiel, de l'action des militants du PCT et du

Les mouvements communistes thaï et philippin ont suivi une évolution qui les amène à devoir reconsidérer leurs rapports à la direction chinoise. Les déceptions causées par la politique de la bureaucratie chinoise, après celles causées par la direction soviétique, et l'acuité du conflit sino-indochinois peuvent pousser des Philippines où se trouvent un ensemble de bases militaires d'importance stratégique, en cas de brusque accroissement des confrontations de classe dans ces pays. L'enjeu des conflits en cours n'est évidemment pas national mais bien international.

Les militants révolutionnaires et anti-impérialistes dans le monde doivent être prêts à défendre ces révolutions. Ils doivent, dans cette perspective, soutenir les luttes en cours contre les régimes néo-coloniaux de l'ASEAN et la mainmise impérialiste sur l'Asie du Sud-Est. La solidarité n'interdit pas le débat critique entre mouvements révolutionnaires sur les orientations des uns et des autres. Mais ce débat indispensable ne prend son sens militant que s'il s'inscrit effectivement dans le cadre d'une soli-

NPRECOR NUMERO SPECIAL

DEBAT INDOCHINE Les commandes peuvent être passées à l'adresse suivante : des militants et des courants dans un mouvement de repli nationaliste et d'autres à la recherche d'alliés dans le jeu de la Realpolitik de puissance. L'existence d'un mouvement de solidarité indépendant des capitales du «monde socialiste» doit, au contraire, aider au réveil d'un nouvel internationalisme. (65) Le Front social-démocrate est un mouvement composite où l'influence des Jésuites est très grande. Il y a dans sa des éléments carrément anticommunistes mais aussi des courants pro-

Il est beaucoup plus faible que le Front national démocratique, mais a une influence de masse notamment dans certains secteurs de Manille et de Davao (dans l'ile de Mindanao). Il y a par ailleurs une Opposition unifiée, cartel de groupes dominé par les anciennes «grandes familles» et des lobbies pro-américains basés aux Etats-Unis. Les sociaux-démocrates ont quelques petits foyers de guérilla; certains secteurs de l'Opposition unifiée sont tentés par l'action terroriste.

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